‹ Essais sur la connaissance [microform]; l'inconnaissable dans la philosphie moderne, généralisation et induction, le Kantisme et la pensée contemporaine, certitude et véritéChapitre 11 sur 21 · I II · texte numérisé non relu

I II

nous qu'un raisonnement a force de preuve ? Est-ce parce que nous pouvons montrer, à l'aide de la science logique, que la conclusion a été exactement déduite des prémisses? Je demanderai alors si nous soumettons au contrôle des règles logiques le raisonnement par lequel nous avons appliqué d'abord ce contrôle à la première conclusion et, si nous ne le faisons pas, je prierai que l'on me dise d'où nous savons que les règles ont été exactement appliquées. Que si on prétend le faire, je ferai voir que cette nouvelle application du contrôle en nécessite une troisième et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on avoue ou que le raisonnement qui, disait-on, avait force de preuve n'a point en effet force de preuve, ou que la caution de la preuve se trouve, en dernière analyse, dans une vue claire de l'esprit constatant qu'il est en présence de la nécessité logique. Etcette vue de l'esprit, qu'estce autre chose que l'intuition ? Et cette vue du nécessaire est-elle donc si différente de la vue de l'essentiel ? La nécessité n'est-elle pas l'essence de l'essence même?

De plus, s'il était vrai que c'est par une comparaison que l'identification se fail et que l'idée générale se constitue, toutes les découvertes deviendraient la chose du monde la plus simple et la plus naturelle, le résultat d'une opération mécanique - c'est bien ainsi d ailleurs que pensait Bacon. ~ 11 suffirait en effet de disposer sur des tables les divers sujets avec leurs diverses qualités et de les comparer patiemment les uns aux autres : une fois ou l'autre les rencontres se produiraient et l'identification pourrait se faire. Une machme avec des crochets bien disposés pourrait suffire et nous verrions se réaliser un nouveau tourniquet de

Raymond Lulle. — On ne s'explique pas alors l'enthousiasme manifesté, par exemple, par Alexandre Bain, quand 0 montre que l'identification s'est faite toujours tout d'un coup et qu'elle a été aperçue toujours comme dans un éclair de génie. Cette identification soudaine rompt en effet le continu du discours. Mais ce qui rompt le discours c'est l'intuition que l'on se refuse obstinément à admettre. Priestley trouve que la rouille est le résultat d'une combustion ; on place la découverte dans l'assimilation de la combinaison de l'oxygène et du fer avec la combinaison de l'oxygène et du carbone : la vraie découverte consiste dans la claire vue qu'il n'y a dans la rouille que le produit de la combinaison de loxygène et du fer. Cela vu, le reste allait tout seul, mais c'est cela d'abord qu'il fallait voir, et pour cela l'abstraction intellectuelle, l'intuition était nécessaire. Galilée constate dans une vision simultanée l'isochronisme des oscillations des pendules de même longueur mais de poids divers : c'est en cela que consiste sa découverte ; et comment l'a-t-il pu faire sinon par une abstraction intellectuelle immédiate? Cela constaté, la déduction seule montrera que tous les corps doivent tomber avec la môme vitesse. L'identification n'est pas un procédé de découverte, mais un simple moment de la déduction. Ainsi la théorie discursive met la découverte où elle n est pas et refuse de la voir là où elle se trouve réellement.

L'apparente clarté de cette théorie laisse donc subsister un mystère en ce qui concerne l'identification si on veut en faire, comme Bain et Renouvier, une loi originale ; elle n'est pas d'accord avec la psychologie de la découverte, elle n'explique pas les degrés

divers d'importance que nous accordons immédiatement a nos difiFérentes qualités, elle met tout sur le môme plan, elle détruit la hiérarchie psychologique de nos pensées, elle compromet enfin toute la logique car, considérant tous les concepts en fonction de leur extension, elle ne peut voir dans le syllogisme qu'une pétition de principe et dans Tinduction qu'une anticipation de l'expérience toujours sujette à l'erreur

Mais la théorie intuitive de l'abstraction intellectuelle doit répondre à son tour à de fortes objections. On lui reproche d'abord d'admettre un contact inexplicable entre 1 intelligence et l'intelligible, on lui demande d expliquer ce contact et de faire entendre comment, maigre un pareil contact, des erreurs peuvent exister L on accuse enfin cette théorie d'être un retour à la philosophie du passé et l'on soutient qu'elle ne saurait aucunement s'accorder avec le processus expérimenta^ des sciences modernes. Ces objections veulent être résolues l'une après l'autre.

