‹ Essais sur la philosophie des Hindous (volume 2)Chapitre 40 sur 54 · V. La terminaison de la peine {doukhânta) ou la déli · texte numérisé non relu

V. La terminaison de la peine {doukhânta) ou la déli

(i) Yoyes ci-devant page ai. Cette diviaion en etag organea de .teiuatton et cinq nrganea d’action eat remarquable. Les cinq organea de tentation onde perception font parvenir an manai on tant intime , aena intMenr, lea inprcaainna prodnitea anr enx par lea eorpa extérieora ; et lea cinq organea d'ne-tion aont oenx par leaqnela l’bomme réagit anr Ira eorpa on le monde eztérienr, aprèaqnelea impreasiona reeoes par Ira cinq organea de tentation ontrié peaéea et jngéea par le tens interne. (R. P. )

244 PIIII.OSOPIIIE DES HINDOUS ,

vr.ince du ninl osl double : l'iine est rextinction absolue dé tous pécbés ; l’autre est l’acfiuisition d’un pouvoir transcendant, et l'exercice d’une volonté irrésistible et sans contrôle. Le dernier comprend l’énergie de sensation et l’énergie d’action.

L’énergie de sensation [drik-s(ikti) varie selon le sens engagé; et elle est de cinq sortes; i° la vision (darîana) ou la perception distincte et parfaite des objets ténus, éloignés, confus et indéfinis; 2 “ l’ouïe parfaite des sons (s'rwana) ; 3° la connaissance intuitive [manana), on la science sans le secours de l’étude; 4° connaissance certaine et non dotiteuse,par les livres ou les faits [yidjnând]\ 5° l’omniscience [satvadjnalva).

L’énergie d’action [krija-sakti) est proprement seule de son espèce. Elle admet néanmoins une triple subdivision; laquelle cependant n’êst pas bien expliquée dans le seul ouvrage où j’ai trouvé ces notions (i).

Les opinions des Pâsoupatas et des autres Mâhés'tvaras sont hérétiques , dans l’estime des VèdântinSy parce qu’ils n’admettent pas le panthéisme, ou’ qu’ils reconnaissent la création de l'iinivers par la Divinité en dehors de sa propre essence.

La notion d’une cause matérielle plastique, noinmee pradhâna{p), empruntée des Sdnkhyas, et celle d’une providence régulatrice , prise dans Patandjali , sont controversées , l’une en partie , l’autre tout entière , par les sectateurs orthodoxes du Vèdànta. u .

X Un argument tiré de la prédominance de la peinej du plaisir et de l’illusion dans l'univers , consistant à diré'que la Cause doit avoir des qualités semblables et être une matière brute, est inadmissible , disent les P êdântins , car cette cause ne pourrait former les diversités extérieures et inté-

^1) Ahharana (§ 39) a. a. 37. sealc^copïe de cet ouvrage que j'aîe vue parait être îiuparfaite en cette partie.

(a) Ce par quoi le inonde est accompli {^pradkijraté) et dans lequel il est déposé à sa dissolution) est la première matière {prndhdna).

màhÈs'wàras et paVoüpatas. 24^

rieuresqui seprésentent : ceux-cien tlonnent pour preuves U pensée et Vintention , de la m^nie manière que les édifices et le» jardins , qui assurément ne sont pas construits sans desseins. 11 ne pourrait y avoir une opération sans un opérateur: la glaise est manipulée par le potier qui en fait «in vase; un chariot est traîné par des chevaux qui y sont attelés; mais la matière hrute ne se meut pas sans impulsion. Le lait nourrit le veau, et l’eau coule dans un ruisseau, mais non spontanément; car la vache, poussée par son instinct, allaite son veau , qui, excité par le besoin , suce le pis; une rivière coule conformément à l'inclinaison du terrain, comme dirigée par une Providence. Mais il n’y a, selon les Sanlîhjras et les Pâsoupatas , aucune chose en dehors de la matière elle-niéme pour lui donner le mouvement ou l’arrêter, ni aucun motif quelconque ; car l’Ame est une étrangère dans le monde. Cependant les transformations ne sont pas spontanées : le gazon n’est pas nécessairement changé en lait; car des conditions particulières doivent exister : avalé par une vache, non par un hœuf, le fourrage est ainsi converti. Or, en accordant que l’activité est naturelle à la matière , il ne pourrait y avoir encore aucun dessein intelligent. Le boiteux , porté par l’aveugle, dirige sa marche; l’aimant attire le fer contigu. Mais la direction et la contiguitc manquent à X activité de la matière plastique (des Sânl(lv)ras),he.s trois qualités de bonté, de passion et A' obscurité {^saliva, radja, tamas) , qui caractérisent la matière, ne pourraient pas changer pour devenir primitives et secondaires dans les principes dérivés de l’Intelligence et des autres Éléments, sans quelque moteur extérieur, quel qu’il fût. Séparées de l’énergie d’un être pensant, ces qualités ne peuvent pas être considérées comme ayant une tendance naturelle à la production d’effets semblables à ceux qui sont produits (i). » . . ; (

