‹ Essais sur la littérature canadienne [microforme]Chapitre 11 sur 22 · MADELEINE · texte numérisé non relu

MADELEINE

Montréal est la capitale du féminisme au Canada C'est là que se fixent le plus volontiers, et qu'aigui- ‘sent chaque semaine leurs plumes les femmes écrivains, les femmes apôtres des droits de leur sexe; et c'est donc de là surtout que rayonne leur influence, et que s'échappe tour à tour le fleuve ou le ruisseau de leur éloquence. Cette ville du commerce et des plus masculines agitations, est aussi le centre des moins « viriles» entreprises; elle attire vers elle les âmes les plus sensibles, et les plus sensitives; dans le mouvement colossal de ses affaires elle fait tourbillonner toutes espèces de tètes, et toutes sortes d'esprits. Si elle n'est pas toujours la patrie natale et la mère des cousines | qui y écrivent leurs chroniques, elle sait du moins les appeler, les faire venir, leur donner une généreuse hospitalité; et cette ville des puissantes compagnies financières fait donc aussi le trust des femmes qui ont du talent littéraire, et qui y vont chercher du pain, quelques idées, beaucoup d'assurance, et quelquefois un mari.

Françoise, Madeleine, Colombine, Gaétane sont les plus connues des journalistes en robe qui ont

causé ou qui causent encore dans les revues et dans les quotidiens à vingt-quatre pages, dans les journaux forts en herbe de Montréal. Nous ne voulons pas aujourd'hui parler d'elles toutes: ce serait assurément un trop vaste sujet, et pour le traiter suffisamment il nous faudrait —de quoi nous sommes privé—une agilité verbale dont le monopole n'est pas à Québec. Nous choisirons donc parmi elles, non pas la plus active, qui est probablement Francoise, mais une des plus agréables à lire, et qu'un récent hymen n'a pu arracher à sa table de travail: nous voulons dire la très bonne Madeleine.

Madeleine fait chaque semaine son bout de prose dans la Patrie, et, si nous sommes bien informé, elle n’est pas étrangère à cette Myrto qui règne au Nationaliste. Elle rédige, au fur et à mesure que se présente l'occasion et selon que le lui dicte l'inspiration du moment, son article, et il lui est arrivé un jour, il y a de cela deux ans déjà, de réunir en un volume ses Nouvelles et ses Chroniques, et d'en composer son Premier Péché.

Premier Péché! Le titre est bien un peu risqué, et sonne mal à l'oreille des prades dont nous sommes. Fallait-il donc tant compter sur l’humaine curiosité pour éveiller l'attention du lecteur et gagner au livre des sympathies? Certes, Madeleine n'avait pas besoin de mettre sur ça prose ce vocable pour la faire circuler; nous nous étonnons qu'elle s'en soit servi, et elle voudra bien nous pardonner notre ingénuité. Assurément, et bien

PREMIER PÉCHÉ d 173

que nous ne soyons pas jésuite, nous sommes autant que le Père Louis Lalande— qui a écrit pour ce Premier Péché un mot de préface—pitoyable à Madeleine; mais, dussions-nous paraître sortir de Port-Royal, nous lui reprocherons le titre dont elle a marqué son livre; et au lieu que l'excellent jésuite termine ainsi sa bénigne remontrance : «Allez en paix, et recommencez bientôt, » nous oserions dire, avec onction, à l'auteur du Premier Péché: « Allez en paix! oh! oui, Madeleine, goûtez la très bonne, la très douce paix qu'en votre âme si tendre vous souhaitez aux autres ; recommencez même si vous le voulez, mais, de grâce, sur le carton vert qui couvre et enveloppe vos pensées, effacez avec des larmes la trace rutilante de ce « premier péché ».

