FRONTENAC ET SES AMIS
PAR
M. ERNEST MYRAND
otre littérature canadienne s'enrichit tous les ans d'un grand nombre de travaux historiques, et nous ne pouvons que remercier et féliciter ceux qui s'occupent si activement à mettre en meilleure lumière notre passé, ceux qui tous les ans sortent de « l'écrin » quelques-unes des périt s ignorées qu'il enferme. Si notre histoire est belle, elle n'est pas facile à pénétrer, à raconter d'une façon complète et définitive. Nous sommts ici si loin de bien des sources! Et pour un québecquoii, par exemple, les archives d'Ottawa, de Londres et de Paris sont si peu commodes à consulter I II y a tant de documents auxquels tout le monde ne peut avoir accès ! Il faut donc avoir bien soif de la vérité, et être un chercheur résolu pour entreprendre toutes ces monographies intéressantes qui chaque année viennent au jour. Nous choisirons aujourd'hui, pour en causer, deux de ces ouvrages qui nous reportent, tous deux, au premier siècle de notre histoire.
M. Ernest Gagnon a publié sur Jolliet le livre le plus complet et le plus intéressant que nous ayons encore (1). Louis Jolliet est le découvreur du Mississipi et du pays des Illinois, et ceci même suffisait pour qu'il méritât de la part de nos historiens l'attention que M. Gagnon vient de lui accorder.
On ne dispute plus guère aujourd'hui à Jolliet sa gloire de découvreur. Au siècle dernier, on essaya, à plusieurs reprises, de reporter cette gloire sur Cavclier de la Salle. M. Pierre Margry, conservateur aux archives de la marine et des colonies, s'évertua, bien inutilement, à prouver que de la Salle avait, en 1669 et 1672, découvert
(1) Louis Jolliet, par Ernest Gagnon ; chez l'auteur, Québec, 164, Grande Allée.] 6 7C6 b
le Mississipi, quelques années donc avant que Jolliet ne l'explorât lui-même. Margry eut un disciple fervent dans la personne de M. Gabriel Gravier, mais la thèse de Gravier, développée dans ses Découvertes et établissements de Cavelier de la Salle, n'a pas davantage convaincu le public des savants. M. Gagnon a même jugé inutile d'insérer dans le texte de son livre les preuves qui établissent la priorité de l'expédition de Jolliet sur celle de Cavelier de la Salle, et de s'occuper des prétentions de Margry et de Gravier. Nous regrettons un peu, cependant, qu'il ne paraisse pas avoir assez souci de cette discussion historique. Sans lui donner une large place dans son livre, il pouvait tout au moins l'indiquer et la résoudre sommairement, et c'eût été une façon de rendre son étude plus scientifique et plus complète.
Que cette question puisse encore offrir quelqu 'intérêt, M. Alfred Hamy, dans un article qu'il consacrait, au mois de juillet 1902, au livre de M. Gagnon, nous le prouve bien, et il y fait mention d'un document que peut-être M. Gagnon n'a pas pu voir, d'un mémoire récemment découvert, lequel fut rédigé pour établir à la cour du roi que Jolliet et Marquette ont, les premiers, exploré le Mississipi, en 1673 et que La Salle a seulement complété leur découverte en 1682 (1).
Et puisque nous parlons des lacunes que l'on peut constater dans le livre de M. Gagnon, — les lacunes sont presque inévitables dans les travaux d'histoire, — disons tout de suite que nous aurions aimé voir au bas de la page cent soixante-dix une note garantissant l'authencité du discours si étrange et si perfide que tint, en 1668, aux députés des cantons iroquois le colonel anglais Dongan. Nous trouvons aussi bien vaguement établie l'affirmation, faite d'après un auteur, que Jolliet fut, pendant son séjour en France en 1695-1696, décoré du titre, de pilote royal. Quel est cet auteur, et quelle est la valeur de son témoignage ? son nom est-il seulement connu ? Enfin, pourquoi M. Gagnon n'a-t-il pas mis au commencement de chaque chapitre le sommaire que l'on trouve dans la table des matières ? Il nous aurait ainsi épargné la peine de recourir à la table avant d'attaquer la lecture de l'un ou l'autre de ces chapitres. Et il faut que l'on épargne de la peine au lecteur.
Mais nous n'insistons pas davantage sur ces détails, sur ces omissions, ni non plus sur l'obligation que l'on fait à l'historien d'aujourd'hui de donner au lecteur toutes les références utiles.
Au reste, nous aurions mauvaise grâce à le faire puisque M. Gagnon est bien un de nos chercheurs les plus consciencieux. Et c'est précisément cette très louable vertu de l'historien, l'amour et la passion de la vérité, que l'on aperçoit tout d'abord dans le beau livre que M. Gagnon a écrit sur Jolliet. On sait comment le dix-neuvième siècle, avec ses Thierry, ses Thiers, ses Fustel de Coulanges, ses Taine, a donné à cette vertu comme une forme nouvelle dans la conscience de ceux qui racontent le passé, et nous sommes heureux de constater que nos historiens canadiens s'inspirent de plus en plus des méthodes que de si illustres maîtres ont introduites et établies. M. Gagnon a, pour son compte, recherché avec soin tous les documents qui concernent Louis g
(1) Études, t. 92, p. 257.