« La notion des Pâsoupatas sur le Dieu suprême, qu’ils considèrent comme étant la cause du monde et gouvernant

( 1 ) Sank „»or. les Di.Suutr. a. i (S.'i — ta). >

Sl4â PHILOSOPHIE DES HIHDOVS,

tout ensemble la Matière [pradhâna) et l’Esprit incorporé {pouroucha), est inadmissible, disent de nouveau les Fé-’ dântins, car ce Dun pourrait être accusé de passion et d’injustice, distribuant le bien et le mal avec partialité. Cette imputation ne peut pas être détruite, en s’en référant à l’influence des œuvres ; car l’instigation et l’instigateur seraient réciproquement dépendants l’un de l’autre. L’objection ne peut pas être évitée non plus, en soutenant une succession infinie (sans commencement) d’œuvres et de leurs fruits.

Il n’j a aucune connexion assignable par laquelle cette divinité puisse exercer son empire sur la Matière et l’Esprit : ce n’est pas \ union, \' agrégation , ni la relation de cause et él effet. Le principe matériel , dépourvu de toutes les qualités sensibles, ne peut pas non plus être guidé et administré. La matière ne peut pas également être mise en œuvre sans organes opérateurs. Mais si l’Étre suprême a des organes, il est donc pourvu d’une forme corporelle, et il n’est pas Dieu, et il supporte la douleur, et il éprouve le plaisir comme un être fini. L'infinité de la Matière et de l’Esprit incorporé, et l’omniscience de Uied, sont incompatibles : si Dieu restreint en grandeur et en nombre la Matière et l'Esprit, ceux-ci sont finis; s’il ne peut ni les définir, ni les limiter, il n’est pas omniscient (et tout-puissant) (i). »

Une autre objection contre la doctrine Sânkhya, et conséquemment contre celle des Pâsoupatas , basée sur la première, consiste dans • ses incohérences et ses contradictions alléguées (a). Tandis que chez l’un , onze organes sont énumérés ; chez un autre il n’y en a que sept; les cinq sens étant réduits à un organe cuticulaire ou capillaire : l’organe de la sensation. Les éléments sont, dans un endroit, dérivés immédiatement du grand Principe, ou Principe intelligent; dans un autre, ils sont dérivés de la Conscience. Trois fa-

— etc.« &iir les Br^ Sciltr, tx. J y,

(î) /*«/. a. 5 I (S 9. «Mo).

MÀRâs'wARAS ET PaVoCPATAS, 2^»

cultes internes sont énumérées dans quelques exemples, et seulement une dans d’autres. »

Cette imputation ne paraît pas cependant reposer sur des bases réelles. De telles contradictions n’existent pas dans le texte de Kapii.a, ni dans celui de la Kârikâ; et le système yêdAnta lui-même semble plus susceptible du même reproche, car il y a beaucoup de différence dans les passages des Vêdns sur lesquels il s’appuie.