On pourrait se demander d'abord si on ne se fait pas du contact de l'intelligence avec l'intelligible une sorte d epouvantail qui n'est pas nécessairement contenu dans la théorie. Il est probable qu'en parlant amsi on s imagine que la théorie intuitive prétend que 1 intelligence dépasse ses propres données et va par delà ses représentations atteindre l'essence ou l'idée ontologique des choses. Et il est vrai qu'Aristote etles scolastiques affirment que nous saisissons la nature

l'essence (to xi è<rci) ou la guiddité des choses. Mais rien dans la théorie ne permet d'aller jusqu'à l'essence véritablement ontologique. Il serait singulier que l'inventeur même de cette théorie, Aristote, n eût tant combattu les idées platoniciennes que pour admettre qu'elles se révélaient ainsi directement à Tintellect. Il est possible sans doute que quelques partisans de la théorie aient parlé de l'intelligible comme de quelque chose d'extérieur aux données de la représentation, mais la théorie en elle-même n'exige nullement cette distinction. Le réalisme platonicien n^est pas nécessairement contenu. Le conceptualisme lui suffît très amplement. L'intelligible dont il est question, le seul dont il soit nécessairement question, n'est autre que ce qui dans les éléments de la représentation peut être mis à part pour devenir objet de pensée, en dehors des éléments singuliers. Or, s'il y a une pensée universelle, des idées générales, de quelque façon d'ailleurs qu'elles soient obtenues, quel que soit leur contenu conceptuel, ne seraient-elles que des tendances, des aptitudes intellectuelles différenciées, comme le disent, par exemple, M. Noël et M. Dugas,à moins d en revenir à un nominalisme tout à fait vide, il faut bien admettre quelque chose dans l'esprit qui n'est pas sensible et qui, donc, est intelligible. Se représenter une forme innée, ou un principe a priori, ou même une loi quelconque, c'est concevoir un intelligible de cette nature, et le mystère n'est pas plus grand d'apercevoir cet intelligible par une abstraction immédiate que de le concevoir après une comparaison plus ou moins laborieuse. Nous ne connaissons pas l'essence des choses, mais l'essence de nos rapports avec les choses et bien moins les lois de la nature en

elles-mêmes que les lois de nos prises sur la nature. Comment s'opère le contact de l'intelligence avec l'intelligible? Ne serait-ce pas la même chose que do demander d'expliquer le contact du sens avec le sensible? Comment d'ailleurs, s'il y a de l'intelligible cet intelligible peut-il être compris sans une communication immédiate avec l'intelligence? Que l'on mette entre l'intelligence et l'intelligible tous les degrés qu'on voudra, à la manière des empiristes, on sera toujours forcé ou de mettre l'intelligible hors des prises de l'intelligence ou de le mettre en communication avec elle. Le seul moyen - et c'est bien celui que 1 on prétend prendre - d'échapper à l'objection c est de soutenir que l'intelligence ne prend pas con-! tact avec l'intelligible parce qu'elle constitue l'intelligible lui-même, en sorte que pour ne pas admettre une communication de l'intelligence et de l'intelligible communication qu'on déclare inintelligible parce qu'elle est simple et dès lors inexplicable, on admet une identité de l'intelligence et de l'intelligible, ce qui sans doute est beaucoup plus clair et beaucoup plus explicable. Il ne faudrait pourtant pas se payer de mots et, parce qu'on a verbalement déclaré qu'il n'y a point d'objet réel en contact avec la pensée, ni par conséquent de dualité réelle entre le sujet et l'objet croire qu'on a parla même réduit effectivement la pen' see a 1 unité. Car il reste que toute pensée a un aspect objectif et un aspect subjectif et il faudrait aussi expliquer pourquoi. En résumé, la distinction entre l'inielligence, qui conçoit, et l'intelligible, qui est conçu, est posée par le sens commun comme une distinction réelle bien qu'inexplicable; pour ne pas avoir à expliquer cette distinction, la philosophie de Kant tend à