LOUIS JOLLIET
Jolliet ; il les a parcourus attentivement, et il est extrêmement rare qu'il affirme quelque chose sans qu'il le prouve abondamment. Aussi a-t-il pu reconstituer avec beaucoup de sûreté toute la vie de son personnage, celle du moins qui apparaît dans l'histoire.
Louis Jolliet est né à Québec, à une époque intéressante entre toutes celles qui ont suivi l'établissement de la Nouvelle-France. C'est en 1645, très probablement au mois de semptembre, qu'il vint au monde. De bonne heure orphelin, il reçut des jésuites, dans leur Collège, sa première éducation. L'atmosphère de piété qui enveloppa ses jeunes années, fit monter vers Dieu toutes les aspirations de son âme d'adolescent, et, en 1662, à dix-sept ans, Louis Jolliet recevrait de Mgr de Laval la tonsure et les ordres mineurs. Mais les études du séminariste à peu près terminées, Louis Jolliet sentit s'éveiller en lui une autre vocation, et comme des goûts nouveaux. Il quitta l'habit ecclésiastique, s'embarqua en 1667 pour la France où, si nous avons bien compris un paragraphe un peu obscur du livre de M. Gagnon, il étudia l'hydrographie (1), et prépara ainsi sa carrière d'explorateur.
De retour à Québec dès l'année 1668, Louis Jolliet commence cette vie active, commerçante ou aventurière, qui va tour à tour l'emporter aux bords du lac Supérieur, sur les rives du Mississipi, à la baie d'Hudson, sur l'île d'Anticosti et au Labrador. C'est Jean Talon lui-même qui désigna Louis Jolliet pour diriger l'expédition du Mississipi, et c'est de M. de Frontenac, récemment arrivé à Québec comme gouverneur, que le futur découvreur reçut ses instructions dans l'automne de 1672. M. Talon attachait une grande importance à cette expédition ; il voulait trouver des moyens de communication avec la Mer du Sud ; il avait saisi de ce projet Colb.rt et le roi, et celui-ci avait offert de fortes récompenses à l'heureux explorateur qui le premier mettrait en relation par voie fluviale le Canada et les rives de cette Mer du Sud.
Déjà on connaissait l'existence du Mississipi. Un espagnol, Fernando de Soto, l'avait traversé, en 1541, pour se rendre de la Floride au pays de l'Arkansas ; mais de Soto n'avait donné que bien peu de renseignements sur ce large fleuve. Il s'agissait de le découvrir à nouveau vers sa source, de le descendre, de l'explorer, d'en étudier le régime, en un mot de le faire connaître. C'est à Jolliet, et à son compagnon de voyage le Père Marquette, que revient cet honneur et c'est pourquoi, au jugement de la postérité, c'est Jolliet, et non Fernando de Soto, qui est le véritable découvreur du Mississipi.
De retour de Québec en 1674, Jolliet épousa, l'année suivante, Claire -Françoise Bissot, qui appartenait à une des meilleures familles de Québec, et descendait de ces Louis Hébert et Guillaume Couillard qui furent ici les colons de la première heure.
La récompense qu'avait méritée le découvreur du Mississipi se fit quelque peu attendre. Toutefois, on n'oublia pas les services rendus, et, en 1680, Louis Jolliet reçut en partage l'île d'Anticosti, avec les droits de seigneurie, haute, moyenne et basse justice.
L'année précédente Louis Jolliet était allé rencontrer dans leurs éta-
(1) Voir Louis Jolliet, p. 13.
blissements les Anglais de la Baie d'Hudson, et plus tard en 1689 ou en 1690, il visita les côtes du Labrador,. Il mourut en 1699 ; la date précise de sa mort, comme celle de sa naissance, est inconnue.
Mais tout ceci n'est qu'une bien pâle analyse du livre de M. Gagnon. Si l'on veut vraiment connaître Jolliet, il faut le suivre à travers ces pages si précises où se développe en un cours facile et agréable toute la carrière du héros ; il faut voir tous les multiples incidents de la vie politique, militaire et sociale auxquels se trouve mêlé Jolliet, et que l'auteur a soigneusement recueillis ; il faut surtout étudier l'illustre découvreur dans ce milieu historique que M. Gagnon s'est efforcé de reconstituer.
