SUR LE V* ESSAI
A (page 222).
M. B. H. HoDGSOir, esq., a fait insérer dans le 16* vol. des Asiatic Researches de Calcatta , un mémoire très-curieux sur les langues, la littérature et la religion des Bouddhistes do Népal et du Bhoutan , dans lequel il résume ainsi la doctrine philosophique du Bouddhisme de ces contrées, qui parait être dVne date assez moderne :
« Le Bouddhisme spéculatif emhns&e quatre systèmes très-distincts d'opinions relatives A t origine du monde, è la nature d'une première cause, et à la destinée de r ame.
Ces systèmes sont dénommés d'après la teneur diagnostique de chacun : Swahhdvika, Ais'varika, Yatnikâ cl Kdrmika ; et chacun d’eux admet beaucoup de subdivisions comprenant diverses théories des derniers docteurs bouddhiques, qui, vivant dans des temps plus calmes que ceux des premiers docteurs, et instruits par les railleries de leurs adversaires , ainsi que par l'adversité, se sont efforcés de rejeter tout ce qui était attaquable et contradictoire dans le sys> tème original.
Les swabhâvikas nient l'existence de riromatérialité : ils affirment que la matière est la seule substance existante, et ils lui donnent deux modes nommés pravritti et nirvritti, ou V action et le repos , la concrétion et Y abstraction. La matière, disent-ils, est éternelle comme masse grossière, et telles sont les propriétés de la matière , que ces propriétés possèdent non seulement l'activité, mais l'intelligence. L'état propre de l'existence de ces propriétés ou facultés est celui de repos et d’abstraction de toute chose palpable et visible (m'rvnVf/), dans lequel état ces facultés sont, d’un côté, tellement atténuées, et de l'autre, tellement investies d'attributs infinis de puissance, qu'elles ne manquent que de la conscience et des perfections morales pour devenir dieux» Quand ces facultés passent de leur état propre et durable de repos dans leur état transitoire et accidentel à'activité, alors toutes les belles formes de la nature ou du monde arrivent a l’existence, non par une création divine, ni par le hasard , mais spontanément : et tontes ces belles formes de la natnre cessent d'exister, quand les memes facultés repassent de nouveau de l'état de pravritti, ou à'aetwité, dans l'état de nirvritti, ou repos. La révolntion des états de pravritti et de nirvritti est éternelle, et, avec ces états, reviennent l'existence et la destruction de la natnre ou des formes palpables du monde. Les svabhdvikas sont si loin d'attribuer l'ordre et la beauté du monde à nn aveugle hasard, qu'ils citent particnlièrement la beauté de la forme visible comme une preuve de l’intelligence des puissances ou facultés formatrices; et ils déduisent leur éternité de l’éternelle snceession de nouvelles formes ; mais
NOTES Dü TRAD. SUR LE V* ESSAI.
aSj
ils persistent à sontenir qne ces facahés sont inbérentes à la matière , et ne loi sont point imprimées par le doigt de Dieu , c'est-à-dire par la paissance d'aa être absolument immatériel. Les fonnes inanimées sont dites appartenir exclue $ivtment à Tétât de pravritti, et par conséquent être périssables; mais les formes animées y parmi lesquelles l’homme n'est pas suffisaratnent distingué » sont regardées comme capables de devenir, par leurs propres efforts, associés À TétaC éternel de mVenW/, leur bonheur absolu , qui consiste dans le repos*, on dans Tesemption de migrations sans fin à travers les Tonnes visibles de pravritti. Les boniroes sont donés de la conscience, anssi bien, je crois, que de Téternel bonbenr do repos du nirvritti , comme de la peine incessante de Tactivité de pravritti. Mais les hommes qui ont conquis Téternitc du nirvrittiy ne sont pas regardés comme les régulateurs de Tonivers, qui se gouverne Ini-mrme , ni comme des médiateurs ou jugea dn genre buiiiaiu , encore laissés dans le pra%'riiti; car les notions de médiation et de jugement ne sont pas admises par les Swabhâvikns^ qui soutiennent que tout homme est Tarbitre de sa propre destinée, le bien et le mal étant, dans le pravrûti , par la constitution de la nature , liés d’tiue manière indisM>lublc au bonheur et au malheur : et Tacquisition du nirvritti étant parla même loi inhérente, la conséquence inévitable d’un tel agrandissement de ses facultés par une abstraction habituelle, qnt peut rendre un homme capable de connaître ce que c'est que nirvritti. Pour le connaître, il faut devenir omniscient, un bouddha \ il faut arriver à être adoré divinement comme tel , pendant qu'ou languit encore dans le pravritti; et il faut devenir an-delà du tombeau, ou dans le nirvritti f an moins tout ce que Vhomnte peut devenir^ et conceruaut lequel tout quelques-uns des SwabhâviÂas ont exprimé beaucoup de doutes, tandis que d'autres ont assuré que c’est Veternei repos, et non VéterneUe annihiiation ( .* quoique (ajoute cette école dogmatique) si c'était meme le s ounxutâ {^annihilation, 'vide absolu), ce serait encore un bien, Thomme étant autrement condamné à une transmigration étemelle à travers toutes les formes de la nature, dont les plus désirables sont peu à désirer, et dont celles qui le sont le moins, doivent être évitées à tout prix.*
