‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 32 sur 54 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Dans le sommaire précédent du système Vêdânta, tiré des Soûtras de Vya'sa , on s’est conformé à l’interprétation donnée de ces soûtras par S'ankaha; et ses gloses, avec les notes de ses annotateurs et les commentaires des scholiastes qui le suivent, ont été exclusivement employées, de crainte que la doctrine des écoles séparées et celles des diverses branches du Vêdânta ne se soient trouvées mêlées et confondues. Ces commentaires sont nombreux, et les éclaircissements et explications du texte ont été empruntés de l’un ou de l’autre indistinctement, selon le degré qu’ils

(i) Br. Soùir. 4. 4. § 7 (S. 17 — aa). (2) Ibid. S. aa.

(3) Les Commentatears ne paraissent pas s’accorder sar ce point.

Digitizod by Coogic

SYSTEME TEDANTA.

otit été trouvés clairs et explicatifs , sans aucune préférence ou choix particulier. Cette observation naîtra dans l’esprit de quiconque voudra comparer ce sommaire avec ses autorités (i), car il ii’a pas été jugé nécessaire, ni généralement praticable, de citer le commentaire particulier qui est spécialement employé dans chaque exemple.

On ajoutera ici quelques remarques dans lesquelles d'autres autorités sont pareillement employées , et principalement les ouvrages élémentaires (2) mentionnés dans l'Introduction de cet Essai.

Les dogmes principaux et essentiels du Vêdânta sont que Dieu est la cause omnisciente et toute-puissante de l’existence, de la conservation et de la dissolution de l’univers. La création est un acte de sa volonté. Il est tout à la fois la cause matérielle et efficiente du monde : créateur et nature, formateur et forme, opérateur et œuvre. A la consommation de toutes choses, toutes choses sont fondues ou absorbées en lui : comme l’araignée forme son fil de sa propre substance et le réabsorbe en elle; comme les végétaux sortent de la terre et y rentrent, terre à la terre; comme les cheveux et les ongles croissent sur un corps vivant et continuent de végéter avec lui. L’Etre suprême est un , seul existant , sans second , entier, dénué de parties , éternel, infini, ineffable, invariable ordonnateur de tout, ame universelle, vérité, sagesse, intelligence, félicite.

Les âmes individuelles , émanant de l’Ame suprême, sont comparées à des étincelles innombrables s’échappant d’un

(1) De toutes les antorités philosophiques dont M. Colebrooke s'est servi pour composer cet Essai , nous n’avoos en notre possession que les Brahma^ Soûtras de B. Vya'bâ avec le commentaire de S amsara Atcha'rya , qui sont la grande autorité de Pécole , et le Védânta^Sâra qui en est \ Abrégé ou X Essence, Mais ces deux ouvrages nous ont sufli pour avoir lieu d'admirer de nouveau rexcellente exposition de M. Colebrooke, et son impartialité austère dont personne ne doute. (G. P.)

(a) Le Véifântd'Snra ^ imprimé à Cnhi/fta récemment, le Védanta’Paribaehô , etc.

brasier enflamme. Ces étincelles proviennent du foyer et y retournent, étant de la ménie essence. L’ame, qui gouverne le corps, avec les organes du corps, n’est point née, et elle ne meurt point. C’est une portion de la substance divine; et comme telle, infinie, immortelle, intelligente , sensible, véritable.

Elle est gouvernée par l’Ame suprême. Son activité n’est pas de son essence, mais elle s’exécute par le moyen de ses organes : comme un artisan, prenant ses instruments , travaille et supporte la fatigue et la peine , mais après les avoir mis de côté, se repose; ainsi l’ame est active, et souffre par le moyen de ses organes; mais, en étant dépouillée, et retournant à l’Ame suprême, elle jouit du repos et elle est heureuse. Ce n’est pas un agent libre et indépendant , mais elle est excitée à l’action par l’agent suprême, qui la fait agir dans un état donné , comme il a été résolu dans une première condition. D’après sa prédisposition pour le bien ou le mal , pour les actions prescrites ou défendues , elle est nécessitée à faire le bien ou le mal , et elle reçoit ainsi sa rétribution pour des œuvres antérieures. Cependant Dieu n’est pas auteur du mal.