M. Gagnon, en effet, a pensé avec tous ceux qui croient que l'histoire est une résurrection, qu'il ne suffît pas, pour faire connaître un personnage et le bien faire revivre sous le regard de la postérité, d'en dessiner un portrait isolé, détaché de tout cet ensemble d'hommes et de choses qui font à nos vies leur cadre naturel. Il a voulu remettre en plein mouvement toute la destinée si attachante de son héros, et pour cela il n'a pas reculé devant les plus longues et les plus laborieuses recherches ; il a, au prix d'un travail toujours consciencieux, refait pour ses lecteurs le tabkau de notre vie coloniale à la fin du dix-septième siècle. Nous remercions M. Gagnon de ce généreux dessein, et nous sommes sûr que tous les lecteurs de Louis Jolliet lui en sauront gré.
Et certes, la tâche pouvait bien tenter l'artiste qu'est M. Gagnon, et h curieux si avisé qu'il est aussi. Québec sous le règne — le mot ne paraît pas trop fort — de Frontenac ; Québec au moment où ses bourgeois et seigneurs essaient de se hausser à la mesure des ducs et marquis de là-bas, et où le gouverneur est une manière de Louis XIV ; la Nouvelle-France, à l'époque de ses grandes luttes et de ses grands développement, au moment précis où le canon des Anglais tonne sous le fort Saint-Louis et provoque les fières répliques du nôtre ; Québec et la Nouvelle-France de 1690 n'offrent-ils pas à la plume et au pinceau de l'historien les plus grandioses et variés spectacles, les scènes aussi les plus séduisantes ? Assurément le personnage de Jolliet ne pouvait que grandir au centre de ces décors que le machiniste — l'historien ne l'est-il pas un peu ? — • allait dresser et faire mouvoir sous nos yeux. Et c'était donc, chez M. Gagnon, à la fois bien comprendre l'histoire et bien servir son héros que d'élargir ainsi son sujet, que d'en déchire r en quelque sorte l'horizon trop étroit pour l'ouvrir à toutes les lumières qui le pouvaient reculer et embellir. Aussi nous- a-t-il donné sur l'époque où vivait Jolliet, sur ce dix-septième siècle du Canada dont nous, profanes, nous ne connaissons en général que les grandes lignes, les plus intéressants détails.
Mais si ce procédé, si cette façon d'écrire l'histoire a d'immenses avantages, elle ne va pas non plus sans périls. Il y a, par exemple, le danger de ne pas fondre suffîssamment toutes les parties de son travail, et de faire autour d'un portrait, qui est celui du héros, toute une série de tableaux qui l'entourent et l'écrasent. Il y a aussi le danger de s'étendre trop complaisamment sur des événements auxquels le personnage principal n'est pas assez mêlé. Ils'agit bien, en effet, pour l'his-
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torien de replacer en son milieu le héros qu'il étudie, et donc de le mettre au centre d'un tabltau dont tous les traits, dont toutes les ombres et toutes les couleurs n'auront d'autre fin que de le faire ressortir davantage. Et puisque ce héros est le centre du tableau, il faut bien encore que dans ce tabkau tout converge vers lui, et n'y soit placé qu'en fonction de lui. Tout ce qui, de soi ou par le fait de l'artiste, tend plutôt à s'écarter du personnage ou nous en éloigne inutilement, loin de contribuer à harmoniser les effets d'ensemble, ne peut que les affaiblir ou en briser l'accord. Et pour parler sans images, ce qui est souvent une façon d'être plus clair, tout événement, tout épisode, qui dans une monographie, ou dans un récit, n'est pas assez lié au sujet, distrait de ce sujet et constitue un hors-d'œuvre.
M. Gagnon n'a pas su, croyons-nous, éviter toujours ces très graves défauts. Et trop souvent, il nous a paru que Jolliet était le prétexte plutôt que le centre d'une foule de digressions qui embarrassent, embroussaillent le récit beaucoup plus qu'elles ne l'agrémentent. Les chapitres quelquefois se développent en une longue suite de considérations qui détournent de Louis Jolliet ou le font oublier beaucoup plus qu'elles ne l'expliquent. Rien sans doute n'est intéressant à étudier et à mesurer comme l'infuence d'un milieu donné sur l'état d'âme de tel ou tel personnage historique, et c'est d'ailleurs précisément ce qui rend infiniment utile en histoire la reconstitution de ces milieux. Mais encore faut-il ne les reconstituer que pour faire voir et mieux saisir l'action et la réaction du milieu sur le personnage, et du personnage sur le milieu où il vit. Si M. Gagnon parfois a bien réussi dans cette œuvre délicate, peut-être n'a-t-il pas toujours assez fortement marqué ce jeu d'influence et d'action réciproques. Il nous semble qu'il aurait pu assez souvent disposer plus méthodiquement ses pièces, ou souder plus solidement au sujet tels paragraphes ou même tels chapitres de son livre. Et par exemple, l'étude si curieuse et si instructive qu'il a faite de la musique à Québec au dix-septième siècle, comme aussi les longues et très justes considérations qu'il a écrites ou reproduites sur Frontenac, son caractère, son gouvernement et ses luttes avec les Anglais : tout cela pouvait fort bien, dans quelque mesure, entrer dans le sujet. Mais tout cela n'est-il pas présenté un peu à côté du sujet ? Et nous touchons ici évidemment à des lois très délicates de la, composition qu'on ne peut impunément violer. Il y a tout un art d'amorcer un paragraphe, d'attaquer un chapitre ou de bien faire venir un développement. M. Gagnon le connaît mieux que qui que ce soit; il le prouve très souvent, et il nous pardonnera si nous trouvons que souvent aussi il ne s'en préoccupe pas suffisamment.
