SECTE DE BOUDDHA
Les Bouddhas ou Sougatas, sectateurs de üocddha ou SouGATA (a) (termes qui ont la meme signification, et correspondent aux mots Djina ou Arhat) , sont aussi nommés Mdukta-katchhâ , en faisant allusion à une particularité de leur habillement, apparemment l’habitude de porter l’ourlet ou la bordure inférieure du vêtement, détroussée ou traînante. Ils sont assez fréquemment cités par leurs adversaires comme athées [Nâstikas'\, ou plutôt ; nieurs d’un autre monde.
Bouddha Mouni [il est ainsi nommé révérentieusement par les adversaires de son système religieux] est l’auteur réputé de Soûlras (3) constituant un corps de doctrine nommé âgania ou sdstra (4), mots qui impliquent une idée
(i) Br, Soutr, i. a. i. On peut en voir nne applicntlon à la fin de Vi:a- Oupanickad do Yadjour-Véda , page 67 de mon Mémoire surTOrigine et la propagation delà doctrine du Tao. (G. P.)
(a) Sougata est une épithète de Bouudha, qui est composée de soUf bien , eu , et de gata , venu = le ù/en-t>enu , le heureusement arrivé. ( G. P. )
( 3 ) On rencontre des citations de ces Soâtras en sanskrit, dans les commentaires sur le Védânta : ( Dhdmati sur les Br, Soutr, a. a. 19).
(4) On trouve dans la Nomenclature pentaglotte bouddhique delà Bib]io« tbèqiie royale 3 o désignations d'autaul d'espèces de livres, qui ont le litre de
l'JllLOSOFHIE DES HINDOUS,
(l’autorité et de sainteté. Le Bouddue dont il est ici question est sans aucun doute le dernier, qui est distingué par les noms de Gactama et Sakhya , entre autres appellations.
Soit à cause de la diversité de l’enseignement donné par lui à ses disciples à diverses époques , ou plutôt à cause des différentes constructions du même texte, plus ou moins littéralement entendu, et variant selon le degré de sagacité du disciple, il ne s’est pas élevé moins de quatre sectes parmi ceux qui suivent la doctrine de Bouddha. Les commentateurs du Vêdârita^ eu donnant un aperçu de ce schisme des Daucldhas, ne s’accordent pas en appliquant l’échelle de l'intelligence à ces divisions de la secte entière; quelquesuns attribuant à la pénétration, ou à une intelligence supérieure, ce que d’autres attribuent à la simplicité ou à une intelligence inférieure.
C’est pourquoi, sans avoir égard à cette échelle de classification , les principes distinctifs de chaque branche de la secte peuvent être ainsi établis (i) :
/. Quelques-uns soutiennent que tout est vide [sarvasoûnja'j (a) , suivant, à ce qu’il paraît, une interprétation littérale des Soûtras de Bouddha. A ceux-ci, la désignation de Mâdhjamika est appliquée par un grand nombre de commentateurs sur le Vêdânta; et dans les notes marginales d’un commentaire, ils sont identifiés avec les Tchârvdkas : mais c’est une erreur.
IL D’autres disciples de Bouddha exceptent la sensation interne ou l’intelligence qui perçoit [vidjnâna) , et soutiennent que tout le reste est vide. Ils maintiennent seule-
Kîtigf en chinois, ou Livres sacrés (ils n'ont pas de titre générique en sanskrit), et parmi ces désignations se trouvent celles de yégamn et de Castra, Le premier mot est seulement transcrit par les syllahes 'aghan ; le second est traduit par s 6 tsting (8076 — ya66. D.), réunion des choses cachées» On y trouve le livre intitulé : Lanhâvatara^ incarnation ou descente à l'ile de Lanku — Ceylan. (G. P-)
(i) Voyez une antre classification^ donnée par M, flodgsonjZux Additions. à cet Essai , note A. (O. P.)
(a) Voyez les Additions à cet Essai, note B. (O. P.)
SECTE DE BUCUDUA.
ment l’existence éternelle du sens qui donne Ui conscience des choses (conscious sens). Ceux-là sont appelés Yôgâfchdras.
111. D’autres, au contraire, affirment l'existence réelle des objets externes, non moins que celle des sensations internes : considérant les objets externes comme perçus par les sens, et les sensations internes comme induites par le raisonnement.
