‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 25 sur 54 · L’absence de la faculté de distinguer [ les qualités · texte numérisé non relu

L’absence de la faculté de distinguer [ les qualités

•• Quod Tere non est\ iU ûeri oecpiit ut eiisut; nec ut exue denuat, quod rere est.»

( TraductioD de M. de Schlegel. )

C’est là CD propres tenues i’axiome de l’ccolc réaliste d’iooie , et celui aussi d’AxÂifAGORE rapporté par Simplicius :

OOd“à -jivfTat Tl, Ob<5“i «pOsipirai twv Op.oiop.tpwv, dXX’ at\ tawtoi içl.

(Simpl. ia Arist, Phys. 33 . )

Voyea aussi PARMÉinDE( vers 97 et suiv. , ed. Brandis. )

(1) L'effet est oonteou , enveloppé dans 1 a cause, mais la cause u’est pas enveloppée dans Teffct. Voy. p. 42.

(2) Cetto définition des trois qualités \^tri~gounâk'^ e.st très obscure dao.s le texte, M. Lassen a emprunté au sclioliaste Vatchespatimis'ra rexplicatioo suivante :

* U Omnes inter se sunt consortes , umnes ubicumque permeant. Impetus [ la pas-‘ sion ou Vimpétuosité t dans notre traduction ] consors est essentia [ la bonté y id. ] , essentia consors est impetus. Ambo bi , impetus et essentia , consortes sunt caliginis [ l’o/j.rrunVé ] , amborumqne iterum consors caligo dicitur. Eorum iuitium , conjuuctio vcl separatio uon noscitur. »( Manus. p. i 5 . recto.)

Cependant la prédominance de l’une ou de l’autre de ces qualités a lieu , selon de certaines circonstances. Voy. p. 18 , 27 , 3 o et 4 <>.

( 3 ) Sattvam laghu prakàs'akam iclit'am upastambbakam tclialam tcba raUjafî Guru varau’akam éva tamaK pradipavatch' tchârtbatd vrittih'. |j i 3 ||

(Voyez aussi p. 3 i.)

DE LA. SANKUYA-KAKIKA.

entre elles ] et les autres propriétés [ qui lui sont unies ] sont prouvées, soit par la possession des trois qualités, soit par leur absence dans le contraire ; [Y Âme. Foj.-p. 43]. De ce que l’elTet possède lui-tnéine les qualités de la cause, il s’ensuit que le Principe indéveloppé est prouvé.

15. C’est par la détermination des différences fwr- P> 58]; c’est par la convenance, par la manifestation ou le développement opéré de sa propre puissance, parla séparation évidente de la cause et de l’effet, par l’inséparabilité de l’Être qui revêt toutes les formes;

16 . [Que l’on prouve que] la Cause primordiale est le Principe indéveloppé, [ou Prakriti, la Racine procréalrice^Ce Principe se manifeste par les trois qualités : par homo^'énéité, par transforntalion ou métamorphose, à l’exemple de l’eau [qui se change en vapeurs ou en glace], par la diversité de toute qualité quelconque qu’il embrasse. [ ^or. p. 38. ]

17. VAmc existe (i), [Cette proposition se prouve] : par l’existence d’une association d’objets destinés k un autre, par le contraire des trois qualités et des propriétés qui leur sont inhérentes, par l’empire exercé sur soi-méme[c<MicAé<f/?a], par l’existence d’un être formé pour Jouir, et par l’action des tendances à l’abstraction. [ r ojr. p. 40. ]

18 . La multiplicité des Ames est démontrée par la distribution à chaque être en particulier de la naissance, de la mort et des instruments de la vie; par l’action, l’occupation diverse dans le

