‹ Essais sur la philosophie des HindousChapitre 8 sur 28 · ESSAI. — SYSTÈMES NYA'YA ET TAIS ÊCH 1 KA · texte numérisé non relu

ESSAI. — SYSTÈMES NYA'YA ET TAIS ÊCH 1 KA

INTRODUCTION

Lf. Sdnkhya théiste ainsi que le SAnkhya athée ont été examinés dans l’Essai précédent. Le sujet du présent sera la philosophie dialectique de Gôtama, et la philosophie atomistique de Kah'a'da, appelées, l'une Nydya ou de raisonnement, l’autre Vais' échika ou d’ individualité. La première, comme son titre l'implique, s'occupe principalement de la métaphysique de la logique; la seconde, de la physique, c’est-à-dire, des individualités, ou objets sensibles; et de là le nom qu’elle porte. Elles peuvent êtres considérées généralement comme des parties d’un même système ; se suppléant l’une l’autre dans ce qui leur manque , et s’accordant communément sur les points principaux qu’elles traitent; différant toutefois sur quelques uns, et par là donnant naissance à deux écoles : l’école Naiydyika et l’école Vais'échika.

De ces deux-ci sont nces diverses autres écoles subordonnées de philosophie , qui, dans l’ardeur de la dispute scholastique, se sont séparées sur les matières de doctrine ou d’interprétation.

La distinction ordinaire qui est établie entre elles , est celle d 'anciennes et de modernes , outre la dénomination tirée des noms de leurs auteurs favoris , comme on le fera voir plus particulièrement ailleurs.

Iæ texte de Gôtama est une collection de Soûtras ou aphorismes succincts (t), en cinq Livres ou Lectures; divisées chacune en deux

(i) Ces Scrûtras ont été imprimés en sanskrit, à Calcutta, eu 1828 , sous le titro suivant : Nya’ya-Sctrà-Vritti , tlie logical aphnrisms of Gôtama , with commeutary by Viswawa'th Bhatta'tciia'ryà. CW de ce texte dont nous avons tiré les citations sanskrites suivantes. (G. P. )

Journées , ou leçons journalières ; et celles-ci subdivisées de nouveau en sections ou articles nommés prakaranas , comme relatifs à des sujets distincts. C'est une maxime reçue qu'uue section ne doit pas consister en aussi peu de matière qu’un simple Soûtra ; et pour se conformer à la règle , quelque point principal est occasionnellement ajouté au texte; du un aphorisme est partagé) ou il est associé à un autre d’une manière inconvenable.

La collection des Soûtras de Kan’a’da se compose de dix Lectures , divisées similairement en deux leçons journalières, et celles-ci en prakaran'as ou sections , contenant deux Soûtras , ou plus, relatifs au même sujet (t).

Comme le texte des autres sciences parmi les Hindous, les Soûtras de Gôtama et deKAüVDA ont été expliqués et annotés par une triple série de commentaires , sous le titre usuel de Bdc/iya , VArlika, et Tlkâ. Ces commentaires ( spécialement, le Bârhyd) sont très souvent cités par les modernes commentateurs, ainsi que par les écrivains de traités séparés , mais (autant du moins que je puis en juger immédiatement) sans nommer les auteurs; et n’ayant pas maintenant la faculté de consulter la scholie originale dans une forme collective, je ne puis hasarder de les rapporter à leurs auteurs propres, d’après les seuls matériaux de mes premières recherches.

Ces scholies sont d’une haute autorité , et probablement d’une grande antiquité ; et c’est une question qui se présente souvent, en lisant les derniers commentateurs , de savoir si un passage particulier doit être pris pour un Soûtra et une partie du texte, ou pour une glose d’un ancien scholiaste.

Les commentaires que nous avons sous la main et qui ont été consultés pour la composition de ce traité , sont le Fdrtika-tdtparyd-paris’outldhi du célèbre Oudayana’tcha'bya (a), et le Fdrtikatâlparya-ttkd du non moins célèbre Va'tchespati-mis'ba (3). Les scholies plus modernes de VisVana'tha sur le texte de Gôtama,

(ï) Cette collection de Soûtras n’existant pas aux manuscrits sanskrits de la Bibliothèque royale de Paris, et le Comité d’instruction de Calcutta ne l’ayant pas encore fait imprimer , probablement à cause de la physique atomistique qui y est enseignée par KàhVda , nous n’avons pu en faire usage dans les notes dé cet Essai. (G.r.)