Le point sur lequel les Pâsoupatas diffèrent le plus essentiellement des orthodoxes, c’est l’existence séparée et distincte des causes efficiente et matérielle de l’univers j et cette doctrine leur est commune avec les anciens philosophes grecs qui ont précédé Aristote. Le plus grand nombre d’entre eux affirmaient également l’existence de deux causes naturelles, seulement deux : la cause efficiente et la cause matérielle; la première, active, donnant le mouvement; la seconde, passive, mue; l’une effective, l’autre se laissant elle-même gouverner par la première. Ocellus nomme la dernière génération , ou plutôt production-, la pre-

mière, sa cause ; aki'a YEvijeuç (i). Empédokles, de la même manière, affirmait deux principes de la nature : l’actif qui est l’unité, ou Dieu ; le passif, qui est la matière (a).

Ici nous avons précisément le prakriti et le kâraria des philosophes indiens : leur oupadâna e.\.\e\xv nimitta-kâraiia , causes matérielle et efficiente. La similarité est trop forte pour être accidentelle (3). Je ne prétends pas déterminer laquelle des deux a été empruntée à l’autre : cependant, en réfléchissant à ce qui est venu jusqu’à nous de l’histoire cle Pythagore,je n’hésite pas à reconnaître que je suis plus porté à considérer les philosophes grecs comme étant, en ce point, ainsi qu’en beaucoup d’autres, redevables de leur doctrine aux philosophes indiens (4),

(i) OcelluE de Univeno, c. a. in Opusc. Mjthol. p. 5o5. Cicero. Aeaitm. (a) Sexi. Empir. Adv. Math. IX. a. (3) Voy. ci-devant page ij—Sa—ss’ (4) Cette opinion de M. Colelirooke, ai profondément veraé dans la connaiiaance des systèmes de philosophie, et dans tontes les antres sciences de l’Inde,

a48 PHILOSOPHIE DES HINDOÜS ,

On doit obsemer que quelques-uns d’entre les philosophes grecs admettaient seulement, comme les Sânkhyas qui suivent Kapila , un principe matériel et non une cause efficiente. Cette doctrine paraît avoir été particulièrement celle de Héraklites. Ses psigmata correspondent aux particules subtiles [tân-mâtra) du Sdnkhya de Kapila; son principe intelligent et rationnel (i), qui est la cause de la production et de la dissolution, est le boiiddhi ou mahat de Kapila; comme son principe matériel est la pradhâna ou prakriti du même : le développement des existences corporelles, et leur retour à leur premier principe au moment de leur dissolution correspondent à la voie en haut et la voie en bas : ôSèç dfvio et xâ™ de Héraklites (2).

Je ne pousserai pas plus loin ce parallèle. Il ne pourrait embrasser toutes les particularités, et on ne s’attend pas à les trouver ici.

PA'NTCHARA'TRAS OU BHA'GAVATAS.

Parmi les F" aichriavas ou adorateurs spéciaux de Vich'noü, il est une secte distinguée par la dénomination de Pdntcharâtras, et nommée aussi FicKnou-Bhâgavatas , ou simple- Bhagavatas. Le dernier nom peut, par sa ressemblance, amener à les confondre avec les sectateurs du Bhdgavadgîtâ ou du Srî-Bhâgavata-Pourdria. Leur dénomination distinctive et propre est donc celle de Pântchardtra , dérivée du titre de l’ouvrage original qui contient la doctrine de cette secte. Cette doctrine est désignée dans le Bhdrata,

doit être d’an grand poids , d’autant plus qne sa circonspection extrême en ces sortes de matières est bien conone. ( G. P. )

( i) Koivèc Oeîc{ Xo-yo{.

( 1 ) D. Laertc. IX. 8 et 9.

Pa'mTCBARa'tRAS OÜ BHAGAVATAS. 249

vi\ec\tSânkhya, le Yoga et le Pasoupata, comme un système qui s’éloigne des V idas ; et un passage cité par S'an- KARA A'tcha'rya Semble faire croire que son propagateur fut S'andilya, qui, n’étant point satisfait des P’édas, et ne trouvant point en eux une voie prompte et suffisante pour parvenir à la suprême Excellence [para-sréjas] et à la finale béatitude, eut recours à ce Sastra. Cependant il est attribué par le plus grand nombre à Na'ra'yan a ou Va'soüdÈva luimême; et les orthodoxes rendent compte de son hérésie, comme ils le font de celle de Bouddha, en présumant que la déception a été volontairement pratiquée envers le genre humain par le saint ou divin personnage qui révéla le tantra, ou âgama, c’est-à-dire le Livre sacré en question, quoique hétérodoxe.

