‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 33 sur 54 · V* ESSAI. SUR LES SECTES HÉRÉTIQUES INDIENNES · texte numérisé non relu

V* ESSAI. SUR LES SECTES HÉRÉTIQUES INDIENNES

INTRODUCTION

]\^ON intention est de traiter, dans le présent Essai , des systèmes hérétiques de Dura et de Bouodha, comme je l’ai annoncé dans le premier Essai de cette série sur la philosophie des Hindous , et de donner en même temps une notice sur certaines autres sectes indiennes, qui, comme celles désignées ci-dessus, présentent quelque analogie avec les Sdnkhyas , ou sectateurs de Kapila et de Patandjali.

Les opinions théologiques ou métaphysiques de ces sectaires, indépendamment de la mythologie et des cérémonies du culte, peuvent être considérées avec justesse, comme une branche de philosophie, quoiqu’elles constituent l’essence de leur religion , et comprennent non-seulement leurs croyances , comme celles à la divinité et à une existence future , mais aussi certaines observances religieuses qui doivent être pratiquées avec le secours des moyens prescrits pour atteindre le bonheur éternel : lequel bonheur, ici, comme dans la plus grande partie des autres sectes d’origine indienne, est la récompense proposée pour une vraie et parfaite connaissance des premiers principes.

Je considère les Djainas et les Bauddhas comme ayant été pri-

ao8 PHILOSOPHIE DES HINDOUS,

initiTement Hindous (i); et je les ai d’abord mentionnés comme tels (a), parce qu’ils ont reconnu et reconnaissent encore la distinction des quatre castes. II est vrai que, dans V Hindousthdn , s’il n’en est pas de même é^jalcment dans la péninsule de l’Indc, les Djainas sont tous d'une seule caste; mais cette circonstance est expliquée par leurs adversaires T Koumârila BhatVa, etc.), qui affirment que ce sont des Kchatriyas égarés { Hindous de la seconde classe , ou de la tribu militaire ) : ils s’appellent eux-raémes V aUyas (appartenant à la troisième caste , qui est celle des laboureurs et des marchands). En renonçant aux opinions hétérodoxes ou aux hérésies de la secte Djaina, ils reprennent leur place parmi les Hindous orthodoxes , comme appartenant à une caste particulière [Kchalriya ou Vaisya). Les représentants de la grande famille de Djngat Sééh, qui fut convertie , il y a quelques années, avec plusieurs des siens, de la secte Djaina, à la foi orthodoxe, en est un exemple frappant. Tel ne serait pas le cas d’un converti qui n’aurait pas déjà une caste comme Hindou.

Les deux religions de Djina et de Bouddha sont, sous le point de vue de VHindou qui révère le yéda comme une révélation divine, complètement hétérodoxes; et cela plus particulièrement pour leur hérésie de nier l’origine divine du Véda, que pour leur déviation delà doctrine qu’il renferme. D’autres sectes, comme les Sdnkhyas et les Vais échikas , quoique non orthodoxes, ne rejettent pas ouvertement l’autorité du Véda. Elles s’efforcent de concilier leur doctrine avec le texte de l’écriture indienne , et elles se réfèrent à des passages de cette même écriture qu’elles interprètent comme renfermant leurs opinions. La Mtmdnsâ, qui fait profession de suivre implicitement le Véda, s’applique en conséquence, dans ses controverses avec ces demi-hérétiques, à combattre de telles interprétations inexactes Elle réfute une construction erronée.

(l) Les preaves de cette opinion , comme l’a déjà observé M. Ab. Rémnsat , sont surabondantes. Il snfiit de jeter nn coop d’œil sur un livre chinois de cette secte, ponr voir qu'elle rapporte tont à l'Inde, qn'elle considère comme le bercean de ses croyances, et dont la langue loi est encore familière, pnisqne la plos grande partie des ouvrages bonddhiques sont des traductions si fidèles, qne beaucoup de mots sacramentels sanskrits , qui n'avaient pas leurs équivalents dans le chinois, ont été bien ou mal transcrits, aotant du moins qne la prononciation bornée dn chinois le lenr a permis. (G. P.)

(a) dsiat. Res. vol. tx, p. a88.

SECTES HEBETIQDES INDIENNES. 20g

pliitût qu’une suite controuvée de raisonnenaeuts. Mais les DJainas et les Bouddhas, désavouant complètement le F'éda, sont hors du sein de l’Église hindoue , dans sa plus large extension} et la Mtmdnsd ( pratique aussi bien que théologique ) , dans sa controverse avec ces intidèles, car c’est ainsi qu’ils lui paraissent, argumente sur des principes généraux de raisonnement indépendants de toute autorité, à laquelle il serait inutile de recourir.