Car il en a été ainsi de toute éternité ; les séries des formes précédentes et des dispositions manifestées dans elles ont été infinies.

L’ame est enfermée dans le corps comme dans un fourreau , ou plutôt dans une succession de fourreaux. La première ou la plus intime enveloppe est l’enveloppe intellectuelle {^vidjnâna-majra') : elle est composée de la partie rudimentaire (tan-mâtra) , ou des simples éléments non combinés, et elle consiste dans l’intellect [bouddhi) joint aux cinq sens.

L’enveloppe immédiate est l’enveloppe mentale ( manômajra) dans laquelle le sens intérieur est joint

avec la précédente. Une troisième enveloppe comprend les organes d’action ainsi que les facultés vitales , et elle est nommée l’enveloppe organique ou vitale. Ces tiois enveloppes ou fourreaux ( kôcha ) constituent la forme subtile

SYSTEME VEDANTA.

[soilkchma-^sdrira on Unga-sarirn ) qui attend lame dans ses transmigrations. Le rudiment intérieur confiné dans l’enveloppe la plus intime est la forme causale (Aarn/i'asarîra ).

Le corps grossier (sthoû/a-s'arira) qu’elle anime de la naissance à la mort , dans chaque progrès de ses transmigrations, est composé des éléments les plus épais, formés par les combinaisons des éléments simples, dans les proportions de quatre huitièmes de l’élément caractéristique et prédominant avec un huitième de chacun des quatre autres : c’est-à-dire, les particules de plusieurs éléments , étant divisibles, sont, dans le premier cas, partagées en moitiés, dont une est subdivisée en quarts; et la moitié restante se combine avec une partie (le quart d’une moitié) de chacun des quatre autres, constituant ainsi des éléments épais ou mêlés (i). L’enveloppe extérieure composée d’éléments ainsi combinés est l’enveloppe alimentaire {annamayd^ ^ laquelle, étant le séjour de la jouissance grossière, est par conséquent nommée le corps épais.

La forme organique s’assimile les éléments combinés reçus dans la nourriture; elle sécrète les parties les plus fines et elle rejette les plus épaisses : la terre devient la chair; l’eau, le sang; et les substances inflammables (l’huile et la graisse), la moelle. Les particules les plus épaisses des deux premières sont excrétées, comme les déjections grossières et l’urine; celles de la troisième espèce sont déposées dans les os. Les particules les plus fines ou les plus déliées de l’une nourrissent le sens intérieur; celles de l’autre alimentent la respiration ; et celles de la troisième entretiennent la parole.

Les corps organisés sont arrangés par les V^êdântins Avins quatre ou trois classes : l’autorité des passages du Vêda est également citée pour ces deux arrangements. Leurs quatre classes sont les mêmes que celles des autres écrivains; màis-

(t) yéd, Sara. lîTi.

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la triple division paraît être particulière à cette école. Ce sont 1 " les vivipares {^djivadja) , comme l’homme et les quadrupèdes; 2 ° les ovipares (andadja), comme les oiseaux et les insectes; 3° les ÿerm'impaves (oudùhidjdja) (i). Ce dernier genre, cependant, comprend les deux classes finales de la quadruple division , les vermisseaux et les végétaux ; différant seulement en ce que les uns naissent de la .terre et que les autres pullulent dans l’eau ; les uns sont fixés, les autres mobiles. A tous les deux est assignée une génération spontanée et équivoque , ou une propagation sans union de père et mère.

L’ordre dans lequel les cinq éléments sont énumérés est celui de leur développement: 1 ° l’élément éthéré {^âkâsd), qui est considéré comme le fluide le plus subtil, occupant tout l’espace, et confondu avec le vide : le son est sa qualité particulière. 2 “ Le vent ou l’air en mouvement;

caria mobilité est sa nature caractéristique; le son et le toucher sont sensibles en lui. 3°Le feu ou la lumière {têdjas), dont la chaleur est la nature caractéristique ; et par lequel le son , le toucher et la couleur (ou la forme ) sont rendus manifestes. 4° L’eau (a/ja), dont la fluidité est la nature caractéristique, et dans laquelle le son, le toucher, la couleur et le goût se rencontrent. 5° La terre {prithivi ou annd), dont la dureté ou la rugosité est la nature caractéristique; et dans laquelle le son, le toucher, la couleur, le goût et l’odeur peuvent se discerner.