Et puisque nous sommes en train de médire, pourquoi ne pas ajouter, avec une sincérité qu'on voudra croire bienveillante, que nous n'approuvons pas toujours la façon dont M. Gagnon tire parti des nombreux documents qu'il a si patiemment amassés. Les documents, ce sont les pièces justificatives que l'auteur doit étudier, contrôler, peser, avoir sans cesse sous la main et sous le regard ; il en exprime la vérité historique et comme la substance de son livre ; puis, cette vérité, il doit nous l'exposer ensuite dans un récit, dans une prose qui soit le plus possible personnelle. Or, M. Gagnon a cru devoir s'effacer
trop souvent devant ses précieux documents ; avec beaucoup trop de modestie, il compose des chapitres dont la moitié ou les trois quarts du texte ne sont guère que des citations ou des pièces authentiques. Ce procédé enlève beaucoup d'attrait à l'histoire ; il entrave sans cesse le cours des développements, et il nous déplaît d'avoir sans cesse à lire la prose des autres, où, ce qui est pire, de ces actes officiels qui sont rédigés dans la langue technique et barbare que l'on sait. Ne vaudrait-il pas mieux, sauf de légitimes exceptions, raconter-soi même, donner au bas des pages les références utiles, et renvoyer dans l'appendice toutes les pièces essentielles dont on pourrait sans dommage débarrasser le récit ? Faire autrement, c'est transformer l'histoire en une série de documents servis tout crus au lecteur, c'est empêcher la vie de circuler dans les développements, c'est faire se mouvoir les personnages, non plus à travers la réalité des scènes historiques, mais à travers les cartons poudreux des archives.
M. Gagnon a donc le respect, il a le culte du document ; il l'aime à l'excès, s'il pouvait être trop aimé ; il le substitue trop volontiers à luimême, il cite trop souvent les autres, et il ne se confie pas assez dans les forces toutes personnelles dont il dispose.
Cette réserve, nous allions dire cette modestie excessive de l'écrivain, elle apparaît encore lorsque M. Gagnon se trouve placé en face de cette grande nature dont son héros parcourt les si larges horizons. On sait que l'auteur qui a si diligemment recueilli ks vieilles Chansons populaires du Canada, et qui a reconstruit le Château Saint-Louis, est une âme vibrante, très sensible aux impressions que procure la beauté, dans la nature ou dans l'art. Cela, on le sent parfois, en lisant Louis Jolliet, à certains traits qui échappent à l'auteur, à certaines pensées très fines qui brillent à la pointe de sa plume. Il aimerait sans doute à décrire ces fleuves, ces forêts, cette nature si exubérante au contact de laquelle Jolliet a formé son esprit et rêvé ses projets, au milieu de laquelle il a dépensé sa vie. Mais à peine a-t-il entr'ouvert la porte d'or des descriptions qu'il la referme brusquement, et nous laisse avec le regret de ne pas apercevoir d'une façon plus nette et plus précise ce qu'il n'a fait que délicatement esquissé. Son livre y aurait pourtant gagné si avec plus de divination, avec une vision plus puissante des choses, l'auteur avait donné plus de relief et plus de couleur à ce d'histoire qu'il a pris soin de nous tracer.
Veut-on, d'ailleurs, se faire quelqu'idée de la manière dont M. Gagnon sait parfois faire circuler en ses pages le souffle caressant de la poésie, qu'on lise plutôt ce que nous détachons du récit de l'expédition tableau de Jolliet à la Baie d'Hudson :
« Quel contraste entre son exploration du Mississipi et ce voyage vers les régions boréales 1 La c'étaient « le grand fleuve endormi, » couché dans les savannes », les champs de cannes et de cotonniers ondulants sous le souffle de la brise tropicale ; ici c'était le Saguenay aux flots noirs, c'étaient des roches dénudées, des lacs encaissés dans les montagnes, des promontoires abrupts, des cataractes impétueuses, puis cette mer intérieure — mer de glace pendant six mois de l'année — qui a gardé le nom comme aussi le secret de la mort de son plus illustre explorateur (1) ».
LOUIS JOLLIET
C'est sur l'impression très agréable produite par ces quelques lignes que. nous laisserons le livre de M. Gagnon. Et nous sommes sûr qu'avec nous le lecteur souhaitera très vivement que M. Gagnon à qui la Société royale du Canada vient d'ouvrir ses portes, et que l'Université Laval a fait docteur ès lettres, continue d'enrichir par ses travaux notre bibliothèque canadienne.
