M. EDMOND ROY
8neurié.de Lauzon :
plus, qui le soient aut
nommer les quatre v
écrits sur le même sujet.
Voici,
historien a
Seigneurie de Lauzon, de cette terre très aimée dont ilest l'enfant. En 1897, il faisait paraître le premier volume qui raconte les origines de cette Seigneurie Ppements jusqu'à 1700: en xième volume, qui continue
qui conduit ce récit ju ; en 1904, le quatrième volume, qui le prolonge jusque vers 1825 ; et enfin, voici le cinquième qui comprend
() Histoire de la Seigneurie de Lauzon, par J.-Edmond Roy, Lévis, chez l'auteur, 9 rue Woife, 1904. Cinq volumes parus.
la période 1825-1836. Nous fermons ce dernier livre au moment où vont commencer les troubles politiques de 1837.
C'est donc l'histoire de l'une des’ plus belles régions de notre province qui se déroule à travers ces cinq volumes parus, et cette histoire devient de plus en plus attachante à mesure qu'elle descend vers nous, et qu'elle projette sur notre vie contemporaine une lumière plus intense. Nous aimons tant savoir l'origine dés choses qui nous entourent, auxquelles mille liens nous rattachent; et nous sommes si heureux de retrouver des noms familiers dans les livres qui racontent le passé!
Au surplus, la Seigneurie de Lauzon, l'une des plus anciennes de ce pays, —elle fut concédée à Simon Le Maître pour Jean de Lauzon, le 15 janvier 1636, — doit plus particulièrement intéresser les gens de Québec. Le territoire qu’elle occupe forme, sur la rive sud, en face de notre vieille capitale, un quadrilatère dont chaque côté a six lieues d’étendue. La Chaudière, avec le murmure discret qui emplissait pourtant jadis la silencieuse solitude des forèts vierges, et qui lui valut de la part des premiers colons le nom de rivière Bruyante, traverse cette région, et son embouchure constitue le point central de la borne fluviale. La Seigneurie se développe donc le long du Saint-Laurent, de chaque côté de la Chaudière, suivant une ligne de trois lieues de longueur. Saint-Joseph de Lévis à l’est, et Saint- Nicolas à l'ouest occupent les extrémités de cette ligne. “ é
Et c'est dans les limites de ce territoire, et aussi un peu et beaucoup à côté, que vont se succéder les événements grands et petits dont M. Roy fait le récit. Le livre qu'il vient de nous donner raconte l'une des périodes florissantes de l’histoire de la Seigneurie de Lauzon, et cette histoire s'introduit fatalement, et s’insinue et se prolonge à travers l'histoire même de notre Province de Québec. M. Roy s'intéresse tant aux gens de Lauzon qu'il les suit un peu partout, et il est, de plus, si agréable narrateur qu'il entraîne avec lui ceux qui le lisent.
Le livre de M. Roy est, d'ailleurs, d'une grande actualité, et tous ceux que passionne la question si importante de la colonisation Y trouveront sur l'histoire même de cette question, les renseignements les plus précieux. 1
L'année * 24, qui est en réalité la date où nous reporte tour d'abord l'auteur, marque le commencement d'un progrès considérable dans le développement des régions de Lauzon et de la Beauce. Jusque-là, tant d'obstacles s'opposaient à l'action efficace des colons! Et ceux-ci, abandonnés à euxmêmes, nullement encouragés par un gouvernement qui ne s'inquiétait seulement pas d'ouvrir des chemins à travers les terres colonisables, empêchés souvent d'étendre la zône cultivée par des spéculateurs qui gardaient en réserve des lots qu'ils voulaient vendre plus tard au poids de l'or, ne
(4) Nous signalons surtout, à ce propos, les chap. un, 1v, et v, de ce cinquième volume.
pouvaient même pas faire reconnaître par l'État les nouvelles paroisses qu'ils avaient fondées. Aussi les habitants de Lauzon restèrent-ils longtemps enfermés dans les limites étroites des anciennes paroisses, et celles-ci regorgeaient d'une population qui n'aurait demandé qu'à s'étendre et à se dilater. C'est alors que les jeunes, plutôt que d'étouffer sur place, ou de risquer une vie misérable dans des terres neuves où on les ignorait, commencèrent à s'en aller vers les villes du Canada ou des États- Unis, et à entreprendre les longs voyages dont souvent ils ne reviennent pas: et ainsi se faisait déjà l'émigration des nôtres vers l'étranger.
Mais le seigneur Taschereau, de Sainte-Marie de la Beauce, ayant réussi, en 1824, à faire ériger civilement la paroisse de Sainte-Claire, cet événement donna courage aux colons de Lauzon; ils insistèrent eux aussi pour que l’on conférât l'existence légale à de nouvelles paroisses, et bientôt l'on vit se multiplier dans cette Seigneurie où il n'y avait encore que les trois paroisses de Saint-Joseph de Lévis, Saint-Henri et Saint-Nicolas, de nouveaux . centres de vie religieuse. Les paroisses nouvelles se détachèrent des anciennes, comme des fruits mûrs de l'arbre qui les a trop longtemps portés. En 1895, fut fondé Saint-Anselme; en 1828, Saint- Jean-Chrysostôme; en 1829, Saint-Isidore. Et dès lors, une poussée vigoureuse et hardie fit avancer © le long des rivières Etchemin, Chaudière et Beaurivage, des groupes de pionniers qui allèrent y abattre la forêt, etensemencer des champs nouveaux.