La notion de l’éther et du vent comme éléments distincts, opinion que celte école a en commun avec la plupart des autres écoles de philosophie indienne , semble avoir son origine dans l’assomption de mobilité reconnue comme caractère essentiel de l’un. De là l’air en mouvement a été distingué du fluide aérien en repos , qui est Vdkds'a , supposé pénétrer et embrasser tout l’espace du monde; et, par une transition facile, -vâj'ou ( le vent) et le mouvement

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(t) Sank., etc., sur les Br. Soûtr. 3. i. § 3 (S. ai).

SYSTÈME VÊDA5TA. ao3

deviennent identifiés, comme Xàkâéa (lether) et l’espace sont pareillement confondus.

Un corps organisé, dans son état le plus subtil de ténuité, comprend onze membres {^avyaya') ou parties corporelles, savoir : cinq organes des sens, comme autant d'instruments d’action , et le même nombre de facultés vitales ; auxquels est ajouté le sens intérieur (renfermant Tintelligence, la conscience et la sensation ) ; ou , en distinguant le sens intérieur et l’intellect {^houddhi') comme parties séparées, le nombre est de douze.

Les facultés vitales , nommées vdyou , ne sont pas proprement l’air ou le vent, mais ce sont les fonctions ou actions vitales. Considérées, cependant, par rapport à la signification propre du terme, elles sont expliquées par quelqties-uns comme il suit: la respiration, qui est

ascendante, et dont le séjour est dans les narines; a° l’inspiration (ou autrement expliqué, le yiatus)^ qui est descendant, et qui sort de l’extrémité inférieure des intestins; 3° la flatuosité qui est répandue dans le corps, passant par toutes les veines et les artères ; 4° l’expiration , qui monte du gosier; 5“ la digestion ou l’air abdominal, dont le séjour est le milieu du corps.

D’après une explication différente, la première est la respiration; la seconde, l'inspiration; la troisième, un milieu entre les deux : la pulsation, la palpitation, et autres mouvements vitaux ; la quatrième est l’expiration ; et la cinquième est la digestion.

Trois états del’amepar rapport au corps sont reconnus; on peut y en ajouter un quatrième et même un cinquième. Ces états sont : l’état de veille, celui de rêve, celui de piofond sommeil, celui de demi-mort et celui de mort. Dans l’état de veille, l’ame, associée avec le corps, est active sous la direction de la providence, et elle a la faculté d'agir avec une création réelle [pâramâtihiki) et pratique ( vyûeahâriki). Dans un songe il y a une création illusoire et non réelle ( : néanmoins, les songes pronostiquent

les événements. Le songe est le milieu ( a ') entre le

3(>4 PllILUSUPHlE UES HINUOUS,

sommeil et la Teille. Dans le profond sommeil, l’ame est absente, s'étant retirée par le canal des artères, et elle est comme si elle était enveloppée dans la suprême divinité. Cependant , elle n’est pas mêlée avec l’essence divine , comme une goutte d'eau tombée dans un lac, où elle devient indistinctible; mais, au contraire, l’ame continue d’être distinguée , et retourne sans changement au corps qu’elle anime pendant la veille. L’évanouissement ou la stupeur est un état intermédiaire entre le sommeil et la mort. Durant l'insensibilité produite par accident ou malaise , il y a comme un profond sommeil et une léthargie, une absence temporaire de l’ame. Dans la mort, elle a quitté absolument sa forme corporelle grossière.

Sujette à une transmigration future , elle visite d’autres mondes, pour y recevoir la récompense de ses œuvres, ou pour souffrir la pénalité de ses méfaits. Les âmes pécheresses tombent dans différentes régions de tourments, administrés par Tchitragoupta et d'autres personnages mythologiques, dans le royaume de Yama. Les âmes vertueuses s’élèvent jusqu’à la lune, où elles jouissent du fruit de leurs bonnes actions ; et delà elles retournent dans ce monde pour y animer de nouveaux corps , et pour agir en eux, sous la direction de la providence, conformément à leurs penchants ou à leurs prédispositions, dont les traces continuent de subsister.