On verra, d'après l’esqnisse précédente, que les plus diagnostiques doctrines des Swabhuvikas sont la négation de l’immatérialité , et TalTirroation que Thomme est capable d agrandir ses facultés à Tînlini. La fin de cet agrandUsemenl des facultés humaines est l'association à Téieroelle repos du nirvritti , concernant la valeur duquel il y a quelque controverse; et les moyens àt Tobtenir sont le Tapas et le Dhyttna. Les Swabhâvikas entendent , par le premier de ces termes, non lu pénitence, on une peine que Ton s’inflige soi-méme, mais une parfaite répulsion de toutes les choses extérieures ( pravrittika)', et par le second , ils entendent la pure abstraction mentale. Pour ce qui concerne les choses physiques , les Swabhdvikas ne rejettent pas on dessein, une atleutiou scientifique, mais un Désignateur, c’est-à-dire ou être simple, immatériel, ayant la conscience de soi-méme , qui donne l'existence, et imprime Tordre a la matière par sa seule volilion. Ils admettent ce que nous appelons les lois de la matière ; tuais ils prétendent que ces lois sont les causes premières, nos
NOTES ou TRADUCTEUB
secondaires, qu'elles sont iohéreutes éternellement à lâ matière , et nou point qo'elles loi sont imprimées par un créateur immatériel. Ils consîilèrent la création comme nne spontanéité, résultant des propriétés que la matière a eues de tonte éternité , et qu*elle aura dans tonte rétemité. Ainsi, par rapport a l'homme, ils admettent des facultés intellectuelles et morales, mais ils nient cette essence immatérielle, on cet être anquel noos attribuons ces facultés. Us attribuent pareillement à la propre paissance de la nature ou bhàva , la causation animée et inanimée. Je crois que l'école Swabhâvika est la plus ancieune école de philosophie bouddhique; mais cette école a été, depuis les temps les plus anciens, divisée en deux parties, roue nommée la Swabhâpika simplement, dont j'ai essayé d'exposer la doctrine ci^^essus, l'autre nommée la Pradjnika Swahhâviha , de Pradjnây la sagesse suprême de la nature. Les Pradjnikas sont portés à unifier les puissances de la matière dans l’état de nirvritti, pour faire une divinité de cette unification, et à considérer le summum honum de l’homme, non comme une association vague et douteuse à l'état de nirvritti y mais comme une absorption spécifique et certaine dans le Pradjnây la somme de toutes les paissances actives et intellectuelles de Tuntvers. Les Aiswarikas admettent une essence immatérielle, un Adki Bouddha intellectuel, suprême et infini, que quelques-uns d'eutre eux regardent comme la seule divinité, et la cause de toutes choses; tandis que d’autres lui associent un principe matériel, étemel, adéquat, et croient que toutes choses procèdent de l’opération réunie de ces deux principes. Les Aisvarikas acceptent les deux modes des Svoabhâvihas et des Pradjnikas y ou pravritti et nirvritti. Mais quoique les Ais'tvarikas admettent l’essence immatérielle et nn dieu, Ils nient sa providence et sa domination ; et quoiqu’ils croient que le mokcha est une absorption en sou essence, et qu'ils en appellent vaguement à lui comme le distributeur des bienfaits <\e pravritti , ils croient que la connexion de la vertu et de la félicité dans pravritti est indépendante de lui, et que ces attributs sontcapablés d'être conquis seulement par leurs propres efforts du Tapas et do Dhrânay efforts qu'ils croient susceptibles d’agrandir leurs facultés à l'infini, de les rendre dignes d'être adorés comme Bouddhas , et de les élever dans le ciel k une participation égale des attributs et du bonheur du sopréme Adhi Bouddhay car telle est leur idée du mokcha ou absorption en lui, ou mieux encore , de l’onion avec lui. Tous les Bouddhistes s’accordent à rapporter l’usage et la valeur de la médiatioD (terrestre et céleste) des droits et des devoirs de la mortalité, et des cérémonies de la religion, seulement k pravritti, état qu’ils sont enseignés à condamner; et a chercher, par leurs propres efforts d’abstraction, cette extension infinie de lenrs facultés, dont l'accomplissement réalise dans lenrs propres personnes, une divinité aussi complète qu’aucune antre, et la seule que quelques-uns d’entre eux veuillent reconnaître. Les Kârmikas et les Yâtnikas dérivent leurs noms respectivement de Karma, par lequel terme ils entendent une action morale qui a conscience d elle-même, et de Yatna, que j'interprète antacùon intellectuelle qui a conscience d’elle-méme. Je croîs ces écoles pins récentes que les autres , et j'attribue leur origine à une tentative de rectifier ce quiétisme extravagant qui , daus les écoles plus anciennes, dépoulL