Pendant que M. Gagnon concentrait tous les eilorts de son talent sur Louis Jolliet, et nous donnait sur notre dix-septième siècle de si utiles renseignements, M. Ernest Myrand s'attachait, lui aussi, à l'étude de ce siècle, et préparait sur Frontenac et quelques-uns de ceux qui l'ont plus ou moins approché les pages de son dernier livre, Frontenac et ses amis (2).
M. Myrand est depuis longtemps bien connu de tous ceux qui parmi nous s'occupent d'histoire. Il n'est guère, ici, de bibliot èques qu'il n'ait fouillées, ou de bibliophiles qu'il n'ait consultés. Je ne sais pas si nous avons à Québec de chercheurs plus âpres et plus retors. M. Myrand veut tout connaître, et surtout le dessous des cartes. Il est avide de ces faits minuscules qui parfois diriment les plus graves problèmes ; il poursuit l'incident comme d'autres font les grands événements ; il traque le détail avec une ténacité qui tient du prodige ; il pourchasse la nouvelle avec une curiosité maligne ; il excelle à tirer d'une lettre, d'un billet, d'un mot tout le sens qu'il croit qu'on puisse en faire sortir ; il surprend jusqu'aux gestes de ses personnages ; on dirait parfois qu'il a écouté aux portes des salons et des antichambres où causent ses héros, et même qu'il s'y est introduit ; peut-être venait-il d'en quitter les fauteuils ou la cheminée quand il est entré l'autre mois avec son manuscrit chez Dussault et Proulx.
Et ceci vous laisse assez entendre tout l'intérêt sans cesse remué que peut offrir son livre. Ajouter à cela que M. Myrand se jette lui-même en plein travers des événements et des discussions, qu'il les raconte et les conduit comme il lui convient, ou comme il plaît à son imagination ; que l'auteur se mêle sans cesse aux acteurs, joue lui-même avec eux son rôle qui est celui d'exposer, d'interpréter, de contester d'exalter, de rabaisser, de louer et de maltraiter. Et certes, s'il est vrai que tout à l'heure nous pouvions croire que M. Gagnon n'avait pas suffisamment, dans Louis Jolliet, affirmé sa personnalité, à coup sûr ce n'est pas à M. Myrand qu'il faudra maintenant adresser le même reproche. Aucun livre n'est plus personnel que Frontenac et ses amis, et en quelque sorte plus consubstantiel à son auteur. Le livre déborde d'originalité. L'auteur l'a médité longuement ; il l'a pétri du meilleur et du plus intime de ses pensées ; il l'a porté en lui-même, et il l'a vécu avant de l'écrire.
(1) Louis Jolliet, p. 147.
(2) Frontenac et ses amis, par Ernest Myrand, Dussault & Proulx, Québec.
Nous pourrions dire aussi qu'il l'a « causé ». Ce sont, en effet, des causeries que toute cette suite de chapitres qui constituent les deux parties de ce livre. Causeries faciles, tour à tour graves et légères, souvent badines, jamais monotones, toujours vives et animées ; mais causeries un peu décousues tout comme celles que l'on surprendrait dans le cabinet du plus homme d'esprit. De quoi l'auteur nous avertit d'ailleurs dans son avant-propos, et de quoi pourtant nous ne pouvons pas être de tout point satisfait. Il ne faut jamais écrire absolument comme l'on cause. C'est très commode à un auteur de nous dire qu'il veut converser, et de déclarer en fin de préface qu'on aura mauvaise grâce à lui reprocher l'indécision ou le désordre de son plan ; mais il est fâcheux tout de même que le critique, empêché de blâmer l'écri vain pour ce qu'il n'a pas mis en sa matière un ordre suffisant, en soit réduit à lui reprocher uniquement de n'avoir pas voulu en mettre. N'écrivit-on modestement qu'une simple causerie historique, comme le prétend faire M. Myrand, qu'il ne faut pas pour cela se dispenser de distribuer les idées, les faits et tous les matériaux de l'œuvre suivant un plan logique, souple si l'on veut, mais réel et propre à satisfaire le lecteur.
Et voilà donc qu'après avoir loué M. Myrand d'avoir écrit un livre si rempli de pages originales, nous le chicanons déjà sur l'ordre des matières. Bien plus, au moment où nous voulons avec le lecteur parcourir ce livre, nous sommes arrêté déjà par le titre luimême qui ne nous a pas paru annoncer assez exactement ce qu'il a mission de faire entendre. Frontenac et ses amis : cela veut dire sans doute que Frontenac est au centre de l'œuvre, et que les amis sont tout autour groupés. Or, il ne semble pas que ce soit M. de Frontenac qui occupe ici la meilleure et la plus large place, mais c'est plutôt de Mme de Frontenac qu'en ces pages on étale plus complaisamment le personnage. Au surplus, je me demande si l'auteur n'eût pas mieux fait le ramasser en une première partie, et de le disposer, et de l'ordonner et de le faire voir dans un ordre lumineux, tout ce que l'on sait des relations de Monsieur de Frontenac avec son « amie » Madame de Frontenac. Que si, d'ailleurs, vous me demandez maintenant pourquoi celle-ci est, dans ce livre l'amie plutôt que l'épouse de son mari, je vous répondrai que pour une cause que l'on verra, Madame de Frontenac ne mérite pas même d'être mise au rang dts amis intimes de son époux, et que M. Myrand l'a plutôt logée dans cette partie de son étude qui est consacrée aux seuls amis politiques.
