II. Poudgala'stika'ya ; Le prédicament, wn/ière ; compre
nant tous les corps composés d’atomes. Il est sextuple , ou il embrasse six divisions, comprenant les quatre éléments et tous les objets sensibles, fixes ou mobiles. 11 est identique avec leprédicament ou la seconde des sept catégories
énumérées dans l’arrangement décrit ci-dessus.
III. Diiarma'stika'ya : Le prédicament, vertu: que l’on peut induire d’une direction droite des organes. Dhnrma est expliqué comme une substance ou une chose ( dravya ) de laquelle peut être conclue, comme son effet, l’ascension de l’aine vers la région supérieure.
IF. Adharmastika'ya : le prédicament, vice .-ou le contraire du précédent. Adkarma est ce qui est cause que l ame continue d’être enchaînée dans les entraves du corps, malgré sa faculté de monter, et sa tendance naturelle à prendre son essor.
F. Aka's'astika'ya : Le prédicament âkâin [air ou espace éthéré], dont on en a fait deux : le Lôkâkâsa [n/r ou espace éthéré du monde] et le Jlôkdkâsa [espace sans monde.'\
i” Lôkâkusa est le séjour de l’esclavage : c’est une région mondaine, consistant en divers étages, l’un au-dessus de
ai 6' PHILOSOPHIE DES HINDOUS,
l'autre, dans lequel demeurent différents ordres successifs d’êtres non libérés.
a" Alôkâkâsa est le séjour des âmes délivrées des liens corporels, au-dessus de tous les mondes {lokas) ou de tous les êtres mondains. Ici le mot âkâsa implique que c’est un lieu d’où l’on ne revient pas.
Les gymnosophistes Djainas sont également cités (i) pour un arrangement qui distingue six substances (^drauya) comme constituant le monde; savoir :
1 ° Djiva , l’ame.
2 “ Dkarma , vertu : substance (a) particulière pénétrant le monde, et cause de l’ascension de l’ame.
4° Poudga/a , matière : substance ayant couleur, odeur, saveur et tactilité; comme le vent, le fer, l’eau et la terre: soit atomes, ou agrégats d’atomes ; corps individuel, mondes collectifs, etc.
5° Kala, temps : substance [ou chose] particulière, qui est traitée en pratique comme passé, présent et avenir.
6" Akâsa, une région, un tout, un infini.
Pour concilier le concours de qualités opposées dans le même sujet à différents temps, et, dans différentes substances , aux mêmes temps , les Djainas se prévalent de sept cas, regardés par eux comme aptes à parer la difficulté {bhanganaya) : i° Ce qui peut être, est [de 'quelque manière, en quelque quantité que ce soit] ; 2 ° Ce qui peut être, n’est pas; 3° Ce qui peut être, est, et n’est pas [successivement]; 4° Ce qui peut être , n’est pas prédicable [qualités opposées coexistantes ] ; 5° Le premier et le quatrième de ces cas pris ensemble: Ce qui peut être, est, et cependant n'est pas prédicable; 6° Le second et le quatrième combinés : Ce qui peut être, n’est pas, et n’est pas prédicable; Le troi-
(i) Râmânonâja sur les Br. Soûtr.
(a) Plutôt chose indéfinie : drayya; article j nom générique appliqué pour les catégoriser aux choses corporelles et incorporelles : espèce de personnification ^ de désignation générale; k laquelle correspond notre motindéfîni chose.
SECTE DE DJINÂ.
sième (ou le premier et le second) et le quatrième, réunis : Ce qui peut être, est, et n'est pas, et n’est pas prédicable (i).
Cette notion est choisie, pour la réfuter, par les Vedantins, afin de montrer la futilité de la doctrine Djaina. « C’est, observent-ils, le doute, ou une conjecture, et non la certitude et la connaissance véritable. Des qualités opposées ne peuvent pas coexister dans le même sujet. Les prédicaments ne sont pas non prédicahles ; ils ne sont pas susceptibles d’être affirmés, s’ils ne sont pas ajfirmables : mais ils existent ou ils n’existent pas; et s’ils existent, ils sont susceptibles d’être affirmés; dire qu’une chose est et n'est pas , c’est un raisonnement aussi inoohérenl que le caquet d’un insensé ou le babillage d’un idiot ( 2 ). »
Un autre point, choisi par les Vèdântins pour le combattre, est l’assertion que l’ame et le corps s’accordent en dimensions (3). «Dans les différents états de l’accroissement du corps, ou de la transmigration île l ame, le corps et l’ame ne seraient pas conformes. Passant d'une condition humaine à celle d’une fourmi ou d’un éléphant, l’amc serait trop grosse, et trop petite, pour le nouveau corps animé par elle. Si elle peut être augmentée ou diminuée, par l’addition, ou la séparation des parties constitutives, pour
(t) En anglais predicabh , en latin prerdicabUe t terme de logique, en gie <5 KaTX'yopti|ia ; quod prœdtcatnr de plnribus. Le mol prédicable ^ par lequel nons Pavons traduit, doit être pris clans son sens logique.