D'ailleurs, sous ce carton vert et sous ce titre rouge il y a tout ce qu'il faut pour intéresser ceux qui lisent et que ne découragera pas le texte trop fin de ces articles et de ces chroniques. Il ya là, en eflet, les choses les plus variées, les plus diverses, les plus graves, les plus légères, les plus utiles, les plus indifférentes, les plus mêlées qui se puissent rencontrer. Un tel livre échappe à toute définition. C'est un recueil: et vous savez tout ce que l'on peut mettre en un recueil. C'est une série interminable de petits articles que d'une main toute féminine et fort délicate l'auteur à égrenés tout le long de cent soixante-deux pages ; qui se suivent sans qu'ils s'appellent, et donc sans qu'on sache pourquoi ; qui se dispersent comme en se jouant et

avec grande aisance à travers tout ce volume, mais qui disparaissent, quelques-uns du moins, dès qu'on les touche, et qui fuient dès qu'on les aperçoit: bluettes légères, brillantes ou ternes, souvent gracieusés, pleines de larmes ou de sourires; bulles * éphémères qui reflètent d'ordinaire les plus chatoyantes couleurs, mais dont quelques-unes, dont plusieurs se fondent trop tôt ou crèvent trop vite sous le regard.

Si du moins une table nous permettait de noter au creyon et de retrouver facilement telle fantaisie, tel petit conte, ou tel récit que l’on voudrait relire! Mais de table des matières Madeleine n’a pas eu cure. © les livres sans table! à les auteurs qui ne font pas de table!

Peut-être Madeleine a-t-elle eu peur de dresser elle-même la longue liste de tant de choses si courtes, et de faire ainsi mieux saisir au lecteur toute la variété incohérente de son œuvre. Il lui était sans doute agréable de réunir les petits articles que chaque semaine elle écrit pour le journal, de recueillir avec soin les fragments épars de sa pensée, toutes ces miettes qu'elle laisse si généreusement tomber de sa table de chroniqueuse; mais à cela il y a aussi des inconvénients, puisque parmi les choses que nous écrivons pour le journal ou pour la revue, il y en a beaucoup qu'il ne faut pas déplacer de ce cadre qui leur était tout d’abord destiné et qui seul leur convient. Et Madeleine nous permettra bien de lui dire qu’elle aurait pu faire un choix plus rigoureux parmi les nouvelles et chroniques du

Premier Péché ; qu'elle a attaché à de certaines miettes trop d'importance, et que plus d'un fragment aurait dû rester dans la première corbeille, Il y a certaines choses, certains articles qui sont bien à leur place, et qui nous intéressent dans ces feuilles quotidiennes que chaque soir emporte dans l'oubli: chroniques ou causeries très agréables qui amusent un moment les lectrices oisives. Mais ces choses fragiles ne supportent pas qu'on les assemble, qu'on les groupe, qu'on en fasse des volumes. Feuilles volantes, elles avaient leur grâce légère et ailée ; reliées ou brochées, elles prennent des allures qui ne leur conviennent plus, elles ont des prétentions que ne soutient plus leur valeur.

Au reste, n'y a-t-il pas dans le livre de Madeleine assez de bons, de très satisfaisants articles pour que l'esprit et le cœur de la chroniqueuse s'y découvrent tout entiers? Car, il esi temps de le dire, et de le proclamer, il y a beaucoup d'esprit, il y a surtout beaucoup de cœur dans ce livre: et Madeleine y laisse paraître tour à tour, et avec une grâce variable et inégale, ses instincts de mora- | liste, sa tendresse et sa pitié de femme, sa foi patriotique; ses enthousiasmes de touriste, et son imagination de poète qui aime la nature.

Madeleine est moraliste, et, nous l'osons répéter, elle l’est par instinct. Elle est moraliste parce qu’elle est femme, c'est-à-dire parce qu'elle est née pour entretenir en l’humaine société les vertus de respect et de dignité, et parce que encore, étant femme, elle’ est aussi, et au meilleur sens des mots,

spiritualiste et chrétienne. Non pas, certes, que Madeleine soit moraliste à la façon des professeurs de philosophie qui énoncent beaucoup de principes et qui remuent beaucoup de théories. La morale de Madeleine est une morale toute pratique, une morale en action, qui se dégage sans doute, et tout d'abord, de sa vie personnelle, mais que l'on peut déduire aussi, —et c'est cela seulement que nous voulons ici faire, —de ses nouvelles et chroniques, de ces récits et de ses tableaux.

Et parce que la morale, pour être saine et efficace, doit reposer sur une juste conception de la vie, Madeleine s'applique et s’acharne, et s'évertue à démontrer, à prouver, à crier sur les toits que la vie n’est pas un vain jeu, ni un frivole amusement, mais bien plutôt qu'elle est un devoir, et que‘ceuxlà seuls sont dignes de la vie qui comprennent et qui pratiquent ce devoir.

