‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 11 sur 54 · COMMENTAIRE DE SÜÜ-TSEU YÉOU · texte numérisé non relu

COMMENTAIRE DE SÜÜ-TSEU YÉOU

Hien n’existe sans le Tao; mais s’il pouvait être fréquenté {coïuvMi une 'X'oie droite ^ sens primitif du caractère Tao]y'i\ ne serait pas éternel^ immuahle. Il n'y a que ce qui ne peut pas être fréquenté qui puisse être ensuite éternel, immualdr.

Maintenant , riiumauité, l'équilè ou la justice , la politesse, la prudence, sont des voies droites [T’a©], des règles qui peuvent être fréquentées ou suivies. Ainsi donc Vhumonité ne peut être estimée Véquité ; ta politesse ne peut être estimée prudence. Elles peuvent être fréquentées ou suivies cliactinc séparément comme des voiesulrcitesY. elles ne peiivenl être éternellesou immualdes{^). Seulement avec le Tao qui ne peut être fréquenté, si vous êtes portés à l'Iinmanité, exercez rbiimanilé; si vous êtes porté» à la justice, exercez la justice : aiusi de suite pour la politesse et la prudence. Car , en effet, toutes ces choses ne sont pas éternelles , immuables ; mais le Tao est éternel, immuahle , et il nVst sujet à aucun changement.

Ce qui ne peut être fréquenté la faculté d'élre éternel, immuahle. D'après cela , si ce Tao ne peut être fréquenté, à plus forte raison ne peut-on parvenir k le nommer. ,

(i) Ce» réflexions de Tchiîig-Kio sout tirée», scion réditcur de l’édihon Laotseü-t, d’une collection intitulée: Péchan~tsi; collection des montagnes du Nord , et n’ap|>arttennent point du toutà uu lettré de l’école de Coicrvcivs , comme un certain critique l’a prétendu , en rerrntfuiran/, après nous, .selon sa coiitume, ces observations si curieuses qu’il est parvenu à rendre absurde» et iointclligtbles , à force de contresens el de barbarismes. ( V. N.-J. As, t. vrir,p. 4^8; et ma .Vo«velle. Réponse que la Commission de ce journal, dont ce critique faisait partie, ne jugea pas à propos d’admettre).

(i) Les lois, les règles de conduite, de morale, de relations entre les liom* mes , sont snjettes aux changements : une montagne , un fleuve, suffisent ponr met* tre une grande différence entre le juste et Xinjuste. « Considérez la forme de cette <* iustice qni nous regit, dit Montaigne, c’est un vray tesmoiognage de rhumainc " imbécillité : tant il y a de contradiction et d’errenr !» — «« On ne voit presque • rien de juste et d’injnstc qni ne change de qualité en changeant de climat , dit « Pascal. Trois degré» d’élévation du pôle renversent tonte la jurisprudence. Un M méridien décide de la vérité , ou peu d’années de possession. Les lois fonda- ■ mentales changent. Le droit a scs époques. Plaisante justice qu’une rivière ou •» une montagne borne I Vérité au-de^ des Pyrénées, erreur au-delà ! « Il n’y a donc que X Intelligence absolue , la raison suprême , identifiée par Lao-tseü avec le Tao éternel , immuable, qni possède les attributs de Xèternité , de X immuabilité.

( lO )

Tout ce qui est nomme peut être l'objet d'uuc rè^/e , peut être fre^uenié^ Des l’instant que le est établi ^ constitné, appVu^ué ^ alors le ^ le carrée le courhcy le droit o'clant point identitfues, ne peuvent être éterneLy immuables.

De son mode d'élrcsans nom^ sans formes corporelleSyX^'Vko est devenu le ciel et la terre : le ciel et la terre étant établis, constitués , le nom a commencé f il a commencé d'être possible; il a pu être appliqué aux formes corporelles visibles ].

De son mode d’étre avec un nom [ dans sa manifestation en formes corporelles visibles], le Tao a été répandu matériellement, corporellement partout, et il est devenu ainsi tous les êtres corporels (i).

Tous les êtres corporels reçurent leur accroissement , et des noms d’une quantité innombrable commencèrent d’exister. C’est pourquoi, la privation de nom est 1 essence propre du Tao ; et la possession du nom en est Vusage , remploi corporel; [c'est sa substance corporelle phénoménale].

Les saints hommes deviennent incorporés à la substance du Tao , pour être utiles au monde. 11$ se retirent du la foule des cires corporels , mais ils devieu-

neut identifiés avec l'éternel, l'immuable Non- Être ( 4Î?f tchang wou)

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pour contempler en lui sa nature insaisissable et subtile; si étant incorporés, identifiés à son essence , ils sortent du NomÉtre, pour faire partie de VéternelÉtre

tchang yeou ] , alors ils derieoneDt aptes à contempler sa nature corporelle phénoménale ( 2 ).

