‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 28 sur 54 · AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA MIMANSA · texte numérisé non relu

AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA MIMANSA

Le fondateur reconnu de cette école d’interprétation scripturale est Djaimini. Il est souvent cité comme autorité dans les Soûtras qui lui sont attribués. D’autres anciens auteurs qui ont écrit sur le meme sujet, lesquels sont accidentellement cités dans ces aphorismes, comme Atréja Bddari , Bddardyana {V) , Ldboukdjana , Aitisdyana, etc., y sont quelquefois introduits comme autorités, mais plus souvent pour y être corrigés et réfutés.

Il n’est pas possible de douter que le véritable auteur d’un écrit ne puisse parler de lui, à la troisième personne, dans son propre ouvrage. Toutefois ce procédé n’est pas très-commun. Cependant un commentateur indien dira, comme les scholiastes des Institutes

(i) Parihut I. I. 2. Dldh , ibid.

(») Apadêva,- Tiyâya-frakâta.

(3) Auteur de» Bràkma-Soûlras.

PHEMIEBK MlMiLNSA.

OU Lois de Mamod et de YAUJUAVAUiTà le diseut, que les instructions orales du maître ont été rédigées par quelque disciple, et que, pour cette raison , la mention qu’il fait de lui, à la troisième personne, est strictement exacte.

Les Soûiras ou aphorismes, ainsi attribués à Djaiiiini, sont divisés en douze lectures, chacune subdivisée en quatre chapitres, excepté la troisième, la sixième et la dixième lectures, qui en contiennent le double ; ce qui forme en tout soixante chapitres. Ceuxci sont de nouveau divisés en sections, cas ou sujets {adhikararia), comprenant ordinairement plusieurs Soûtras ; mais il n’est pas rare qu’ils n’en renferment qu’un seul. On peut citer des exemples où un seul aphorisme est partagé en plusieurs adhikaratîas. Quelquefois, au contraire, une simple phrase, différemment interprétée, devient applicable à des cas distincts, et des SotUras, réunissons un seul titre par un interprète, sont, par un autre, développés comme constituant des sujets séparés. Le nombre total des Soûtras est de 2 , 65 a, et celui des adhikararias ou sujets de giS , tels qu’ils sont énumérés par Mâdhava Atchàbya.

Comme les aphorismes des autres sciences indiennes, ces Soûtras sont extrêmement obscurs; et s’ils étaient sans glose ils seraient inintelligibles au dernier degré. Ils ont dû être accompagnés dès l'origine d’une exposition orale ou écrite. Un ancien scholiaste {^Vrittikdra) est cité par la foule des commentateurs pour des aphorismes subsidiaires, qui éclaircissent les obscurités du texte, ainsi que pour des commentaires explicatifs sur ce même texte.

Outre l’ouvrage de l’ancien scholiaste, qui n’existe probablement plus en entier, et qui expliquait les Soûtras, ceux-ci ont encore été éclaircis , comme c’est l’usage, par un commentaire perpétuel et par des annotations correctives.

L’auteur du commentaire existant est S'abaha Swâmî Bhat't'a; c’est de lui que l'ouvrage a pris le nom de Sdbara bhdchya (commentaire de Sabara'). Cet auteur cite occasionelleroent l’ancien scholiaste , s’accordant quelquefois avec lui et quelquefois en différant.

Les annotations [vdrtika') sont de Bat't'a Koumâhila Swàmi, qui est la grande autorité de l’école Mimdnsaka , dans laquelle il est désigné emphatiquement par son titre de Baiia, équivalant à celui de Docteur. Il développe et corrige fréquemment la glose de S^ABARA, donne souvent une interprétation différente, mais dans beaucoup de cas il passe des sections entières sans les citer, comme

PHILOSOPHIE DES HINDOUS, s’il n’y trouvait pas occasion de corriger ou d’expliquer le commentaire; ce qui, par conséquent, doit être considéré comme une ratification ou approbation tacite. L’ancien scholiaste est quelquefois cité par lui lorsqu’il amende ou adopte sa scholie. Il critique le texte lui-méme et l’arrangement de Djaimini.

Celui qui, par sa célébrité, vient immédiatement après Djaimini est un écrivain ordinairement cité sous le titre de Gourou, plus rarement sous la désignation de Prâhhdkara (i). Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner son livre en vue de cet Essai, et il ne m’est guère connu que par des renvois et des citations; comme, par exemple, dans le sommaire de Mâdhava, où .ses opinions sont continuellement mises en opposition avec celles de Koumdrita, et dans le texte et le commentaire du Sdstra-Dfpikâ, où ses principes sont discutés et comparés avec ceux de nombreux écrivains différents.

KouMÀniLA BhatVa figure souvent dans l’histoire religieuse traditionnelle de l’Inde. 11 fut le prédécesseur de S'akkaba-A.tchârta, et il fut aussi rigide que ce dernier pour le maintien de la foi orthodoxe contre les hérétiques, qui rejettent l’autorité des Védas. Il passe pour avoir été le principal antagoniste de la secte de Bouddha, et pour avoir suscité une terrible persécution contre cette hérésie (2). En effet, il saisit toutes les occasions d’attaquer par la controverse l’autorité et la doctrine de S’akya ou Bouduha, ainsi que celles des Arhat ou Djinas, en même temps que les hérétiques plus obscurs, Bôd'hâyana et Mas'ara. Il leur refuse toute considération , même lorsqu’ils s’accordent sur quelque point avec les Védas (3). L’âge de Koumârila, antérieur à celui de S'an- KARA ( 4 ), et correspondant avec la période de la persécution soulevée contre les Bouddhistes , remonte à une antiquité beaucoup plus grande que celle de mille ans. Koumârila est regardé comme ayant été contemporain de Soudhanwa; mais la chronologie du règne de ce prince n’est pas exactement déterminée (5).

