‹ Essais sur la philosophie des HindousChapitre 25 sur 28 · COMMENTAIRE DE SOU-TSEU YÉOU · texte numérisé non relu

COMMENTAIRE DE SOU-TSEU YÉOU

Rien n’existe sans le Tao; mais s’il pouvait être fréquenté [ comme une voie droite , sens primitif du caractère Tao], il ne serait pas éternel , immuable. Il n’y a que ce qui ne peut pas être fréquenté qui puisse être ensuite éternel , immuable.

Maintenant , l’humanité, l'équité ou la justice , la politesse, la prudence, sont des voies droites [Tao], des règles qui peuvent être fréquentées ou suivies. Ainsi donc l 'humanité ne peut être estimée Y équité ; la politesse ne peut être estimée la prudence. Elles peuvent être fréquentées ou suivies [ chacune séparément comme des voies droites]: elles ne peuvent être éternelles ou immuables^ a). Seulement avec le Tao qui ne peut être fréquenté, si vous êtes portés à l’humanité, exercez l’humanité; si vous êtes portés à* la justice, exercez la justice: ainsi de suite pour la politesse et la prudence. Car , en effet, toutes ces choses ne sont pas éternelles , immuables ; mais le Tao est éternel , immuable , et il n’est sujet à aucun changement.

Ce qui ne peut être fréquenté a la faculté d’être éternel , immuable. D’après cela , si ce Tao ne peut être fréquenté , à plus forte raison ne peut-on parvenir à le nommer.

(i) Ces réflexions de Tchtsig-Kiu sont tirées, selon l’éditeur de l’édition Lao-tseu-i, d’une collection intitulée : Péehan-tsi ; collection des montagnes du Nord , et n’appartiennent point du tout à un lettré de l’école de Coïrrtrcics , comme

t i certain critique l’a prétendu, en retraduisant , après nous, selon sa coutume, ces iservations si curieuses qu’il est parvenu à rendre absurdes et inintelligibles, à ^ rce de contresens et de barbarismes. ( Y. N.-J. As, T. vm,p. 4^8; et ma Nouvelle Rejtonsc que la Commission de ce journal , dont ce critique faisait partie, ne jugea pas à propos d’admettre).

(a) Les lois , les règles de conduite , de morale , de relations entre les hommes , sont sujettes aux changements : une montagne , un fleuve , suffisent pour mettre une grande différence entre le juste et Y injuste. «* Considérez la forme de cette « iusticc qui nous régit, dit Montaigne, c’est un vray tesmoingnage de l’humaine « imbécillité : tant il y a de contradiction et d’erreur !» — « Ou ne voit presque « rien de juste et d’ÎDjustc qui ne change de qualité en changeant de climat, dit « Pascal. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un « méridien décide de la vérité , ou peu d’années de possession. Les lois fondait mentales changent. Le droit a scs époques. Plaisante justice ^qu’une fivière ou «* une montagne borne ! Vérité au-deçà des Pjrénécs, erreur au-delà ! » Il n’y a donc que V Intelligence absolue , la raison suprême , identifiée par Lao-tseu avec le Tao éternel , immuable , qui possède les attributs de Y éternité , de Y immuabilité.

Tout ce qui est nommé peut être l’objet d'une règle , peut être fréquenté^ Dès l'instant que le nom est établi , constitué , appliqué , alors le rond , le carré , le courbe j le </ro/7 n’étant point identiques , lie peuvent être éternels , immuables.

De son mode d’étresans «om, sans formes corporelles, le Tao est devenu le ciel et la terre : le ciel et la terre étant établis, constitués, le nom a commencé [ il a commencé d’ètre possible; il a pu être appliqué aux formes corporelles visibles].

De son mode d’ètre avec un nom [ dans sa manifestation en formes corporelles visibles], le Tao a été répandu matériellement, corporellement partout, et il est devenu aiusi tous les êtres corporels (i).

Tods les êtres corporels reçurent leur accroissement , et des noms d’une quantité innombrable commencèrent d’exister. C’est pourquoi , la privation de nom est l essence propre du Tao ; et la possession du nom eu est l 'usage , l'emploi corporel; [c’est sa substance corporelle phénoménale].

Les saints hommes deviennent incorporés à la substauce du Tao , pour être utiles au monde. Ils se retirent de la foule des êtres corporels , mais ils devien-

nent identifiés avec Y éternel, Y immuable Non- Être ( 'sT .St tchang svou )

pour contempler en lui sa nature insaisissable et subtile; si étant incorporés, identifiés à son essence , ils sortent du Non-Être , pour faire partie fa V éternel Être

tchang yeo'u ] , alors ils deviennent aptes à contempler sa nature

corporelle phénoménale (a).

