‹ Essais sur la littérature canadienne [microforme]Chapitre 20 sur 22 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

raies

Il peut paraître étrange que le fils de l'historien du Canada n'ait pas davantage songer à découper dans nos annales la matière de ses poèmes. Alfred Garneau a pourtant lui-même feuilleté d'une main diligente, et étudié d’un esprit attentif l’histoire que son père avait célébrée. Mais ce patriote méditatif craignait peut-être de s’abandonner à des développements parfois trop faciles, et pour cela souvent trop abondants et trop diffus sur les grandes actions de notre histoire. Héritier de ce don très rare d'émotion intense qui fit chanter François-Xavier Garneau avant qu'il éñtreprit de raconter notre passé, il ne voulut prolonger en son œuvre que l'écho qui lui apportait le chant lointain du Voyageur, des Oiseaux blancs, du Papillon et d"n Vieux Chéne®. C'est le poète délicat, quoique assez inégal, qu'était François-Xavier Garneau, qui a survécu en son fils, et c’est d’ailleurs, en son père, surtout cet homme-là que le fils a voulu continuer. Il l’a continué, en effet, et il l’a perfectionné, et il l'a dépassé, et la gloire du fils ajoute donc aujourd’hui à celle du père un rayon nouveau qui l’illumine et la fait plus complète.

Cette gloire d'Alfred Garneau ne brille sans doute pas d’un éclat qui soit pur. On peut reprocher au poète de n'être pas toujours assez semblable à lui-même, et de n'enfermer pas en ses vers une somme assez forte de pensées. Il y a aussi parfois dans son œuvre des lourdeurs, des longueurs

(i) Ce sont quelques-unes des meilleures pièces de F.-X. Garneau.

et des tiédeurs qui font certaines pièces un peu pesantes ou fades. Et des vers comme ceux-ci:

Vos pas en chantant dans mon vol...

Comme vite au jour pâle vont.

sont plutôt durs. Quelques fautes de ponctuation qui ont échappé au correcteur d'épreuves rendent la lecture de certaines strophes un peu difficile et désagréable. Il est probable aussi que l'auteur n'a pas pu donner à quelques-unes de ses dernières pièces tout le poli qu'il leur souhaitait.

Mais il n'en reste pas moins que l'œuvre devait être recueillie, et publiée, et il faut remercier M. Hector Garneau d'avoir accompli ce devoir. Qu'imporle, que cette œuvre soit incomplète, inachevée, défectueuse, si parmi tous ces fragments épars qui la composent et que l'on a rassemblés, il s’en trouve que l'on croirait détachés d'un fronton ou d'une frise de marbre grec!

Février 1907.

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