SCHOLIES DE KAO-CHOU-TSEU
DE SÛU-MEN (■).
Tao est essentiellement non-ag^issant {2); si le Tao pouvait être agis-
sont, c’est-à-dire impliqué dans les soins de l’action, il ne serait pas l'éternel^ l'immuable Tao.
/-e Tao est essonliellemcnt sans nom^ non nommé; si son nom pouvait être nommé, c’est-à-dire s'il était un être ayant des formes corporelles, // ne serait point le nom éternel , immuable.
Car l’élrc non-agissant peut neanmoins agir sans agir; l’étre sans nom peut néanmoins être nommé sans nom.
L’expression Tlt ko tao [pouvoir être fréquenté comme une voie
droite ] doit s’entendre comme le mot Tao dans le /-/-JlTr ( 3 ),la phrase pou hiu tao tchi tao ; « la voie droite n’est pas vainement fréquentée (4) **
L’expression tchang [éternel, immuable'^ signiGc ce qui dure perpé-
tuellement et n’éprouve aucun changement, aucune transformation.
^ ^ ^ ^ ivoH mlitg, y tou ming , sans nom, avec un nom,
tontes ces dénnniiiiations indiquent et expriment le Tao. Ce qui est sans nom , c’est l'Essence du Tao; ce qui est atec un nom, c’est l'usage, l’emploi du Tao (5).
L'essence du Tao est vide (^biu), immatérielle ( u'o/<)- Avant que les
(1) Les scholics ci-dessus sont tirées d’uno édition du Tao-te^King, imprimée en Chine en 1(127, app.nrtenant à I.1 BiJdiotlièque royale de Paris.
(a) Ces doctrines partent déridée que Vêternel, Vimmnable, Vabsolu, pour être tel , doit être exempt de tous les attributs qui caractérisent l’étre périssable , changeant , divers.
( 3 ) Un des King, relui qui traite des cérémonies , des rites, de la poli^ tesse , etc.
(4) Voy. les notes à la fin de l’ouvrage.
(5) C’est le Tao sc développant en dehors de lui, se manifestant extérieurement, dans les pliénomcnes sensibles , comme l'état de pravritti chea les Hindous. Sou- TsEU-YEOir, philosophe del’écoîe de Lao-tseu, n dit : « Le Tao est le grand mjiîlre de toutes clioses : Toutes choses sont les branches du Tao;« etSniTOsA: «• Deus ergo omnium CvSt omnium rcruni causa imntanens , non vero transiens. »• (Prop. 18 .)
Êtres cor|Hiri:U eussetit coiium'iirc d'cxislrr [a^uiil i|iio le l^u) se lût nianifeslé aU'dehors dans les êtres rorporets, dans Te iiinnüe pbénoinénal J, on ne pouvait
parvenir à nommer le Tao. LT>pril en l'Intelligence divine
vhin ] en se
Iramforniant , est sortie du non-être [ jitt. iK'on ] et elle a été
ycou :
(elle est sortie de l’incorporel pour devenir existante corporellemeni ] ; cl le ;?oma été appliqué à Y Être ou à rexistence corporelle.
Le principe du r/V/c,, du JVon^Étre, a précédé la naissance du Ciel et de la Terre par là que ce principe ou WTno est consitférê comme ie principe t/n
Ciel et de la Terre. Quant à son Être , son mode d*être corporellement^ sa nature corporelle pltènoménale alors tous les Êtres corporels procèdent de lui.
C’est par là qu’il est considéré comme la Mère de tous les Etres corporels {i).
Quelques personnes doutent que le Tao, dans son mode d*cfcr///rc, lité, soit sans nom. Après une mûre considération, elles le désignent avec un nom. (^da diffère-l-il du sens de l’expression : s’il pouvait être nommé. Cette locution avec un nom ne veut pas dire que le Tao [dans son mode A'élernité immuable] ait réellement des formes corporelles. Seulement le contraire : sans nom le désigne aussi quand on le considère comme ayant un nom (a). Or, en l'appe lant la Mère de tous les Êtres corporels^ on ne l'indique pas, ou ne le désigne pas comme étant tous les Êtres ; car qui pourrait comfiarer le Tao aiix choses susceptibles d’élre nommées; aux êtres corporels eiix*mémes?
T.e caractère [affections] doit s’entendre comme signifiant : les désirs^ les affections de la nalure , inhérentes à l’étal de mortalité. Il signilie encore les pensées leiTcsIres, les penchants du cœur.
(i) Hoaï-5aw-tseü , célébré prince philosophe de l'école de Lao*tsro, a dit • « Le üx ou Tunité — , / , est In racine de foutes choses, le principe qui n’a p(»int « degal. » Ce ON , cette unité , ce principe sans égal , tout cela c’est le Tao. Le
-sclioliaste ci-dossus suit la lecture qui sépare é: ii'OK, [non ~ être,
être ) , de ming , nom , en lisant : *« Le non-4tre se nomme le principe 4ti
« et de la terre ; Vêtre se nomsib la mère de taules choses ; au lieu de ; sans nosi « [ dans son état de non-être ] le Tao est le principe du ciel et de la terre ; ave< «» üN NOM [ dans son état dV/re co/jwre/ J , e*esl la mère de toutes choses, i» Ces deux lectures ne différent pas quant au fond.