IF. Quelques-uns d'entre eux reconnaissent la perception immédiate des objets extérieurs. D'autres plaident pour une conception médiate de ces mêmes objets, par le moyen d'images ou formes ressemblantes, présentées à l’intellect : les objets, insistent-ils, sont induits, mais non effectivement ou immédiatement perçus. De là deux autres branches de la secte de Bouddha : l’une nommée Sautrântika, et l’autre V aibhachika.
Cependant , comme ces deux dernières sectes ont un grand nombre de doctrines communes, elles peuvent être convenablement examinées ensemble; et elles sont ainsi traitées par les scholiastes des Brahma-Soûtras de Vya'sa ; destinant un adhikararia (le 4* S a® chapitre de la 2 * Lecture) à la réfutation de ces deux sectes de Bouddhistes ; et Vadhika^ rana ou section suivante ( 2 . a. 5.) à celle des Yôgâtchâras (section qui sert cependant à réfuter les avocats d’un vide universel: Mâdhyamika) (i).
Les sectes Sautrântika et Vaibhâchika admettent alors les objets externes i^bdhya) et internes [abhyantara)] distinguent sous le premier chef, les éléments ( bhoûta ) et ce qui leur appartient {bhautika), nommément, les organes
(1) Ce schisme parmi les Bonddbisles , se divisant en qaatre sectes , est antérieur à Tépoque de SAM1.A.IIA. ÀTCHA. RYA., quî cite expi'essément toutes les ' qaatre. Il a commencé avant la composition des Brahmn-Soutrai , et conséquemment avant Tage de S'abara-Swami et K.oümarila.-Bua.tVi.; puisque deux, au moins, de ces sectes, sout réfutées séparément. Toutes les quatre paraissent avoir été indistinctement persécutées, quand les Bauddhtis detonté dénomination furent chassés de V Hindousthân et de la péninsnle. Il reste à rechercher si les mêmes sectes subsistent encore parmi les Bouddhistes de Ccy* laa, du Thibet,ct de ITude au-delà du Gange, ainsi qu’eu Chiot.
aa4 PHILOSOPHIE DES HINDOUS,
et les qualités sensibles ; et sous le second chef, l’intelligence ( tchiita ) et tout ce qui en dépend ( tchaitta ).
Les éléments ( bhoûta ou mahâbhoûta ) , que ces sectes portent au nombre de quatre, n’en reconnaissant pas un cinquième, consistent en atomes. Les Bouddhas n’afhrment pas, avec les sectateurs de Kan'a'da, l’existence d’atomes binaires, ternaires, quaternaires, etc., comme étant leurs premières gradations de composition ; mais ils soutiennent l’agrégation atomique indébnie, regardant les substances composées comme étant des atomes primordiaux conjoints ou agrégés.
La terre, disent-ils, a une nature ou un caractère particulier de dureté, de résistance; l’eau a celui de fluidité; le feu , celui de chaleur; et l’air, celui de mobilité. Les atomes terreux sont durs; les aqueux, liquides; les ignés, chauds; les aériens , mobiles. Les agrégats de ces atomes partagent ces caractères distincts. Cependant, une autorité soutient qu’ils attribuent aux atomes terreux les caractères de la couleur, de la saveur, de l’odeur et de la tactilité; aux atomes aqueux , la couleur, la saveur et la tactilité; aux atomes ignés , la couleur et la tactilité ; aux atomes aériens , la tactilité seulement (r).
Les Bouddhas ne reconnaissent pas un cinquième élément , âkâsa^ ni aucune substance ainsi désignée; ni une ame ( être individuel vivant; djiva ou 010100), distincte de l’intelligence [ou phénomène de la pensée , tchitta)^ ni aucune chose irréductible aux quatre catégories ci-dessus mentionnées.
Les corps, qui sont les objets des sens, sont des agrégats d’atomes, étant composés de la terre et des autres éléments. L’intelligence, qui habite dans le corps, et qui possède la conscience individuelle, conçoit ou perçoit les objets, et subsiste comme elle-même; et, dans ce point de vue seulement, elle est soi-même ; ou âme (^âtman ) (2).
( I ) Riimanoudj. sur les Br. Soûtr.
