‹ Essais sur la litterature canadienne. --Chapitre 8 sur 21 · ECCLÉSIASTIQUES ET ROYALISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUES ET ROYALISTES FRANÇAIS

quand elle fit imprimer à s s frais et distribuer un Nouveau Testament conforme à Ja version romaine et destiné à Vu.sa.ge du clergé catholique exilé pour la religion.

On pourrait croire que les cinquante pages que M. Dionne a consacrées à l'émigration du cLrgé français en Angleterre constituent un hors-d 'œuvre, et qu'il nous retient bien longtemps éloignés de son véritable sujet. Peut-être eût -il été préférabl ? d'en faire la matière d'une introduction à son ouvrage sur les Ecclésiastiques et les Royalistes français réfugiés au Canada : ce qui est certain, c'est qu'il était indispensable de nous mettre au courant de la situation faite à ces ecclésiastiques et à ces royalistes pendant leur séjour en Angleterre, puisque c'est précisément de l'Angleterre que nous sont venus nos prêtres français.

Longtemps le gouvernement anglais avait refusé aux évêques de Québec la p rmiseion de recruter en France leur cLrgé diocésain. On craignait que des prêtres venus de France, ravivant dans les âmes canadiennes le souvenir de l'ancienne mère-patrie, ne contribuassent à affaiblir, sinon à dissoudre, le lien colonial qui nous rattachait à la métropole. Mais quand l'Angleterre se vit envahie par L s proscrits de la révolution, et quand surtout, le premier enthousiasme philanthropique pa sé, il se fit par le moyen des journaux une réactien, et comme une progagande inquiétante qui mettait en danger le sort des prêtres exilés, on résolut d'acquiescer aux demandes de Mgr Hub.rt, évêque de Québec, et l'on songea à détourner vers le Canada le courant d'immigration qui affluait à Londres.

Or, ce fut comm,1 une panique parmi les immigrés quand le Comité de secours, à psu près dénué de ressources, leur annonça que L Canada pourrait être à plusieurs d'entre eux un asile bienfaisant et hospitalier. Franchir l'océan, et s'éloigner d'une telle distance, de cette France où ils espéraient un jour rentrer ! C'était en réalité un second exil, et plus lointain, qui allait commencer 1

Cependant trois prêtres d'une rare distinction d'esprit et de caractère furent choisis par Mgr de la Marche, évêque de Saint-Pol de Léon, qui dirigeait à Londres les affaires des proscrits, et furent envoyés à Québec pour préparer les voies à l'émigration nouvelle. MM. les abbés Desjardins, Raimbault et Gazd étaient accompagnés d'un laïc, canadien de naissance, M. de la Corne, lequel devait s'occuper de faire une place aux royalistes qui voudraient se réfugier ici. C'est dans l'hiver de 1793 que ces précurseurs arrivèrent au pays. Pendant l'été M. Desjardins correspondit avec Mgr de la Marche pour le renseigner sur l'état de l'Église canadienne, et l'engager à diriger vers Québec un nombre considérable d'ouvriers ecclésiastiques.

On attendit avec impatience les premiers vaisseaux qui vinrent de l'Angleterre au printemps de 1794, et l'on ne fut pas médiocrement déçu quand on n'en vit descendre que quatre abbés. Les prêtres français hésitaient à se risquer sur nos rivages ; ils avaient toujours l'œil tendu et fixé sur les côtes normandes ou bretonnes.

Cependant, d'autres vaisseaux apportèrent au pays pendant cette année 1794, treize autres ecclésiastiques, dont onze sulpiciens. En 1795, il ne nous en arriva que six; neuf vinrent en 1796; aucun en

1797 ; cinq en 1798 ; encore deux en 1799 ; un en 1801 ; enfin, en 1802, un sulpicien vint clore la liste des prêtres et séminaristes qui ont émigré au Canada de 1793 à 1802.

En même temps que ces ecclésiastiques, quelques royalistes appartenant à la noblesse française, vinrent ici chercher refuge et fortune. Ils s'établirent dans la province du Haut-Canada, et M. le docteur Dionne consacre les deux derniers chapitres de son premier livre à nous raconter cet établissement.

Nous disons les deux derniers chapitres de son « premier livre », car il y a deux livres dans le volume que vient de publier M. le docteur Dionne : deux livres distincts, et si différents que le second est précédé d'un Avis au lecteur : et l'on sait qu'un Avis au lecteur est une chose extraordinaire et qui ne manque jamais d'étonner un peu le lecteur quand on le rencontre à la page 169e d'un volume.

Donc, dans son deuxième ouvrage M. le docteur Dionne raconte par le menu la biographie des quarante-cinq prêtres français émigrés au Canada. On soupçonne déjà l'intérêt très variable de ces quarantecinq biographies. La vie du prêtre occupé au ministère paroissial est d'ordinaire aussi modeste qu'utile, et se elle est remplie de bonnes œuvres elle est aussi parfois d'une régularité et d'une discrétion qui déconcertent la curiosité de l'histoire. Aussi M. Dionne a-t-il pu souvent enfermer en deux pages tout ce que l'on peut savoir des excellents missionnaires ou curés que nous avait envoyés la persécution religieuse. Quelques noms cependant brillent d'un plus vif éclat à travers cette liste de proscrits : Messieurs Desjardins, Raimbault, Roque, Sigogne, de Calonne. Ces prêtres, et tous leurs collègues venus de France donnèrent toujours au clergé canadien l'exemple très salutaire d'un dévouement inépuisable ; ils acceptèrent avec empressement les situations les plus pénibles, et on les vit porter en tous sens leur activité et leur zèle dans le diocèse alors si étendu des évêques de Québec.

Voilà, en substance, et trop rapidement esquissé, le livre, ou les deux livres de M. Dionne.

Inutile d'ajouter que l'auteur a apporté dans la préparation et la composition de cet ouvrage tout le soin et toute la scrupuleuse et minutieuse attention dont il est coutumier. M. Dionne appartient à la famille des chercheurs, des curieux de bibliothèques et d'archives ; il se sent incliné vers le détail, vers le fait, le fait aperçu, trouvé, conquis le fait tout nu et beau de sa seule vérité. C'est un Allemand qui a pris le Saint-Laurent pour le Rhin, et qui s'est tranquillement installé sur ses bords, et s'y est fait une belle et large place.

Mais comme ses frères de Berlin, il est plus soucieux du fond des choses que de leur forme, et il a pris au pied de la terre le mot de Brunetière, à savoir que l'on écrit toujours assez bien quand on a quelque chose à dire.

On sait quelle fortune a eu longtemps Rohrbacker dans tous les réfectoires ecclésiastiques de France, et de Navarre. Il avait écrit son Histoire de U Église pour qu'elle fût lue dans les grandes salles à manger, et pour qu'elle fût écoutée eu dînant : et il déclarait un jour que c'est pour cela précisément qu'il en avait fait le style sobre et rude.

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