UOuttara-Mlmdnsd (la dernière Mtmdnsd ou A/Z/nd/iréf spéculative) consacre deux sections [^dhikaranas) à la réfutation des Bouddhas, et une à celle des Djainas. Ce sont les 4®, 5® et 6® sections du a® chapitre de la a* Lecture : et, dans le même chapitre de controverse, la Mimdnsd i^Tochàe à la réfutation des Pdsoupatas et des autres branches de la secte Mahéswara, ainsi que de la secte Pdntchardtra, autre branche de la secte Faichnava [ou du Fichriouisme ]. Il est fait accidentellement allusion aux Tchârvàkas dans une section très-importante concernant la distinction du corps et de l’ame, dans le 3* chapitre de la 3® Lecture (§ 3o ). Dans la Poûrva-Mîmdnsd , la controverse est plus dispersée; elle se représente en divers endroits, sous divers titres, mais spécialement dans le 3* chapitre du premier Livre (S 4)-

Le Sdnkhya de Kapila consacre un chapitre entier à la controverse; et il cite la secte de Bouddha sous la désignation de Nâstikas; dans un endroit il est fait mention des PdJoupatas ; et dans un autre, des Tchdrvdkas.

C’est de ces discussions controversiales et d’autres semblables » plus que de sources directes , que j’ai tiré les informations sur lesquelles est fondé l’aperçu suivant de la philosophie des Djainas et des Bouddhas , ainsi que des Tchdrvdkas, des Pdsoupatas et des Pdntchardtrns. On n’a pas été à même de consulter une bonne collection d’ouvrages originaux composés par des écrivains de ces propres sectes, soit dans la langue Sanskrite, soit en Prdkrit ou en Pâli , idiomes des Djainas et des Bouddhas. Mais quoique les documents soient fournis par leurs adversaires et leurs ennemis invétérés , ils paraissent , autant que j’ai eu l’occasion de m’en assurer en comparant ces mêmes documents avec leurs propres écrits, essentiellement exacts et corrects (i).

(i) On en Terra nne nouvelle prenve dans la snite de cet Essai, fournis par ta Nomenclature pentagiotlc bouddhique de la Bibliolbcqne royale de Paris , imprimée en Chine, dans laquelle les catégories sont les mêmes que celles

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SECTE DE DJINA.

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l es Djainas ou Arhatas, sectateurs de Djina ou Arhat (ternies d’une égale signification), portent aussi les dénominations de Vivasanâs , Mouktavasanâs , Mouktâmbaras ou Digambaras , par rapport à la nudité de l’ordre rigide d’ascétiques composant cette secte ; ascétiques qui marchent dénués de vêtements , dépouillés , ou ■vêtus par les régions de l'espace, comme l’indique le sens de ces mots. L’ordre moins sévère des Svêtâmharas (i), couverts de blancs vêtements, est d’une date plus moderne, et elle jouit d’une considération inférieure. Parmi les surnoms sous lesquels ils sont connus, se rencontre celui de Lountchita-kês a. Il fait allusion à la pratique de s’arracher brusquement les cheveux de la tête ou les poils du corps, dans un esprit de mortification. Pa'rs'waïiatha est décrit comme s’arrachant cinq poignées de cheveux de sa tête en devenant dévot ( 2 ).

Selon les Digambaras djainas, l’univers consiste en deux grandes classes ou catégories : \ animée et V inanimée {djiva et adjiva'), sans un créateur ou une providence régulatrice l^iswara') (3). Ils assignent pour cause du monde {karatia), les atomes, qu’ils ne distinguent pas, comme les Vaisêschikas, en autant de sortes qu’ils reconnaissent d’éléments; mais ils considèrent ces éléments : c’est-a-dire, la terre, l’eau, le feu et l’air, admis par eux, comme des composés ou agrégats modifiés d’atomes homogènes (4).

Ces gymnosophistes distinguent, comme il a déjà été

doonées par rilloRtre Colebrooks, d'après les adversaires des Bouddhistes^ Dans les citations que nous avons faites de cet ouvrage, nous avons négligé les interprétations tbibétaine, mantchoae et mongole, pour ne donner que le texte sanskrit et \ interprétation chinoise. On les trouvera à l’Appendice. (O, P.)

(i) On peut voir le Mémoire du major DaLAMAritE sur les Srâvakas et les Djainasy p. du t. I. des Transact, of B, ué,S.

(a) ibid. p. 433.

(3) Ràmdnoudj sur les Br, Soûtr,

(4) C’est la pure doctrine moderne des atomes, comme elle fut celle de

l^eulüppe et d’Epikute. (G. P.)

SECTE DE DJINÀ.

ait

observé, deux principales catégories : la i", Djîva, est lame intelligente et sensible [tchaitana âtniâ, ou bôdhatma), revêtue d’un corps , et par conséquent composée de parties; éternelle : la a', AdjÎva (^a-djifn), est tout ce qui n’est pas une ame vivante, c’est-à-dire, la plénitude de la substance inanimée et insensible ( djada). L’une est l’objet de la jouissance, étant ce qui la procure à l’ame; ce qui doit être possédé par l’ame {bhôgya)-, l’autre est l’être jouissant [bbSktd) ou l’agent de la jouissance, l ame elle-même.

Ce second prédicament , très-compréhensif, admet une sextuple division; et le nondjre entier des catégories {padârtha ), telles qu’elles sont distinguées par rapport au grand et dernier objet de la délivrance de l’ame , est par conséquent de sept (i).

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