GÉNÉRAUSATION ET INDUCTION.

la supprimer et ramène à l'unité l'intelligence et l'intelligible. Dans l'hypothèse du sens commun, on ne peut expliquer comment l'intelligence et l'intelligible, bien que distincts, peuvent entrer en contact; mais dans l'hypothèse criticiste il faut expliquer comment l'intelligence et l'intelligible paraissent distincts tout en n'étant qu'une seule et même réalité. Dans le premier cas le problème peut se formuler en ces termes platoniciens : comment deux peuvent-ils devenir un? Et dans le second: comment un peut-il faire deux? 11 ne semble pas que la seconde hypothèse ait aucun avantage sur la première.

11 ne paraît donc pas tout à fait déraisonnable, dût-on s'exposer à de malicieux dédains, d'admettre le contact de l'intelligible et de l'intelligence, et de se rangera l'avis de ce pauvre sens commun, que je veux bien que le philosophe ne soit pas obligé de suivre, mais auquel il ne saurait non plus être contraint de tourner constamment le dos.

Mais, nous dira-t-on, ne sont-ce pas les scolastiqucs qui parlent constamment le langage réaliste, qui soutiennent, ainsi que le P. Peillaube et M. Gardair, que nous atteignons l'essence objective, la nature et la quiddité des êtres, et vous-même enfin ne ditesvous pas que l'abstraction distingue entre l'important et l'accessoire, entre l'essentiel et l'accidentel? — Mais il ne faudrait pas se faire illusion sur le sens précis de ces mots. Il y a bien de la différence entre l'essence dernière des choses, leur nature ou « idée » au sens platonicien, et leur essence ou nature par rapport à nous. Les seules qualités et les seules relations que l'abstraction nous permette de discerner sont celles qui nous touchent et nous intéressent, ainsi

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que nous l'avons vu, et c'est d'après nous que nous jugeons de l'importance respective des qualités diverses des choses. L'intelligible n'est donc que la relation générale que les données sensibles singulières peuvent conserver avec notre esprit, chacune de ces relations constitue une loi et la collection de ces relations autour d'un centre objectif constitue tout ce que nous pouvons savoir de la nature ou de l'essence d'un être, ce qu'exprime sa définition. Le fond incommunicable des choses nous échappe absolument, et, à vrai dire, que nous importe s'il ne nous intéresse pas et ne peut nous intéresser?

Mais par le fait même que nos abstractions ne portent que sur les qualités ou les relations qui nous interessent, il est possible que nous prenions un intérêt particulier pour un intérêt universel et que, donnant ainsi nos conceptions particulières pour des règles universelles, nous commettions des erreurs grossières Nous ne nous trompons pas en constatant la qualité ou la relation qui nous intéresse, nous ne nous trompons même pas en les considérant par l'abstraction comme pouvant se reproduire indéfiniment, mais nous pouvons nous tromper en liant l'une à l'autre deux qualités qui peuvent bien se trouver ensemble puisque en effet elles se sont une fois rencontrées, mais peuvent aussi bien se trouver l'une sans l'autre. Ainsi un enfant voit ouvrir un piano et entend après une mélodie venir du piano, il pense ensuite que tous les meubles qui s ouvrent à la façon du piano, bureaux, tables à ouvrage, etc., doivent être des instruments de musique. Il a ICI transformé une concomitance de fait en une concomitance de droit; il s'est trompé en cela, mais 1 abstraction qu'U a faite n'en est pas moins

exacte, et la généralisation, pour être scientifiquement illégitime, n'en est pas moins psychologiquement naturelle.

