M. WILLIAM CHAPMAN
Voici un livre et un recueil de poésies canadiennes qui a provoqué de vifs applaudissements.
C'est au bord et sous le bon et gai soleil de Paris qu'il a voulu faire éclore cette fleur de dant les dern
sa bienfaisante création.
faut de tant de soins félicit
quoi le soleil canadien, q
neiges blanches et poudreuses, ne conviendrait-i] pas le mieux à l'épanouissement des œuvres de chez nous ?
(D Les Aspirations, Poésies canadiennes, par W. Chapman, Paris, 1904.
Mais la France n'a pas laissé de bien récompenser ce grand dérangement du poète, et le zèle très louable et la grâce harmonieuse avec lesquels il a chanté ses «aspirations »; et tous nous avons approuvé et applaudi sincèrement quand nous avons vu l'Académie déposer sur le front du lauréat cette couronne symbolique, dont les rameaux souples et verdoyants s'étaient tant de fois entrelacés dans les rèves du barde canadien.
C'est d'ailleurs unetpiété toute filiale qui a inspiré le dessein et les démarches de M. Chapman, et qui l’a fait dédier à ses deux mères, à celle qui dort au cimetière sous «le sol que mai parfume,» et à celle qui vitet se souvient sur la terre des Gaules, l'œuvre qu'il avait si laborieusement préparée. Et il y a dans cette œuvre des strophes qui doivent sonner si agréablement à l'oreille de nos cousins d'outre-mer !
M. Chapman aime la France. Et il convient de l'en remercier à une heure où un trop grand nombre des nôtres ne savent plus apercevoir que le mal que fait à notre ancienne mère-patrie l'intolérance d'une politique antireligieuse ct antinationale; à une heure où parmi nous des esprits, dont le regard ne porte pas au delà de l'heure présente, verraient sans peine se rompre toutes relations intellectüelles ou cordiales avec cette France qu'il faut toujours aimer pourtant, à laquelle il faudra toujours nous attacher par l'esprit et par le cœur si nous voulons rester sur ce contirient les missionpaires de l'idéal traditionnel, si nous ne voulons
pes nous laisser absorber tout à {ait par les influences étrangères qui se substitueraient bien vite à l'influence française: influences nouvelles et trop exclusivement utilitair.s qui déjà sont en train de déformer notre âme canine. C'est ignorer la France ou ne la con ir. que par les dépêches des journaux, que de ns voutoir con:prendre tout ce qu'il y a encore d'éniicimnent 1e». l'et sain dans sa littérature, dons ses 47.5. même dans ‘sa foi religieuse. Et ce serait con tpromettre le développement de notre formation in'eÏlectuelle, pour laquelle nous sommes euc: r {rop peu outillés, que de supprimer les contacts que notre esprit doit prendre avec l'esprit français. Et ce serait volontairement laisser encore se refroidir notre cœur,
aujourd'hui si incliné vers l'égoisme, que de ne vouloir pas le faire reposer souvent sur le cœur même de la vraie France. M. Chapman l'a dit en vers excellents :
La France! C'est pour nous la mamelle féconde
Où, dans sa soif sans fin, boit la lèvre du monde ; L'œil qui dans les brouillards du temps voit tout venir, Le bras qui guide au port la nef de l'avenir,
Le doigt qui fait tourner les feuillets du grand livre Où, cherchant l'idéal, l'esprit humain s'enivre (.
Ailleurs, le poète s'est plu à représenter la France Co nme un grand navire qui accomplit sur les eaux sa course hardie, et qui porte vers tous les rivages l'évangile de la plus merveilleuse civilisation ‘?,
(1) La Mère et l'Enfant, page 40. € @2) Navis patriæ, pp. 148-155.
Cette pièce enferme, à côté de strophes un peu lourdes, des couplets où s'exprime avec aisance la piété de l'âme canadienne.
La France est un vaisseau qui porte la science, La gloire, la raison, le droit, l'équité,
Qui, chargé pour le ciel des plus riches offrandes, Tendant à l'idéal ses voiles toutes grandes, Marche vers la justice et vets la vérité.