(a) Ce commentaire existe parmi les manuscrits sanskrits de la Bibliothèque royale sous le n" 49 — 5o du Catalogue. (G. P.)

(3) N" i58 du Catalogne»

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SYSTÈMES NYAYA ET VAISECBIEA. 49

et de Sanxaea-mis'ra sur celui de KarYda (i), sodI ceux auxquels on renvoie le plus fréquemment dans cet Essai.

Des traités séparés d’auteurs distingués enseignent et discutent amplement les éléments de la science. Tels sont les Nydyalilâvati de Ballabha-a'tcha'rya , qui suivent principalement le système de Kara'da.

Une introduction plus Facile et plus concise que celle de ces ouvrages volumineux et obscurs, est indispensable pour l’étude initiatoire de la science. Un de» traités élémentaires les plus approuvés est le Tarka-bhdchd de Kês'ava-mis'ea, auteur de beaucoup d’autres traités. Quoique proportionné à l’intelligence de l’étudiant sans le secours d’une glose , il a néanmoins exercé les travaux de beaucoup de commentateurs qui l’ont développé et expliqué. Parmi les autres , on peut nommer , dans l’ordre d’ancienneté, Gôverdhara-mis'ra, dans le Tarka-bhàchd-prakdsa ; GaurÎka'rta (auteur aussi du Sadyouktimouktdvali), dans le Bhdvdrtha-dlpikd ; Ma'dhavadAva (auteur du Nydyu-Sdra ) , dans le Tarka-bhdchd-sdra-mandjart ; en outre Ra'malirca-kriti , dans le Nydya-sangraha , dont l’antiquité relative est moins certaine ; et Bai.ibhadra , qui m’est connu seulement par les citations de GaurÎka'rta.

Une autre volumineuse introduction à l’étude de la logique indienne est le P addrtha-dkpikd , de Kôrda-Bhatt'a, grammairien connu, auteur du V aiydkarari a-bhoûchan a , sur la philosophie de la structure grammaticale. Il ne paraît pas avoir eu de commentateurs ; et il n’en a pas besoin.

Des traités métriques, ou vers rémémoratifs , comprenant les éléments de la science, portent la dénomination ordinaire de Kdrikd. Un ouvrage de ce genre est le Koiisourndndjali, avec son commentaire, par Na’rayah'a-ThÎrta ; un autre qui est pareillement expliqué par son auteur , est le Nyâya-Sankchépa , de Gôvirda-Bbatt a'tcba'rya.

Je n’ai encore fait mention que des ouvrages élémentaires seulement. Des traités distincts , sur diverses branches du sujet entier, et sur des points accidentels , sont innombrables. Aucune partie des sciences ou de la littérature n’a plus excité l’attention des Hindous , que le Nydya; et le fruit de tant de travaux a été une infinité de volumes parmi lesquels se trouvent des compositions de • scholiastes très-célèbres.

(i) N°*4<>» 4* » 4* do Catalogue.

SYSTÈMES NYA'YA ET VAISÊCHIKA.

L'ordre observé parGÔTAMA et par Kan'ada, en publiant les préceptes de la science qu’ils se sont engagés d’expliquer, est celui qui a été prescrit dans un passage des Vcdas , cité dans le Bâchya , comme la marche essentielle de l’instruction et de l’étude , savoir : X énonciation ou proposition , la définition et Y investigation (i). L’énonciation ou proposition ( ouddèsa ) est la mention d’une chose par son nom , c’est-à-dire , par un terme qui la désigne , comme enseigné par la révélation; car le langage est considéré comme révélé à l’homme ( 2 ). La définition ( lakchana ) expose une propriété particulière , constituant le caractère essentiel d’une chose (3). L'investigation ( parikchâ ) consiste dans des recherches sur la convenance et la suffisance de la définition. Conformément à cette méthode , les professeurs de philosophie placent en premier lieu les termes de la science; ils passent ensuite aux définitions, et de là à l’examen des sujets ainsi distribués. .