On nous demande pourquoi nous avons besoin de tant d'expériences et de précautions pour aboutir à la formule des lois scientifiques, comment nous pouvons nous tromper, comment les hommes ont pu si longtemps faire de la blancheur une partie intégrante de l'essence du cygne et attribuer pendant tant d'années à l'horreur du vide l'ascension de l'eau dans les corps de pompe ? Et, si l'on en croit la légende, un de nos maîtres les plus respectés et les plus profonds aurait demandé un jour en Sorbonne à un candidat docteur : « Quelle est donc l'essence d'un facteur rural? ,>

A quoi, peut-être, le candidat aurait pu répondre avec un peu de présence d'esprit, qu'on pouvait assez aisément définir cette essence-là. Car l'essence d'un facteur rural, en définitive, ne semble pas autre que celle d'un homme qui distribue et recueille dans la campagne les messages confiés à la poste. Mais ceci n'avance guère, car les fonctions du facteur rural étant établies par une loi humaine, son essence est ainsi constituée par des hommes et elle n'est pas difficile à découvrir.

Il en est autrement des essences de la nature. Elles sont plus lointaines et moins accessibles. Et nous répondons en conséquence à la question proposée que l'homme n'est pas pure intelligence, il est aussi sens; l'intuition intellectuelle ne s'exerce que sur les données dePintuition sensible, et la force de l'intelligence diffère d'un homme à l'autre. Il arrive donc ou que. faute d'attention, l'homme confond un caractère sensible avec un caractère véritablement intelligible, un

ESSAIS SUR LA COiNNAISSANCE.

î il

caractère constant ou fréquent avec un caractère essentiel ou important : c'est le cas de la blancheur pour les cygnes ; ou que ne découvrant pas le rapport cherché, l'imagination se substitue à Tintelligence et invente des relations qu'elle ne voit pas : c'est le cas de l'horreur du vide. Parce que nous constatons le rôle que joue rintelligence en l'homme, il ne faudrait pas nous attribuer la prétention de ne voir en l'homme que l'intelligence. Il y a aussi l'impatience de la volonté, l'imagination et les sens, et de ce que le discernement peut se faire et qu'il se fait, il ne s'ensuit pas qu'il se fasse toujours et avec la même clarté. Ce qui est vrai, c'est que l'intelligence, bien qu'elle ne puisse toujours pénétrer l'essence, peut toujours discerner le moment où elle est en possession de son objet, et par conséquent s'abstenir de l'erreur en ayant le soin de marquer qu'elle n'est pas en possession de la vérité. Ainsi le vulgaire se trompe souvent, le savant ne se trompe pas quand il prend ses précautions. L'essence que l'intelligence pénètre n'est d'ailleurs pas l'essence dernière, c'est l'essence relative à l'humanité et il n'est nullement nécessaire, pour que l'intelligence remplisse son rôle, qu'elle pénètre jusqu'aux profondeurs de l'intelligible absolu. L'intelligible qu'elle aperçoit est un intelligible pour nous, relatif à nous. 11 est parfaitement possible qu'il y ait derrière quelque autre chose. Mais peu nous importe si ce quelque chose est inattingible et ne peut nous intéresser.

Nos connaissances, puisqu'elles sont nôtres, ne sauraient être que relatives. Cependant il y a des connaissances vraies et des propositions fausses. Les idées fausses ne le sont pas tout à fait; elles ne sont pas fausses pour nous, mais elles sont fausses au regard

des autres hommes, elles expriment des relations des choses à nous et non des relations des choses à l'universahté des intelligences. La connaissance vraie est umverselle; l'esprit qui en conçoit le premier l'idée mente le nom d'intelligence, il est représentatif de

I universalité des esprits, et il peut montrer que sa représentation s'accorde avec celle de tous les autres

On nous demandera encore où est en ce cas la garantie de la non-erreur et la caution de la certitude.

II faut repondre : uniquement sans doute dans la vision claire de l'intelligence qui demeure sujette à des roubles et à des erreurs, mais qui, à mesure lïr 'i""' devient plus nette et se coutume moms aci ement. Le savant doute davantage que l'ignorant. Il imagine moins d'explications. A mesure que la science progresse, le pouvoir et l'acuité de la vision intellectuelle, ce que l'on appelle le sens cri' tique, progressent aussi, et, s'il faut enfin une caution extérieure a cette certitude intime, le savant la trouvera dans la vue nouvelle qu'il peut se donner à vobnté des rapports qu'il a une fois saisis dans l'assentiment des compétences sociales.

