‹ Essais sur la methode sous-cutanee, comprenant deux memoires, Sur les plaies sous-cutanees en general, et Sur plaies sous-cutanees des articulations, precedes d'une introduction historique sur l'origine et la constitution de cette methodeChapitre 5 sur 7 · C. SECONDE SÉRIE D’EXPÉRIENCES SÜR EES ANIMAUX · texte numérisé non relu

C. SECONDE SÉRIE D’EXPÉRIENCES SÜR EES ANIMAUX

Je pris deux chiens de médiocre taille, l’un jeune, l’autre adulte. Au premier, je fis la section sous-cutanée de la masse des muscles des gouttières vertébrales dans trois points différens de sa longueur; une section au niveau de la région scapulaire supérieure, comprenant le trapèze, le rhomboïde, le petit dentelé, les prolongemens du sacro-lombaire et du long dorsal et les deux couches des transversaires épineux; une seconde section du côté opposé de l’épine, à 8-centim. plus bas et comprenant les différentes couches de muscles et d’aponévroses jusqu’au fond delà gouttière vertébrale; une troisième section au niveau de la troisième vertèbre lombaire, comprenant également toute la largeur de la masse commune du sacro-lombaire et du long dorsal. Après ces trois plaies, j’en fis deux autres beaucoup plus considérables sur le même sujet; je coupai transversalement sous la peau les masses charnues de la partie postérieure et

supérieure de la cuisse de chaque côté, depuis le fémur jusqu à la peau. Dans cette section furent compris le grand fessier, le biceps, le demitendineux, le demi-membraneux, le droit interne, le grand adducteur, le nerf sciatique et les artères et veines correspondantes. Chacune de ces sections avait été faite au moyen d’une seule ouverture cutanee, avec un bistouri de 2 millim. de largeur, et sur un point de la peau écarté du siège de la plaie intérieure, de manière à détruire le parallélisme des deux ouvertures; pour mieux encore me prémunir contre l’introduction de l’air, je fermai les ouvertures de la peau à l’aide d’un point de suture.

Chez le second chien, je fis une longue plaie sous la peau, s’étendant depuis la racine du cou jusqu’au sacrum, parallèlement à la ligne des apophyses épineuses. Je divisai ainsi tous les muscles qui recouvrent la gouttière vertébrale et traversai tous ceux qui occupent cette gouttière, jusqu’à la dernière couche des transversaires épineux. Celte longue plaie avait pu être faite en deux temps, par une seule ouverture à la peau, correspondant au milieu de l’épine. Dans le premier temps, j’avais divisé toutes les couches des muscles, depuis le haut de la région dorsale jusqu’au milieu de la colonne; dans le second temps, j’avais réintroduit l’instrument par la même ouverture , mais en sens inverse , pour couper du sacrum au milieu de la colonne. Après avoir fait cette première plaie et fermé l’ouverture de la peau, au moyen d’un point de suture, je répétai à la cuisse gauche du même chien l’opération que j’avais faite aux deux cuisses du chien précédent, c’est-à-dire la section transversale de tous les muscles postérieurs du haut de la cuisse, depuis le fémur jusqu’à la peau. Dans cette section ont été également compris les vaisseaux et les nerfs qui font partie de cette masse charnue. Un point de suture ferma toute communication avec l’air extérieur.

Voici dans quel état étaient ces deux chiens immédiatement après l’opération :

Chez le premier, le plus jeune, il y eut des épanchemens de sang sous la peau, au niveau des sections des muscles vétébraux; mais ces épanchemens étaient médiocres. Aux deux cuisses, au contraire, la quantité du li-

quide épanché fut beaucoup plus abondante, quoique cependant elle ne déterminât pas une forte tension des parties.

Chez le second chien, il y eut un épanchement de sang dans toute l’étendue de la gouttière vertébrale, correspondant à la plaie, mais un épanchement sans gonflement considérable ; à la cuisse opérée, au contraire, il y eut un épanchement énorme : le volume de la fesse avait doublé ; elle était ronde, tendue, et remplie évidemment par un liquide épanché.

Les deux chiens furent liés et retenus immobiles jusqu’au lendemain matin. La nuit se passa tranquille, sans aucune espèce d’accident, et les animaux ne paraissaient pas souffrir. Le lendemain, le plus fort mangea un peu, l’autre resta sans manger jusqu’au soir. Ni l’un ni l’autre cependant n’eut aucune apparence de fièvre. Le surlendemain ils paraissaient de la meilleure santé, buvant, mangeant, comme de coutume, et commençant à se livrer h des mouvemens assez étendus. Le plus jeune, qui avait eu les deux fesses divisées, était complètement paralysé des deux membres postérieurs ; il essayait néanmoins de marcher par bonds ; le plus âgé, ayant conservé un membre intact, marchait parfaitement, le membre opéré en l’air. Ni l'un ni l’autre n’offrait plus de traces des opérations aux muscles de l’épine. Aux fesses, le gonflement avait diminué des trois quarts ; on ne sentait plus sous la peau qu’une matière molle; mais la pression ne développait aucune douleur.

Le quatrième jour, le chien le plus âgé ne paraissait plus se souvenir de ses mutilations : il s’échappa de sa retraite, marcha, courut, sauta toute la journée; il était absolument comme avant les opérations. Le soir il éprouva les effets de celte fatigue prématurée : un peu de sensibilité s’était développée dans le point opéré; mais, dès le lendemain, tout paraissait rentré dans l’état normal, et la plaie de la fesse, aussi bien que celle du dos , n’offrait plus de trace de sensibilité.

Chez le plus jeune des deux chiens, les phénomènes offraient encore plus d’intérêt; aucune des cinq plaies n’avait provoqué le plus petit symptôme de réaction inflammatoire, et, dès le quatrième jour, le chien commença à se lever sur ses pattes de derrière, et, au huitième jour, il pouvait marcher; enfin, aujourd’hui il conserve à peine quelques traces de

cette paralysie complète des deux membres, due à la section des tioncs nerveux qui les desservent.

Voilà donc une réunion de plaies sous- cutanées , occupant une grande étendue de tissus, ayant divisé des masses charnues, des muscles, des aponévroses, des vaisseaux et des nerfs, suivies d épanchemens considérables sous la peau, et guérissant, que dis-je, s organisant immédiatement, presque comme s’il n’eût été question que d’une simple lésion de la peau elle-même. Je m’abstiens de tirer, pour le moment, les conséquences importantes qui ressortent de ces deux opérations. Je me borne à dire qu’il me parut démontré dès lors qu’on pouvait impunément pratiquer des plaies étendues sous la peau sans craindre d’accident, pourvu qu’on eût soin d’empêcher toute communication avec l’air extérieur. Plein de cette conviction, je crus pouvoir essayer d’appliquer à l’homme le bénéfice de ce résultat nouveau.

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