Tous les reflets du Pinde, Le drame, PAR Tous les éclairs de l'âme, et tous ceux de l'épée Se mélent sur son pont aux rayons printaniers. Il abrite en ses flancs le bien, le beau, l'utile, Et le souffle des chants d'Homère et de Virgile Caresse ses haubans et gonfle ses huniers.
Sur cette onde où parfois plus d’un peuple chavire. Nul ouragan ne peut renverser ce navire,
Et lorsque ses couleurs ne sont plus qu'un lambeau, Quand ses mâts sont rompus et ses vergues brisées, C'est qu'il doit aussitôt sur des eaux apaisées Apparaître plus fort, plus brillant et plus beau.
Le vaste voilier suit un vaste itinéraire ;
Et que le vent lui soit favorable ou contraire, Il traverse sans fin l'espace illimité.
Il est à tous les yeux la joie et l'espérance,
Il est le fier essor, il est l’élan immense
Du progrès souverain et de la liberté.
Dans cette France que célèbre le poète, il est un pays, un coin de terre que nous aimons par- ” dessus tout. C'est de là que fut un jour arrachée la tige qui fut plantée et qui fleurit'maintenant en plein sol canadien. M. Chapman a consacré à cette terre de Bretagne l'un des rares sonnets qu'il
y ait dans son recueil; et il y a bien dit son attachement aux falaises et aux landes du « vieux pays de l’Armor. *»
Je n'ai jamais foulé tes falaises hautaines,
Je n'ai pas vu tes pins verser leurs larmes d'or, Je n'ai pas vu tes nefs balancer leurs antennes, Pourtant, je te chéris, vieux pays de l’Armor.
Je t'aime d’un amour fort comme tes grands chênes, Vers lesquels bien souvent mon cœur prend son essor, Car sur nos bords, vois-tu, nous conservons encore Le sang pur qui toujours gonfla si bien tes veines.
Oui, je t'adore avec tous tes vieux souvenirs, Tes bruyères, tes joncs, ton granit, tes menhirs, Ton rivage farouche et peuplé de légendes.
Et lorsque Floréal revient tout embaumer, Dans la brise de l'est, je crois, le soir, humer Comme un vague parfum qui vicndrait de tes landes.
Parmi tous les liens qui attachent nos âmes et notre vie à l'âme et à la vie française, il en est un qui est infrangible et que nous ne laisserons jamais briser: c'est celui du doux parler des ancêtres.
Un jour, d’âpres marins, vénérés parmi nous, L'apportérent du sol des menhirs et des landes,
Et nos mères nous ont beïcés sur leurs genoux
Aux vieux refrains dolents des ballades normandes. (?
M. Chapman a essayé de chanter lui aussi la beauté, l'harmonie, la grâce de cette langue que nous parlons. Tout son livre, d'ailleurs, a été fait
(1) À la Bretagne, p. 65.
(2) Notre Langue, p. 61.
pour la glorifier. Et si M. Chapman, qui réussit rarement à composer une pièce où l'on n’aperçoive de nombreuses faiblesses, n’a pas toujours marqué en des vers suffisamment souples son culte pour la langue qu'il écrit et qu'il parle, il a défini parfois avec un rare bonheur d'expression les qualités essentielles du parler français.
Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères, Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois,
Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.
Elle a le charme exquis du timbre des Latins, Le séduisant brio du parler des Hellènes,
Le chaud rayonnement des émaux florentins, Le diaphane et frais poli des porcelaines.
Elle a le son moelleux du luth éolien,
Le doux babil du vent dàns les blés et les seigles, La clarté de l’azur, l’élair olympien,
Les soupirs du ramier, l'envergure des aigles.
Elle chante partout pour louer Jéhova, Et, dissipant la nuit où l'erreur se dérobe, Elle est la messagère immortelle qui va Porter de ia lumière aux limites du globe.
C'est cette langue que nous parlons et voulons conserver avec un soin jaloux. C'est avec son «doux babil» que nos pères ont chanté les refrains que nous gardons à nos lèvres.
Ils ont, ces vieux ‘efrains, dans leur rusticité, Comme un vague parfum des pins de l’Armonique.
Nous devons les savoir, parce que leurs couplets,
Où vibre incessamment une note sereine,
Sont comme les anneaux de l'infrangible chaîne Qui. malgré l'Océan, doit lier à jamais
Notre jeune patrie à la patrie ancienne. (!