Dans un arrangement logique, les prédicamenis (paddrtha), on objets de preuve, sont au nombre de six, ainsi qu’ils sont énumérés par Kanada (4) , savoir : la substance, la qualité ,-X action , le commun , le propre ou particulier, et X agrégation ou relation intime, auxquels un septième, la privation ou négation , est ajouté par quelques auteurs (5). Portés à ce nombre, ils compose nt un double arrangement.

(,) Procédé analogue à celui de» scholastique» qui commençaient par poser la \nestion , définissaient ensuite , et enfin démontraient. ( G. P. )

(1) Cette opinion a été soutenue par toute l’école tbéologique française moderne . notamment par MM. de Bonald, La Mennais et Ballanche. (G. P.)

(3) ’ Di) ferenùa maxime propria, de U définition constitutive des scholas-

tiques.

( 5 ) Tark. Ilhâcli. i.

r <:ed by C .UUgh'

SYSTEMES NYAYA ET VAISKCHIKA. 5l

positif et négatif ( bhâva et abhâva) , le premier en comprenant six, le dernier un seul (i).

Les Bouddhistes , ou sectateurs de Bouddha , identifient , dit-on, les prédicaments avec la connaissance ( djnâ/ia ) ; et selon les Vèdântins , qui sont panthéistes, les prédicaments sont identifiés avec l’Être universel [Brahma), dans lequel tout existe (a).

D’autres Catégories sont proposées par différents auteurs; tels sont le pouvoir ou X énergie (sakti) , la similarité ou ressemblance ( sâdrïsya ) , et beaucoup d’autres. Mais les logiciens de cette école n’en reconnaissent que six , ou tout au plus les sept ci-dessus mentionnées.

Gôtama compte seize Catégories (3). Dans ce nombre , la preuve ou X évidence , et ce qui est à prouver, sont les principales; le reste est subsidiaire ou accessoire, comme contribuant à la connaissance et à la confirmation de la vérité. La discussion étant comprise dans cet arrangement, un grand nombre de ces catégories ont rapport à la controverse. Les seize catégories sont , i° la preuve ; 2° ce qui est à connaître et

(i ) Put. Dap. I. Aristote procède de la même manière dans sa logique. Tl établit dix catégories au lieu de six ou de seize, comme dans Gâtania. Ê71 $g raùr* tov àpiSfiov d sx* , rt içi , iroaov , itotàv , irps; Tt, irais , ivots , xttaflsu ,~ty ety, mosïv, irae^stv* — «*Ces (catégories) sont au nombre de dix : ce qui esc , ou la substance (ûùeta), la quantité, la qualité , la relation, le lieu , le temps, la situation , la possession , Y action , la passiveté . » (Ariat. Categ. c. a.)

Ces divisions arbitraires sont des moyens d’aider notre intelligence dans la recherche de la vérité , mais elles ne tiennent poiut à l’essence des choses ; si notre nature avait été douée de la connaissance intuitive ou compréhensive de la Divinité , les procédés artificiels de la division seraient inutiles. (G. P.)

(a) Taré. Bach. et IV. Sang. a. 4. C’est la théorie de Platon et la vision en Dieu de Malebranche. Déroocrite parait avoir pensé de même: « Deraocritus turn censet, imagines Divinitate præditas inesse universitati rcrum ; tum principia, mentesque quæ sunt in eodem uni verso, Daos esse dicit, etc. 0 (Cicer. de Nat. Deor. L. 1.) ‘ fg p j

( 3 ) Ces catégories, comme celles qui précèdent , n’ont guère de commun que le nom avec les quinze catégories d’Aristote (en y comprenant scs catégolèroes), les quinze de Kant, ainsi qu’avec les premiers principes de l’école Écossaise. g p

à prouver , ou l'objet de la preuve ; 3 ° le doute ; 4 ° le moti f; 5° l’exemple ; 6° 1$ vérité démontrée ; y° le membre d un argument régulier ou syllogisme; 8° le raisonnement par réduction à l’absurde; 9 0 la détermination ou l’acquisition de la certitude; io°la thèse ou disquisition ; 1 1° la controverse ; 12° l’objection; i 3 ° la raison fallacieuse; 14 0 le stratagème ou la fraude ; i 5 °'Ia réponse futile; 16 0 la réfutation (1).

