ÉLOQUENCE CANADIENNE
ri ère. Ces sujets, historiques pour la plupart, se rapportent à telle ou telle période de l'histoire sur laquelle l'élève n'a et ne peut avoir que des notions très vagues ; et le rhétoricien supplée alors à une information précise qui lui manque par des développements généraux qui se prêtent d'ailleurs à toutes espèces de mouvements oratoires. Dressé à ce genre de composition, il apportera plus tard dans la vie publique ces habitudes de parole où la banalité et l'emphase tiennent trop souvent lieu d'une pensée originale, et simplement et fortement exprimée.
Nous croyons beaucoup plus efficace pour la formation des esprits et l'éducation du goût littéraire, les méthodes que l'on emploie depuis longtemps déjà en France, et où le discours alterne avec la dissertation. Le discours pratiqué dans une sage mesure développe comme il convient les facultés oratoires de l'élève, pendant que la dissertation, qui doit être avant tout sobre et exacte, l'oblige à une minutieuse recherche des faits et à une invention plus personnelle des idées. L'exercice de la dissertation quand il est prudemment dirigé, et quand il porte sur des sujets appropriés à l'esprit des élèves, éveille beaucoup plus que le discours la curiosité intellectuelle, et il donne surtout ces habitudes de style où la simplicité et la précision élégante n'excluent pas, lorsque le sujet le comporte, l'élévation, l'éclat des image s et toutes L s hardiesses de la rhétorique.
Qui n'a pas été frappé souvent en lisant les principaux discours qui sont prononcés à la tribune française, ou dans ksa cadémies, de la souplesse merveilleuse, et aussi de la vigoureuse simplicité, nous revenons à dessein sur cette expression, de cette éloquence dont est généralement exclue toute espèce de pédantisme.
Nous croyons qu'il y a encore be aucoup à faire ici pour réaliser cette manière qui est la bonne, pour faire prendre à notre discours un ton plus mesuré pour en bannir toute fausse rhétorique. Et c'est pourquoi nous avons pensé devoir signakr aujourd'hui quelques-uns de nos graves défauts. Nous voudrions nous être trompés, mais si on y regarde de bien prè3, peut-être admettra-t-on que, en réalité, nous avons en quelque raison de faire cette critique de notre éloquence canadienne. Nous sommes à dessein resté dans Ls généralités pour n 'éveille r aucune susceptibilité. Nous savons que la critique trop sévère rend de très mauvais services à ceux qui s'essaient dans un genre quelconque de la littérature ; d'autre part, la critique trop complaisante et routinière, telle qu'on la rencontre souvent dans nos journaux quotidiens, ne peut qu'entretenir chez ceux qui lisent ou qui écoutent le mauvais goût, et chez ceux qui écrivent ou qui parlent des défauts dont il importe qu'on se débarrasse.
Août 1902.