Et ceci même irait contre le dessein de M. Myrand, et contre sa thèse — car ce livre est aussi une thèse — s'il avait voulu nous prouver que Madame de Frontenac, séparée, a-t-on dit, d'un mari avec lequel elle n'aurait jamais plus voulu se réunir, lui est pourtant restée sincèrement attachée. Mais il ne paraît pas tenir beacoup à pousser jusque-là sa démonstration (1) ; et il ne songe vraiment qu'à établir
(1) Ces lignes, qui nous ont été inspirées par l'ouvrage que nous analysons, ne répondent plus à la pensée dernière de M. Myrand sur le grave sujet des relations de Frontenac avec sa femme. Depuis qu'il publia Frontenac et ses amis, M. Myrand a plus minutieusement encore étudié son personnage dans les Mémoires de Saint- Simon, et ceux de Melle de Montpensier. Or, il en est arrivé à cette conclusion, qui nous parait plausible, qu'aussi longtemps que Frontenac résida en France, les deux
LOUIS JOLLIET
que Madame Frontenac, vivant à Paris, au palais de V Arsenal, la vie mondaine, pendant que son mari vieillit ailleurs dans l'isolement, n'est pas coupable de cette situation, est restée femme honnête, vertueuse, et qu'elle s'est même employée de toutes ses forces à assurer la fortune politique de ce mari. Voilà bien surtout pourquoi le livre dont nous parlons a été écrit. Réhabiliter Madame de Frontenac, la venger des historiens et des censeurs qui en ont médit, et qui ont laissé planer sur sa vertu les plus graves soupçons : c'est à quoi M. Myrand voue son érudition, et sa verve ; c'ets à quoi il s'applique, et tâche, et se dépense, s'acharne, et s'évertue. Il réussit à peu près à nous persuader : et de cela on ne saurait trop le louer ni non plus trop le féliciter.
Eh bian ! oui ; il peut se faire, il est à peu près historiquement certain que Madame de Frontenac, qui, aux yeux du monde, pourrait avoir le tort de n'avoir pas suivi son mari, ne fut en somme qu'une femme honnête, galante si l'on veut, mais de mœurs irréprochables, et qu'il faut reporter sur M. de Frontenac, sur le mari infidèle et trop assidu auprès de Madame de Montespan, toute la responsabilité de leurs mésintelligences. Il est très naturel que Madame de Fontenac, à rencontre de tant d'autres dames illustres de ce temps qui n'avaient pas les mêmes susceptibilités, ne se soit pas du tout accommodée d'une vie conjugale partagée, et qu'elle ait préféré un jour s'enfermer dans l'Arsenal et dans sa vertu. Il ne faut plus dès lors que respecter l'attitude de cette femme, de cette mondaine qu'à Versailles, et pour sa beauté, on nommait toujours la Divine. Comme le démontre très bien M. Myrand,on ne trouve rien dans les Mémoires qui puisse souiller la réputation de Madame de Frontenac, et il faut conclure avec l'auteur, c'est charité et c'est justice, que jamais cette déesse qu'entouraient les adorateurs et qui aimait l'encens, ne descendit de son piédestal.
Et partant devient absolument invraisemblable la légende du coffret inventée par la perfide tradition. Après la mort de M. de Frontenac, on aurait envoyé à sa femme un coffret d 'argent, d'autres disent de plomb, renfermant le cœur de son époux. La fière comtesse l'aurait refusé en déclarant « qu'elle ne voulait point d'un cœur mort qui, vivant, ne lui avait point appartenu » ! M. Myrand a fait bonne justice, croyons-nous, de cette légende, et nous regrettons seulement qu'il n'ait pas intercalé dans le texte même du livre la démonstration qu'il a si laborieusement, quoique d'une façon trop diffuse et un peu loquace, établie dans l'appendice.