(i) Avant \a fondation , la formation du monde actuel , avant le développement de l’univers materiel en dehors de Vétre sans nom , ect être ne pouvait recevoir de nom , parce qu’il n’avait aucun rapport extérieur, aucun attribut positif visible auquel on pût donner une qualification quelconque : niais depuis le développement de sa substance corporelle phénoménale , il a été possible de lui en donner un ; le nom étant pour ainsi dire la forme concrète d’une chose. On peut dire que dès lors son nom a été répandu partout et est devenu tous les êtres. On ne s’attendait pas sans doute à rcucontrer une métaphysique si abstraite , une ontologie si raffinée chez des philosophes chinois , et l’une et l’autre exprimées dans une lang^^ que l’on croit généralement si peu métaphysique , tandis qu’au contraire le caractère souvent indécis , les images figurées et les formes vagues de la langue chinoise la rendent éminemment propre à l’expression des idées les plus vagues et les plus pittoresques. Elle reproduirait difficilement les savantes nuances d’expressions que possède la langue sanskrite avec ses nombreuses suffixes et préfixes , ses innombrables formes de déclinaisons et de conjugaisons qui distinguent jusqu’aux nuances les plus imperceptibles de la peusée, puisque ni le nom, ni l’adjectif, ni le verbe , ni les modes, ni les temps, ne sont le plus souvent déterminés dans la langue chinoise que par la position que le caractère occupe dans la phrase, comme le chiffre dans la numération : mais lorsque l’écrivain chinois veut faire usage de tous les moyens que lui prête sa langue pour être clair , comme dans le style moderne , cette langue est assez riche pour satisfaire la pensée; et comme langue eu grande partie figurative , elle possède un avantage sur toutes les autres langues vivantes du globe , celui de parler en même temps aux yeux et à l’intelligence.

(a) Ce commentateur s’accorde avec la lecture qui sépare

if

Ainsi» marcher ( H hing ) dans la nature corporelle phénoménale et ne pas connaître la nature insaisissable ou subtile du Tao, c’est être rude , grossier, hébété (i)et n’avoir rien de spirituel Jjjtj? P ou c ^ ,in ]• Demeurer dans sa

nature insaisissable ou subtile et ne pas connaître sa nature corporelle phénoménale ^ alors c’est être pur îhsutg) 9 et non sujet aux changements ou

transformations (a). Si nous parlons des formes corporelles sensibles, \'£tre, le Plon-Être [ reoù wou ] sont certainement deux choses différentes

tm

l'une de l’autre [ liang ]. Savons-nous comment le Non- Être se développe

[ jw?, se mouvoir en rond] et devient Être; comment VÊtre de nouveau devient Non-Être ? N'est -ce pas une seule et même chose ? Quoique leurs noms diffèrent ,

leur racine, leur principe est alors unique , un [ «

Si l’on sait que leur racine, leur principe est unique , alors [ on sait pareillement ] que cette racine, ce principe est bleu [c’est-à-dire extrêmement profond , éloigné ]. Tout ce qui est très éloigné et dont on ne peut atteindre le faîte , sa couleur est nécessairement bleue , bleu foncé . C’est pourquoi Lao-tseu exprime

toujours par le caractère

II dit : bleu ; alors, c’est l’extrême : mais lorsqu’il a l'intention d’exprirwr quelque chose de plus extrême encore , de plus éloigné , il dit: bleu et encore bleus alors son idée est épuisée et on ne peut rien y ajouter de plus.

Toutes les Intelligences ou toutes les natures insaisissables subtiles' sont des produits de cet être indéterminé et inscrutahle.

hiouan, bleu, bleu foncé ,ce qui est très éloigné (.1).

1 vou et

la fin de l’ouvrage. Le nirwana ou V extinction , l’absorption dans l’Être universel des Bouddhistes et autres philosophes de ITnde est trop clairement exprimée ici pour avoir besoin de la faire remarquer.

(l) C’est être soumis à la qualité lamas de la philosophie de l'Inde. Vov. la définition des trois qualités , trigounds, dans ma Traduction des Essais de M. Colobrooke sur la philosophie des Hindous , pag. 3o.

(a) N’être plus sujet aux changements, aux transformations , à la transmigration , est le plus liant degré de pureté et de béatitude auquel la philosophie indienne en général enseigne que l’on puisse prétendre. C’est l’absorption complète et irrévocable dans I'Ame SuraÊME , on la grande Uwitk.

(3) Latéralement , ce qui s'appuie sur le grand faîte. , deruier terme que, pour les Chinois , l'intelligence puisse concevoir dans le temps et l’espace.

t H t changée ou du caractère qui les suit. Voyez les Dèjinitions à

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