Quelques-uns de scs partisans prétendent néanmoins que ce livre est conforme à un des Sâkhâs du Vêda nommé \ Ekâyana. Cependant cela ne paraît pas être le cas; et il n’est pas clair qu’un Sâkka semblable quelconque soit à découvrir ou ait jamais existé.

Plusieurs d’entre les membres de cette secte pratiquent les cérémonies initiatoires {^sanskâras') de la régénération et de l’admission dans les ordres sacrés , en se conformant aux formes prescrites par le V âdjasanêyi-S âkhâ du Yadjour- Vêda. D’autres, se bornant rigidement à la pratique de leurs propres règles , accomplissent les rites initiatoires dans un mode différent et même contraire, fondé, comme ils le prétendent , sur Y Ekdyana-Sâkhâ supposé. Mais leur initiation sacerdotale est mise en question, et leur rang comme Brâhmanas contesté , sur le motif de l’insuffisance

de leurs modes non sanctionnés par l’un ou l’autre des trois Vêdas primitifs qui font seuls autorité.

La doctrine religieuse de la secte est, d’après les citations de S'ankara et d’autres commentateurs du Vêdânta, conciliable sur beaucoup de points avec le Vêda; mais sous quelques rapports essentiels, elle est en opposition directe avec l’autorité, et conséquemment elle est regardée comme hérétique : sa réfutation est l’objet du 8® ou dernier adhi-

PHILOSOPHIE DES HINDOCS ,

karana dans le chapitre de controverse des Brahma-Soûtrax

Cependant RamaVoudja, dans son commentaire sur ces Soütras , défend l’origine surnaturelle et le but droit et régulier de la doctrine Pantcharâtra, dont il soutient énergiquement l’autorité, et dont il justifie ardemment la doctrine sur les points controversés. 11 s’efforce même de donner une construction favorable au texte de Ba'da- RAYASA, comme soutenant plutôt que condamnant ses assertions.

Va’soüdèva, qui est Vichn'ou , est identifié par cette secte avec Bhagavat, l’Etre suprême : le premier principe unique, omniscient, qui est tout à la fois la Providence surintendante, ou souveraine et directrice. Cet être, se divisant luimême, devient quatre personnes par une production successive. De lui sort immédiatement Sankarchatia, et de celui-ci Pradyoïimna ; et de ce dernier est issu Anirouddha. Sankarcharia est identifié avec l’anie vivante f^dj{va'\\ Prndjoumna avec le sens intérieur [manas); et Anirouddha, avec XEgoïté (^ahankâra) ou la conscience du moi.

Dans la mythologie des Vaichriavas plus orthodoxes, Va'soudèva est Kricun'a; Sankarchuna est son frère Bala- Ra'ma; Pradyoumna est son FiIsKama (Cupidon ou l’Amour); et Anirouddha est le fils de Ka'ma.

Vasoudèva ou Bhagavat étant la Nature suprême et la seule cause de tout, tous les autres êtres sont ses effets. Il a six attributs spéciaux , étant revêtu des six prééminentes qualités qui suivent :

i“La Connaissance [djndna), ou la relation intime avec chaque chose animée ou inanimée constituant l’univers ;

2 “ Le Pouvoir (^sakti'), qui est la condition plastique de la nature du monde;

3° La Force {bala) , qui crée sans effort, et maintient sa propre création sans fatigue;

4° La Volonté irrésistible {aiîvarya'), pouvoir qui ne peut rencontrer d’obstacles ou d’opposition ;

5“ La Vigueur ( vîrya), qui s’oppose aux changements.

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pa'ntchara'ihas od biia'gavatas. a5f

comme à celui du lait en résidu caillé, et qui prévient les . altérations dans la nature ;

6° L’Energie (têdjas) , ou l’indépendance de toute aide ou adjonction dans la création du monde, et la faculté de subjuguer les autres.

