NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
un ami, il arrive que les plus curieuses, ou les plus touchantes coïncidences ont parfois déterminé le choix de ces vocables qui servent à désigner les lieux. La plupart de nos noms géographiques sont les témoins irrécusables d'un événement historique,
à moins qu'ils ne rappellent plutôt la mémoire des anciens seigneurs et pionniers, qu'ils ne consacrent
la carrière des ministres, députés et curés, ou qu'ils ne dessinent en leur signification pittoresque la configuration des choses qu'ils représentent. Et si vous voulez connaître tous ces secrets historiques ou syinboliques que recèlent tant de noms, et, par exemple, ceux de Kamouraska, Bellechasse, Berthier, Saint-Denis de la Bouteillerie, Beauport, Portneuf, Ottawa, Cap Tourmente, Cap au diable, Cap Trinité, Cap Santé, Pointe-au-Pic, lac des Commissaires, Rivière-Ouelle, Saint-Roch et Saint- Sauveur, lisez ou plutôt consultez le livre de M. Roy. Vous verrez que Kamouraska signifie dans la langue des Cris : ! y a du jonc au bord de l'eau k que Berthier (en bas) est ainsi appelé du nom d'Alexandre Berthier qui fut le premier concessionnaire de la Seigneurie de Berthier, laquelle était plus connue à l’origine sous le nom de Beilechasse ; et que le nom même de Bellechasse fut d'abord donné aux islets qui se trouvent en face de Berthier, islets que Champlain, en 1629, désigne sur sa carte du nom d'Iles de chasse. Vous apprendrez encore, si vous ne le savez déjà, que la Canardière, près de Québec, est ainsi nommée à cause du grand
nombre de canards sauvages qui venaient s'abaitre sur ses grèves ; que le motCarada, c'est M. le docteur Dionne qui l'affirme, a été donné à ce pays par les Iroquois qui l'habitaient encore au temps de Jacques Cartier, et qu'il signifie ville, village, amas de cabanes, bourgade ; et que le mot Québec, sur lequel on a tant disserté, est un mot indien, c'est M. l'abbé Amédée Gosselin qui le démontre cette fois, et que ce mot signifie détroit, rétrécissement, c'est bouché, c'est obstrué. Et vous devinez quel fleuve, à Québec, se rétrécit, se bouche et s’obstrue.
Sur tous ces noms et sur près de deux mille autres, M. Roy dit tout ce qu'il sait, et ne dit que ce qu'il sait. Et donc, s'il arrive que tel ou tel vocable ne peut être placé en pleine lumière d'érudition, l’auteur des Noms géographiques vous en avertit avec toute la sincérité qui caractérise sa méthode et son travail.
Au reste, M. Roy a beaucoup cherché et s'est très abondamment informé. On nous dit qu'il a commencé à rassembler les matériaux de ce livre sur les bancs du collège, et que depuis il s'est sans cesse inquiété de le compléter. 11 met donc à profit toutes les ressources de son érudition. Il demande à ceux qui travaillent, et plus particulièrement à . ceux qui se sont avisés d'écrire la monographie de nos paroisses d'utiles renseignements. Déjà le Bulletin des Recherches historiques, que dirige M. Roy, avait traité quelques-uns des problèmes
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géographiques que l'on retrouve dans le livre qui vient de paraître; le Bulletin du Parler français est également mis à contribution pour les quelques études qu'il a publiées sur ce sujet. Et M. Roy transporte dans son ouvrage, sans même en briser la forme, les articles qui répondent avec précision aux noms dont il recherche l'origine ou l'explication. Il attribue, d'ailleurs, avec soin aux collaborateurs de son œuvre, la paternité littéraire de toutes les pages qu'il leur emprunte.