(j) Avant U fondation , la formation du monde actuel , avant le développement de runivers matériel en dehors de Vétre sans nom , cet être ne pouvait recevoir de nom , parce qu^il n'avait aucun rapport extérieur , aucun attribut positif visible auquel on pût donner une qualification quelconquo : mais depuis le développe* nient de sa substantre corporelle pliénoménale , il a été possible de lui en donner un ; le nom étant pour ainsi dire la firme concrets d’une chose. On peut dire que dès lors son nom a été répandu partout et est devenu tous les êtres. On ne s'attendait pas sans doute à rencontrer une mctapliysiqne si abstraite , une ontologie si raffinée chez des philosophes chinois , cl l’une et l’antre exprimées dans une langue que l’on croit généralement si peu métaphysique , tandis qu’au contraire le caractère souvent indécis , les images figurées et les formes vagues de la langue chinoise la rendent éminemment propre à l’expression des idées les plus vagues et les plus pittoresques. Elle reproduirait difficilement les savantes nuances d'expressions que possède la langue sanskrite avec ses nombreuses suffixes et préfxesy ses innombrables formes'de déclinaisons et de conjugaisons qui distinguent jusqu'aux nuances les plus imperceptibles de la pensée, puisque ni le nom, ni l’adjectif, ni le verbe , ni les modes, ni les temps, ne sont le plus souvent déterminés dans la langue chinoise que par la positioo que le caractère occupe dans la phrase, comme le chiffre dans la numération : mais lorsque l’écrivain chinois veut faire usage de tous les moyens que lui prête sa langue pour être clair, comme dans le style moderne , cette langue est assez riche pour satisfaire la pensée; et comme langue eu grande |>artic fguraüve > elle possède no avantage sur tontes les autres langues vivantes du glohe , celui de parler en même temps aux yeux et à

( 2 ) Ce cuumeutatcur s’accorde avec la lecture qui

rintelligeocc.

sépare 's tchang

Ainsi, marrhrr ( hing ) tl,ins la nature corporelle phénoménale cl ne pas « onnailre la nature insaisissaHe ou subtile du T»o , c’esi cire rude , grossier , liéWléCOet n’avoir ricndcspiriliiel[,^ pouehm\. Demeurer dans w nature insaisissable ou subtile et ne pas coonaitre sa nature corporelle phénoménale , alors c’est être pur ( tlising ), et non sujet aux changements ou transformations (3). Si nous parlons des formes corporelles sensibles, XEtre, le

b/on-Étre [ reou wou ] sont certainement deux choses différentes

l’une de l’autre [ liang ]. Savons-nous comment le Non- Être se développe

( riin, semouroiren rond] et devient Être; comment VÊtre de nouveau devient Non- Être? N’est-ce pas une seule et même chose ? Quoique leurs noms différent ,

leur racine, leur prircipe est alors unique , un [ 1 ].

Si l’on sait que leur racine, leur principe est unique, alors [ on sait pareillement] que cette racine, ce principe est bleu [c’est-à-dire extrêmement profond, éloigne ]. Tout ce qui est très éloigné et dont 00 ne peut atteindre le faîte , sa couleur est nécessairement Afeue , bleu foncé. C’est pourquoi Lao-tsiu exprime

toujours par le caractère hioiian, bleu, bleu /ôncé, cequi est t^èséloigné(')^.

Il dit ; ; alors, c’est l’exlréme : mais lorsqu’il a l'intention d’expritm-r

quelque chose de^/»s ex/nfmc encore , àe plus éloigné , il dit: bleu et encor,bleu; alors son idée est épuisée et on ne peut rien y ajouter de plus.

Toutes les Intelligences ou toutes les natures insaisissables subtiles sont dis produits de cet être indéterminé et insrrutalile.

nmu et

tchangyeoù du caractère qui les suit. Voyci les Définitions ,i

la fin de l’ouvrage. Le nirwana ou Vextinction , ^absorption dans rStre uoircrsel des Bouddhistes et antres philosophes de l’Indc est trop clairement exprimée ici pour avoir besoin de la faire remarquer.

(t) C’est être soumis à la qualité lamas de la philosophie de l’Inde. Vov. la définition des trois qualités, trigoan'âs, dans ma Traduction des Essais de M. Coh— brooke sur la philosophie des Hindous , pag. 3o.

( 3 ) N’étre plus sujet anx changements, aux transformations , à la transmigration , est le plus haut degré de pureté et de béatitude auquel la philosophie indienne en général enseigne que l’on puisse prétendre. C’est l’absorption complète et irré- Toc.alilc dans 1 ’ Ame SurBÈME , ou la grande UhitÉ.

(3) Litéralement , ce qui s’appuie sur te prand faîte, dernier terme que, pour les Chinois , l’intelligence puisse concevoir dans le temps et l’espace.

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