De la diffusion et de la coopération de la Connaissance avec la Force, naît Sankarcharia; de la Vigueur et de la V olonté irrésistible vient Pradyoumna ; et du Pouvoir et de XÉnergie sort Anirouddka. Ou bien ils peuvent être tous considérés comme participant aux six attributs.

La Délivrance, consistant dans la rupture et la séparation des chaînes du inonde, peut être obtenue par l’adoration ou le culte de la Divinité, la connaissance de cette même Divinité, et la contemplation profonde; c’est-à-dire : i° eu se rendant aux saints temples avec un corps , une pensée et une parole soumis , et en murmurant la prière du matin en même temps que des hymnes et la louange de Bhagavat, la Divinité, ainsi qu’en faisant des salutations révérentieuses et d’autres cérémonies; a" en recueillant et préparant des fleurs et autres objets requis pour le culte ; S’ par la pratique actuelle du culte divin ; 4° par l’étude du texte sacré [Bhagavat-S dstra), et en lisant, en écoutant, en réfléchissant sur ce saint livre et sur d’autres ég.alement saints {^pourarins et againas) qui lui sont conformes; 5° par une profonde méditation et une contemplation absorbée après la prière du soir, et en fixant fortement et exclusivement ses pensées sur la Divinité (^Bhagavaty

Par une telle dévotion , active et contemplative ( krijâyôga , et djnâna-yôga ) , pratiquée à cinq différents temps de chaque jour, et continuée pendant une centaine d’années, on obtient Va'soudèva; et en obtenant sa divine présence, l’homme religieux qui lui a rendu un culte constant accomplit sa délivrance finale , dans une éternelle béatitude.

Contre ce système, qui n’est que partiellement hérétique, l’objection , dont le point principal a été soutenu par Vya’sa,

aSa PHILOSOPHIE des hindoes,

comme l’interprètent S'ankara (i) et les autres scholiastes? est que • Vaine ne pourrait pas être éternelle, si elle était une production, et par conséquent si elle avait un commencement. Sortant de la Divinité, et retournant finalement a elle, elle se plongerait dans sa cause et serait réabsorbée ; alors il n’y aurait ni récompense ni châtiment , ni un ciel ni un enfer; et cette doctrine n’irait rien moins virtuellement qu’à la négation (^nâstilrya) d’un autre monde. L’ame ne peut pas, en devenant active, produire le sens intérieur; ni de plus, en devenant active, produire la Conscience. Un agent ne peut pas produire un instrument, quoiqu’il puisse en construire un par le moyen d’autres instruments; un charpentier ne peut pas créer, mais fabriquer une hache. Quatre personnes distinctes ne peuvent pas être admises comme autant de formes divisées dans le même individu, ni comme naissant l’une de l’autre; mais elles sont pareillement revêtues d’attributs divins , et par conséquent toutes les quatre sont dieux. Il n’y a qu’un Dieu , un Etre suprême. C’est en vain que l’on voudrait en admettre davantage; et la doctrine Puntcha-râtra elle-même affirme l’unité de Dieu.

Un petit nombre d’observations ont été faites, dans cet Essai et dans les précédents, sur la similarité de la philosophie grecque et indienne. A la fin de la série, après avoir traité de XOuttara-Mimânsâ et du Vêdânta, sujet qui viendra après \À Poûrva-Mimânsa et avant l’Essai supplémentaire actuel concernant les sectaires, je résumerai les considérations que j’ai rassemblées sur l’affinité de la philosophie indienne et grecque (2).

On peut néanmoins remarquer ici que les Pythagoriciens, et Ocellus en particulier, distinguent, comme par-

(i) Br. Sofur. a. a. 8 (4^ — 45). etc,

(a) Malheureusement pour les admirateurs des profondes connaissances d«i M. Colebrooke et pour le monde savant, la cécité presque complète qui afflige ce vénérable indianiste Ta empêche jusqu'ici de remplir cette promesse. Noos avons tâché d'y suppléer autant qu'il était en nous, pour les deux premier» Essnis, par des qotes et dés rapprochements. (O. P.)

pa'ntchara'tras on bha'gatatas.

lies du monde, le ciel, la terre, et l’intervalle entre eux, qu'ils nomment élevé et aérien , oipavôv , piv , ri |«TaÇù

ToÔtùJV 8 5^] [A£Td(p<TlOV xal dsptov OVOjJui^ETai (l).