C'est donc le patriotisme le plus pur qui anime et soutient le poète des Aspirations. La poésie, qui vit surtout du sentiment, s'accomode bien de ces enthousiasmes que nous mettent au cœur l'amour des choses du pays natal, et le rappel des grardset pieux souvenirs. M. Chapman a eu raison de s'exercer sur des sujets si féconds. Mais parce que, pour nous Canadiens français, le patriotisme consiste à aimer le Canada plus encore que la France, M. Chapman a écrit de nombreuses strophes pour célébrer tour à tour quelques-uns des grands événements de notre histoire.
Sur la découverte même du Canada, il compose l'un des plus longs poèmes de son recueil. Terre! est un fragment d'épopée où se donne libre carrière l'imagination du poète, et où, d'ailleurs, celle-ci s'élève et s'abaisse d’un vol assez inégal ®. Cartier erre sur les grèves de Saint-Malo, et il prête l’oreille aux rumeurs de découvertes fameuses que lui apportent les flots de la mer. Et toutes ces rumeurs
qui couraient dans les brises Éveillaient chez Cartier de nobles convoitises ; Et cet homme, amoureux du large flot grondant, Tenant son œil pensif fixé sur l'Occident,
() À M. ErnestdGagnon, à l'occasion d'une réédition des Chants populaires, p. 122.
@) Terre! pp. 20-32.
Brûlait de s'éloigner de la vieille Armorique, Afin d'aller porter à la vierge Amérique Resplendissant au fond de sa pensée en feu, Le drapeau de la France et l'étendard de Dieu.
Un jour, enfin, pour réaliser son rêve, et pour être utile à son roi, Cartier s'embarque et vogue vers cette prestigieuse Amérique. Avant de partir il est allé s'agenouiller avec ses compagnons d'aventure dans la vieille cathédrale de Saint-Malo. L'Emérillon, la Grande-Hermine et le Courlieu s'en vont maintenant sur là haute mer.
Et si quelqu'un, le soir de ce départ béni,
Se fut attardé, l œil plongé dans l'infini,
Au bord de l'Océan qui réprimait ses vagues, Il aurait entendu vibrer des lambeaux vagues D'un vieil Ave dolent que la brise de mai Apportait, par moments, du lointain embrumé, Où Cartier, entraîné vers des plages nouvelles, Venait de disparaître avec ses caravelles.
Les rudes matelots de Cartier luttent contre les fureurs de l'Océan qui se déchaîne, jusqu’à ce que
..….muselant ses flots écumeux et mordants, Étouffant par degrés leur râlement tarouche, La mer languissamment retomba sur sa couche Où semblaient brasiller des volutes de teu ;
Et le ciel, un matin, brusquement se fit bleu.
La vigie fait entendre enfin le cri tant espéré : Terre! Terre!
Et la terre monta dans la sérénité, De l'espace inondé des rayons de l'été, Dessinant des forêts et des grèves d'opale
Pleines d’une fraicheur suave et virginale.
Et quand le couchant d'or sombra dans l'Océan, —Lent, calme et solennel, un cautique géant Annonçait aux échos du Canada sauvage,
Que des braves venaient de fouler son rivage, Apportant avec eux—signe de liberté— L'étendard de la France et de la Chrétienté. ;
Rien n'est plus difficile à enfermer dans une poésie neuve et originale que le sentiment patriotique. Et c'est sans doute parce que nul thème n’a été plus souvent enguirlandé par les poètes. I] faut donc, pour renouveler ces sujets ou se complaît une âme éprise des grandes « vres de l’histoire nationale, le don rare d'une émotion intense, et aussi cette faculté non moins précieuse d’un esprit
qui sait déduire des événements et des choses des
conclusions et des leçons toujours nouvelles. La poésie ne s'alimente pas seulement aux sources de la sensibilité et de l'imagination: il sera toujours fort utile à un poète qui s'exerce à voler et à ‘planer sur les sommets de l'histoire, d'emporter en ses élans hardis une âme habituée aux méditations du philosophe, affinée par une culture trés intense et capable de fortes conceptions. M. Chapman réalise sans doute souvent ces conditions essentielles d’une grande et belle poésie, mais ce qui domine dans ses chants qui sont consacrés à quelques-uns des épisodes de notre vie historique, c'est un sentiment plutôt délicat que profond des réalités, et c'est une imagination qui se joue surtout à la surface même des choses.