'Voici le texte sauskrit de ce curieux passage :
«I. Sjâd asti; a. Syâo oüsti ; 3. Syâd asti tcha , nàsti tcha ; 4. Syâd avaktavyah'; 5 . Syâd asti tchâvaktavyastcha; 6. Syun nâstî tchàvakta* vyas'tcha; 7. Syâd asti tcha uâsti tcbâvaktavyas tchaiti. « ( 5 r. soutr. p. 18I).
En latin littéral :
I. (•) est; a. Siet non est; 3. SieCestque, non estque; 4. Siet non preedfcabile ; 5. Siet estque non prcedicnbileqne ; 6 . Siet non estque non prœdicahUeque ; Siet estque , non estque , non prcrdicabileque. (G. P.)
(2) Sank. sur les Br. Soutr. 7. 2. § 6 (S. 33), (3) Ibid. (S. 34 — 36. )
(*) Siety forme primitive de rif, et identiq'ie ea Mnskrit tyat ou tiety par euphonie syad. — Sitt pie. num eât; tit imminutum : licet nt*re ntrnqni*. ( Cirerr*. «rat. 47. )
ai8 PHILOSOPHIE DES HINDOUS,
se conformer, soit au changement de personne ou d’individu animé, soit à l’accroissement corporel qui a lieu entre l’enfance et la puberté, alors elle est variable, et par conséquent passagère. Si ses dimensions sont telles que celles qu’elle possède au dernier moment, quand elle se sépare du corps, alors elles ont été uniformément telles dans scs associations primitives et intermédiaires avec les formes corporelles. Cependant, si elle peut être d’une grandeur finie, elle ne possède pas Xubiquitc et l’éternité.»
La doctrine des atomes, que les Djainas ont de commun avec les Bnuddhas ox\es Vaisèchikas , (sectateurs de Kan'a'da) est controversée par les Vcdântins (i). La série des raisonnements est constituée dans l’ordre suivant : « Des qualités inhérentes à la cause, disent les Vaisêchikas et les autres, sont l’origine de qualités semblables dans l’effet, comme de la laine blanche produit une étoffe blanche : si un être pensant était la cause de l’univers, l’univers serait doué des attributs de la pensée. » La réponse est que, d’après Kana’da lui-même, des substances revêtues des attributs de la grandeur et de la longueur sont le résultat du concours ou de l’agrégation d’atomes minces et courts : alors des qualités semblables ne sont pas toujours distinguées dans la cause et dans Xeffet.
«Le monde entier, avec ses montagnes, ses mers, etc., consiste en substances composées de parties propres à s’unir entre elles : comme une étoffe est tissue avec une multitude de fils. La plus extrême subdivision des substances composées, portée au dernier degré du possible, parvient à l’atome qui est éternel, étant simple; et de tels atomes , qui sont les éléments, la terre, l’eau, le feu, et l’air, deviennent la cause du monde , d’après Kan'a'da : car il ne peut pas y
{i)Br, Soillr. a. a. § a et § 3 (S. it — 17).
Le texte sanskrit rte la réfulalioD (le la doctrine atomiati(i.ue des Djainas par daniara^Alchàna (itant trop étendu , et les on axiomes de Vta's A
étant inintelligibles sans le commentaire de S'an/tara , nons supprimerons ici tonte antre citation. (G. P.)
SEC1£ DK DJ1>'A.
2ig
avoir d'efFet sans cause. Toutes les fois qu'ils sont réellement et universellement séparés, la dissolution du monde a lieu, A sa rénovation , les atomes se réunissent par une vertu invisible, qui occasionne leur action; et ils forment des atomes binaires, et ainsi de suite, pour constituerl’air; ensuite le feu;pnsuite l’eau; et après eux la terre; subséquemment le corps, avec ses différents organes; et enfin le monde entier. Le concours des atomes naît d'une action (soit d'un ou de deux) qui doit avoir une cause : cette cause, alléguée comme étant une vertu invisible, ne peut pas être insensible; car une cause insensible ne peut pas exciter d’action ; elle ne peut pas être un dessein intelligent, car un être capable d’un dessein [ou d’intelligence] n’est pas encore existant, puisqu’il ne vient qu’en dernier lieu dans le développement de la création [selon l'ar/-a//g-ewen/ de Kapila. (i)]. Alors, dans aucun cas, nulle action ne peut avoir lieu; par conséquent il ne peut y avoir ni union ni désunion d’atomes. C’est pourquoi ces atomes ne sont pas la cause de la formation ou de la dissolution du monde.
