‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 15 sur 54 · DOCTRINES SA N K II Y AS · texte numérisé non relu

DOCTRINES SA N K II Y AS

Nature, être qui est rintelligence alisolue, la source de toutes les intelligence individuelles , et l’origine des autres existences successivement produites et développées ( i }. Il affirme expressément « que la vérité d’un tel Is'wara (ou Dieu ) est démontrée (2). » « Cet Is'wara est le créateur des

(i) L'école d'IoDÎe a professé k pea près la même doctrine. «Les philosophes de cette école, dit Buhiûy crurent tronver U cause de la forme des phénomènes naturels dans une force inhérente à la matière dont elle constitue en quelque sorte Tâme, ou le principe de la vie. » Mais si les philosophes de Pécule d'Ionie représentent les doctrines dn Sânhhya de Kapila., les philosophes de récole d’Élée représentent aussi exactement celles de Pi.TxirDJALi là définition qne Xénopbane donne de Dixu , dans les fragments qui nous restent de son Poème sur la Nature ^ répond k celle du philosophe indien.

£iç fv Tt deotet xai dvdpcùTrctot fAt'ytçc; ,

OuTS OvTi'EcIatv où<^è voV.p.a.

OuXeç *y*P cSXoç de voeV, ouXcç t’ àxoûet'

AXX’ àirdveyôs tovoio ^cgu çpevi wavra xpa<Jaîveu

» Un seul Dieu supérieur aux dieux et aux hommes ,

« Et qui n’est semblable aux mortels ni par sa forme, ni par l'iiitelligenoe;

«• Il voit tont entier, il peusc tout entier, il entend tout entier ; m Mais , en outre , sans fatigue d'intelligence, il dirige tont par la pensée. « (Voy. Brandis, Com. Eïeat, Cousin, Nouy, Fragm,) L'idée qne donne Parménide de son Être infini dans son Poème sur la Nature a beancoap d'anologie avec la description de Pataitojam :

IlcXXà p.oX’, à*](évYrr&v scv xxl àvcoXeôpGv ,

OuXcv, ts xai arpepà; rd' «tsXec&v'

Od«^t icdT’ ^v, où^i Içai, vOv içtv ép-ou îrâv.

( Y. 6o, 6x , 6u , £d. Brandis. )

« On peut donner bcaucoop de preuves de l'existence de cet Être, comme d'étrc incréé et impérissable ,

« D’élre tout et d'une même nature, d'être immobile on immuable et sans fin ; « Il ne fut jamais , et il ne sera pas , puisque maintenant il est tout ensemble. »

n y a d'autant plus d'analogie entre Parménide et Patandjali que les conséquences des doctrines de tous deux sont nn \asle idéalisme qui va jusqu'à la négation du monde matériel. D'oii l'on peut conclure que Vécole lo^ nienne jusqu’à ses derniers développements représente le Sânkhjra de Ka- PfF.A , et Vécole éCÉlée, le Sankhya de Patandjali, autant que les temps et les lieux permettent de le supposer. Le Bhagavad-gîtây monument patandjali et 'védnntin, offre plus d’une preuve de cette proposition. (G. P» )

(a) Kap, 3 , .55.

36 Pim.OSOPRIE DES HINDOrS ,

« mondes, dans le sens qu'il vient d’attacher à la création; «car, dit -il, l’existence des effets dépend de la Con- » science, non d’Is’wAUA; et tout le reste procède du grand « principe , X Intelligence ( i ). » Cependant cet être est limité : il a un commencement et une fin; il date du grand développement de l’univers , pour se terminer avec la consommation de toutes choses. Mais un être infini , créateur et gouverneur de l’univers par sa volition , Kapii.A le nie positivement (2). « Détaché de la Nature, par « conséquent inaffecté par la Conscience et les autres liens « de la Nature, cet être n’aurait eu aucun motif de créer ; en- « chaîné par la Nature , il n’aurait pas été capable de création. «Un gouvernement quelconque requiert la proximité des O objets gouvernés, comme l’acier attiré par l’aimant; et « de cette manière , c’est par la proximité que les âmes vi- « vantes gouvernent les corps individuels, rendus brillants « par l’animation , comme l’acier par la chaleur. »

Les passages d’autorité reconnue , dans lesquels Died est nommé, se rapportent, selon Rapila et ses sectateurs, soit à une âme délivrée, soit à une divinité mythologique, soit à cet être supérieur, mais non suprême, que la mythologie place au centre de l’œuf du monde.