La différence entre ces deux arrangements n’est pas considérée comme réelle. Ils peuvent se concilier; l’un étant plus ample, l’autre plus succinct, mais conduisant tous deux aux mêmes résultats.

La philosophie Sartfchya, comme oïl l’a fait voir dans le premier Essai, reconnaît deux principes éternels, Y 4 meet la Matière ( car Prakriti ou la Nature , abstraction faite de ses modifications, n’est autre chose que la matière ); et ajoutant à ces deux principes permanents , ceux qui sont périssables, elle en énumère vingt-cinq (2).

Le Njdya , ainsi que le Sànkhya , s’accorde avec les autres écoles de psychologie, dans la promesse d’une béa-

(1) G. 1. Voici le Soùtra où ces Catégories sont énumérées :

« Pramana pramêya aansaya prayôdjana d ri ch tant a siddbànta avayava tarka niruaya vâda djalpavitandâ liétvAbhâsatch tchhâla djàti nigrahasthâuânara tattvadjnânân nihVrèyasâdhigamah' || I. i. ||

Dans toutes les citations qui snivent, nous avons indiqué d'abord la Lecture ou le Livre, et ensuite le soûtra de cette Lecture , d'après l'édition de Calcutta , sans avoir égard aux prakaranas ou sections , parce que les soufras suivent one numération régulière jusqu’à la fin de chaque Lecture , et que d’ailleurs les indications des manuscrits de M. Colebrooke ne concordent pas avec notre édition citée, ou sont souvent omises. (G. P.)

(2) Il nous semble qu’il y a ici une lacune dans l’exposition de M. Colebrooke : c’est le corollaire du paragraphe précédent, corollaire qui devrait expliquer l’opinion des sectateurs du Alyâya sur ces memes premiers principes. D’après M. Taylor ( Appendix à sa traduction en anglais du drame philosophique sanskrit intitulé : Prabhôda- Tchandraudaya , le Lever de la lune de V intelligence), les Nyâjrikas croient que YEsprit et la Matière sont éternels ; le premier jouissant de la vie et de la pensée; la seconde inanimée et passive, et ne se mouvant que par l’impulsion qu’elle reçoit de l'Esprit. Ils ne supposent

SYSTÈMES NYÀT à ET VAISECHIKA. 53

titude ou ( nih'srêyas ) perfection finale, et (inôkcka) la délivrance du mal, pour récompense d’une parfaite connaissance des principes qu’il enseigne, c’est-à-dire , de la vérité; entendant par-là la conviction de l’existence éternelle de l’Ame séparable du corps.

L’Ame alors, comme le Bhâchya l’affirme, est ce qui est à connaître et à prouver. Gôtama, cependant, réunit sous ce chef, outre l 'Ame, le corps qui lui est associé , les sens externes , les choses ou objets qui produisent des sensations , c’est-à-dire , les éléments; et ses sectateurs en prennent occasion pour introduire les six catégories de Kan'a'da : X intelligence ou X entendement , l 'organe interne , X activité , les défauts , la transmigration , le Jruit ou la conséquence des actions , la peine ou le mal physique , et enfin , la délivrance ; faisant avec les précédents, douze objets de preuve (pramcya), qui sont les objets de connaissance requis pour la délivrance (i).