Ainsi la théorie de l'abstraction intuitive n'est nulement une théorie qui ne puisse admettre l'existence

m j/'.îr''' ^''' '""' ^"^'^ ^^^ ^^^^"^ affirmative, mais elle n affirme pas l'infaillibilité nécessaire de

esprit humain, elle affirme son infaillibilité sous d'é-

troites conditions de réserve et de prudence, et même

affirmant son mfaillibilité possible, elle n'affirme pa

sa capacité universelle. Nous ne pensons pas en effet

que 1 esprit soit capable de découvrir tous les ran.

ports et surtout de les découvrir d'emblée, mais il

peut toujours discerner quand il les voit ou quand il

fi

ne les aperçoit pas et dès lors éviter l'erreur par un aveu d'ignorance.

Il faut enfin remarquer que l'objection que l'on fait ici peut se faire à toutes les théories affirmatives. La grosse difficulté pour les dogmatiques , c'est évidemment d'expliquer l'erreur; comme la grosse difficulté pour les sceptiques c'est d'expliquer la réalité de la science. Mais du moment que l'on admet que la science existe, du moment que l'on raisonne et que l'on discute, on admet la possibilité pour l'esprit, tout en se trompant quelquefois et même souvent, d'arriver à secouer la poussière de Terreur et d'aboutir à des conclusions qui ne trompent pas.

Reste maintenant la grave objection. La généralisation, ainsi entendue, est tout simplement celle d'Aristote, ce n'est pas celle de Bacon , ce n'est pas le procédé suivi par toute la science moderne.

Cette objection renferme deux parties : Tune grave en effet, l'autre puérile. Ce qui est puéril c'est de reprocher à un philosophe d'être de l'avis d'Aristote ou des anciens, de ne pas se ranger à l'avis de Bacon ou des modernes. Anciens , modernes, qu'est-ce que cela? Aristote, Bacon, quelles sont ces autorités? Si l'on n'est plus forcé de suivre Aristote pourquoi seraiton contraint de suivre Bacon? Et, si les anciens ne doivent plus être révérés, pourquoi fléchir les genoux devant des modernes qui , aussi bien pour nous tous qui pensons à cette heure, ne sont que des antiquailles? Mais c'est trop sur ce point-là.

Ce qui serait grave, ce serait si la méthode ou l'mduction baconienne , discursive, à ce qu'on prétend, était réellement la méthode, l'induction qui a donné naissance aux progrès de la science moderne. Des philosophes l'affirment, et j'avoue que j'ai été surpris de trouver cette assertion sous la plume d'un philosophe aussi instruit de l'histoire des sciences que doit l'être M. Brochard ^ Gœthe^, cependant , et Liebig 3 et Claude Bernard ^ et Tyn^

i. La Philosophie de Bacon, Revue philosophique, t. XXXI d 37?-

;i^?«v'/''' '''"r ^" '' ^"" *^^^*'' ^'^^ «««« ioduction ei U a ?«-' .Iiqué avec une parfaiie précision les conditions qu'elle doit remolir . A la page précédente M. Brochard parle, non sans ironie de resorVl |iu., d'après la théorie opposée à celle de Bacon, saisira^ « par Xi t.on sans doute, l'universel dans une sensation particulière . et du . contact de l'intelligence avec l'intelligible .>. P*"*^""^'® *' «^ ^" . ipûJ n'f V"î® révélation qui se développe de l'intérieur à l'extceur, qui fait pressentir à l'homme sa ressemblance avec la divinité çest une synthèse du monde et de l'esprit qui nous donne Ip^u; .elic.euse assurance de l'éternelle harmonie de l'être. « Cité par Car" U Matérialisme et la Science, p. 31. - Caro ajoute : . Ce sens {«:

• iir"î °'^"^' '""" ^^^^^' "^'^'^^ <*»«« certaines narres privilégiées à une sorte d'identité momentanée avec la réaliié .

