‹ Essais sur la peintureChapitre 36 sur 44 · LE MOIN E · texte numérisé non relu

LE MOIN E

jet artiste fait bien le portrait; c'est son seul mérite. Lorsqu'il tente une grande machine, on sent que la tête n'y répond pas : il a beau se frapper le front, il n'y a personne. Sa composition est sans grandeur , sans génie , sans verve , sans effet ; ses ligures sont insipides , froides , lourdes et maniérées : c'est comme son caractère , où il ne reste pas la moindre trace de l'homme de nature. Voyez son monument de Bordeaux : si vous lui ôtez l'imposant de la masse, que devient le reste? Faites des portraits, rlonsieur l& Moine, mais îaissez-là les monumens, surtout les inommiens funèbres! Tenez, je vous le dis à regret , vous n'avez pas seulement assez d'imagination pour bien cûiiîerune pleureuse. Jetiez les yeux sur le mausolée de Deskays , et vous conviendrez que cette muse vous est inconnue.

De sept à huit bustes de le Moine , il y en a deux ou trois que Ton peut regarder; celui de la comtesse de Brionne 3 celui de

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( 355 ) ïa marquise de Gléon et celui de notre ami Garrick.

La belle tête, mon ami, que celle de madame de Gléon / Qu'elle est belle! Elle vit, elle intéresse, elle sourit mélancoliquement. On est lente de s'arrêter, et de lui demander pour qui le bonheur est fait, puisqu'elle n'est pas heureuse? Car elle ne l'est pas. Je ne la connois point cette femme charmante, je n'en ai jamais entendu parler, mais je gage qu'elle souffre : c'est bien dommage \ Au reste, si ce n'est pas mie créature admirable d'esprit et de caractère, comme elle Test d'expression et de figure, renoncez a jamais à la fiai des physionomies, et écrivez sur le dos de votre main \fronti fiullaJtdJr.

Le buste de Garrick est bien. Ce n'est pas reniant Garrick qui baguenaude dans la rue, qui joue, saute, pirouette et gambade dans la chambre : c'est Rosclus commandant à ses veux , à son [Vont , à ses joues , à sa bouche, à tous les muscles de son visage, ou plutôt à sou ame , qui prend la passion qu'il veut et qui dispose ensuite de toutesa personne , comme vous de vos pieds pour avancer ou reculer , clo vos mains pour

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lâcher ou prendre : il' est sur la scène.

Madame la comtesse de Brionne

Madame la comtesse de Brionne? Eh bien? mon ami, que voulez-vous que j'en dise? Madame la comtesse de Brionne n'est encore qu'une belle préparation. Les grâces et ïa vie vont éclore , mais cl! es n'y sont, pas; elles attendent que Po livra ee soit fini : et quand )c sera-t-il ? Aux cheveux, le marbre n'est qtt'égratigné ; Le Moine a. cru que du crayon noir pouvoit suppléer au ciseau.

Gui-dà ! Va-t-en voir s'ils viennent i Et puis, cette poitrine; j'en ai vu de nouée, c! comme celle-là. Monsieur le Moine , Monsieur le Moine , il faut savoir travailler le marbre», et cette pierre réfrsetaire ne se laisse pas pétrir par les premières mains venues. Si quelqu'un du métier , comme Falconet , voulait être franc, il vous diroit que les yeux sont froids et secs ; que quand on bouche les narines i: faut ouvrir la bouche, sans quoi le buste étouffe. Il vous diroit, de vos autres portraits modelés , qu'ils sont plus touchés, plus hardis, mais pas assez finis, quoiqu'ils doivent l'être, parce que la nature Test, et qu il. faut finir tout ee qui est fait pour être vu de près.

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