Or, tout devoir suppose et exige le travail, et ne s'explique et ne se réalise que par lui. La loi du travail, telle est donc la loi de la vie. Cette loi fut gravée par Dieu dans toutes les consciences humaines, mais on sait comme il importe que l'homme la rappelle souvent à l’homme ; elle fut imposée comme une conséquence et un châtiment du péché, mais on sait encore qu'elle doit être acceptée avec empressement et comme la plus sûre sauvegarde de la vertu. Et c’est parce que l’homme ou la femme oublient trop souvent, dans certaines classes bourgeoises de notre société canadienne, cette loi du travail, et c'est parce que, sans cette

loi observée et amoureusement pratiquée, il est impossible de mettre dans la vie des joies saines et dans les foyers des bonheurs constants, que Madeleine prêche à ses lectrices, à ses amies, à ses anciennes camarades de couvent l'obligation et le devoir de travailler.

Oui, la femme elle-même doit travailler. Et quand surtout elle est placée sans soutien et sans secours au milieu du monde, et ne peut compter que sur son activité personnelle, elle doit avec courage se frayer à elle-même sa route dans la vie, et condamner ses meilleures énergies à l'inéluctable loi du travail. Au fond qu'y a-t-il de plus noble, et de plus louable? Et la femme travailleuse que l'on rencontre dans tous les domaines de l'action, dès lors qu'on l'y trouve appliquée à gagner le pain qui alimente sa vie, et à se dépenser pour le plus grand bien de ses semblables, cette femme n’estelle pas digne de tous les hommages et de tous les respects? Et si cette femme, au lieu de prendre l'aiguille ou de pédaler sur le métier à tisser, se sert de la plume pour écrire à ses sœurs, dans le journal ou la revue, de sages conseils, et répandre par ce moyen une salutaire influence, quel blâme lui peut-on adresser? Et lui faut-il vraiment jeter toujours au visage ce bas-bleu que très maladroitement on lui a quelquefois lancé? Et dès lors que cette femme ne sacrifie pas à ce ministère de ja plume ses devoirs plus graves et primordiaux de fille, d'épouse ou de mère, et dès lors aussi que

l'on me laisse la permission de critiquer sa prose, et de lui déclarer franchement, tout comme à un auteur masculin, qu'elle m'ennuie ou qu'elle m'intéresse, que sa tête est vide ou bien meublée, qu'elle écrit mal ou bien, qu’elle met trop peu de choses dans ses phrases ou qu'elle les y place de trop gauche façon, que voulez-vous que je lui dis», et que désiret-on que je lui reproche encore? Le féminisme ainsi entendu est-il donc si condamnable? Et le peut-on absolument condamner quand on sait, par exemple, pourquoi Madeleine a écrit, et comment et en quelle manière il lui est souvent arrivé d'écrire ?

La femme doit travailler. Lisez plutôt, pour vous en convaincre, ce petit chapitre que Madeleine a justement intitulé Morte-Vivante *. Comme elle est à plaindre cette femme qui vit, oisive et dégoûtée, dans cette maison somptueuse, dans ce boudoir parfumé, dans ce nid à rêves où s'étiole, sans joie et sans amour, une existence inutile ! « Et comme l’on comprend bien, conclut Madeleine, devant ces ruines vivantes, que le travail est nécessaire: il indique des devoirs, il fortifie les sentiments, il vivifie l'intelligence, donne la force à l'âme; et au cœur il diete le moyen de jouir du bonheur que l’on donne aux autres. »

Le travail est nécessaire, et il est honorable: et rien ne le prouve encore avec plus d'énergique assurance que cette harangue qui a pour titre les Vaillantes et les Lâches ®. Avec quel dédain Madeleine

(1) Morte-Vivante, p (2) Les Vaillantes hi qe ‘Lâches, p- 40.

regarde du coin de l'œil les deux jolies péronnelles qui viennent de lui apprendre avec de petits airs scandalisés que Marie X « gagne sa- vie », et qu'elle est reçue tout de même dans la meilleure société de Québec! Lisez plutôt ces phrases où l'apôtre féministe se montre à découvert, et avec quelque satisfaite complaisance :

D'où venez-vous done, vous qui ne savez pas encore qu'un préjugé sot et ridicule a été banni de chez nous, et que nous sommes loin du temps où une femme ne pouvait sans déchoir, demander au travail le pain libre: celui sur lequel ne pèse aucun impôt, celui de l'indépendance, pétri de nos mains, arrosé de nos sueurs souvent, mais toujours si bon, si réconfortant... ?