3. . Qiiiconque s'est familiarisé, jusqu'à un certain point! avec l'é-

m,l n J^"''T " '«''^'^ P"' ^"^ ^'»^•^"« phénomène naturel chaque opération dans la n.iture, renferme en entier la loi ou les lofs dont ce phénomène ou cette opération découle; la vraie méthode ne procède donc po.nt, ainsi que le veut Bacon, d'ine multitude de cas mais seulement d'un cas particulier; quand celui-ci eTexpliqué tous \IZZ" '" '""' également; notre méthode est lanciennV méthode

uu'aut^f;ir"^r'w'*p'' '^'' *^''""""P P'"« ^'«^^ ^' d'expérienci qu autrefois. . {Lord Bacon, p. m, trad. fr., â- édit., in-12. Paris,

i. La théorie de Claude Bernard est bien connue. Contentons-nous

n/JT^^'î^' ''^'? ** ""^'^^ ^'^^troduction à la médecine expert- [dentale: « Le savant: !« constate un fait; 20 à propos de ce faitfune -dée na.t dans son esprit; 30 en vue de cette idée, il raisonne "î institue une expérience, etc. (p. 4i). . - . c'est l'idée qiî cZtUue

mar n i7.'^"' ^" '" ''"*'""'" '"^"^"^ ^« ^«"^ raisonnement scien iiique (p. 47). Le sentiment engendre l'idée (p. 57). A la suite d'une

résem^à^l'es^t'''?. '.''''"' l '' ^^"^^ du phénomène donné se

nnrpmin» i '^ • ^ 't^^ expérimentale n'est point arbitraire ni

r« rlTIS "nagioaire; elle doit toujours avoir un point d'appui dans

a réallé observée, c'est-à-dire dans la nature (p. 58). U n'y a pas de

règles a donner pour faire naître dans le cerveau à p?opos d'uni

dall *, suivis en cela par Papillon 3, se servent expressément du mot « intuition » pour désigner le procédé par lequel les savants font leurs découvertes. Ils disent en outre que la méthode baconienne n'a jamais servi à personne, dans aucun laboratoire; et cependant les philosophes assurent que cette méthode, qui consiste à contrôler les ressemblances par les différences, est la méthode même de la science moderne, et on ne peut parler de l'intuition intellectuello sans dédain.

Je n'examine pas le point historique. J'ai traité la

observation donnée, une idée juste et féconde qui soit pour l'expérimentaleur une sorte d'anticipation intuitive de l'esprit vers une recherche heureuse... Son apparition a été toute spontanée, et sa nature est tout individuelle. C'est un sentiment particulier, un quid pro prium qui constitue l'originalité d'invention ou le génie des hommes.. 11 arrive qu'un fait ou une observation reste très longtemps devant les yeux d'un savant sans lui rien inspirer; puis tout à coup vient un trait de lumière... L'idée même apparaît alors avec la rapidité de l'é clair comme une sorte de révélation subite.. On peut dire, sous ce rapport, que nous avons dans l'esprit l'intuition ou le sentiment des lois de la nature, mais nous n'en connaissons pas la forme. L'expc rience seule peut nous l'apprendre (p. 50-60). . On sait d'ailleurs que Claude Bernard a écrit à propos de Bacon et de sa méthode ces lignes, qui sont instructives : « Quand des philosophes, tels que Bacon oiî d'autres plus modernes, ont voulu entrer dans une systématisation générale des préceptes pour la recherche scientinque, ils ont pu paraître séduisants aux personnes qui ne voient les sciences que de loin, mais de pareils ouvrages ne sont d'aucune utilité aux savants faits! et pour ceux qui veulent se livrer à la culture des sciences, ils les égarent par une fausse simplicité des choses; de plus, ils les gênent en chargeant l'esprit d'une foule de préceptes vagues ou inapplica blés, qu'il faut se hâter d'oublier si l'on veut entrer dans la science et devenir un véritable expérimentateur. » (/6id., p. 39»).

i. • Nous sommes doués de la puissance de l'imagination comprenant les deux facultés que les Allemands désignent des noms : An- »c/uiuun«^a6c (intuition) etEinbildungskraft (imagination proprement dite); et aidés de cette puissance, nous pouvons percer l'obscurité qui enveloppe le monde des sens. > (La Lumière, trad. Moigno, p. 108).

a. • Le véritable inventeur, l'homme de génie découvre l'inconnu par une intuition spontanée, et sans s'assujettir à d'autres règles que l'inspiration de son esprit. Condillac et Bacon ont cru fermement qu'on peut réduire en préceptes l'art de découvrir la vérité. » {His toire de la philosophie moderne^ t. II, p. 6i}.

question ailleurs ^. L'éminent professeur à la Sorbonne mo semble avoir prêté à Bacon les vues très claires de son propre esprit. Il les corrobore de textes. Malheureusement les textes isolés, surtout d'un esprit comme Bacon, disent tout ce que l'on veuf il s'agit de voir le contexte. Mais peu importe, encore une fois. C'est là de l'histoire et de l'érudition, et ce n est pas de Bacon qu'il s'agit ici.