Parmi.ceux qui, avant M. Pierre-Georges Roy, se sont essayés à découvrir le sens et l’histoire des noms géographiques, il faut signaler l'abbé Louis- Edouard Bois, qui fut bien l’un des archéologues les plus curieux de son temps. Ce québecois studieux, cet excellent curé de Maskinongé, qui entre deux dimanches trouvait le moyen de tant écrire et collectionner, s’est occupé d'établir lui aussi une sorte de dictionnaire des noms de nos paroisses canadiennes. Et c’est sans doute à bon droit que M. Roy lui attribue une étude parue dans la Minerve du 17 mars 1874 sur les noms géographiques de notre province. M. Bois écrivait alors, sans pouvoir s’en douter, la préface du livre de M. Roy. Et celui-ci a donc eu raison de mettre en premières pages de son répertoire cet article fort suggestif, et d’une lecture rapide et attachante.
On y voit comment à l'origine de ce pays, alors que les seules routes de colonisation étaient les fleuves et les rivières, «ces chemins qui marchent »,
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comme les appelait Pascal, ce sont les noms de ces fleuves et de ces rivières que l'on donne aux premiers établissements. Les noms des lacs, des montagnes et des -bois près desquels s'élèvent les premières habitations sont aussi transportés à ces centres nouveaux de population: Ja frènière, la chenaie, les grondines. Les paroisses portent encore le nom du premier colon, ou du seigneur concessionnaire. Et quand les paroisses se multiplient, on leur donne des noms de saint que l'on fait suivre du nom primitit de la région: Sainte- Anne de la Pocatière, Saint-Louis de Lotbinière.
Faut-il ajouter que la fantaisie et la malice populaires se sont ingéniées parfois à nommer la Grillade, Vide-Poche, l'Enfer, le Cotillon certains lieux où les habitants pratiquaient des mœurs spéciales et caractéristiques ?.
Après la cession du pays, les Anglais ont essayé de répandre partout dans notre province des noms anglais, afin de lui donner davantage la mine d'un pays conquis et britannique. Les noms officiels de nos divisions électorales ont longtemps sonné faux à l'oreille de nos pères: Northumberland, Cornwallis, Dorchester, Effingham, Devon, Buchinghamshire, etc.; on s’est longtemps plu à baptiser de noms anglais les cantons nouveaux et les bureaux de poste: South-Quebec, c'était Lévis. Mais le patriotisme et le bon sens ont plus tard . repris leurs droits. Et nous n'avons qu’à continuer à conférer à nos paroisses nouvelles, à nos
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cantons et aux bureayx de poste le baptême des doux noms français. Veillons surtout à ce que la bureaucratie anglaise ne vienne peu à peu détruire l'œuvre commencée, Et dans cette province qui est nôtre, restituons à nos campagnes et villages des noms que nous puissions prononcer sans détour, et où s'annonce l'harmonie du parler ancestrel. Imitons de beaux exemples, et changeons Kingsburg en Villeroi, Hedleyville en Limoilou, Lyster en Sainte-Anastasie, et Somerset, que nos habitants ont toujours confondu d'ailleurs avec «Saint-Morisset, » en Plessisville . Ajoutons ainsi de belles pages, et bien françaises, au livre de M. Pierre-Georges-Roy.
Et, en attendant, remercions encore cet érudit
chercheur de nous avoir donné un si beau travail. Il ÿ aurait sans doute à ajouter à ce répertoire quelques noms oubliés ou mal connus comme celui Lyster, il y aurait aussi à corriger quelques inexactitudes comme celle où l'on paraît établir entre le
dans la création à nos villages ou
urales, des n connu de ville.
Quelle grande dépense l'on a de ces termes commodes !
Papineauville, Cartierville, Fraser- Leclercville, Arthabaskaville, Victoriaville, Marieville, Pierreville, etc, etc. Bientôt notre Province en sera remplie, si l'on ne sait pas trouver autre chose. On dirait que F imagination des maires et des édiles de la campagne est frappée e 4 monomanie ou de stérilité. A moins que quelques-uns de nos villages, en mal d’être ou de paraître villes, aient voulu avec des mots corriger la réalité, et se soient précisément affublés de ce nom de ville pour avertir
les passants de leurs municipales ambitions.
pays de Lourdes de Mégantic et celui des Pyrénées une ressemblance qui nous parait bien fantaisiste, mais, en somme, l'œuvre est diligente et bonne, et faite de mains d'ouvrier,
Septembre, 1906.
PAR