‹ Essais sur la peintureChapitre 23 sur 44 · HH · texte numérisé non relu

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( 2I3.) gauche , un grand charriot. Vers ce chisrrriof ;, une vache et un mou Ion. Un homme , vu par le dos, est penché sur le coffre de bois porté psr le charriot. Sur Je fond , encore un charriot. Sur un lieu plus bas et plus avance vers là gauche , un groupe d'hommes et de femmes en repos. Tout-à-fait à gauche eî; vers le fond , un autre groupe d'hommes et de femmes.

Tous ces objets, quoiqif isolés , sont assez: harmonieusement disposés. Il y a quelque art à les avoir liés pour l'oeil par la seulevariété du site et des lumières; mais la virer en est presqu'aussi froide que la description ; et s'ils sont vrais, ce que je supposés toujours , ils ne peuvent intéresser qu'uîfc homme transplanté à sept ou huit cents» lieues de son pays , et qui venant à jetter' les yeux sur un de ces morceaux, se retrouve en un instant chez lui, au milieu de> ses compatriotes , proche de son père, de sa mère , de sa femme , de ses parens , de se* amis. Si j'étois à Moscou , doutez-vous , cher Grimm,.que là vue d'rine carte de Paris ne me fit plaisir? Je dïrois : Voilà la rue Ncuvcdè- Luxembourg. C'est-îà Qu'habite celui que je chéris. Peut-être il pense à moi daris

C214) ce moment. Il me regrette; il me souhaité tout le bonheur que je puis avoir loin de lui. Voilà la rueNeuve-des-Petits-Champs ;c'estïà que demeurent la gaîté , la plaisanterie, la raison ,1a confiance, l'amitié , l'honnêteté, la tendresse et la liberté. L'hôtesse aimable avoifc promis à l'esculape de Genève de s'endormir à dix heures, et nous causions et nous riions encore à minuit. Voilà la rue Royaie-Saint-Roch ; c^est-là que se rassemble tout ce que la capitale renferme d'honnêtes et d'habiles gens. Ce n'est pas. assez, pour trouver celte porte ouverte, que d'être titré ou savant, il faut encore être bon; c'est-là que le commerce est sûr ; c'est-là qu'on parle histoire , politique , finance , belles-lettres , philosophie; c'est-là qu'on s'estime assez pour se contredire ; c'est-là qu'on trouve le vrai cosmopolite, l'homme qui sait user de sa fortune, le bon père , le bon ami , le bon époux. C'est-là que tout étranger de quelque nom et de quelque mérite veut, avoir un accès , et peut compter sur l'accueil le plus doux et le plus poli. Et cette aimable baronne vit-elle encore ? Sa santé étoit si frêle! Se mocque-t-clle toujours de beaucoup de gens qui ne l'en aiment

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pas moins? Voilà la rue des Viciix-ÀugtTStïns. Ici , mon ami , la parole me manqueroit. Je m'appuyerois ia tête sur les deux mains ; quelques larmes tomberoient de mes yeux , et je me dirqis à moi-même : elle estlà j comment se fait-il que je sois icî(i) ?

Le Berceau pour les Eneans.

C'est une des meilleures compositions de-

Leprince Vous le trouvez , me dites-vous r

mieux colorié que le Baptême ?... Oh î non.... ïl vous paroît plus intéressant que le Baptême ?... Oh! non. Mais aussi, diable! c'est que ce Baptême Russe , auquel vous voulez comparer ce tableau-ci , est une belle chose.

(l) Heureusement, cher ami, vous n'avez qu'un pas à faire pour y aller.. Elle vous attend , et je vais vous chasser de chez moi à l'instant , pour que vous n'en perdiez pas par ma faute. Mais , convenez auparavant que ces tableaux de Leprince ont un attrait particulier pour ceux qui ne connaissent pas hs mœurs et les usages qu'il a peints. Rien n'attaché davantage que le-s laLlcavus: qui représentent des mœurs étrangères:

Dans le Berceau pour les erifâris , on voie à droite une portion d'une baraque en bois. A la porte de cette baraque , sur un banc grossier , un vieux paysan en chemise , jambes singulièrement vêtues etmeds singulièrement chatlssés. Autour de ce vieillard , à terre, sur le devant, parmi de mauvaises herbes, une terrine, un auge! , des bâtons, un coq qui cherche la vie. Devant le vieillard, une espèce de petit hamac, occupé par un bambin , gras, potelé, bien nourri, tout nud , étendu sur ses langes; ce hamac est suspendu par une corde à une grosse branche d'arbre t la corde fait plusieurs tours autour de la branche. Une grande servante , assez jeune et assez bien vêtue pour n'être pas la femme du vieux paysan , tire la corde , comme si son dessein étoil d'élever le hamac ou berceau , ou peut-être le descendre. Autour du hamac , deux autres enfans; Pun sur le fond, l'autre sur le devant: Pun vu de face, l'autre vu par le dos ; tous les deux regardant avec joie le petit suspendu. Sur le devant, une chèvre et un mouton. Plus, vers la gauche, une vieille avec sa quenouille et son fuseau; elle a interrompu son ouvrage pour parler à celle qui tient la corde du hamac. Tout-

(2I7 ) à -fait à gauche, vers le devant et sur le fond, chaumière et hameau. Autour de la chaumière , différons outils et agrêts champêtres.

Le paysan est très-beau. Vrai caractère , vraie nature rustique. Sa chemise , tout son vêtement, larges et de bon goût. J'en dis autant de la vieille qui filoit et qui paroîfc être la grand'mcre des enfans ; c'est une vieille excellente. Belle tête , belle draperie , action simple et vraie. Les enfans , et celui qui est dans le hamac , et les deux autres, charmans. Mais il y a tout plein de choses ici qui me chiffonnent , et qui tiennent peut-être à la connoissance des mœurs. Voilà bien la chaumière du paysan ; mais il est trop grossier , trop pauvrement vêtu pour que cette vieille soit sa femme. Celle qui tient la corde du hamac , et qui remonte ou descend le berceau , peut bien être la fille ou la servante de la vieille , mais elle n'est de rien au paysan. Quel est l'état de ces deux femmes ? Où est leur habitation? Ou je me trompe fort, ou il y a quelqu'amphibologie dans cette composition. En Russie, les femmes seroiént-elles mieux vêtues que les hommes? Quoi qu'il en soit, ici le colorii

tîu peintre et sa touche sont beaucoup plus fermes. II est moins briquëté , moins rougeâtre de ton que dans son Baptême ; maïs ce Baptême intéresse bien autrement : il est bien plus riche de caractères.

Intérieur d' u k e Ch a msre de Paysan russe.

On voit dans cette chambre une paysanne russe assise. Cette paysanne est aussi trèsbien vêtue , notez cela; c'est comme au tableau précédent. Près d'elle, vers la droite, une petite table sur laquelle elle est accoudée , le bras étendu sur une corbeille pleine d'eeufs. Devant elle , un jeune paysan, fort démonstratif , les bras élevés et tenant un œuf dans chaque main.. Un grand rideau blanc attaché sur une perche , tombe , en «^élargissant , derrière la paysanne. Elle a à ses pieds un chat qui fait le dos et qui se frotte contr'eile. Elle est élevée sur une espèce d'estrade qui n'a qu'une marche. Le peintre a répandu sur cette estrade et audessous, à terre ,un panier , un autre panier , une terrine remplie de diiféreas légumes.

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Pins sur la gauche et sur le devant, il y a une table avec un pot-à-1'eau. Tout-à-faifc à gauche et clans rombre,une vieille qui dort , et qui laisse à la jeune marchande d'oeufs , sa fille , toute la facilité possible d'accepter l'échange qu'on lui propose. Ce tableau est joli. L'idée en est polissonne , ou je me trompe fort. Le jeune paysan est vigoureux. Jeune fille, je n'entends pas trop ce qu'il vous promet; mais, en France , je vous conseillerais d'en rabattre la moitié. Mais laissons ce point. Il faudroit savoir, pour le traiter à fond , jusqu'où les hommes tiennent parole aux femmes en Russie.

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