Ce que M. Myrand a moins bien prouvé, semble-t-il, c'est la part très large qui reviendrait à Madame de Frontenac dans la fortune politique de son mari, et particulièrement dans la nomination de ce
époux no vécurent jamais séparés que « de biens ». Cette séparation suivit la cession de tous leurs biens meubles et immeubles que Frontenac et sa femme durent faire le 24 septembre 1664, six années seulement après la rupture avec cette Grande Mademoiselle dont Madame de Frontenac fut la maréchale de camp. Bédard, et ceux qui ont écrit après lui sur Madame de Frontenac, ne se seraient appuyés sur rien autre pour affirmer qu'après les événements de la Fronde « le comte et la com tesse de Frontenac vécurent séparés ». On lira avec intérêt les articles publiés sur Frontenac, en 1905 et 1906, par M. Mirand dans le Journal de Françoise, Voir surtout e« Journal, IV, 384.
dernier au poste de gouverneur de la Nouvelle -France. Car, ne l'oublions pas, M. Myrand prétend que cette femme, loin d'être étrangère à notre histoire, a en est un des personnages intéressants, considérables même, par l'influence qu'elle exerça sur les destinées politiques de la Nouvelle-France quand elle fit nommer son mari gouverneur (1) ».
M. Myrand y tient ; il l'affirme et il le répète aussi souvent qu'on voudrait qu'il le prouve. Et il l'aurait prouvé chaque fois qu'il l'affirme si seulement il était resté de cette intervention utile de Madame de Frontenac des documents suffisants. Or, ces documents, cette preuve positive ne paraît pas exister, et dès lors le lecteur n'est pas peu étonné d'entendre M. Myrand déclarer très haut que « Madame de Frontenac exerça deux fois à notre profit son irrésistible fascination : la permière, lors de la nomination de son mari (6 avril 1672) au poste de gouverneur de la Nouvelle-France, et la seconde, quand elle fit entrer Frontenac (7 juin 1689) dans son gouvernement de Québec ; que sans cette double victoire, — un chef-d'œuvre d'intrigue politique renforcée de rouerie féminine, — le Canada eût été perdu pour la France dès 1690 (2) ». N'est-ce pas beaucoup dire, et promettre beaucoup ? Et n'est-on pas en droit d'attendre, après cela, de la part de l'auteur quelque démonstration qui fasse voir à l'œuvre cette rouée comtesse ? M. Myrand pourtant s'en tient là, et n'a plus guère de paroles que pour remercier la Divine. Et l'on songe, en le lisant, qu'il a sans doute mis à affirmer une précision que soutient mal l'événement.
Bien plus, M. Myrand nous paraît avoir plus loin et peu à peu entamé et affaibli sa propre thèse. A la fin de cette même page quatrième, nous lisons :
a Le vrai consiste en ceci : la commission de Frontenac comme gouverneur du Canada lui fut obtenue par des amis heureux de tirer de la pauvreté un brave officier tout couvert de blessures ».
Et plus loin : « Qui pourrait dire sûrement, à l'exception de Louis XIV, si Frontenac avait été choisi grâce à l'influence de sa femme, au mérite de ses blessures ou au choix intéressé de la favorite (lisez Montespan)? La maîtresse du roi, anxieuse de lui prouver son amour et sa fidélité,... avait peut-être aussi multiplié les instances pour que son amoureux de prédilection (lisez Frontenac) fût, sous prétexte de récompense patriotique nommé à ce poste lointain (3) ».
Et plus loin : « Tous les historiens honnêtes (et M. Myrand en est un) attribuent la première nomination de Frontenac à un généreux désir de Louis XIV de tirer de la pauvreté un brave officier couvert de blessures (4) ».
A côté de tant et de si diverses influences quelle place y a-t-il donc pour l'influence décisive qu'exerça Madame de Frontenac ? Quelle est la nature et la mesure de cette influence ? Et que reste-t-il après tout cela du chef-d'œuvre d'intrigue politique renforcée de rouerie féminine deux fois combiné par la comtesse ? qu'en reste-t-il pour le lecteur,
(1) Frontenac et ses ami*, p. 8.
(2) Cf. p. 4.
(3) Cf. p. 15.
(4) Cf. p. 18.
LOUIS JOLLIET
si ce n'est, semble-t-il, les trop catégoriques affirmations d'un honnête historien?
Oh ! comme l'on aime mieux les pages si curieuses, si instructives et si nouvelles que M. Myrand a écrites sur les relations de Madame de Frontenac avec Madame de Maintenon ; sur la part très active que prit Madame de Frontenac dans certaines aventures de la France en sa qualité de maréchale de camp de la Grande Mademoiselle ! Avec quel intérêt sans cesse stimulé par la verve intarissable de l'écrivain ne lit -on pas aussi les chapitres où l'on voit, en leurs salons si galamment ouverts et remplis de si brillantes causeries, les Précieuses du Marais, les Frontenac et les Montmort ? Les détails que nous donne M. Myrand sur Frontenac ami des lettres, et sur le théâtre au Canada, sont encore autant de renseignements utiles dont il faut lui être reconnaissant. M. Myrand a sagement profité de l'occasion pour remettre au point, après M. l'abbé Auguste Gosselin, la légende de Tartufe joué, par ordre de Frontenac, dans les couvents des jésuites, des ursulines, et dans la salle des pauvres de l'Hôtel-Dieu. Les affirmations de l'abbé La Tour, reproduites servilement par un trop grand nombre de nos historiens, sont définitivement rayées de l'histoire, et la mémoire de M. de Frontenac se trouve d'autant déchargée.