Je reconnais volontiers que le contrôle expérimental des propositions affirmatives par les différences, constitue un des procédés de vérification de la science moderne. Mais je prétends que dans le contrôle par es différences il n'y a pas plus de discours que dans les concepts formés par les ressemblances ou que s il y a un discours, le discours est déductif et point du tout inductif. Ce qui revient à prétendre que le discours inductif n'existe pas, qu'il n'y a d'autre raisonnement que la déduction et que l'induction n'est à aucun titre un raisonnement. Claude Bernard a d'ailleurs clairement montré que dans l'induction, en dehors de l'idée neuve , conçue ordinairement par intuition, il n'y a qu'un seul raisonnement employé et que ce raisonnement est la déduction 2.

Quelle est donc la méthode employée par la science moderne? Claude Bernard la ramène à trois moments essentiels : !<> l'observation du fait; 2^ la conception 1 invention de l'idée neuve ; 3- le raisonnement expérimental d'où résulte l'expérimentation, moments que -^l. Ernest Naville, dans la Logique de Vhypothése, a résumés er trois mots : observer, supposer, vérifier.

1. François Bacon, p. 184-4M, 1 vol. in-18; Lethielleox, 1893. {>. 1»? ^' " ^^ '"'''• ~ ^^' *^*^*'sson, Rapport, 2« édit.,

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C'est dans le second moment que se trouve la constitution de la compréhension de l'idée ; c'est grâce au troisième que son extension est reconnue comme universelle. Jusque-là rien qui contredise la théorie intuitive.

Mais entrons dans le détail. Avant même d'observer ou au moment où se fait l'observation, l'intelligence intervient pour déterminer les éléments sur lesquels cette observation doit porter. Car, pour peu qu'on veuille y songer, il est très aisé de voir que tous les phénomènes de l'univers s'entrelacent d'une trame continue et que la constitution d'un groupe demande déjà une abstraction intellectuelle*. Chaque état de l'univers constitue un groupe complexe de phénomènes dont celui qui voudrait pratiquer l'observation purement objective, telle que Bacon tant vanté l'entend et la recommande, n'a le droit par lui-même de rien retrancher. S'il en retranche ou néglige quelque élément, comme si , voulant rechercher la cause de TébuUition, il néglige les positions de Saturne ou de Sirius, c'est qu'il regarde ces positions comme insignifiantes eu égard à la cause qu'il recherche. Et pourtant qui sait? Hume n'a-t-il pas eu raison de dire : Any thing can produce any thing? — Or, je ne pense pas qu'on prétende qu'aucun savant ait jamais considéré dans une recherche quelconque tous les éléments objectifs comme également significatifs. Mais qu'est-ce autre chose, ce discernement de l'insignifiant et du significatif, sinon l'aveu de tous les savants qu'ils regardent leur intelligence comme ca-

1. C'est la constatation de ce fait qui a inspiré à M. Le Roy sa théorie de la constitution du fait scientiûque.

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mais du premier coup, par une intuition intellectuelle, de la façon que nous l'avons expliqué.

Mais l'intuition ne se retrouve pas moins dans les cas où plusieurs expériences ont été indispensables pour arriver à formuler une loi. De ce que l'abstraction constitutive de la compréhension du concept opère par une intuition immédiate, il ne s'ensuit pas du tout que cette abstraction doive toujours se produire dès la première expérience. Lapremière condition pour qu'un rapport soit vu, c'est qu'il soit visible, et, dans une seule expérience, ce rapport peut n'être pas toujours assez apparent pour être aperçu. Et il est vraiment étrange que quelques-uns des partisans de la nécessité de la multiplicité des expériences soient imbus des idées de Kant, car si l'expérience est construite en vertu de nos lois a priori^ comment peut-il se faire que notre esprit ne découvre pas dans une expérience ce qu'il y a mis lui-même et que plusieurs lui soient nécessaires pour se rendre compte de ce qu'il a fait? Comment surtout les expériences ainsi construites pourraient-elles le contredire et lui faire voir qu'elles ne contiennent pas ce que lui-même y croyait avoir introduit? Et d'où vient qu'elles résistent aux aménagements internes que l'esprit qui les a construites leur voudrait encore imposer? En vertu de quelle magie ces constructions, ces créations de l'esprit deviennent-elles ainsi étrangères et rebelles à leur constructeur, à leur véritable créateur?

