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Or, il y a deux façons de célébrer la nature: la première consiste à décrire ses beautés, et à mettre en strophes toutes ses couleurs et tous ses parfums; l’autre, celle-là qui convient surtout aux âmes lamartiniennes, recherche plutôt entre les spectacles extérieurs et les états de l’âme du poète les secrètes et merveilleuses relations qu'il peut y avoir. Il est rare, d’ailleurs, que ces deux manières ne se retrouvent et ne se confondent dans le même artiste. M. Chapman lui-même passe volontiers de la vision à la méditation, et après être sorti de sa conscience pour regarder au dehors, il s'y enferme ensuite pour entendre au fond de l'âme les voix mystérieuses qu'y éveillent les choses. Voyez, par exemple, comme le printemps lui fait regretter ses vingt ans
disparus ‘!’;
La sève à jets pressés dans les rameaux bouillonne ; La mousse au bois déroule à longs plis son satin ; Sur le trèfle odorant l'abeille d’or bourdonne ;
Sur les roses s’abat le papillon mutin;
Et parmi les ajoncs la source qui rayonne
Berce les nids rêveurs d’un murmure argentin.
Et l'on respire un vent doux comme l'ambroisie ; Dans la nuit l'horizon garde un reflet du jour ; Chaque être librement poursuit sa fantaisie, L'enfant sous le bosquet, le bouvrenil sur la tour ; Et les bois et les prés, où chacun s’extasie, Débordent de gaîté, de verdeur et d'amour.
La nature a repris sa beauté, sa jeunesse ; Partout c’est un réveil qui vient tout redorer,
(1) Renouveau, p. 260.
Partout c’est un rayon qui réchauffe ct caresse, C'est un luth que la ‘rain des zéphyrs fait vibrer... Mais cependant, malgré tant d'éclat, tant d'ivresse Je ne revois jamais le printemps sans pleurer...
C'est la même ivresse mêlée de mélancolie, c’est le même jeu de lumière et d'ombres que l’on retrouve dans les Rayons de novembre. Qui ne s'est senti réjoui et rajeuni pour quelques heures quand à travers les brumes de l'automne et de la vie passent quelques tardives et chaudes caresses du soleil? et à qui alors n'a-t-il pas semblé qu'en lui et autour de lui renaissait un fugitif printemps ?
Mais parfois le soleil, déchirant les brouillards, Verse des lueurs d'or sur les eaux et les chaumes.... Et nous croyons ouïr les oiseaux babillards,
Nous respirons partout de sauvages arômes.
Cependant quelquefois à travers mon ciel noir, Un regret radieux glisse à mon front morose... Alors, dans le passé lumineux je crois voir
De mes bonheurs enfuis flotter l'image rose.
Quelquefois il arrive que le poète, s’effaçant lui-même et dissimulant toute émotion personnelle, substitue à ses propres impressions celles d’un personnage qu'il met en scène. Ce qui n'est, d’ailleurs, qu'une façon très adroite de nous donner encore
() Les Rayons de novembre, pp. 298-3090,
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