Telle est la différence essentielle et caractéristique du Sânkkja athée de Kapila , et du Sânkhja théiste de Patandjali.

Us diffèrent dans des matières moins importantes , non sur des points de doctrine, mais dans le degré de valeur que les exercices extérieurs, des raisonnements abstrus et l'étude possèdent comme préparations requises de la contemplation absorbée. L'Yôga-sâstra de Patandjali s’occupe d'exercices de dévotion et d’abstractions mentales pour subjuguer le corps et l’esprit. Kapila est plus engage dans les investigations des principes et dans les raisonnements qui les concernent. L’un est plus mystique et plus

(1) A'a/>. fi , 65 et 66 . Voy. Ica' Piliiciiie, p. 17. (a) Kap. I.

Doctrines sank.iiyàs.

fanatique. L’autre approche davantage de l’investigation philosophique, quoiqu’il se méprenne dans ses conclusions.

La manière par laquelle la connaissance de ces principes' ou catégories, que reconnaissent les Sânkhyas , peut* être acquise, est développée dans la Kârihâ : « La connais- « sance des objets sensibles s’acquiert par la perception.

« C’est par Xinduction ou le raisonnement que la connais- " sance des choses qui surpassent les sens peut être obtenue, fl Et une vérité, qui ne peut être ni directement perçue, ni « induite par le raisonnement, est conclue de la révéla- « tion. Les choses peuvent être imperceptibles ou imper- « eues , pour diverses causes : la distance , la proximité , fl la petitesse, la confusion , leur soustraction à la vue, la « prédominance d’autres matières, le défaut des organes,

« ou l’inattention. C’est la subtilité de la Nature, et non " pas la non -existence de ce principe originel, qui fait « qu’elle n’est point perçue par les sens, mais induite de ses « effets. ■ L’Intelligence et les autres principes qui en dé- « rivent sont des -effets : de là le premier principe en estcon- « du leur cause , analogue, sous quelques rapports, mais .

« sous d’autres , dissemblable (i).

h' effet subsiste antécèdemment a l'opération de la cause ^ est une maxime qui ressemble beaucoup à cet ancien axiome que rien ne vient de rien (e nihilo nihil fit ); car c’est de la cause matérielle, non de la cause efficiente, qu’il est ici parlé.

Les raisons alléguées par les Sânklijas ( 2 ) sont que ;

(i) Kâr. 6, 8.

Samanyatas tu drichiad atindnyunam pratCtir anvmuntiC Tasmâd api tchâsiddham parvkcham aptagamât siddham ||6||

Atidurât sumiprdd indriraghtium man(j navasthdnut ,

Sàoxmyàd vyavadhunâd abkibhavdt samândbhihdratch teku |j7j|

Sâoxmydt tad anupalabdhir uubhdvdt kdryatas tad upaîabdhéH Tatch teka mnhadddi kuryam prakriti vtnipam svnrupurp tcha |{8jj (q) Kâr, (). — Voici le texte sanskrit de ce passage important ;

Asad ahàranut npâdunagrahnnât sa/va sambhavàbhâvât

Saktasya s:ihyakarnnât kâranabhâyutch tcha sat kâryam {j^jl ;

« Ce qui ti existe pas ne peut, par aucune opération possible « d’une cause, recevoir V existence : » c’est-à-dire, que les effets •sont émis plutôt que produits. L’huile est dans la semence du «ém/noum avant qu’elle en soit exprimée; le ris est dans la cosse avant qu’il en soit extrait; le lait est dans la mamelle avant d’en être tiré. Les matériaux qui sont propres pour concourir à un but sont choisis dans ce dessein. Le lait, non l’eau , est pris pour faire du fromage. « Toute chose n’est pas possible par tous les moyens. » Ou peut faire avec de la laine filée du drap, et non de la poterie. Tout ce qui se fait ne peut se faire qu’avec ce qui est compétent « La nature de la causé et de l’effet est la même. » Une pièce de drap ne peut pas essentiellement différer de la laine avec laquelle il a été tissu , comme un bœuf différe'essentiellement d’un cheval.