Parmi les commentateurs de la MîmdnsA, vient immédiatement après Pârt'ha -Sàrathi MÎs'ra , qui a ouvertement pris pour guide Koumârila BhatVa. Son commentaire, intitulé Sdstra-

(i) Mâdh, I. I. 3.

(a) Préface du dictionnaire sanskrit de Wilson, p. xix (i‘'' édition).

(3) Mîmânsd. i . 3. 4*

(4) Voyez la note A.

(5) Préface du dictionnaire de Wilson, p. zvni.

PREMIÈRE MIMARSA. 121

Dtpikd, a été amplement expliqué dans une glose portant le titre de Mayoûkhamâld par Sômakâtha, Brahmane du Karnatique, dont le frère aîné fut grand-prêtre du temple célèbre de V énkatddrt ou V énkatagiri (i). Pabtha-Sâbathi est aussi auteur du Nydya- Ratnamdld, et d’autres ouvrages connus.

Une courte glose sur le texte de Djaimitii, suivant pareillement le même guide (Kocmàbiia ) , est la Bhad a- Dtpikd de T'chaicda- 1)ÈVA, auteur d’un traité séparé, plus ample, intitulé Mùndnsd- Kaustoubha , auquel il renvoie à chaque instant pour de plus complets éclaircissement.s des matières, brièvement eftleurées dans sa glose concise, mais instructive. Cet ouvrage est postérieur à celui de Màdhava-Atchâbya , qu’il cite quelquefois, et à celui de Pâbt'ha-Sâbathi , qu’il cite plus souvent.

'Le M(mdnsd-Nydra~Fivcla est un autre commentaire d’un aiiteur distingué, Bhavanât'ha-Mis'ba. Je parle de cet ouvrage, et de ceux qui précèdent, comme de commentaires, parce qu’ils suivent l’ordre du texte, qu’ils reproduisent un ou plusieurs aphorismes de chaque section, et qu’ils dévelopi>ent le sujet, mais sans expliquer régulièrement chaque mot, dans une glose perpétuelle, comme les scholiastes ordinaires.

Parmi les autres nombreux commentaires sur le texte de Djai- MiNi, le Nydya-Validtdhiti de Râgbavâkanda ne doit pas être omis. 11 contient une excellente interprétation des Soûtras, qu’il explique mot à mot, à la manière d’un commentaire perpétuel. Il est bref, mais clair, ne laissant rien d’inexpliqué, et ne s’égarant dans aucune digression.

11 résulte des nombreuses révisions qne le texte et l’exposition de ce texte ont subies, et des amendements qui quelquefois arrivent, par un procédé différent de raisonnement, à la même conclusion, et qui d’autres fois changent la question, et déduisent d’un texte intégral un argument altéré pour sa solution, que les cas i^adhikaranas) prennent un aspect tout différent dans les mains des nombreux interprètes de la philosophie Mimdnsd.

Un sommaire de la do<-trine de Djaimini a été mis en vers par un ancien auteur, dont les vers remémoratifs sont fréquemment cités par les commentateurs de Djaimini sous le titre de Sangraha.

Une autre explication métrique est amplement reproduite dans

(i) i3S millet Ouest de Madrai.

le Fdrtika, ou plutôt elle est une partie de cet ouvrage lui-même. Un chapitre entier se présente sous le titre de Slôka-Vdrtiha : d’autres chapitres complets de l'ouvrage de Koomârila sont exclusivement en prose. Dans beaucoup d’entre eux les vers et la prose sont entremêlés.

L’introduction la plus approuvée à l’Étude de la philosophie Mimdnsd est le 'Nydja-mâlâ-vistara , par Màdhava Atchâkta. Elle est en vers, accompagnée d’un commentaire en prose par le même auteur. Cet auteur suit le texte deDiAiMiNi, non en paraphrasant, mais en faisant le sommaire (quoique le titre indique plutôt une amplification) de son sujet et des déductions ou conséquences approuvées qui en sont tirées; expliquant quelquefois séparément la doctrine de Bhaiia et de Gourou sous chaque titre, et d'autres fois celle de l'ancien scholiaste : mais il se borne plus communément à celle de Bhaiia seulement. Cependant il fournit souvent plus d’une application pour le meme texte, comme le fait Bhaiia lui-même.

Màdhava Atchârta fut tout à la fois prêtre et ministre, ou conseiller civil et conseiller spirituel de Bourra Raya et de Harihara, souverain de Vidyd-nagara , sur le Gddâvéri, comme son père Màyana l’avait été de leur père et prédécesseur Sancaila, qui régna sur toute la péninsule de l’Inde.

Comme les autres nombreux ouvrages qui portent son nom, le Nydya-mdld fut composé, non par Mâohava Atchârya lui-même, mais sur ses données, sous la direction plus immédiate de son frère, Sâyana Atchârya. Cet ouvrage paraît, d'après sa préface, avoir été la première composition entreprise après l’achèvement de leur commentaire sur les Institutes ou Lois de Pârâs'ara , et il est assez probable qu’il précéda le grand commentaire des mêmes auteurs sur la totalité des Fédas.

D’après l’histoire, confirmée par des inscriptions authentiques, Màdhava florissÿit vers le milieu du quatorzième siècle : les souverains qui lui accordèrent leur confiance régnèrent depuis cette époque jusqu’au commencement du quinzième.

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