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adaequatio rei et întellectus, la connaissance intellectuelle est Féquivalent exact — adœquatio — de la chose elle-même, elle remplace la chose, nous permet de conduire dans notre esprit nos pensées et dans le monde réel, en suite de nos pensées, nos actions de telle façon que rien ne vienne les contredire, les contrecarrer ou les démentir. C'est une sorte de papier monnaie qui n'est pas l'argent même, mais qui lui équivaut, parce que sa valeur, fondée sur les raisons, les lois et l'ordre des choses, ne sera jamais démentie. Et elle ne sera pas plus démentie dans l'ordre de la spéculation que dans l'ordre de l'action.
C'est là ce qui distingue cette théorie de la vérité de nos connaissances de celle que l'on a, en ces temps derniers, appelée le pragmatisme. La thèse pragmatiste, telle qu'elle a été exposée par MM. W. James. Peirce, Schiller et les rédacteurs du Leonardo, se présente sous deux aspects : l'un, tout à fait inacceptable, mais qu'il serait, je crois, injuste d'attribuer exclusivement à ces auteurs, consiste à dire que peu importe qu'une proposition soit vraie ou fausse, qu'elle corresponde ou ne corresponde pas aux choses, qu'une croyance, par exemple, soit illusoire ou ne le soit pas; pourvu que cette proposition réussisse, que cette croyance soit bienfaisante, il faut continuer de les affirmer; le succès, la bienfaisance, sont les équivalents pratiques de la vérité. La croyance en Dieu est bienfaisante, elle aide à vivre, et à bien vivre, les sanctions de la vie future sont utiles à la moralité ; prêchons donc aux autres et à nous-mêmes la croyance en Dieu, affirmons les sanctions de la vie future, suggestionnons-nous et faisons subir aux autres la contagion de nos suggestions, nous aurons raison, nous
serons dans le vrai alors même que Dieu n'existerait pas ou qu'il n'y aurait pas de vie future. Qui pourrait accuser un médecin qui affirme à un cardiaque que son cœur est tout à fait sain ? Cette croyance à la santé le fait vivre, la connaissance de la maladie serait mortelle. Le médecin est donc dans le vrai au moment même où il ne dit pas la vérité.
Il est indéniable qu'en plus d'un endroit les pragmatistes, en particulier M. W. James et les rédacteurs du Leonardo, ont présenté leur théorie sous des formes outrées et paradoxales. Il n'en serait pas moins mjuste, comme on Ta fait trop souvent, de ne voir le pragmatisme que sous cet aspect. Il en a un autre, infiniment plus sérieux et solide et que l'on trouve également chez les pragmatistes, si bien qu'en bonne justice il faudrait compenser l'un de ces aspects par l'autre. Le pragmatisme se contente alors de dire : l'utilité est le signe de la vérité, comme Bacon disait jadis : Veritas et utilitas ipsissimis res. Ce qui prouve la vérité de nos conceptions, c'est leur succès, ce sont les réussites qu'elles amènent. C^est à peu près de la même manière qu'il est dit dans l'Évangile : Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Et la maxime dans les sciences expérimentales ne peut pas même être contestée, car c'est un des génies les plus confiants dans la spéculation, Leibnitz, qui disait que le succès prouve la vérité de nos conceptions dans l'ordre de la nature. En toute sorte de spéculation il ne saurait y avoir de vérité que celle qui s'accorde avec les faits. Quand le malade guérit contre les règles de la Faculté, ce n'est pas le malade qui a tort, mais la Faculté. Et si un remède réussissait chaque fois, toutes les théories qui le condamneraient seraient fausses.
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