‹ Essais sur la littérature allemandeChapitre 15 sur 55 · LE DERNJER AMOUR DE GOETHE · texte numérisé non relu

LE DERNJER AMOUR DE GOETHE

au mois d'août 1823, dans une lettre que M. Sauer a vue en manuscrit : « Gœthe, dans ses excursions minéralogiques, a rencontré une violette, dont il veut faire une violette immortelle. Il est éperdument amoureux d'une jeune fille, et il veut Tépouser. Quelle poétique folie ! »

Gœthe était veuf depuis sept ans ; il avait soixantequatorze ans. Songeait-il sérieusement à se remarier? On voudrait en douter, mais le fait est que le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar se chargea de faire la demande.

« Nous crûmes d'abord qu'il plaisantait, raconte Ulrique; mais il y revint à plusieurs reprises, et me fit môme voir tous les avantages d'une telle union : je serais la première dame de Weimar; je ne serais pas séparée de mes parents, à qui lui-même arrangerait une maison ; il se chargerait aussi d'assurer mon avenir, au cas probable où je survivrais à Gœthe. Ma mère, qui avait pour principe de laisser à ses filles toute liberté pour se marier, me demanda si j'étais disposée à accepter la proposition qui m'était faite. Je lui demandai à mon tour si elle le désirait.

« — Non, me répondit-elle, tu es trop jeune; mais la proposition est tellement honorable, que je n'ai pas voulu l'écarter sans te consulter; réfléchis.

« — C'est tout réfléchi, dis-je. J'aime Gœthe comme on aime un père. S'il était seul au monde, et si je croyais lui être nécessaire, je l'épouserais peut-être;

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mais il a son fils, qui est marié, et dont je devrais prendre la place; il n'a donc pas besoin de moi.

« Ce fut tout; Goethe ne parla plus de son projet ni à ma mère ni à moi, tout en continuant de m'appeler sa petite favorite ou sa chère fille. »

Le 18 août, la famille de- Levetzow se transporta aux eaux de Karlsbad. Goethe la suivit une semaine après, et demeura encore douze jours avec elle. Le 5 septembre, il reprit à petites journées le chemin de Weimar, et ce fut pendant le voyage qu'il composa son élégie, écrivant à chaque station ce qu'il avait médité dans la voiture. Le 13, il arrivait à léna, et quatre jours après il rentrait à Weimar. Le 2 octobre suivant, causant avec le chancelier Frédéric de Mûller de son aventure à Marienbad, il disait : « C'est un penchant qui me donne encore du mal, mais dont je triompherai. Iffland pourrait en faire une comédie, dont le sujet serait un vieil oncle qui chérit trop sa nièce ^ »

11 reconnaissait à Y Élégie de Marienbad un caractère particulier parmi ses poésies. « Elle a quelque chose d'immédiat, dit-il à Eckermann, elle est d'un seul jet, ce qui peut avoir profité à l'ensemble. » Si cela n'a pas profité à l'ensemble, on peut dire du moins que certains détails y ont gagné. On sait que sa manière ordinaire de composer était toute différente; il attendait que l'impression première

1. Gœthes Unlerhaltungen mit dem Kanzler FHedrich von Mûller, Stuttgart, 1870.

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