‹ Essais sur la littérature allemandeChapitre 16 sur 55 · LE DERNIER AMOUR DE GOETHE · texte numérisé non relu

LE DERNIER AMOUR DE GOETHE

fût bien fixée et calmée, qu'il pût la considérer en artiste ;ei lui donner ce qu'il appelait une forme objective. L'Élégie de Marienbad a été écrite, au contraire, sous le coup de l'émotion ; elle a de vrais élans du cœur, des retours de passion juvénile; elle n'a pas la beauté plastique des autres poésies de Gœthe.

Il garda par devers lui le manuscrit qu'il avait exécuté avec un soin religieux après son retour à Weimar. Il le plaça parmi ses souvenirs, à côté d'un verre sur lequel étaient gravés les noms des trois filles de Mme de Levetzow, et qu'il avait reçu d'elle au jour anniversaire de sa naissance. Après sa mort, le manuscrit fut remis à Mme de Levetzow, qui en fit don au Musée de Weimar.

Gœthe et Ulrique, après leurs adieux du 5 septembre 1823, ne se revirent jamais. Ulrique ajoutait quelquefois un post-scriptum aux lettres que sa mère écrivait à Gœthe. Dans une de ces lettres, du 6 septembre 1829, Mme de Levetzow disait :

« Ulrique est toujours comme elle était, bonne, douce, ménagère, d'une gaieté tranquille et d'une humeur égale. Elle s'occupe des enfants de sa sœur Amélie. Ses manières simples et prévenantes lui font des amis de tous ceux qui la connaissent : n'est-ce pas une condition de bonheur? »

Elle ne se maria pas. Un ami de la famille, qui la vit dans son extrême vieillesse, la décrit ainsi : « Elle possédait une force de volonté qui la faisait

triompher de sa faiblesse physique. Malgré aies quatre-vingt-seize ans, sa figure était à peine ridée, et un sourire se jouait toujours sur sa bouche. Elle inarchait droite dans son appartement, et parfois seulement, quand elle ne se croyait pas observée, elle s'affaissait sur un meuble. Quand sa femme de chambre accourait pour la soutenir, elle se défendait en disant : « Il faut que le corps obéisse au commandement de l'esprit. »

C'était une maxime vraiment gœthienne. Ulrique de Levetzow mourut le 13 novembre 1899, la dernière survivante des femmes qui ont été aimées de Gœthe et qui lui font cortège dans l'immortalité.

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