1° h' évidence ou preuve ( pramdna ), par laquelle ces objets sont connus et démontrés, est de quatre espèces : la

pas, cependant, que le monde dans sa forme actuelle ait existé de tonte éternité, mais seulement la Matière première , dont la matière organique a été formée lorsqu'elle fut organisée par l'Esprit suprême. D'où il résulte que dans sou état atomique , le matière est éternelle ; et que dans son état secondaire , ou revêtue de forme , elle est périssable. » Les combinaisons ou agrégations qui composent le monde matériel sont produites par l’énergie d’une cause toute-puissante et intelligente qui est considérée comme l’Être suprême. La matière est incapable d’action , d’où il est évident que les mouvements des objets matériels sont causés par un être différent de ces objets. Ainsi l’auteur du Mouxtavalli en expliquant les opinions des Nyayikas, dit : « Quoique nous ayons en nous-mêmes la conscience que je suis, que je sens nu plaisir, etc., cependant nous n'avons pas une connaissance évidente que l’esprit et la matière sont différents ; mais cela est prouvé par F argument suivant: un instrument exige un opérateur ; ainsi, sans nu opérateur, aucun effet n’eu peut résulter ; de la même manière , sans un opérateur , aucun effet ne pourrait résulter des yeux , qui sont les instruments de la 'vision : de là nous inférons F existence (F un être opérateur. » (G. P. )

(i) [Praméyam vibhadjatè laxayati tclia; — il divise et déliait là matière à prouver: ] « Atma sariréndriyâriba buddbi manah : pravritti dôcha prélyabbava pbala duh ktiâpavargâs tu praméyam || I. y. ||

perception , X induction de trois sortes ( conséquente , antécédente et analogue ) , la comparaison et X affirmation ( comprenant la tradition comme la révélation ) (i). L'induction a priori conclut un effet de sa cause; X induction a posteriori induit une cause de son effet : line autre source d' induction est X analogie. Ou , une espèce est directe et affirmative , une autre) est indirecte ou négative , et la troisième tout à la foisjdirecte et indirecte.

La preuve ( pramâna ) est définie la cause efficiente ou spéciale de la. connaissance actuelle ; elle comprend la notion exacte (anoubkava) , et exclut conséquemment la notion erronée ou inexacte, l’erreur, le doute et la réduction à l’absurde ; et elle exclut pareillement la mémoire , car la notion ( anaubhava ) est une connaissance autre que le souvenir.

La cause ( kdraria ) est ce qui est efficace , ce qui précède nécessairement un effet , ce sans quoi cet effet ne pourrait exister; et au contraire, X effet i^kârya') est ce qui s’ensuit

(i) Yoîcî les arguments du commentateur et les Soûtras qui se rapportent à ce passage de M. Colebrooke:

[« Atba yàthauddés'ain laxanasyâpéxitatvât prathamauddicbta pramânam laxayati vibhadjaté tcba :]

« Pralyaxànumânaupamâna sabda praraânâni || I. 3. ||

On a vu précédemment, page 14 , dans l’Essai sur le Sânkhya , que Kapila n'admettait que trois espèces de preuves, qui correspondent en d’autres ternies à ceux de Gôtama. Pratyaxa (quod sub oculis cadit) est le meme que drichia ; et le sabda (verbum) est le âpta vatchana (apta vox.) Voupamana , la comparaison n’est pas admise par Kapila. C’est l’application cT une définition connue au défini jusque-là inconnu, et le sabda on âpta sabda est l’autorité d'une parole infaillible ; les définitions que nous rapportons ci-après éclairciront ces moyens de connaissances admis par G 6 tama. ( G. P. )

[Anumânam laxayati vibbadjaté tcba; — il définit et divise Y Induction ] :

« Atba tatpùrvakaiu trividham anumânam piîrvvavatch tchbaechavat sâniânyatôdrickt aiu tcba || 1.5 ||.

[ Upamânain laxayati ; — il définit la Comparaison J :

« Prasiddba sàdbarrayât sâdbya sàdhanam upamânain [| 1.6 |j.

[Sabdam laxayati, — il définit 1’.- affirmation] : «Aptaupadfsah sabdab ÜI .7 1 | .

SYSTÈMES NYAYA ET VAISBCHIKA. 55

nécessairement, et qui, autrement, ne pourrait pas être.