Gagner sa vie!!! Mais, est-il titre plus glorieux que cette noblesse acquise par notre intelligence, notre force, notre courage?... Ayez le courage, (6 femmes) de renier les derniers préjugés ; voyez dans la vaillante qui lutte pour la vie une sœur plus digne que vous, puisqu'elle a eu le sublime courage de descendre dans l'aréne où se livre la lutte journalière et d'y combattre jusqu'à la victoire.

Certes, elles sont heureuses, celles que l'existence gâte assez pour leur épargner les horreurs de la lutte; qu'elles savourent leur bonheur, sans insulter au sort d'autrui.

Et Madeleine, qui est aussi éloquente que Tiberius Gracchus quand il prêche la révolution économique et sociale, exprime tout son mépris pour la sotte vaniteuse, et toute son exaspération, dans cette formule plébéienne qui est son dernier mot: de la bétise, délivrez-nous !

Que si Madeleine proclame si hardiment la loi du travail, ce n'est pas, d'ailleurs, qu'elle le veuille faire servir, ce travail, à des fins égoïstes, et toutes

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personnelles. Il est rare que chez les femmes les idées ne se tournent pas très vite en sentiments, et il est plus rare que la femme, qui est une créature de dévouement, ne songe qu'à elle-même. C'est donc d'un très beau mouvement du cœur que procède le discours de Madeleine; et celle: -stime que si la vie est un devoir, que si la vie ::! etre purifiée et agrandie par le travail, elle es: aussi et surtout le devoir de se donner à autrui, elle est la très grave obligation de se dépenser pour les autres.

Et parce que, de toutes les formes de l'égoïsme, le célibat, quand il n'est pas une vocation sainte ou une nécessité, est une des plus odieuses, et parce que de tous les égoïstes ce sont les vieux garcons qui sont les plus méprisables, Madeleine s'attaque avec âpreté à cette classe de gens contre laquelle s'emportaient déjà les empereurs romains ; elle leur reproche d’avoir fermé leur porte et leur cœur aux généreuses affections, de s'isoler dans leur foyer; elle décrit avec une fine moquerie la solitude de leur cinquante ans, leurs rêves évanouis, leur vie stérile, et leur cœur sans joie. Ce sont des vies manquées que ces vies incomplètes, et ce sont des vies qui se terminent dans les désenchantements que prépare et qu'entraîne le culte exclusif de soi-même.

Vous qui avez fui le bonheur, sa vision vous poursuivra toujours de son éternel reproche, ce sera la funeste hantise de vos soirées désertes, de vos nuits sans sommeil. Nous, qui ne savons pas toujours vous donter la joie—nous vous refusons le droit d'être heureux sans nous! C'est la vengeance de vos ironies, de vos dédains, de vos délmssements, de vos craintes!

Vous voyant seuls, on vous laisse seuls... votre égoïsme est puni par d'autres égoïsmes : tout est manqué dans vos vies, même. vos plus sublimes charités. (1

Si vraiment il reste encore, dans le monde, des garçons qui sont vieux, et s'il s'en prépare quelques autres qui le deviendront, c'est qu'ils n'ont pas lu, et c'est que tous ne lisent pas cette page qu'Auguste eût fait afficher au forum, ou accroché à l'éperon des rostres de la tribune aux harangues.

Madeleine est dure pour les hommes inutiles, incomplets, pour les égoistes: que sera-t-elle, et que pourra-t-elle bien écrire pour et contre les méchants? Qu'est-ce donc qui peut toucher le cœur des méchants, et le convertir? Madeleine, qui a plus d'un grain de psychologie, le sait à merveille, et elle raconte l'histoire la plus navrante, l’allégorie la plus attendrissante qui se puisse lire, et qui est bien une des meilleures pages de son livre, Voyez vous-mêmes cette Fantaisie sur le thème Moinerie ®, et vous sentirez comme c'est mal d'être cruel et vois le comprendrez, et vous haïrez ce vice, et vous détesterez ces moineaux qui, un-matin d'automne, dans le jardin planté d'arbres canadiens, ont détruit sur la branche du poirier ke nid des fauvettes. Mais entendez seulement comme maman fauvette, toute meurtrie et déjà mourante, explique à l'enfant qui chaque jour revenait visiter le nid rempli d'oiseaux, la mort de ses tout petits,