Le renouvellement des expériences, tous les procédés ingénieux inventés par les savants, imaginés aussi par Bacon, ramenés à des méthodes communes par Stuart Mill, n'ajoutent rien au rapport à décou-

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duire B; et, en efifet, ayant produit A dans le dispositif de l'expérience, il arrive que B se produit. Il semble que la nature, ayant reproduit la conclusion du syllogisme mental après qu'on a réalisé la mineure de ce même syllogisme, ne peut qu'avoir établi la vérité de la majeure. Mais il est bien clair que dans le cas où la conclusion est affirmative, on ne saurait de l'identité des mineures et des conclusions conclure logiquement à l'identité des majeures, car il peut se faire qu'il y ait dans l'expérience quelque circonstance cachée autre que A, qui précisément produit B. Si en effet on venait à formuler le syllogisme de la nature, il devrait prendre cette forme. Cette expérience réalise A ;— or, dans cette expérience on voit se produire B ; — donc,.., mais on voit trop clairement qu'aucune conclusion logique, c'est-à-dire nécessaire, ne peut être tirée de telles prémisses. Ce n'est que dans le cas où l'expérience ne confirme pas l'hypothèse que l'on peut être assuré, en vertu de la portée infinie des négatives, que l'hypothèse est bien vraiment fausse. Ainsi la preuve logique rigoureuse n'existe que dans le cas des négatives. Si donc, dans le cas de l'affirmative, il y a preuve, la preuve n'est nullement logique et discursive, elle est d'une autre nature. Et si l'on recherche de quelle nature est cette preuve, on sera obligé de dire qu'elle se trouve dans le fait que, grâce au procédé expérimental, le savant se met à même de mieux voir lui-même et de faire voir aux autres le rapport présupposé. Il prouve en faisant voir; l'opération, dans le cas des expériences affirmatives, n'a rien d'un discours logique. Elle doit don( être intuitive si elle n'est pas discursive. Pour refuser d'admettre cette conclusion il faudrait soutenir, ainsi

que d'ailleurs le faisait Bacon, et c'est là sa plu. f^Tande originalité, que les expériences affîrmaUve. Il ont pas force de preuve. Mais alors on se met on

opposition avecla pratique universelle des savants et ou te la méthode de l'enseignement des sciences où outes les expériences sont combinées de façon à

fournir la preuve directe et affirmative de la loi à

démontrer.

Et c'est peut-être là ce dont on voudrait faire honneur a Bacon II a pressenti, sinon vu bien nettement es raisons logiques qui faisaient des expériences négatives des méthodes de contrôle nécessairement certaines et par là môme il a dû dire que l'affirmative ne pourrait être établie qu'après exhaustion des néga- Uves. Mais s, cette méthode qui n'est, ainsi quel'a très bien vu M. Rabier ', que la méthode des résidus, doit donner une certitude logique absolue, elle est aussi im- |>rat,cable qu'elle serait certaine si elle était pratiquée. Que I on voie donc, si l'on veut, dans l'usage des différences baconiennes le moyen idéal d'arriver à la j'ertitude absolue par la constitution de la compréhension du concept à l'aide de l'élimination de fous es éléments instables compréhensifs, ce qui constitue un procède d abstraction non pas vraiment intellectuel mais mécanique, mais que l'on reconnaisse aussi que ce procédé est tout à fait impraticable, car on n estjamais sûr, et on ne peut jamais l'être, M. Rabier la parfaitement montré \ qu'on a éliminé tous les '•lements instables et que donc, si le procédé est impraticable, il n'a jamais été pratiqué. Alors même que le savant a sa conviction arrêtée,

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