Il racontera, par exemple, avec un visible attendrissement l'héroïque exploit des invincibles de Sorel#, mais souvent, pendant ce long poème où s’agitent des braves, le sentiment et l'imagination, qui ne s’enfoncent ni ne s'élèvent profondément, sont impuissants à pénétrer les vers d'un souffie suffisant, et la prose traine alors à travers les strophes les débris un peu ternés de sa phraséologie.
A l'occasion du vingt-quatre juin®, M. Chapman fait une large revue du passé. C'est toute notre histoire qui vierit se concentrer et se distribuer dans ces pages où le poète dessine les mouvements essentiels de notre vie nationale: le premier jour de notre existence, et ceux-là, pleins d’alarmes, qui ont suivi; la lutte pour la vie, et la guerre contre l'Anglais: 5
Cent ans le sang rougit coteaux, vallons et plaines, Cent ans on vit, au bord de nos ondes sereines, Le noble acharnement de l'aigle et du lion,
Et Monongahéla, Carillon, Sainte-Foye,
Sont des noms dont l'éclat superbement flamboie À la voûte d'azur de notre Panthéon.
Mais le nombre devait écraser la vaillance,
Et nos remparts eroulants subirent l'insolence
Des drapeaux arborés par la main des vainqueurs. Lévis avait en vain montré tous les courages,
Et le vieux drapeau blanc disparut de nos plages, Emportant dans ses plis des lambeaux de nos cœurs.
Après la défaite et la cession, M. Chapman rappelle les combats de la justice et du droit méconnus,
(1) Les Invincibles, pp. 42-60.
(2) Le vingt-quatre juin, pp- 86-94.
LS
puis enfin l'union des esprits dans une commune liberté. Mais ici encore le verbe du poète a des sonorités qui s'enflent d'un enthousiasme insuffisamment soutenu, et il a des accents qui sont trop évidémment empruntés à la rhétorique un peu usée de nos orateurs du vingt-quatre juin.
Cependant, M. Chapman se lasse difficilement de célébrer son PAYS, son sang et sa race: et soit qu'il raconte la dispersion des Acadiens”, voués à la ruine, entassés pêle-mêle
Dans des cercueils géants balancés sur les eaux,
soit qu'il dise son hommage aux Canadiens ® qui ont porté par delà la frontière leur activité, leurs ambitions et leur fidélité au parler des ancêtres, frères exilés qu'il compare à des oiseaux envolés qui Gardent sous d'autres cieux leur suave ramage,
Savent se rappeler l'arbre au mouvant ombrage Qui berça le doux nid abritant leurs amours,
il exécute sur tous ces thèmes des variations inégales où plus d'une fois notre âme est prise et enchantée par la virtuosité de l'artiste.
Au surplus, le patriotisme de M. Chapman s'attache à chanter encore et à peindre de bonnes couleurs les choses de la vie caradienne Et il vaut mieux, peut-être, pour le poète s'appliquer à encadrer dans ses vers des tableaux et des scères
(1) À M. le sénateur Pascal Poirier, pp. 95-105. (2) Aux Canadiens des Etats-Unis, pp. 105-109.
qu'il peut chaque jour voir et contempler. Il lui est alors plus facile d'être lui-même et vraiment original que lorsqu'il s'escrime sur des canevas de discours dont la matière a été mille fois reprise et remaniée. La vision immédiate et le contact même €: closes éveillent nécessairement dans la sensi- L ité du poète des émotions plus fraiches et plus personnelles. Aussi bien, M. Chapman a-t-il trouvé parfois des strophes toutes pleines d’impressions nouvelles et de pensées gracieuses pour décrire nos plaisirs d'hiver, le carnaval, les palais de glace, la chasse dans la forêt, la sucrerie et la descente én radear de nes courears de bais.
Lisez, par exemple, ces jolis vers a travers lesquels brille et s'illumine le palais de glace ’:
L'édifice a des tons d’agate ciselée,
Il se rit des assauts que lui livre le vent ; Il nargue le soleil, et nulle giboulée
Ne ternit son éclat radieux et mouvant.
