ECCLÉSIASTIQUES ET ROYALISTES FRANÇAIS
M. Dionne a fait sienne cette manière d'écrire l'histoire ; et nous croyons même qu'il ne s'inquiète guère d'en prendre une autre. Il ne se préoccupe que des faits, et il laisse les faits se frayer eux-mêmes leur chemin dans l'esprit et dans l'estime des gens. Il opine qu'il est dangereux de prendre pour devise la parole de Michelet : VHistoire est une résurrection, attendu qu'il pourrait bien arriver à l'historien de croire qu'il ressuscite alors qu'il donne vie à des choses qui n'ont jamais existé que dans son imagination.
Donc, peu ou pas d'imagination, peu ou pas de grâce harmonieuse dans le livre de M. Dionne, et l'auteur se réjouit et se gaudit de n'en avoir pas voulu mettre. Le lecteur quelquefois s'en attriste, et il souhaiterait qu'on lui colorât un peu les tableaux, et qu'on lui évitât de se heurter aux angles des phrases, ou de risquer se perdre dans le dédale irrégulier de la période. Même au réfectoire, et surtout là peutêtre, nous apportons des exigences qui s'accordent mal sans doute avec la mortification chrétienne, mais dont est bien difficile que l'humaine nature puisse s'abstraire tout à fait.
Au reste, M. Dionne est toujours sûr de nous intéresser, parce qu'il nous instruit toujours. Ses développements s'avancent, gonflés et serrés, pleins et solides, et jamais on ne perd son temps à les suivre ou à les voir dérouler leur substance.
Les mots qu'il emploie sont empruntés à la langue toute simple et naturelle des meilleurs écrivains. Son vocabulaire est bien français, encore qu'il soit un peu court et monotone parfois. Ce n'est pas M. Dionne qui voudrait gâter par d'imprudents néologismes notre langue canadienne. Nous permettra-t-il pourtant de lui reprocher d'écrire souvent ce mot chapelinat qui est bien l'un des plus ternes et des plus plats que nous ayons inventés. Pourquoi se trouve-t-il sur toutes les lèvres, quand le mot chapellenie existe de façon si authentique, est encore si couramment employé en France? D'ailleurs ce que M. le docteur Dionne appelle un chapelinat n'est le plus souvent qu'une aumônerie, puisque le prêtre qui en est chargé doit exercer dans l'établissement qu'on lui a confié toutes les fonctions de son ministère ; et c'est donc, par exemple, aumônerie de l 'Hôpital-Général qu'il faudrait écrire au lieu de chapelinaU et c'est aumônier qu'il faudrait dire ou lieu de chapelain. Depuis quelques années on emploie couramment à Québec les mots aumônier et aumônerie ; les chapelains ont été chassés du calendrier officiel ; il reste à détruire les chapelinats.
M. Dionne ne refusera pas sans doute de s'associer à cette croisade, et ce lui sera un nouveau titre à notre gratitude et à notre louange.
Qu'il nous permette aujourd'hui de le remercier encore et de le féliciter d'apporter si souvent et si vaillamment son concours personnel et son laborieux travail dans le grand œuvre d'édification de la littérature canadienne.
Mars 1905.
HISTOIRE DE LA SEIGNEURIE DE LAUZON
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