M. Myrand à écrit un chapitre particulièrement intéressant sur Frontenac lui-même, sur les déboires de sa carrière politique, sur les tristesses qui avaient tant contribué à aigrir son caractère. Ce chapitre était annoncé déjà par ces quelques lignes que l'auteur avait tracées dès le début de son livre sur l'isolement où se trouvait Frontenac en son château Saint-Louis : « En vain, pour tromper son ennui, s'illusionner lui-même, ce friand de plaisirs mondains, cet ambitieux d'honneurs militaires, cet assoiffé de gloire s'ingéniait-il à transformer son palais en un petit Versailles. Vainement : cette cour factice, où la reine manquait, si laborieusement imaginée, ne lui rendait pas son foyer domestique à jamais disparu. Et ses lendemains de fêtes le trouvaient plus morose et plus triste (1) ».
La seconde partie du livre de M. Myrand nous fait connaître quelques personnages avec lesquels nous étions peu familiers : Henriette-Marie de Buade, sœur de Frontenac, que l'auteur nous introduit avec une émotion si vive et si tendre que l'on regrette qu'il ait ensuite trop peu de choses à nous en apprendre ; et Henri-Louis Habert, seigneur de Montmort, époux d'Henriette, et l'un des Quarante.
La maison des Montmort que fréquentaient Cassendi, Molière et Coibert, où l'on faisait cercle de lecture et où l'on jugeait les œuvres de l'esprit, fut le foyer aimable, sympathique ou se réfugiait le plus volontiers Frontenac. M. Myrand a essayé de le reconstituer sous nos yeux, de même qu'il s'est efforcé de nous faire deviner toutes les grâces qu'ailleurs répandaient autour d'elles, à l'Arsenal, où le duc du Lude, grand maître de l'artillerie, leur donnait une hospitalité viagère, les deux divines Madame de Frontenac et Mademoiselle d'Outrelaise.
Il y a peut-être, dans cette seconde partie, des pages où l'imagination construit trop complaisamment des scènes que l'auteur s'amuse à
(1) Cf. p, 10.
créer, à combiner, et dont il paraît tirer ensuite des conclusions aussi sérieusement qu'il le pourrait faire de faits historiques. C'est sans doute abuser de l'imaginative, et c'est entrtr à pleine voile, à propos d'histoire, dans le domaine inconsistant de la fantaisie. L'imagination mêlée dans cette proportion à la réalité, empêche le lecteur de bien discerner où s'arrête l'événement, où commencent les conjectures. Lisez la page qui est consacrée au duc du Lude, et quelques-unes aussi de celLs qui composent le chapitre troisième de la deuxième partie. Ces pages éblouissantes ne laissent pas d'éveiller en moi une certaine défiance que peut-être vous partagerez.
L'imagination, c'est, au surplus, une faculté très heureuse chez M. Myrand. Elle lui fait trouver les plus jolies choses ; elle met en son styL Ls plus brillantes couleurs, et elle le pénètre d'une vie qui excite, captive et entraîne en son courant le lecteur. Si ce don de l'image et des comparaisons imprévues, si ce don de la vie abondante et débordante n'induisait souvent l'écrivain en des digressions trop longues et trop fréquentes (1), ne le faisait exagérer parfois la portée des documents historiques, ne l'exposait à commettre qut lques fautes contre le bon goût, et surtout ne l'empêchait de lier suffisamment ses paragraphes et ses développements, il serait à M. Myrand le plus précieux de tous les auxiliaires dont s'entoure son talent. Il lui permet, en tout cas, de répandre sur tout ce qu'il a écrit la plus grande vérité, et aussi de prendre assez agilement tous les tons, depuis le léger et le badin, jusqu'au plus mélancolique, jusqu'au plus violent.
Peut-être même M. Myrand est-il quelquefois trop violent, surtout quand il rectifie une erreur, et qu'il doit combattre un adversaire. Il prête volontiers à ceux qui ne partagent pas son opinion des intentions qu'il ne voudrait pas qu'on lui reprochât à lui-même, et ceci est sans doute un excès de zèb. Oh ! soyons bons ! et que la douce charité inspire plutôt tous nos écrits, et lis imprègne de sa suave onction I C'est dans la charité que s'élabore la vérité. C'est par elle que doivent se rapprocher et s'unir dans un commun effort tous ceux que sollicite la louable ambition de créer la science.
Cette pensée très chrétienne sera celle de la fin. Elle nous presse, en terminant, de féliciter et de remercier très sincèrement M. Myrand pour le bon livre qu'il nous a donné. La justice, d'ailleurs, nous en fait un devoir, puisque, en ce livre de causeries historiques, l'on voit apparaître et briller les plus originales et les plus solides qualités de l'auteur.
Décembre 1903.
(1) Cf. la digression typique faite à propos de Vaugelas, p. 27
" PREMIER PÉCHÉ
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