Les sages, délivrés des pièges du monde, montent encore cependant plus haut; ils vont jusqu’au séjour et à la cour de Brahma ; ou , si leur acquisition de la sagesse est complète, ils passent pour toujours dans une réunion avec la divine essence.

Trois degrés de libération ou délivrance ( moukti) sont distingués : l’un , incorporel , qui est le dernier mentionné et qui est complet; un autre, imparfait, qui est celui mentionné ci-devant, dont l’effet commence à la mort, lorsque l’ame passe au ciel le plus élevé, le séjour de Brahma. Le troisième est efficace dans le temps de la vie ( djwan-nioukti), et rend capable le possesseur de cette dé-

SYSTEME VEDANTA.

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lÎTrance, d’accomplir des actions surnaturelles; comme révocation des mânes des ancêtres, la translation de soimême dans d'autres corps appelés à l’existence par la pure force de sa volonté, le déplacement à plaisir d’un lieu dans un autre, et d’autres actions merveilleuses.

Ces degrés de délivrance sont achevés au moyen de certains sacrifices, comme celui du cheval (^as wamêdha), ou par des exercices religieux dans divers modes prescrits , en même temps que par la méditation pieuse sur l’être et les attributs de Dieu : mais le plus haut degré de la délivrance peut être obtenu seulement par une connaissance parfaite de la nature divine, et de l’identité de Dibd avec ce qui est émané de lui , ou qui fut créé de sa substance et qui partage son essence divine.

Les questions les plus abstruses, qui sont agitées par les théologiens, ont aussi attiré l’attention des Vêdântins^ et elles ont été discutées par eux très au long; telles sont le libre arbitre (swdtantriyà), la grâce divine (is wara-prasâda), l’efficacité des oeuvres (A’ar/wn/i) ou de la foi ( //•otfAa ) , et beaucoup d’autres points également abstrus.

On ne trouve rien dans le texte de Ba'dara'yan'a , et peu de chose dans la glose de S'ankara , concernant le dernier sujet mentionné, celui de la foi. Sa souveraine efficacité est un dogme d'une autre branche de l’école Vêdânta, qui suit l’autorité de la Bhagavad-gîtâ. Dans cet ouvrage, comme dans beaucoup des Pourânas, des passages relatifs à ce sujet se rencontrent à chaque page.

Le fruit des œuvres est le grand sujet de la première Mimânsâ, qui traite des devoirs religieux, des sacrifices, et d’autres observances.

La dernière Mimâmâ soutient plus particulièrement la doctrine de la grâce divine. Elle traite du libre arbitre, quelle nie dans le fait; mais elle s’efforce de concilier l’existence du mal moral sous le gouvernement d’une providence toute sage, toute-puissante et bienveillante, avec l’absence du libre arbitre , en soutenant l’éternité passée de l’univers, et les renouvellements infinis des mondes dans

3u 6 PHlLÜSOPRlE DES Hl.NOOUS, SYSTEME véDANTÀ,

lesquels chaque être individuel a apporté les prédispositions contractées par lui dans des états antérieurs , et ainsi ré> trospectivement sans commencement ou limite.

La notion, que le monde versatile est une illusion ( mâyâ ), que tout ce qui passe dans la perception sensible de l’individu dans la veille n’est qu’une rêverie fantastique présentée à son imagination, que toute chose apparente n’est pas réellement existante, et que tout est chimérique, ne paraît pas être la doctrine du texte du Vèdânta. Je n’ai rien remarqué dans les Soûtras de Vya'sa ni dans la glose de S'axkara qui appuie cette opinion , mais j’ai trouvé beaucoup de choses sur ce sujet dans les petits commentaires et dans les traités élémentaires. Je la regarde comme n’étant pas un dogme de la philosophie Vêdântine originale, mais celui d’une autre branche, d’où les derniers écrivains l’auront empruntée , et auront ainsi mêlé et confondu les deux systèmes. La doctrine du Vèdânta primitif est complète et consistante, sans ce greffe d’une origine postérieure.

ESSAIS

SUR

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