Le givre à ses flancs met de folles dentelures ; L'aurore de rubis étoile son cristal,
Et, lorsque le couchant rougit ses crénelures, On dirait le château d’un conte oriental.
Puis, la nuit, sous le feu des lampes électriques, Le monument se change en un fort de vermeil Dont chaque meurtrière—explosions féériques— Lancerait à l’éther des bribes de soleil.
(1) Le Palais de glace, pp. 236-237.
Et ces strophes où défilent, pendant le Carna-
val *, la troupe joyeuse et pittoresque des raquetteurs et des curieux:
delle ils volent vers la plaine, Criblés par les éclairs de beaux yeux assassins.
omme de gais lutins :
r des grelots, des clochettes, On entend leurs Caquets et leurs rires mutins Comme le gazouillis enivrant des fauvettes Parmi les trémolos des ruisseaux argentins,
Le spectacle très mouvementé des coureurs de bois franchissant sur un énorme et lourd radeau le {saut» des rapides est assez vivement replacé sous
nos yeux®. Ces «trente Voyageurs montés sur la cage »
-..sont les descendants d'une race choisie Qu'enivraient les combats, l'art et la poésie ;
Ils sont les descendants des vieux coureurs de bois Dent Aimard et Cooper ont redit Jes exploits... Ils aiment à chanter, et leur chanson naïve Rythme le mouvement de la rame massive.
Et c'est pendant qu'ils chantent à la Vierge, que le radeau s'engage dans les rapides :
Guetté par les brisants, poursuivi par la houle,
Gémissant sous l'effort vertigineux des flots,
(1) Le Carnaval, pp. 229-235, @) Le Radeau, pp. 213-219.
ne
D'où montent à la fois des rires, des sanglots, Le radeau fuit toujours sur les eaux effrénées, Se dressant au sommet des vagues déchainées, Ou plongeant brusquement dans des remous sans fond.
cos ssoupa ré toner 44e 0.2ie 0e
À travers les écueils qui se dressent partout, La flottante forêt qu'emporte le rapide...
M. Chapman n'a pu décrire avec autant de facile entrain la course un peu embarrassée du chasseur qui poursuit l'orignal de nos forêts”, et les scènes pourtant si caractéristiques de la sucrerie®. Mais, d'autre part, il a si bien chanté l'érable canadien“!
Il est plein de sève et de force, L'ouragan ne peut le ployer ; Pourtant les fibres de son torse Sont aussi souples que l'acier.
Son feuillage, à la mi-septembre,
Au souffle du vent boréal,
Se couvrant d'or, de pourpre et d'arbre, Brille comme un manteau royal.
En avril, le paysan perce
Son flanc qu'amolit le dégel :
Par sa blessure l'arbre verse,
Tout le mois, des larmes de miel. ,
() La Chasse d'hiver, p. 220-224.
(2) La Sucrerie, pp. 950260.
(3) L'Érable, pp. 243-249.
Il est bon autant que robuste.
Il berce au vent le nid moelleux, Et dépouille sa tête auguste Pour couvrir le gazon frileux.
ss CRETE TTS …
Ou qu'on en fasse des berceaux.
Et voici donc que l'on aperçoit ici, et que l'on découvre un autre aspect du talent poétique de M. Chapman. Le sentiment de la nature a lui-même dicté les meilleurs vers de ces couplets; et le poète laisse entendre déjà suffisamment comme il sait entrer dans le mystère des choses infiniment subtiles et cachées que les spectacles des bois, des champs et des cieux révèlent aux âmes attentives à les bien regarder. Déjà, dans les Québecquoises, que M. Chapman publiait, il y a trente ans, et qui fürent ses premiers essais en vers, l’auteur s'était plu à chanter les soirs de mai, les nuits de juin, les crépuscules, les rayons de soleil, et le printemps ; les Feuilles d'érable, qui suivirent, disent ellesmêmes comme le pote s'attache au symbolisme que l'on peut dégager des choses de la nature. Et dans les Aspirations, il ne pouvoit manquer de reprendre ces thèmes inépuisables, et de s’abandonner avec ivresse à l'émotion douce et pénétrante que fait naître en l'âme des artistes la vision des grandes merveilles dont Dieu a décoré notre univers.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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