« Les atomes simples éternels et les atomes binaires transitoires diffèrent au dernier degré les uns des autres; et l’union de principes discordants ou opposés ne peut avoir lieu. Si r agrégation peut être invoquée comme une raison de leur union, I agrégat et ses parties intégrantes sont encore tout-à-fait dissemblables; un rapport intime est de nouveau à chercher, comme une raison de l'agrégation. C’est pourquoi cette supposition même est encore fautive et ne peut soutenir le raisonnement.
• Les atomes doivent être essentiellement actifs ou inactifs : s’ils étaient essentiellement actifs, la création serait perpétuelle; s’ils étaient essentiellement inactifs, la dissolution [du monde] devrait être continuelle (2).
(i) Pouroucha, ou VAme spirituelle, est le viiigt-ciu^uièine priucipe de KAriLÀ. Voyei ci-devant page il. (G. P.)
(a) Et la Création, produit nécessaire de l’action, n'aurait pu avoir lieu. Ce dilemme des Vèdànlins est assez spécienx : mais je présume que 1rs secla-
« L'eteriiite d'atomes sans cause est incompatible avec les propriétés qui leur sont attribuées , propriétés qui sont : la couleur, le goût, la saveur, et la tactilité : car des choses qui possèdent de telles qualités, sont regardées comme grossières et passagères. La terre , revêtue de ces quatre propriétés, est grosse ou épaisse; l’eau, qui en possède trois, l’est moins; le feu, qui n’en a que deux, l’est encore moins, et l’air, qui n’en possède qu’une, est très-ténu. Que le même raisonnement soit admis ou nié par rapport aux atomes, l’argument, dans l’un et l’autre cas, est réfuté : des particules terreuses, plus grossières que celles de l’air, ne pourraient pas être réduites au dernier degré possible de la ténuité matérielle [pour passer à l’état d’immatérialité] ; ou des atonies qui ne posséderaient qu’une seule propriété, ne ressembleraient pas à leurs effets qui en possèdent plusieurs.
La doctrine des atomes doit être absolument rejetée, n’ayant été admise par aucun personnage vénérable, comme la doctrine Sâuklija de la matière, ou d’un principe plastique (i), l’a été en partie par Maîtou et d’autres sages (2).
L’objet du présent traité est d’exposer les points de doctrine sur lesquels les sectaires diffèrent des orthodoxes, plutôt que ceux sur lesquels ils s’accordent. Cependant, il peut être convenable d’offrir ici de courtes observations sur un point de conformité, parce que c’en est un auquel les Djainas paraissent attacher une grande importance. Il con-
teurs de la pliUosopbie corpusculaire ne sont pas embarrassés pour le réfuter. On peut répondre que les atomes ne sont ni esseutitllement actifs, ni essen^ tieiUment inaclfs , tuais qu’ils ont en eux nue puissance attraction qui les porte à se rapprocbcr et à former des agrégats ou corps de diverses natures, jusqu a ce qu’une autre force ou puissance de désunion, expansion dissoudre Vagrégut ou le corps composé, etc. (G. P.)
(i) Ces deux doctrines sur le principe matéiieî des choses ne diffèrent pas essentiellement l’une de Pautre, puisque l’une, la doctrine Sânkhya, adniellant un principe matériel plastique , mais tellement subtil que ce n’est qu’une virlualité typique, adopte implicitement le principe atomique de Ksitada et des Djdinas , seulement en d’autres termes et avec d autres déductions. (G. F.) (a) Sanii., rtc. , sur les ïir. SoiUr. i. a* § 3 (S. 17).
SECTE DE BOUbDHA.
cerne la transmigration de lame, dont la destinée est spécialement gouvernée ou influencée par les pensées quelle éprouve à l’heure de la mort {dying thoughts). Les V êdas ( i ) enseignent de la même manière que les pensées, les inclinations et les résolutions de l’homme qui dominent particulièrement à ses moments d’agonie, déterminent le caractère futur, et règlent la place subséquente qu’il occupera dans la transmigration. Telle que sa pensée était dans un corps, telle elle deviendra dans un autre, au sein duquel, selon leur croyance , l’ame passe après la mort.