( 1 ) Pouroucha. Vuj. p. la. Ce laot e»t très difficile à defioir. U a sîguifié primi*. tirement le grand Principe male ^ f]ui e tout fécondé; ensuite rjiomnc luj*niéaie, ensuite le principe pensant de riiommc. Dans les Oupanichadas des f'edaSf il est employé pour désigner une personne subtile^ universelle^ qui se voit dans l'orbe du Soleil ( Isa~oupanich. i6 ) : le Soleil iui-rnéme comme Ame du monde. J'ai déjà fait remarquer qne tes Cliinois représentaient les deux premiers Principes de toutes

choses , par et jranç ! le premier est le principe femelle , le type

féminin de tonte la création ; le second est U principe mdle , le type mdle de tous les êtres ; le premier est le principe passf et obscur » et le second le piiocipe actf et lumineux, comme prnhriti et pouroucha / mais ce qui est le plus frappant, c*est

que les Chinois désignent aussi le Soleil par

taïjrang , le grand prin*

cipe mâle qui féconde tonte 1a nature , qui est Vame du monde , comme pouroucha. L'identité des deux premiers principes chez les CIUnui.s et chez les Indicus ne peut pas être plus évidente.

TRADUCTION

io8

meme temps [chez différeiits individus], et aussi par le contraire des trois qualités. [ Voy. p. 4 1- ]

19. Par la meme opposition, il est démontré que l’Ame est un témoin [qui discerne], un être capable d’abstraction, un arbitre, un spectateur, un être enfin dégagé de l’action. \ yoy. p. 4o-]

20. De là vient que par son union avec cette [Ame] , le Corputcule animé [/f>?g'nwi] dénué d’intelligence \^atchétanam^ a cependant une espèce d’intelligence ytchétandvadiva'\ \ et l’étranger [l’Ame] passe pour l’agent ou l’être agissant, lorsque ce sont les qualités seulement qui agissent. \yoy. p.

21. L’union que l’Ame contracte avec la Nature [/*rarfA(frtfl ou Prakriti\ dans le but de la contempler, et dans celui de s’en abstraire, du de se livrer à la contemplation, se fait à l’instar de l’association d’un boiteux et d’un aveugle : c’est par cette union que la création s’opère (i). [ Voy. p. 23. ]

22. De la Nature Procréatrice vient le Grand ou Y Intelligence ; de celle-ci, le Sentiment du Moi , ou la Conscience, de laquelle procède la série des seize autres Principes ; de cinq de la série des seize Principes sont nés les Cinq Éléments. [Voy.p. 17 et 19.]

23. l' Intelligence est une direction, une application [de la faculté pensante] aux objets extérieurs \adhyavasdya (2).] La vertu, la science, la tranquillité, la domination, sont les qualités essentielles ou de bonne nature ( sdttvikam ) qui lui ont été anciennement attribuées. Les qualités ténébreuses ou de nature stupide [tdmasam\ lui sont opposées.

(f) Bans la dortrme clcs pliilosophes chinois de l'école de Confucios, toute la oréatioD s’est également opérée par ranioa du jrn et du yang représentés précédemment ; c'e.st-à-dirc, par la conjonction du grand principe passif femelle avec le grand principe actif mâle , comme Tunion ou U conjonrtion de la p'artÀe pro^ créatrice [/VaArtV/], \}Tinc.ÏY>c passif femelle^ stvec \v grand indle[pourouc/ia^f\yrïn» ripe actf rndUj a produit la création dan-s l’esprit des ludicus. Le mol aine ne rend donc pas exactement le terme sanskrit pouroucha que M. Lassen traduit par Genius. Le terme fraucais est d’autant plus incomplet qu’il détruit le symbole en changeant la sexualité du terme sanskrit, conservée dans Genius. Et cependant le mot génie u’aiirail peut-être pas au.ssi bien représenté ce principe pensant , celle Ame uoi- Tcr.sclle qui se partage en autant d’nines qu’il y a de corps animés, parce que le mot génie rappelle toujours à la pensée un être spirituel en dehors de l’homme ou être humain compo.se du corps matériel et du principe pensant. Dnus l’Essai , le terme sanskrit a été traduit par soûl ( en angl.) et ame ( en fran^.) [Voy. p. 4l ]• («) Ce mot sanskrit est difficile à définir. M. Lassen , «l’après un commentateur , le traduit par intentio. Il est compt)sé de ADUi , sur^ et de vas, habiter i avec la suffixe ATA, qui forme des noms d'agent.

