‹ Essais sur la philosophie des HindousChapitre 23 sur 28 · GLOSES · texte numérisé non relu

GLOSES

“>-7L të — M jonan tehi , i j an; principe primordial,

l'unité; le vide ou l'immatériel, l'existant par lui-même.

(a) ■ Plus on l'explore, plus on cherche à le connaître, plus on le |rou\c profond, i n décou vralde; plus on croit le tcuir, plus on le perd, plus il échappe.

taï Ai , le grand faite [ le premier principe de Yj Ain g ,

et des philosophes de l'école de Confucius], divisé en plusieurs forces ou énergies mystérieuses et productives, est le Tao. »

(4 J Voilà le germe du dogme fameux dans le monde orieutal et même occidental de Y ascétisme, de la contemplation , de la mortification des sens. L'Inde est sa patrie de prédilection. Il a été prêehé par Platon , par Plotin surtout, et par tous les philosophes gnostiques.

(5) Le caractère $9 liang est ici d'uu emploi très- remarquable au lieu de

* eu/h , deux. Il signifie une dualité naturelle , nne paire comme les deux

mains , les deux pieds , etc. Les deux natures du texte sont connue deux membres pairs d’un meme être.

SCHOL1ES de K AO - CHOU -TSE U de SOU -M EN CO.

Le Tao esl essentiellement non-agissant (i)’, si le Tao pouvait être agis-

sant , c’est-à-dire impliqué dans les soins de l’action, il ne serait pas l'éternel, l'immuable Tao.

Le Tao est essentiellement sans nom , non nommé ; si son nom pouvait être nommé, c’est-à-dire s'il était un être ayant des formes corporelles, il ne serait point le nom éternel , immuable.

Car l’être non-agissant peut néanmoins agir sans agir g l’être sans nom peut néanmoins être nommé sans nom.

L’expression ^ lâ tao [ pouvoir être fréquenté comme une voie

droite ] doit s’entendre comme le mol Tao dans le Li-Ki (3), la phrase pou biu tao tchi tao : « la voie droite n’est pas vainement fréquentée ( 4 ) »

L’expression tchang [ éternel , immuable ] signifie ce qui dure perpétuellement et n’éprouve aucun changement, aucune transformation.

won ming, yeou ming , sans nom, avec un nom ,

toutes ces dénominations indiquent et expriment le Tao. Ce qui est sans nom , c’est l’Essence du Tao; ce qui est avec un nom, c’est l’usage, l’emploi du Tao (5).

I/essence du Tao est vide ( biu ), immatérielle ( wouy Avant que les

(f) Les scholics ci-dessus sont tirées d’une édition du Tan-le-King , imprimée eu Chine en 1627 , appartenant à la Bibliothèque royale de Paris.

(2) Ces doctrines partent de l’idée que Y éternel, Yimmuable , Y absolu, pour être tel , doit être exempt de tous les attributs qui caractérisent l’étrc périssable , changeant , divers.

(3) Un des cinq King, celui qui traite des cérémonies , des rites, de la politesse, etc.

(4) Voy. les notes à la fin de l’ouvrage.

(5) C’est le Tao sc développant en dehors de lui, sc manifestant extérieurement, dans les phénomènes sensibles , comme l’état de pravritti chez les Hindous. Soutseu-yeou, philosophe del’école de Lao-tsec, a dit: « Le Tao est le grand maître de tontes choses : Toutes choses sont les branches du Tao;» et Spinosa : « Deus ergo omnium est omnium rerrm causa immanens , non vrro transiens. » (Prop. 18.)

Èlrcs corporels eussent commencé d'exister [avant que le Tao se lui manifesté a u -dehors dans les êtres corporels, dans le inonde phénoménal ], on ne pouvait

parvenir à nommer le Tao. I/Espril ou l'Intelligence divine [ '

chin ] en sc

transformant, est sortie du non-être [ wou] et elle a été [ yeoit :

1» vv *V

[elle est sortie de l’incorporel pour devenir existante corporellement]; et le nom a été appliqué à Y Être ou à l’existence corporelle.

Le principe du vide, du Non- Être , a précédé la naissance du Ciel et de la Terre ; c’est par là que ce principe ou le Tao est considéré comme le principe du Ciel et de la Terre. Quant à son Être , son mode d’être corporellement , sa nature corporelle phénoménale [yeou]\ alors tous les Êtres corporels procèdent de lui. C’est par là qu’il est considéré comme la Mère de tous les Êtres corporels (i).

Quelques personnes doutent que le Tao, dans son mode d'éternité, $ immuabilité, soit sans nom. Après une mûre considération, elles le désignent avec un nom. Cela diffère-t-il du sens de l’expression : s’il pouvait être nommé. Cette locution avec un nom ne veut pas dire que le Tao [dans son mode 'd'éternité immuable] ait réellement des formes corporelles. Seulement le contraire : sans nom le désigne aussi quand on le considère comme ayant un nom (2). Or, en l’appelant la Mère de tous les Êtres corporels , on ne l’indique pas, on 11e le désigne pas comme étant tous les Êtres; car qui pourrait comparer le Tao aux choses susceptibles d’être nommées; aux êtres corporels eux-mêmes?

Le caractère yo [ affections ] doit s’entendre comme signifiant : les désirs , les affections de In nature , inhérentes à l’étal de mortalité. Il signifie encore le,s pensées terrestres, les penchants du cœur.

