‹ Essais sur la philosophie des HindousChapitre 24 sur 28 · OBSERVATIONS DE TCHING-KIU · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE TCHING-KIU

SUR LAO-TSEtJ*

Le Tao qui peut être fréquenté (i) est celui qui sert à diriger les actious ou la conduite de la vie. Le nom qui peut être nommé est celui qui sert à établir la parole , à former le langage.

Quant à ce Tao éternel, immuable , qui ne peut être fréquenté, et à ce nom qui ne peut être nommé ou défini , les saints hommes (a) n’avaient pas encore entre-

(i) Comme -voie droite , chemin du devoir et de la vertu , penchant au bien , né

avec l'homme, qui est le sens du caractère tao , dans l’école de Confucius, à

laquelle TcHiifG-xtu fait allusion. Ces observations et les commentaires qui suivent sont tirés de l’édition du Tao-te-King , intitulée: Lao-tseu-ï : les ailes de Laotseü (les secours pour le comprendre): édition qui date de l’année correspondante h i588 denotreère, et dont jedois la communication à la complaisance de M. St. Julien.

( 2 ) Par cette expression de saint homme ,

▼orite de Cojtfucius et des écrivains de son école pour désigfaer les hommes qui ont acquis , à leurs yeux , le plus haut degré de vCrtti et de savoir consacré ou bonheur des hommes, Tchisg-kiu désigne les hommes de la Chine et de 1 Inde qui ont été comme les législateurs politiques et religieux de ces deux pays ; qui en ont été les Révélateurs ; car le mot qu’il emploie pour exprimer leurs Communications au peuple: chi, signifie tout à la (oh génie spirituel, et manifester, faire

connaître , révéler. Il met donc en opposition les premiers et les plus anciens révélateurs ou législateuis de Y Inde, avec les révélateurs ou législateurs de la Chine,.

K ching jin , expression fa-

» pris de les faire connaître ou de les révéler aux hommes. Ce u’est pas qu’ils les

aient tenus dans le secret; ils ne les avaient pas fait connaître aux hommes, parce qu’ils n’en avaient pas obtenu la faculté, parce qu’ils n'avaient pas eu le pouvoir de les faire connaître aux hommes.

Anciennement ce que les saints hommes du pays occidental [ou de Y Inde, à l’occident de la Chine ] révélèrent et instituèrent , fut réuni en un grand corps de lois dans le San-yen [ les Trois Yen , les Trois anciens Vêdas?] , et fut divisé en Douze Préceptes ( les Douze Chapitres des Lois de Manou (i)?), nommes Loi , Doctrine.

Quant à ce qui a été transmis en dehors de cette Doctrine , de cette Loi écrite , c’est ce que lui [ Lao-tseu] appelle ce qui ne peut être fréquenté [ comme une voie droite, ou suivi comme une règle de conduite], et ce qui ne peut être nommé.

Les Saints hommes du royaume du milieu [la Chiné] , nos ancêtres Thang et Yu [ou Yao et Chun ] (2), et à leur imitation TVoij-Wang et W en- Wang, rédigèrent et publièrent des textes du Chi-King , ou livre des vers, du Chou-King , ou livre historique, du Li-Ki, ou livre des rites et des cérémonies, et du Yo-Ki }

ou livre de la musique. Ces préceptes ainsi rédigés furent nommés King

Livres , Ecritures consacrées ( 3 ).

! Quant à ce qui a été dit par eux [et non écrit], comme des pas qui n'ont-

^ point laissé de vestiges , c’est ce que lui [ Lao-tseu ] appelle ce qui ne peut être

fréquenté ou suivi, et ce qui ne peut être nommé.

C’est pourquoi Lao-tseu publia son ouvrage de Cinq mille caractères (4), afin d’instruire le monde et de diriger les siècles à venir dans le chemin de la raison et de la vertu; car celui qui ne retourne pas au Tao reste dans les ténèbres de

il;

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comme on le verra ci-après. S’il avait voulu désigner Fo ou Bouddha par l’expression a , si fang tchi ching j in, saint homme, ou

saints hommes du pays de V Occident , il n’aurait pas hésité à le nommer par son

nom de If Fo, comme le font tous les écrivains chinois, et puis d’ailleurs son

parallélisme serait inexact, et de plus, absurde. Yoy. les Notes.

(1) Voiries notes à la fin de l’ouvrage.

(2) Tous anciens empereurs et législateurs de la Chine , si célébrés par Confucius et les autres philosophes de son école comme modèles à suivre et à imiter , et dont Confucius a recueilli dans le Chou-King et antres livres les fragments de réglements , de morale et d’histoire, conservés jusqu’à lui.

( 3 ) 11 est assez remarquable que les Cédas indiens correspondent , non pour le contenu, mais pour l’espèce du contenu , aux King chinois. Le H\G-Céda , le premier dans l’ordre , est un recueil d 'hymnes, de chants , comme le Cm- K in g t le YADJOUR-AVdta ; est généralement dogmatique et moral comme le Ch ou -Am#/ le $\iak-Céda contient les préceptes , les rites comme le L1-K1 ; cette c onformité île Y espèce du contenu et de Y ordre des Cédas et des King n’est peut-être pas purement due nu hasard.

( 4 ) H y a 5,748 caractères dans le Tao- te- King.

l'aveuglement et de l’ignorance , et demeure seul avec lui-même [sans règle de conduite pour le guider]. C’est pourquoi les premières expressions de lexordc de son livre d’où découlent les cinq mille caractères qui le composent , s’appliquent au Tao, ou à la voie qui peut être fréquentée , et au nom qui peut être nommé.

Quant à ce (pie le saint n'a pas transmis, on ne peut le discuter (i).

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