Il est une cause générale qui ne peut être distinguée (i). Cette proposition est appuyée par divers arguments. Les objets spécifiques sont bornés ou finis; ils sont nombreux et non universels: il doit donc y avoir une cause simple qui pénètre tout (a). Un autre argument est tiré de l’affinité : V homogénéité indique une cause. Un pièce de vaisselle de terre implique une quantité d’argile avec laquelle elle ait été faite; une couronne d’or présuppose une masse d’or avec laquelle elle ait été fabriquée; en voyant un novice rigide-

Cea vers sont aussi célèbres dans l'Inde qne le cu<^èv ‘Yivstxi tx t&u d'Épicnre, qu'avait déjà professé l'école sensualiste d*Ionie, et qne Lucrèce a reproduit dans ce vers : NuUam rem e nihilo gigni divinitus unquam. A defaut de toute anti*e analogie, ce principe seul suflirait pour assimiler l'école de KariLÀ à l'école d'Ionie continuée par Épicnre , ct^que I.ucrèce et Perse popnlarisèrent dans Rome. On est oblige de reconnaître qne ce principe est depuis bien long-temps admis dans la philosophie, puisqu'il appartient a la plus ancienne école de l'Inde. ( G. P. )

(i) Kâr, 1 5, ifi.

Bèdâoàm parimânât saïuanvayat saktitab'pnivriUèstcba Kâranakûryavihhagàt avibhâgâd vais'varnpasya. |]i5{|

Kâranam asty avyaktam pravartaté trigunatah' samudayâteh tcba Parin'amatah' salilavat pratipratigun'âs rayavis'écbât ||x6|{

(a) Qui leur serve de lien , a cause de V inséparabilité du tout. (G. P. }

Digilized by Gbogle

DOCTHINES SANKMYAS.

nient sobre , on peut conclure sans hésiter, dit le scholiaste, que ses parents sont de la caste sacerdotale. Donc il doit y avoir une cause qui ait de l’aflinité avec les efl'ets qui sont vus. Une autre raison est : ïexistence des effets par le moyen de Fènergie efficiente; il doit y avoir une cause adéquate aux effets. Le grand argument des Sânkhyas sur ce point, c’est la sortie, ou l'émission d'effets par la cause et la réunion de l'univers. Le type de cet argument est la tortue qui fcùt sortir ses membres de son écaille et les y fait rentrer de nouveau. Ainsi , à la destruction générale, ou à la consommation de toutes choses, ayant lieu à une période déterminée , les cinq éléments : la terre, l’eau, le feu, l’air, et l'éther, qui constituent les trois mondes , sont repliés dans un ordre inverse de celui dans lequel ils sont sortis des Principes primitifs, rentrant peu à peu dans leur première cause, le Principe pri-* mordial et indistinctihle , qui est la Nature (i). *

Cette première Cause opère par le moyen des trois qua- ' lités : la bonté, la passion ou l’impétuosité , et \ obscurité. Elle agit ainsi par mélange , comme la jonction de trois rivières forme un fleuve , le Gange , par exemple ; ou comme une peinture est le résultat du mélange des cou-

(x) Anaxiroandre, le second cbef de l’école d’Ionie, professait la TD^me doctrine : 6 MtXvletoc, tûv ovtwv rr.v to dbriipcv*

( moulaprakriti')i Ix tcûtou xal ti; roÜTO «avra çOsiptoOcti.

Aïo xal àiritpou; xo < t { aou ; xal ?raXtv çdtiptoOat to ou ^verai.

« Mats Anaximandre le Milcsicn a dit rjue le principe de.s choses était IV//* fini (la matière infinie) , paisqne tous les êtres procèdent de lui , et que tous périssent ou s’absorbent en lui. C’est pourquoi il naît des mondes k l’infini, et ils se dissolvent on périssent de nouveau dans celui d’où ils sont nés. »

( Plut, de Placit. Pbil. ,1. i, c. 3. )

Ce dogme, qui est commuu à toutes les écoles de philosophie, se retrouve aussi dans Empédocle le pythagoricien :

Ht îraXiv évô; irXtcv* txTtXsô&uct,

Tf. p.èv eçtutv aiwv

Ht (îf i^iaXXaoocvTa çù^apà Xti^tt,

TaiiiT J’ aüv taoiv àxtvYiTa xarà xôxXov.