( 3 ) Le mot sanskrit âtman , ou âtma an nominatif, signifie tont & la fols le pronom toi-méine , qui exprime la conscience de son individualité , et Vnmc
SÈCtË DE bouddha.
aaS
Les choses appartenant aux éléments [bhaïUika), le second des prédicanients (ou la seconde des catégories), sont les organes des sens, en même temps que leurs objets, comme les rivières, les montagnes, etc. Ces corps sont composés d’atomes. Ce monde, chaque chose qu’il contient, tout ce qui consiste en parties composantes ou assimilées, doivent être des agrégations atomiques. Ces corps ou objets des sens sont externes; et ils sont perçus par le moyen des organes : l’œil, l’oreille, etc., qui sont pareillement des composés atomiques.
Des images ou représentations d’objets extérieurs sont produites; et par la perception de semblables images ou de semblables représentations, les objets sont conçus ou appréhendés. Telle est la doctrine des Sautrântikas sur ce ce point. Mais les Vaibhâchikas reconnaissent la perception directe des objets extérieurs. L’une et l’autre de ces sectes pensent que les objets cessent d’exister dès l’instant qu’ils ne sont plus perçus : ils n’ont qu’une courte durée, comme la lueur d’un éclair, n’existant pas plus long-temps que la perception qui les fait connaître. Alors, leur identité n’est que momentanée : les atomes ou les parties composantes sont dispersées; et l'agrégation était seulement instantanée.
De là les Bouddhistes sont désignés par leurs adversaires, les Hindous orthodoxes, comme des Ponrria ou Sarva-vainâsika , « soutenant la pêrissabilité ou dissolubilité de toutes choses tandis que les sectateurs de Kan'a'da, qui reconnaissent quelques-unes de leurs catégories comme étant éternelles et invariables, et énumèrent seulement les autres comme transitoires et changeantes d’une manière indéfinie;
qoi est cette conscience personnifiée * qni seule la possède. Plus on étadie cette langue merveilleuse , plus on est surpris du sens profond, phîlosophlqney qoi a présidé à sa composition et à son développement. C'est de ce mot sans^ krit que vient notre mot âme , après avoir passé par Vanima latin et grec; on peut-être vient-il plus directement àt ^ souffle de 'vie, ensnp* primant euphoniquement le r. Ce dernier mot est visiblement identiqne au terme sanskrit âtma. (G. P.)
aa6 PHiLusui’HiE des hindous ,
qui prétendent que l’identité cesse avec chaque variation dans la composition d’un corps , et que la constitution corporelle recevant des aliments, et rejetant des excrétions, subit un changement continuel , et en conséquence perd continuellement son identité, sont appelés, pour cette opinion particulière, Ardha-vainâs ikas ; «soutenant une demipérissabilité , ou une demi-dissolution. »
Le second chef de l’arrangement ci-devant mentionné, comprenant les objets internes , raeoir : l’intelligence et ce qui lui appartient , est de nouveau distribué en cinq skandhas [ou divisions, catégories], comme il suit :
i“ Roiipa-skandhn [la branche ou division des formes \^ , comprenant les organes des sens et leurs objets, considérés dans le rapport avec la personne, ou la faculté sensible et intelligente qui est possédée par eux. Les couleurs et les autres qualités sensibles , ainsi que les choses, sont externes; et, comme telles, elles sont classées sous la seconde division de la première classe , appartenant aux éléments;
mais, comme objets de la sensation et de la connaissance, ils sont regardés comme étant internes, et par conséquent ils se placent sous la classe présente.
2 “ yidjnâna-skandha [la division delà cognition'\ , consiste dans l’intelligence ( tekitlay, qui est identique avec soi-même ( dtrnan ) , et avec la connaissance ( vidjndna ). C’est la conscience de la sensation , ou le cours continu de la cognition et du sentiment. 11 n’y a pas d’autre agent; il n’y a pas d’être qui agisse et qui jouisse individuellement; il n’y a pas non plus une ame éternelle, mais une pure succession de pensée, accompagnée d’une conscience individuelle qui réside dans le corps ( 1 ).
3" Vêdanâ-skandha [la division des impressions^ comprend le plaisir, la peine, ou l’absence de l’un et de l’autre,
(1) Il eat bieD clair qae Ton ne reconnaît pat ici an ctre apiritael indépendant (la corps, et qui anrait son existence à part , mais senlement on regarde V inteUigtoee et la pensée comne le résultat de Vorgauisme corporel. Celte doctrine est soutenue par plusienrs physiologistes de nos jours. ( G. P. )
SECTE DE BODDDHA. 52^
et les autres sentiments excités dans l’esprit par des objets asréables ou désagréables.