(a) C’est-à-dire qu’en lisant le texte , comme certaines personnes qui disent : sans nom , avec un nom , pour désigner les modes de non-être et d’être du Tao ; ou, an lieu de lire comme le scholiaste : le non-être , Vêtre , se nomme , etc. c» lisant, dis-je, comme ces personnes , cl comme nous avons lu nous-iuéme , d'accord avec plusieurs commentateurs, ces expressions janr nom , avec un nom désignent également le Tao, mais sons deux modes d’eVre, sous deux natures diffé-
rentes , le 4tlf won et le '/êF - I<* «mi-e/re et Vêtre ^
if
corporel.
VincoriK'vel et le •
Kiàâ[natur« corporelle phénoménale]^ sc pmid pour cavité ^ ouverture^ pl aussi limite; c’es! la cavité^ la matrice matérielle qui produit toutes choses , eu d’où elles sortent et daos quoi clics rentrent.
\j*Être et le Non-Être, dont il a été parlé plus haut, sont deux [natures, deux modes d'être ] ; c’est-à-dire que ce sont la substance et \essence du Tao (i).
C’est pourquoi les hommes doivent s’appliquer avec persévérance à comprendre et à eoniiaitre ces deux [^o////ri].Gedoit être le but, la fin des œuvres de ce monde.
C’est quand ou est toujours complètement et enlicremeiil dégagé des affections humaines que l’on peut contempler, admirer la nature insaisissable et subtile du Tao ; car ne pas avoir de pensées terrestres, ne pas agir, c’est retourner à XÊlre sans nom , qui est par conséquent le Principe du Ciel et de la Terre. C’est quaud on a constamment des affections humaines que l’on peut contempler , admirer sa nature corporelle phénoménale ; car l’Univers est dans sa main! Tous les Etres naissent de son corps materiel [ primordial], qui est par conséquent la Mère de tous les Êtres corporels.
Lao-tseü ne dit pas seulement sans affections humaines , avec des affections humaines; mais il dit • toujours sons affections », «« toujours avec des affections », comme Toulanl exprimer toute la portée , toute la profondeur de sa pensée ,
parce que le toujours, ou Véternel, Vimmtiable ( tchang) et le passager ,
U périssable, le changeant ( %vang^, sont opposés l’uu à l’autre, ou s’excluent mutuellement. Si une chose est éternelle, immuable , alors elle n’est poinl/?er«sahle , changeante ; SX tWv. périssable , changeante, alors elle n’csl ^iut éternelle, immuable. Tantôt en mouvement , tantôt immobile on en repos , les Etres suivent le principe , la loi , la raison du ciel , lequel principe est éternel , immuable. Si une fois nous mettons le pied dans les choses du monde ; si nous nous livrons à nos affections privées, à nos passions, c’est alors que nous trouvons dans nous un cœur périssable , changeant , mais rien que nous puissions appeler
véritablement éternel , unmuable. C’est pourquoi , ne pas agir [
iueV [/i/7n agere, se livrera la contemplation spirituelle de Diev], et obéir à son principe éternel, immuable , se conformer à sa loi, c’est par là que les hommes parfaits accomplissent leur destinée céleste, dvoir de Taction[yeoû we'i, habere actionem; se livrer aux soucis du monde], et ajouter à son état, à sa nature périssable , changeante , c’est ce que font les hommes du commun, les hommes de b foule qui passent , qui s’agiteut sur la terre , qui s’abandonnent au torrent.
Le y-King{^)à\\x « Si le temps du repos est venu , alors repose-toi; sj le temps d’agir est venu , alors agis. »
nat tao tchi pen thî ye. Les deux natures’du Tao ; les deux modes d’être , les deux points de a>ue,sous lesquels on doit le considérer sont clairement et positivemeut indiqués dansrc passage du soholiastc : Essence incorporelle, et substance corporelle non-être, êire^ nature insaisissable subtile , nature corporelle phénoménale.
(a) Livre des chan;;entents extrêmement symboliques, coinmenté par Coufuciut. et dbutrèÿ pliilosophcs.
c'eût aussi le sens des juroles de I.*o-tssd.
Tout le reste du cliapitre se rajipurle aux Jeux [natures] du texte ci dessns,
nommées yeoü , VÊtre corporel, et -tîfr u' 0 « , le Non-Être , uu r/n-
corporel.
L’uu et l'autreont leur origine dansleTxo procèdent. Cest pourquoi
il est dit dans le texte qu'ils ont la même origine; l’un étant nommé YÉire, l'autre étant nommé le Non - Être; c’est pour cela qu’il est dit que leur nom Jiffère,
Le hiouan [bleu] a le sens de ce qui est extrêmement profond et éloigné,
de ce qui ne peut pas être sondé ou scruté. Ce qui est bleu et encore bleu , c'est ce qui est profondément admirable ; c’est ce que l’oii ne peut souder. La porte de toutes les natures insaisissables signiGe le principe, la cause des esprits, des iutelligcnces insaisissables subtiles du monde , lesquelles procèdent toutes de ces deux [ natures].