( Utnpéd. fragm. Ed, Pcyion. , pag. 55. ) (G. P.

leurs. Elle opère aussi par modification ; comme l’eau tombée d’un nuage, absorbée par les racines des plantes, et portée dans le fruit , acquiert une saveur spéciale , ainsi différents objets sont diversifiés par l’influence de qualités respectives. Ainsi d’une Cause primordiale, qui est la Nature, naissent trois mondes dissemblables, observe le scholiaste , par des dieux qui jouissent du bonheur; par des hommes qui subissent la souffrance ; par des animaux inférieurs, frappes de stupidité. Cela est dû à la prédominance de qualités particidières. Dans les dieux, la bonté prévaut; la passion ou V impétuosité , et Y obscurité leur sont étrangères ; et c’est pourquoi les dieux sont suprêmement heureux. Dans l’homme, la passion ou V impétuosité prévaut; la bonté et Y obscurité Ixxi sont étrangères ; c’est pourquoi l’homme est éminemment misérable. Dans les animaux, Y obscurité prédomine; la bonté et la passion sont absentes; c’est pourquoi les animaux sont extrêmement stupides. '

L’existence de Y Ame est démontrée par plusieurs arguments : (i) " L’assemblage, d’objets sensibles est pour l’usage 'd’un autre être qui leur est étranger, » comme un Ut est destiné pour dormir, une chaise pour s’asseoir; ce sujet étranger qui en fait usage doit être un être sensitif, et cet être sensitif est Y Ame.

Le contraire {the converse, sanskr. viparyajra) des objets sensibles qui sont revêtus des trois qualités; la bonté, la passion et Y obscurité, objets confus , communs, inanimés et générateurs, doit exister dénué des (trois) qualités; non confus , et ainsi de suite; et ce principe c’est Y Ame. « Il doit y avoir une Intelligence directrice , » comme il y a un conducteur à un char : l’Inteiligence directrice de la hiatière inanimée, c’est Y Ame. « Il doit y avoir un (être) pour jouir de ce qui est formé pour la jouissance; cet être en est un ■spectateur, un témoin ; ce spectateur, c’est Y Ame. « Il y a une tendance à l’abstraction : » le sage et celui qui ne

(i) Saogbâtapararthavât trigunâdivipai'yayàtl adichtanât

Paiachô'ïli bhàktiibhàvât kaivalyârlham pravrill^ Icha. ||i7||

DOCTRINES SANKHTAS.

l'est pas désirent également la fin des vicissitudes ; les livres" sacrés et les grands sages aspirent à cette consommation , l’extinction finale et absolue de toutes sortes de peines : il doit donc y avoir un être capable d’abstraction , essentiellement détaché du plaisir, de la peine et de l’illusion; et cet être, c’est \Ame.

Il n’y a pas une seule âme pour tous les corps, comme un seul fil qui contient des perles , mais une âme séparée pour chaque corps particulier. « La multiplicité des Ames » est prouvée par les arguments suivants (i) : « La naissance, la mort et les instruments de la vie sont assignés à chacun en particulier : » si une seule Ame animait tous les corps , une créature étant née , toutes seraient nées en même temps; une créature mourant, toutes mourraient; une étant aveugle, ou sourde, ou muette, toutes seraient aveugles, sourdes ou muettes. Tune voyant, toutes verraient; l’une entendant, toutes entendraient; l’une parlant, toutes parleraient. La naissance est X'itnion de l’Ame avec les instruments de la vie ^ c’est-à-dire, l’/«/e///ÿe«ce, la Conscience , le Sentiment et les Organes corporels ; ce n’est pas une modification de Tàme, car Tàme est inaltérable. La mort est X abandon de ces instruments par l’àme, non son extinction-, car elle est impérissableAl Ame estdonc multiple. « Les occupations ne sont pas en même temps et universel- « lement les mêmes. » Si une seule âme animait tous les êtres , alors tous les corps seraient mus par la même influence; mais il n’en est pas ainsi : quelques-uns sont engagés dans la vertu , d’autres dans le vice; quelques-uns mettent un frein à leurs passions, d’autres leur cèdent; quelques-uns sont enveloppés dans l’erreur, d’autres cherchent la-science ; par conséquent les Ames sont nombreuses. «Les qualités affectent difl’éremment. « L’un est heureux, l’autre est misérable, un autre stupide. Les dieux sont toujours heureux, l’homme toujours malheureux ; les animaux

(i) Djanmamaran'akâranâDâro pratiniyaniàd ayagapat pravrittes tcba Puruciiabahutvam siddham traigun yaviparyayàtch tcbaiva ||i8||

4 a PHILOSOPHIE DES HINDOUS,

inférieurs toujours stupides. S’il n’y avait <\vl une seule Ame, tous les êtres vivants seraient semblables.