(1) Hoaï-naic-t.seu , célèbre priucc philosophe de l’école de Lao-tsed, a dit : « Le un ou I’unité — , 1 , est la racine de toutes choses , le principe qui n’a point « d’égal. » Ce rx , cette unité, ce principe sans égal , tout cela c’est le Tao. Le

scholiaste ci-dessus suit la lecture qui sépare «■ou , t y cou {non - être ,

être )-, de ming , nom , en lisant : « Le non-être se nomme \e principe du ct *l

■ et de la terre ; Y être sc nomme la mère de toutes choses ; au lieu de : sans nom « [ dans son état de non-être ] le Tao est le principe du ciel et de la terre ; avec: « un nom [ dans son état d 'être corporel ] , c’est ta mère de toutes choses. » Ces deux lectures ne diffèrent pas quant nu fond.

(a) C’est-à-dire qu’en lisant le texte , comme certaines personnes qui disent : sans nom , avec un nom , pour désigner les modes de non-être et d 'être du Tao ; ou, au lieu de lire comme le scholiaste: le non-être , Yêtre , se nomme , etc., eu lisant, dis-je, comme ces personnes , et comme nous avons lu nous-méinc , d’accord arec plusieurs commentateurs, ces expressions sans nom , avec un nom désignent également le Tao, mais sous deux modes d'être, sous deux natures différentes , le j l lf wou et le ycoii : le non-être et l 'être, Y incorporel et le

rj

corporel.

Kido [nature corporelle phénoménale], se prend pour kiao, cavité , ouverture , et aussi limite ; c’est la cavité , /a matrice matérielle qui produit toutes choses , ce d où elles sortent et daus quoi elles rentrent.

L Être et le Non-Être , dont il a été parlé plus haut, sont deux [ natures , deux modes d'être] ; c'est-à-dire que ce sont la substance et Y essence du Tao (i).

C est pourquoi les hommes doivent s'appliquer avec persévérance à comprendre et à connaître ccs deux [natures]. Ce doit être le but, la fin des œuvresde ce monde.

C’est quand on est toujours complètement et entièrement dégagé des affections humaines que l’on peut contempler , admirer la nature insaisissable et subtile du Tao; carne pas avoir de pensées terrestres, ne pas agir, c’est retournera Y Être sans nom , qui est par conséquent le Principe du Ciel et de la Terre. C’est quand ou a constamment des affections humaines que l’on peut contempler, admirer sa nature corporelle phénoménale ; car l’Univers est dans sa main! Tous les Êtres naissent de sou corps matériel [ primordial], qui est par conséquent la Mère de tous les Êtres corporels.

Lao-tseu ne dit pas seulement sans affections humaines , avec des affections humaines; mais il dit : •« toujours sans affections », *■ toujours avec des affections », çomme voulant exprimer toute la portée , toute la profondeur de sa pensée ,

parce que le toujours , ou Y éternel, Yimmuable ( tchang ) et le passager ,

le périssable, le changeant ( i vang), sont opposés l’un à l’autre, on s'excluent mutuellement. Si une chose est éternelle, immuable , alors elle n’est point pêrissablc , changeante ; si elle est périssable , changeante , alors elle n’est point éternelle, immuable. Tantôt en mouvement, tantôt immobile on en repos , les Êtres suivent le principe, la loi, la raison du ciel, lequel principe est éternel , immuable. Si une fois nous mettons le pied dans les choses du monde ;si nous nous livrons à nos affections privées, à nos passions, c’est alors que nous trouvons dans nous un cœur périssable , changeant , mais rien que nous puissions appeler

véritablement éternel, immuable. C’est pourquoi, ne pas agir [

wéi [non agere , se livrer à la contemplation spirituelle de Dieu] , et obéir à son principe éternel , immuable , sc conformer à sa loi, c’est par là que les hommes parfaits accomplissent leur destinée céleste. Avoir de l’action [yeoû wéi, lutbere actionem ; se livrer aux soucis du monde], et ajouter à son état, à sa nature périssable , changeante , c’est ce que font les hommes du commun, les hommes de la foule qui passent , qui s’agiteut sur la terre, qui s’abandonnent au torrent.

Le Y-King (a) dit: « Si le temps du repos est venu , alors repose-toi; si le temps d’agir est venu , alors agis.*»

(1) ^ ^ ^ itl^L eM

naï tao tchi pen dit ye. Les deux natures du Tao ; les deux modes d’étre , les deux points de nue , sous lesquels on doit le considérer sont clairement et positivement indiqués dansrc passage du sclioliaste : Essence incorporelle, et substance corporelle = non-etre , être = nature insaisissable subtile , nature corporelle phénoménale.

(a) Livre des changements extrêmement symboliques, commenté par Confucius, et d’autres philosophes.

C’est aussi le sen$ des paroles de Lao-tsru.

Tout le reste du chapitré se rapporte aux deux [natures] du texte ci-dessus, nommées J' €0l *t l'Être corporel , et -tfft trou, \e fton~Être, ou l in-

corporel.

L’un etl’autreont leur origine dansleTAO et en procèdent. C est pourquoi

il est dit dans le texte qu’ils ont la meme origine ; l’un étant nommé 1 Être , l’autre étant nommé le Non- Être; c’est pour cela qu’il est dit que leur nom diffère.

Le hiouan [bleu] a le sens de ce qui esl extrêmement profond et éloigné,

de ce qui ne peut pas être sondé ou scruté. Ce qui est bleu et encore bleu , cest ce qui est profondément admirable j c’est ce que l’on ne peut souder. La porte de toutes les natures insaisissables signifie le principe, la cause des esprits, des intelligences insaisissables subtiles du monde , lesquelles procèdent toutes de ces deux [ natures ].

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