Ici nous avons précisément le ciel (swar), la terre (Mo/î), et la région intermédiaire transparente (^antarikcha) des Hindous.

Pythagore et après lui Ocellus peuplent la région moyenne ou aérienne avec des démons, comme le ciel avec des dieux, et la terre avec l'homme. Ici encore ils s’accordent précisément avec les Hindous, qui placent les dieux en haut, l'homme en bas, et des créatures spirituelles planant invisibles dans la région intermédiaire (a). Les Vêdas sont remplis de prières et d’incantations pour détourner les maléfices des esprits aériens, de démons malfaisants, qui se rassemblent autour des sacrifices et empêchent les rites religieux.

11 n'est personne à qui il soit besoin de rappeler que Pythagore et ses successeurs professaient la doctrine de la métempsycose, comme les Hindous professent le même dogme de la transmigration des âmes.

Ils s'accordent aussi généralement à distinguer l’organe sensitif, matériel [manas), de l’ame rationnelle vivante et qui a la conscience d’elle-même i^djivâtman') (3) : c’est le Ou(xck: et le «ypV de Pythagore; l’un périssant avec le corps, l’autre étant immortel.

Comme les Hindous, Pythagore, ainsi que d’autres philosophes grecs, donnent une enveloppe subtile et éthéré» à l’aine, à part de son union avec une forme corporelle, une enveloppe ou vêtement plus grossier, lorsqu’elle est unie avec le corps : c’est le soukchma ( ou Unga-) s'anra, et

(i) Ocellus, cil. 3. in Opusc. M;th. p. 5i8. ( P. 6o. Édition de Le Battenz.) (a) tpicnre souteDait Texistence de moodes infiois et celle de dieux qui babitaieut les espaces ou régions intermédiaires, nommées, dans Cicéron (de Nat. Deor. i. i8), intermundiaj et en grec (xeTaxoeata. Lao-tseu croyait anssi que Vespace vide entre le ciel et la terre contient des êtres matériels qu'il nomme Esprits de la vallée (^Kou chin). Voyez les 5^ et 6* chapitres du TaO'te^King. (G. P.)

( 3 ) Ëmpédokles. Voyez Broker, Hist. crit. phil. i. 1x17.

a 34 PHILOSOPHIE DES HINDOUS, ETC.

le sihoida-iarira des Sânkhyas et d’autres philosophes, (Page aS de ce Tolume. )

Les Grecs s'accordent même avec les Hindous dans la limite assignée à la transformation et au changement, croyant tout ce qui est sublunaire transformable; et ce qui est au-dessus de la lune, non sujet à aucun changement en luimême (i). Conformément à cette doctrine, les mânes des personnes décédées et condamnées à une succession de naissances ne s’élèvent pas plus haut, comme l’enseignent les Vêdas, que l’orbe de la lune; tandis que ceux seulement qui passent cette borne ne sont jamais soumis à un retour dans le monde des changements. Mais j’anticipe sur le dânta. Je termine ici ce traité , me proposant de poursuivre ce sujet dans un futur Essai, par lequel j’espère montrer qu’un degré plus grand de similarité existe entre la doctrine indienne et celle des premiers philosophes grecs que celle des derniers; et comme il est à peine probable que la communication ait pu avoir lieu , et que la connaissance ait été transmise précisément dans l’intervalle de temps qui s’est écoulé entre les premières et les dernières écoles de philosophie grecque, et spécialement entre les Pythagoriciens et les Platoniciens, je serais disposé à conclure que les Indiens furent, dans cette circonstance, plutôt les instituteurs que les disciples (2).

(i) Ocellns , Opusc. Myih. p. 5 î7.

(a) On peut consulter avec beaucoup de fruit , pour connaître les opinion* plus religienses que philosophiques des diilérentes sectes indiennes, deux Mémoires très-savants 8e M. H. H. Wilson , dans les 16° et 17* volumes de* jisiaUc Researches de Calcutta, Mémoires enrichis de plusieurs textes sanskrit* importants. (G. P.)

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