Les attributs des divers principes , matériels ou immatériels , distincts et indistincts , perceptibles ou non perceptibles, sont comparés et mis en contraste. Un principe distinct, comme il est affirmé dans les Sânkhyas {i), peut avoir une cause; il est inéternel, inconstant, tantôt visible, tantôt il est impénétrant, ne se répandant point dans

toutes choses ; car l’effet est possédé avec sa cause, non la cause avec son effet; il est passible et changeant, passant d’un corps à un autre; il est multiple, car il y a autant d’esprits, d’intelligences, etc., qu’il y a d’àmes animant les corps; il est supporté, car il repose sur sa cause; il peut être enveloppé, car il plonge dans un autre, et ils s'impliquent mutuellement; il est composé, car il consiste en parties, ou qualités , comme le son , le goût , l’odeur , etc. ; il est gouverné, ou dépendant de la volonté d’un autre.

Le principe indistinct est le contraire sous tous ces rapports ; il est sans cause, éternel, pénétrant tout, immuable, impassible, simple, comme étant la seule cause des trois ordres d’êtres; insupporté {cat il repose sur lui -même); inenveloppable (ne se plongeant point, ni n’impliquant rien); incomposé, n’étant formé d’aucunes parties , se gouvernant lui-même.

Les principes distincts, comme le principe indistinct, possèdent les trois qualités de bonté , de passion et ôîobscurité', l’un (la Nature) les ayant de droit, comme sa forme ou ses propriétés; les autres, parce qu’ils sont ses effets, comme une laine noire fait un tissu noir. Ils î,oatnon-distinguants ou non-distingues , ne distinguant point une qualité d’une autre, et confondant la Nature avec les qualités; car

(i) Kâr, 10 , 1 1:

Hétumad anilyam avyàpî sükriyain anekam as'ritam lingam Sàvayavam parntantrara vyaktaiu vîparitam avyaktain. |Uc>|| Trigunam avivéki vicbayah aaiiiànyaro atclKÎtaoauj pi'a&avaübaïuji Vy^ktam talbù pradbanatu tud'ipaiîlas tatbÀ tcba pumân. ||ij||

DOCTaiNES SÀNKHTÂS.

la Nature n’est point distincte d’elle-méme , et les qualités n’en sont point séparées. Ils sont des objets de conception et de jouissance pour chaque âme ; en dehors de la connais* sance distinctive, mais soumis à celle-ci. Us sont communs ; ainsi qu’un ustensile ou une courtisane. Ils sont irrationnels on non-sentants , insouciants de peine ou de plaisir; comme d’une masse insensible d’argile est formé un vase de terre insensible. Ils sont générateurs , l’un produisant l’autre, la Nature donnant naissance à X Intelligence , et X Intelligence à la Conscience , et ainsi de suite.

\IAme, au contraire, est dénuée de qualités; elle est distinctive ; elle n’est pas un objet de jouissance ; elle est spéciale ou particulière ; elle est sensitive , capable de peine et de plaisir; ingénératrice, car elle ne donne naissance à aucun être.

Sous ces rapports , elle diffère de tous les autres principes ; elle est conforme , sur certains points , au principe indistinct , et elle diffère des principes distincts ; elle s’accorde , sur un seul point , avec ceux-ci , et diffère de l'autre : car elle n’est point unique, mais au contraire multiple; et elle est-jonr cause, éternelle, pénétrante, immuable, sans support , n’ impliquant rien , incomposée (étant sans parties), gouvernée par elle-même.

Les attributs des principes perceptibles, distincts, et du principe indistinct , indéfini , sont considérés comme prouvés (i) par l’influence des trois qualités en un exemple, et leur absence dans le contraire (^viparyaj-a) , ensuite par la conformité de la cause avec l’effet : argument fréquemment employé. Il concerne la cause matérielle , non la cause efficiente.

Du contraste qui existe entre l’Ame et les autres principes, il suit, comme la Kdrikd l’affirme (a) : « Que l’Ame

( I ) Xar. iS.

Avivékyàdih' siddhas traignn'yât tadviparyayâbhàvàt Kàran'agon'ttmakatvât kàryasyâvyakum api siddbam ||i4|| (a) Kâr. 19 , ao.

