DÉVELOPPEMENT
DE LA QUESTION DO rBOCBAMIIf :
Ne serait-il pas utile d'organiser, dans certaines vil!*.», des collections spéciales, rolalivos Jiux industries tradilionnclles de ces villes?
(Congrès de 1351, séance dit 24 fivritr.)
Messieurs, deuï mots vont suffire pour éclaircir celte question. En proposant l'établissement de musées spéciaux dans certaines villes de nos départements, je n'entends faire aucun tort aux collections scientifiques locales, plus particulièrement propres à l'histoire naturelle et à l'ethnologie, dont l'honorable M. de Quatrefages a dû vous demander, messieurs, la multiplication et l'encouragement. Les exemples que je cite de ces musées spéciaux vous font comprendre qu'il s'agit de raviver certains arts dans les villes oi^ ils sont déchus, et de les maintenir dans des voies variées et intelligentes, là où la routine el la
mécanique pourraient les rapetisser. Vous ne contesterez assurément pas l'intérêt qu'il y aurait à fournir aux dessinateurs d'étofles de nos grandes villes manufacturières, Lyon, Rouen, Aubusson , une collection de modèles , aussi complète que possible, des étoiles de tout pays otde tout temps, et à côté de cette collection d'étoffes,une suite de modèles d'ornementation applicables à l'art spécial de ces villes manufacturières. L'industrie de fabrique a fait dans notre siècle des progrès gigantesques, mais il importe que cette parvenue orgueilleuse n'éloutre pas dans ses envahissements l'art auquel nos pères l'avaient autrefois soumise.
N'esl-il pas honteux aussi, messieurs, que la ville de Limoges dont les émaux ont fait, durant tout le moyen âge et jusqu'à la fin du xvn* siècle, l'une des gloires de la France aux yeux de l'Europe entière, ne possède pas quelques-uns des plus importants échantillons de l'art de ses émailleurs? Cela ne peutil pas paraître, messieurs, l'une des tristes ingratitudes de la France ? Vous qui connaissez
les derniers produits de ces émailleurs de Limoges, ne vous semble-t-il pas que c'est faute de modèles élevés, et, pour bien dire, pour s'ôtre mis en dehors de l'art par le mauvais goût du dessin, que cet art a péri ? Qui sait, messieurs, si la vue de quelques chefs^ d'œuvre de Léonard, de Courtois et des autres grands maîtres limousins ne ferait pas reprendre racine à l'art charmant des émailleurs dans un pays oh il retrouverait sa matière toute prête et ses fourneaux tout allumes? N'avons-nous pas vu renaître à Tours, comme par miracle, dans ces dernières années, l'art de Palissy, dont Saintes, patrie première des rustiques figurines, eût peut-être eu la gloire de retrouver le secret, si elle avait pu recueillir en un musée quelques plats ou quelques statuettes de l'immortel potier?
Enfin , messieurs , nous savons tous où en est à Dieppe la sculpture en ivoire; elle est depuis des siècles le gagne-pain de la ville, elle occupe plusieurs centaines d'artisans ; et dans les innombrables produits de ces adroits
praticiens , vous ne trouverez pas une œuvre l)ar laquelle ait passé la plus vague inspiration de l'art. Ce n'est plus qu'une routine transmise avec l'outil de famille en famille. Un christ se taille avec la même indifférence et sans plus de précaution que le plus vulgaire ustensile. Personne assurément ne paraît se douter dans la ville que la sculpture en ivoire ait été un art honoré des plus anciens peuples, riche en grands noms, et qui ait eu des rejjrésentants dans l'Académie royale de ])einlure et sculpture sous Louis XIV; et que quand Villermé sculptait des christs, il étudiait d'après des cadavres. Nulle part il ne serait plus utile, pour relever le goût et varier les modèles, d'instituer un musée spécial d'ouvrages sculptés en ivoire, depuis les Byzantins jusqu'à nous, quelques-unes de ces charmantes vierges du xv* siècle, quelques élégants dyptiques, et aussi des morceaux de cette brillante et grasse sculpture en ivoire de la Flandre au xvii* siècle. La sculpture dieppoise des deux derniers siècles pourrait cçr-
tainement fournir à ce musée d'excellents chefs-d'œuvre, qui y formeraient un beau groupe isolé, plein d'enseignements et d'émulation. Quelques moulages des plus fameuses sculptures antiques et modernes compléteraient naturellement cette collection d'un art spécial.
Vous le voyez, messieurs , ce que j'ai l'honneur de vous proposer, c'est d'engager les Ailles dans lesquelles s'est développée ou se développera une industrie tenant à l'art, à rassembler pour ses artisans la plus grande variété possible de modèles et de chefs-d'œuvres analogues; c'est la meilleure guerre contre la routine ; c'est la plus sûre garantie que ces villes pourront se donner à ellesmêmes, de la durée, de l'éclat et des progrès de leur industrie locale. J'ai donc l'honneur de vous soumettre la proposition suivante :
Le Congrès engage les villes qui ont possédé où possèdent des industries traditionnelles, à organiser des musées Spéciaux, relatifs à leur industrie.
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