4° Sandjnâ-skandha [tlwision des jugements formés], désigne la connaissance ou la croyance naissant des noms ou mots : comme bœuf, cheval, etc. ; ou par des indications de signes figuratifs, comme une maison indiquée par un pavillon ou étendard, et un homme par son bâton.
5“ Sanshâra-skandha \division des actions] , renferme les passions; comn»e le désir, la haine, la crainte, la joie, le chagrin, etc., en meme temps que l'illusion, la vertu, le vice, et toute autre modification de la pensée ou de l’imagination. Tous les sentiments sont momentanés (i).
Le second de ces cinq skandhas est le même que la première division de la seconde classe générale, tchitta, ou l’intelligence. Les autres sont compris dans la seconde division, ou second chef, tchaittika , dépendant de l’intellect; et sous la désignation plus large à'âdhydtmika, appartenant à soimeme ( âtman ). Le dernier terme , dans son sens le plus étendu, renferme tous les cinq skandhas , ou branches, morales et personnelles.
Le cours apparent, mais non réel, des événements, ou la succession mondaine, externe et mentale, ou physique et morale, est décrite comme étant un enchaînement de causes et d’effets dans un cercle continuel.
Quant au rapport de la cause et de l’effet, il faut prévenir que la cause prochaine (^hétou] et la cause occasionnelle concomitante {pratj-aya) sont distinguées l’une de l’autre; et la distinction est ainsi expliquée en ce qui concerne l’une et l’autre classe, l’externe et la personnelle ( 2 ) :
De la semence vient un germe; de celui-ci, une tige; de celle-ci, un rejeton ; d’où un bourgeon; ensuite un bouton; d’où sort une fleur; ^et finalement le fruit. Dès que l’un existe, les autres s’ensuivent. Cependant la semence ne sait pas qu’elle produit le germe; elle n’en a pas la conscience;
(i)'Vojezlea /SdJiiions k cet Essai, note C. (G. P.)
(ï) Voyez, les Additions » cet Essai, note D. (G. P.)
aa8 PHILOSOPHIE des hindous,
et le germe ne sait pas non plus qu'il provient de la semence; de là on induit la production sans une cause pensante, et sans une providence régulatrice.
En outre, la terre fournit la solidité à. la semence, et la cohérence au germe ; l'eau humecte le grain ; le feu l'échauffe et le mûrit ; l'air ou le vent donne le mouvement à la végétation ; l'éther développe la semence (i), et la saison la transforme. Par le concours de toutes ces choses, la semence végète, et la jeune plante reçoit son accroissement. Cependant la terre et les autres causes occasionnelles concomitantes [pratj-aya) n’ont pas la conscience de leur action; et tels sont aussi la semence , le germe et les autres effets.
Ainsi de même, dans le monde moral, là où résident l’ignorance et l’erreur , là est la passion ; là où l’erreur n’est pas , la passion n’existe pas non plus. Mais l’une et l’autre n’ont pas la conscience de leur relation mutuelle.
De plus, la terre fournit la solidité à la forme corporelle; l’eau lui apporte son humidité; le feu lui donne sa chaleur; le vent ou l’air lui cause \ inspiration et la respiration; l’éther occasionne ses cavités ( 2 ) ; le sentiment donne l’impulsion corporelle et l’excitation mentale. Alors suivent l’erreur, la passion , etc.
h' ignorance [avidyâ) (3), ou l’erreur, est la méprise de supposer durable ce qui n’est que momentané. De là vient la passion {^sanskâra : actes faits avec), comprenant le désir, l’aversion, l’illusion , etc. De ceux-ci, qui s’unissent dans l’embryon avec la semence paternelle, et le sang utérin, naît le sentiment {vidjndna) ou la conscience commençante du moi. Du concours de celle-ci avec la semence paternelle , vient le rudiment élémentaire du corps, sa chair et son sang, son nom {ndman) et sa forme (roûpa). De là
(i) C'est ainsi qoe s'expriment les commentaires sur SanAara (le Bhamatt, 'jibharana t et Prabhâ). Mais le cinquième élcroeot éther) n'est pas reconnu par les Bouddhistes.
(a) Voyez la note précédente.
(3) Voyez les Additions b cet Essai, note E. (G. P.)