Tasmàlcb Icba viparyâsât aiddbaro sàxitvain asya panu-faaaya

« est un témoin, un spectateur, un assistant, quelle est « solitaire et passive. C’est pourquoi, par la raison de son «union avec elle, le corps insensible semble sensible; «et, quoique les qualités soient actives , l’étranger (l’àme) >■ paraît comme l’agent. »

« Quoique inanimée, la Nature remplit la fonctionde pré- « parer l’âme pour sa délivrance, de même que la destina- « tion du lait, substance inintelligente, est de nourrir le « veau (i). »

La Nature est assimilée à une danseuse , se montrant elle-même à l’Ame, comme à une assemblée, et s’exposant sans honte aux regards avides du spectateur. « Elle se « retire, cependant, lorsqu’elle s’est suffisamment montrée. « Elle agit ainsi, parce qu’elle a été vue; le spectateur se «retire, parce qu’il l’a contemplée. Dès lors le monde « n’est plus utile , quoique l’union de l’Ame et de la Nature « subsiste encore ( 2 ). »

Par l’acquisition de la science spirituelle , au moyen de l’étude des principes, on apprend la vérité définitive ^ incontestable , unique ; ainsi la Kârikâ déclare que : « ni JE SUIS , ni quelque chose qui soit mien , ni moi n’existent; » (Neitber Iam, nor is augbt mine, nor. I exist.)(3).

Xaivalyam mâdbyastbyara ciracht'rïtvam akartrïbhavas'tcba HiqH Tasmàt tatsanyôgâd atcbétanam tcbétanàvad iva lîngam Ganakartritvè tcba tatbû kartaiva bbavaty udaMnah || 2 o||

(i) Kâr, 57 .

(a) Kâr. 59 , 6i , 66.

Kangasya dars'ayUvâ niv.irtatê yalbà naritaki Drïtyàt Purucbasya tatbâ lué înani prakàs'ya nivarttat^ prâkntih' ||59lj Prakridb' Auburuiirataram na kiotchid aAliti niatîr bhavati Yà drïcbt ùsnjîtî piinar ua dars'anaiu upaiti purucha^ya ||6i|j Dricbtâ mayaity upaixaka êko drichtàhatn ity uparamatyaoya Satj aanyôgé’pi tayôb prayudjaiiam nâsii sargasya |1C6|| '

(3) Kâr, 64 .

Evam tatvâbbyâ&àn nasmî na me iiâliam tty aparisèchain Avîparyayâd visuddbum kaivalam utpadyutê djnûnain ||04||

Voilà le plua exlraordioaire de tous les piiocJpes ou axiomes de la rikâ :

DOCTRIÎÏKS Sa’nKHTAS. 45

« Tout ce qui passe dans la Conscience , dans l’Intelligence est rellëté par l’Ame , comme une image qui ne souille point le cristal, mais qui ne lui appartient pas. Possédant cette connaissance d’elle-mème, l’Ame contemple à loisir laNatiire, privée par là îles changements générateurs, et exclue par conséquent de toute autre forme et elfetde l'Intelligence, excepté seulement cette connaissance spirituelle (i). »

« Cependant l’Ame reste unie au corps , comme la roue du potier continue de tourner, après que le vase a été façonné, par le résultat de la force d'impulsion qui lui a été donnée précédemment. Quand la séparation de l’Ame et de sa forme corporelle s’exécute enfin , et que la Nature cesse pour elle, alors la délivrance absolue et définitive est accomplie (a). "

« Ainsi, conclut la Kârikâ ^ cette connaissance abstraite , adaptée à l’Ame, dans ' laquelle l’origine, la durée et la fin des êtres sont considérées , a été expliquée à fond par le grand saint , le sage qui l'enseigna avec compassion à

Il signifie mot k mot en Utin :

Sic priDcipiorum-studlo : *A*o/2 mm , non mei^ non ego ; ita abAolutaïQf Omniuro-coQtradictionnra cxpurgatam, abstractam invenitur scientiam.

Jamais le scepticisme dogmatique n*a été formalé d'une manière aussi rîgoa> rcuse par ArkèsHaSy Ktirnéade ^ Chrysippe ou Sextns Etnpiricus. Si les vers de la Kàrikâ qui renferment cette proposition ii'étaient pas sous nos veux, nous « serions tentes de suspecter rudmirable fidélité de l’exposition de M. Colebrooke. Mais on n’en est pas moins étonné de voir cet axiome jeté ainsi à l'improviste , dans la Kàrikâ^ sans y être amené par des prémisses , et détruisant ainsi d’an seul conp tout le système meme du Sankhra qui repose sur \ existence admise au moins d'nn sujet quelconque. ( G. P.)

(i) Kâr. 65.

Tèna nîvritta prasavàmartbavasât saptarùpavinlvritlàm Prakritira pasyati pamehah' préxakavad avasthitab' susthah' || 65 ||

(a) Kâr. 67.

Samyag djnânàdbigamàd dharraâdinâm akâran'apràptAn Ticbt'hatI aanskâravasâtch tchakrabbiainivaddlii'itas'arirah 11^7 ]|

Page 1