DR LA SANRHYA-RAHIKA.

a4. Le Sentiment du moi, ou la Conscicnre , est une présomption de sa propre existence \^abliimdna.'\ De là , vient une double préation consistant dans la série des onze Principet , et dans les cinq Eléments rudimentaires ou Particules subtiles. [ f 'oy. p. 19. ]

25. Les onze Principes essentiels, ou de bonne nature [sdttvika'l, procèdent du sentiment créé [et créateur] du Moi ou de la Conscience : la série rudimentaire ou les cinq Particules subtiles procèdent aussi du [sentiment du Moi\, Principe générateur des Éléments. Ces Principes rudimentaires sont ténébreux ou de nature stupide \^tdmasas\ L’une et l’autre de ces créations naissent du Principe passionné, impétueux [lédjasas'\, ou de nature mixte [qui est le Prineipe-Conscience\

26. Les organes de la perception ou de \ intelligente [boudtlbtndr^dnC\ sont nommés l’œil, l’oreille, le nez, la langue, la |>eau; la voix, les pieds, les mains, les organes de la génération et des excrétions sont appelés les re/ir d'action-, \kannaindriydni.\ [ Voy.p. 21.]

27. Le Manas ou sens intérieur (i) participe substantiellement de la double nature de ces deux séries de sens. C’est lui qui juge, qui compare, et il est un sens par son alTinité [avec les autres sens.] Il est multiple ou varié à cause des variations diverses que lui font subir les [trois] qualités, et à cause de sa division dans les objets externes.

28. L’occupation ou la fonction [vnVréA'] des cinq [sens de l’intelligence] dans le son et dans les autres domaines objectifs delà sensation, se discerne dans la perception seule. La fonction des cinq autres [organes d’action] s’exerce dans le parler, le palper, le marcher, et dans les actions d'évacuer et de procréer.

29. La fonction [ vr/W/'A' ] de la Tr\AÙc:\\' Intelligence, la Conscience et le Sens intême\ est d’une nature qui lui est propre ; car elle n'est pas commune [à chacun de ses membres.] La fonction qui est commune à ces [trois] instruments de connaissance.

(f) Ce terme sanskrit est un de ceux qui se présentent souvent dans la pUilosopbie indienne et que l’on ne peut rendre par une parfaite synonymie. On lit dans le Bliag. gltâ. ( Lect. 3. si. 4^ ) : Indriyâni pariu'yâbur indrÎTébliyah' param maoab' | Manasas tu parâ bnddliir y6 buddbéh' paratas tu sah' ||42|U

« On dit que les sens sont puissants; le manas [ ou le sens interne'^ leur est supérieur; mais le bouddhit ou V intelligence ^ est supérieur au manas. Ce qui est supérieur à VintelUgence , cVst tui> l'Etre universel et suprême. *•

1 in

THAOCCTION

s'exerce dans les cuiq souffles [ vAyavas pantcha ] : la respiration et les autres fonctions vitales.

30. Mais la fonction de la série quaternaire (i) s’exerce simiil-, tanément et successivement en particulier dans les choses visibles qui tombent sous les sens; ainsi, d’un autre côté, la fonction de lu triade s'exerce dans les choses invisibles qui ne tombent point sous les sens , étant précédée toutefois par la perception des choses visibles au moyen des sens (a).

31. L’un et l’autre [de ces instruments de connaissance] suivent leur propre action individuelle à laquelle ils s’excitent mutuellement. C’est l’Àme qui est la cause et le but de cette action (3) ; l’instrument [de connaissance; un sens quelconque] n’est poussé à agir par personne.