Et c'est précisément à cette époque, au moment même où un flot puissant de population se dirigeait vers les pentes des Alleghanys que l'on agita la question des frontières du Maine. Les habitants de la côte sud, encouragés et mis en mouvement par le patriotisme ardent du docteur Blanchet, demandèrent au gouvernement, en 1827, que l’on assurât à la Province de Quéhec le territoire baigné par la rivière Saint-Jean. Malheureusement cet appel n'eut pas de résultat pratique. Et l'on sait que cette dispute de frontière ne devait finir qu’en 1842, par ce désastreux traité d'Ashburton, où nos droits et le bons sens furent sacrifiés par les Anglais à la gioutonnerie américaine. Nous perdîmes, par ce traité, sept mille milles carrés de notre territoire, et plus de deux mille Canadiens français établis dans la vallée de la Madawaska se trouvèrent livrés à l'étranger.
Cette question de la colonisation a fait quelque peu éclater le cadre qui convient à l'histoire de la Seigneurie ne Lauzon, et elle transporte souvent le lecteur en des régions lointaines où il ne lui déplait pas, du reste, de promener sa curiosité.
M. Roy, d'ailleurs, revient facilement à -son sujet, et il le resserre, et il l'étreint d’une science certaine et précise. Quelles Pages toutes palpitantes d'intérêt, surtout pour les citadins de Lévis, que celles qu'il a consacrées à l'histoire de leur ville si pittoresque et si gracieuse! Elle s'appelait alors Aubigny, nom dont l'avait décorée, en 1818, son fondateur, le seigneur Caldwell, en l'honneur du
duc de Richmond, alors nouveau gouverneur, lequel ajoutait à tous ses titres de noblesse, celui, bien français, de duc d’Aubigny. M. Roy connaît son Lévis par cœur, et il nous conduit donc à travers toutes les rues et couloirs de la ville naissante et grandissante. Il sait aussi combien il en coûtait aux premiers Lévisiens pour acheter un lot sur la falaise, et pour regarder couler le fleuve à travers les frais bosquets; et ce lui est une occasion de faire dans des pages ardentes le procès du régime seigneurial. Certes, les seigneurs n'auront pas à se féliciter de l'oraison funèbre dont M. Roy salue leurs institutions disparues.
Au reste, Sir John Caldwell, le seigneur de Lauzon, qui menait en ses terres une vie fastueuse, ne fut pas toujours lui-même très agréable à ses censitaires. Il ne le fut pas toujours non plus au peuple de la province puisqu'il crut devoir prendre dans le trésor public, dont il était le gardien, des sommes considérables qu'il ne put jamais rembourser.
Sa charge de receveur général, pour laquelle il ne lui était donné qu'un minime salaire, l'autorisait à -mployer les deniers publics pour des industries particulières, à la condition toutefois d'en rendre un compte exact. Caldwell puisa donc dans la caisse provinciale pour acquitter des obligations personnelles; mais ces dangereuses manipulations aboutirent, contre son gré sans doute, à une déplorable et rüineuse catastrophe. Et le livre de M. Roy se termine au moment même où Caldwell,
désireux de réparer une partie de ses injustices, vient d'offrir aux députés, qui en paraissent ass z embarrassés, la Seigneurie de Lauzon.
A l'histoire de la Seigneurie de Lauzon, de ses habitants et de son clergé, se rattachent presque toutes les grandes questions politiques ou religieuses qui aient occupé les esprits dans la Province de Québec. Et c'est pourquoi, nous n'en voulons donner qu'une preuve, M. Roy consacre un long chapitre de son dernier livre à la question si brùlante des notables, qui fut portée et discutée à la Chambre des députés en 1831. Le projet de loi Bourdages, qui reconnaissait aux notables le droit de prendre part aux assemblées de fabrique, souleva les passions les plus violentes. Le clergé, qui était part'culièrement intéressé dans cette querelle, dut faire connaître son avis, et ce fut pour quelques députés, entre autres Papineau; Bourdages et Lagueux,—ce dernier représentait le comté de Dorchestrr, et donc, en ce temps-là, les citoyens de Lauzon, —l'occasion de débiter sur la puissance cléricale tous les lieux communs oratoires que la rhétorique libérale faisait depuis longtemps circuler. Ces violences ne réussirent pas, d’ailleurs, à faire passer le nouveau projet de loi.
M. Roy a écrit sur cette question des notables
des pages extrêmement intéressantes. Il se jette, :
d'ailleurs, lui-même en travers de la discussion, et il dit sur le compte des marguilliers les choses les plus désagréables. Il ne demande rien moins que