(1) Vies manquées, p. 109-112, €) Cf. p. 137-140,

Ah! c'est que tu ne sais pas, toi, petite, qu'il y a des êtres méchants, mais tu l'apprendras plus tard. 1l y a des êtres à qui le sourire déplaît, et qui ne peuvent souffrir la joie—il y a des oiseaux traîtres, comme il ya des hommes fourbes. Jadis, au Canada, nos mères grands le racontent, les oiseaux vivaient bien heureux, tous s'aimaient et se protégeaient ; c'était l'âge d'or. Mais voilà qu'un homme qui devait être l'ennemi de la gent cilée fit venir de bien loin toute une troupe de barbares, et la lança contre nous. Cela s'appelait des moineaux; le nom est doux, mais l'oiseau est cruel et méchant. Depuis cette heure néfaste, il y a guerre chez nous, et si les nids ne sont pas barricadés, le vilain y pénètre, prend tout et tue. ll ne m'a même pas laissé Jes cadavres de mes petits... N'est-ce pas horrible, cela? fit la pauvrette dont la voix se faisait plus saccadée, plus mourante... Le moineau est un diplomate, sa robuste constitution lui permet d'affronter vos neiges, alors que nous, oiselets tout fréles, émigrons vers des cieux plus chauds; pendant notre absence, M. le Moineau et Madame la Moinelle font des complots contre nos fréles nids ; notre grâce et nos chants excitent leur jalousie. Pour mieux ressembler au loyal Baptiste, le moineau s'est embougriné d'étoffe du pays; c'est encore une ruse, et preuve qu'il n'aime pas « Baptiste », c'est qu'il s’acharne à sa moisson, comme il s'acharne à nous. C'est un. traître, c'est l’Iroquois des nations oiseaux, c'est lui qui m'a tué mes petits, c'est lui qui m'a tuée... Venge-moi!..

Puis la pauvrette ferma ses petits yeux, l'enfant lui fit une tombe de ses deux mains, et pleura, pleura longtemps sur la fauvette tuée par le moineau.

N'est-ce pas que tout cela est bien raconté, douloureux et convertissant? Qui de nous, après avoir lu cette page, voudrait être encore persécuteur et cruel pour les faibles, un méchant fourvoyé à travers les bons, un moineau parmi les hommes ?

Pour écrire des choses si simplement et si profondément saines et bonnes, il faut être bon

soi-même. Et la bonté est précisément ce qui déborde sans cesse du cœur et du livre de Madeleine, Cette femme est toute charité, et elle pénètre de cette vertu, de ce parfum les pages qu'elle écrit. Bonté, charité; amour, dévouement, sont pour elles des mots préférés, parce que sans doute ils expriment le mieux tout le fond de son âme, et tout l'idéal de sa vie.

Mais cet idéal, c'est au foyer domestique que la femme le doit surtout faire rayonner; elle est destinée et vouée aux affections et aux sacrifices de la famille, et c'est pour cela, assurément, que Madeleine a si bien parlé de ce rôle et de cette mission.

«La mère est une esclave, et elle bénit la chaîne qui la retient au berceau... Tout ce concentre là pour elle, et chaque enfant est à la vraie mère tout un monde! ‘’»

Jusqu'au dernier soir de leur vie, les vieux parents vont chercher dans les berceaux la joie qui rayonne sous leurs cheveux blancs.

«C'est leur vie qu'ils revivent alors: ils se rajeunissent de la fraicheur de ces printemps, ils aiment avec eux, et quant les petits, devenus grands, leur mettront dans les bras de légers paquets ficelés dans les dentelles et les rubans, d'où émergera une petite tête, ils pleureront leurs dernières larmes joyeuses devant cette triple vie; les enfants de leurs enfants 1?»

L'amour du foyer est un des liens les plus forts qui nous retiennent au sol de la patrie, et la femme

(1) Dernières Fleurs, p. 107.

(2) L'Aieule, p. 80.

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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