3a. Les organes ou instruments de connaissance sont au nombre de treize (4). Us servent à saisir [<f/taro/>'a : apprehensio^, à contenir, à donner de l’éclat. Leur action effective de saisir, do contenir et de donner de l’éclat est décuple.

33. L’instrument intérieur de connaissance est triple (5). L’instrument extérieur de connaissance , annonçant les objets sensibles à l’instrument intérieur, est décu/>/e. L’instrument externe s’exerce dans le temps présent; l’instrument interne s’exerce dans \o temps triple: [le passé, le présent et l’avenir.]

34 . Il y a des choses distinctes et des choses indistinctes dans les cinq domaines objectifs des sens de perception. Le son est le domaine objectif de la voix, mais les autres [sens d’action] ont aussi cinq domaines objectifs.

35. Parce que V Intelligence , avec les deux autres intruments

(t) Les trois priocipes précédents et la catégorie des cinq sens considérée ' comme quatrième membre; ^ quaùe.

(a) Yugapatcb tcba tudit’nyasya tu vrittih' kramas'as'Ccba ta&ya nirdiclit'â Drielit'é taÜJÀ tr adrichté irayasya tatpurvikd mrittih' ||3o]J.

Voilà clairement et nettement exprimé le fameux principe de toutes les écoles réalistes ou experimentales nommées avec équivoque xe/u’un/lM/ej , depuis Abistotx jusqu^à CoHDiLi^c et CxBAiris : Xihil est in iatelUctu quod nonjam fuerit in sensu.

(3) Puruehdrtha éva kétuU,

(4) Karanam tre^ôdas avidham :

m Organon tredccimplex est. » ( Lass. ) Ce sont Vinteliigence , lu conscience , le manas ou sens intime; les cinq organes des sens et les cinq organes d action.

(ô) C’est-à-dire qu’il y a trois organes ou instruments intérieurs de connaissance : Vinteliigence , 1a conscience et le manas. L’instrument extérieur comprend les cinq organes de sensation, et \es cinq organes d’action. [Voy.p.au.]

DE LA SANKHYA'KARIKA.

internes, pénètre dans tous les domaines objectifs [des antres sens ou organes externes ], c’est pour cela que l’instrument triple interne est le portier ou gardien intérieur, et que les autres sens ou instruments externes sont des |>ortes. [f'aj-. p. ai , aa. ]

36. Ces [organes ou iustruments de connaissance] distingués entre eux par des signes divers, différenciés par les [trois] qualités, comme une lampe qui éclaire les choses environnantes, après avoir éclairé et scruté, pour la satisfaction de l’Ame, tous les domaines objectifs de leur ressort, ils reportent à Y Intelligence [leurs impressions diverses] ;

37. Puisque l’Intelligence perfectionne tout dans le but de faire jouir l’Ame, et qu’elle établit de nouveau une distinction très- subtile entre la Cause première , ou la Nature procréatrice 'et Y Ame.

38. Les Particules subtiles , on Rudiments élémentaires , sont nommés indistincts [avis écbds]: de ces cinq Rudiments viennent les cinq Éléments qui sont énumérés comme distincts [vUéchas'\: ils sont calmes, violents et irraisonnables [mûdhds.^ [^oy. p. 26 ]

39. La division des Éléments distincts en êtres subtils, en nés de père et de mère, et en grossiers ou irraisonnables, est triple. Les êtres subtils sont durables; ceux qui sont nés de père et de mère retournent [il la non-existence] , ou sont périssables, [^oj. p. 26.]

40. Née primordialement, libre de tout obstacle ou de tout entrave , illimitée, commençant A V Intelligence , et finissant au rudiment élémentaire [sdxma]^\a Personne subtile ou le Corpuscule [linga'\ passe d’un état à un autre, sans forme matérielle propre à la jouissance, mais possédant des conditions corporelles.

[ Foy. p. a4 et sqq. ]

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