Pour la relation de cause et d’ejfet, et pour distinguer différentes sortes de causes , la connexion (sa/nbandha) , ou la relation , en général , doit être l’objet d’une attention particulière. Elle est double : simple conjonction (sanyôga) , et agrégation, ou relation intime et constante ( samavâya ), la dernière étant la connexion ou la liaison des choses , par où il arrive que , aussi long-temps quelles coexistent , elles continuent d’être unies l’une avec l’autre ; par exemple, des parties d’un tout et le tout qui résulte des parties, comme de la laine et du drap: aussi long-temps que laine dure, le drap subsiste. Ici la connexion de la laine et du drap est en relation intime , mais celle du drap et du métier est une simple conjonction accidentelle. Conformément à cette distinction , la cause est intime ou directe . produisant une agrégation ou un effet relatif intimement, comme la laine qui compose le drap ; ou bien elle est médiate ou indirecte, étant voisine de la cause agrégative, comme le cardement de la laine servant à la production du drap; ou enfin, elle n’est ni directe, ni indirecte, mais instrumentale ou concomitante , comme le métier dans la fabrication du drap. Les choses positives doivent avoir trois causes , et la plus efficace est nommée la cause principale ou spéciale : les choses négatives n’en peuvent avoir qu’une ; c’est la troisième ci-dessus mentionnée (i).

Ce serait ici le lieu d’une ample discussion sur les différentes sortes de preuves ci-dessus énumérées.. Mais ces sujets occupent beaucoup trop déplacé dans la philosophie hindoue pour être exposés complètement dans les limites du présent Essai. C’est pourquoi je réserve ce sujet pour des considérations futures (2) qui lui seront immédiatement

(1) On peut voir à ce sujet l'article Cause dans l'Encyclopédie, oà un grand nombre de différentes espèces de ces causes sout énumérées et expliquées.

(a) La cécité presque complète dont M. Colcbrooke est malheureusement affligé l’a empêché de donner ce précieux travail. (G. P.)

consacrées, en indiquant ses rapports avec les divers systèmes indiens de philosophie dialectique, lorsqu’ils auront été examiné chacun individuellement.

II. i. [ Catégories de Gôtama. ] — Le premier et le plus important des douze objets d’évidence ou de matières à prouver, énumérés par Gôtama , est XAme{\). C’est le siège de la connaissance ou du sentiment ; distincte du corps et des sens; différente pour chaque personne individuellè coexistante ; infinie, éternelle ; perçue par l’organe mental , e( démontrée par ses attributs particuliers ; car la connaissance , le désir , l’aversion , la volition , la peine et le plaisir, prouvent, isolément et collectivement, l'existence de l’âme , puisque ces choses ne sont point des attributs universels , comme le nombre, la quantité, etc., communs à toutes les substances , mais des qualités spéciales et caractéristiques , saisies exclusivement par un organe , comme le sont la couleur et autres qualités particulières ; n'appartenant pas , cependant , à des substances apparentes > comme la terre et les autres éléments ; et démontrant parlà un substratum distinct, autre que l’espace, le temps et le sentiment auxquels appartiennent des qualités universelles et non particulières : cette substance distincte, qui est le substratum de ces qualités particulières ; c’est l’Ame.

Ceci concerne l’âme vivante ( Djivâtmâ ) , l’esprit qui anime chaque personne individuellement. Les âmes, alors, comme il est expressément affirmé , sont nombreuses. Mais l’Ame suprême (Paramatmà) est une ; elle est le siège de la connaissance éternelle, démontrée comme ayant créé toutes choses (a).

(z) G. x . i . 3. a . et 3. x . x . 5. Tark. Bhâch. a . x.

[ Taira prathamauddicht am âtmânam laxayati ; •— ici il défiait l 'Ame y premier objet en question ] :

« Itchtcbha dvécba prayatna sukba dulikha djnànânyalmanolingam |[ I. io [j Voir en outre le neuvième souira qui précède.

<* Tad abbâvah sàtmaka pradàbépi tannityatvàt ||3.5||

(a) Pâd, Dip . , x . 8.

SYSTÈMES NTa'yA ET VAISÈCHIKA.

L’âme individuelle est infinie; car , en quelqu'endroit que se porte le corps , l’âme est présente. Elle supporte le fruit de ses actions: la peine ou le plaisir. Elle est éternelle, parce quelle est infinie ; car tout ce qui est infini est pareillement éternel; comme l’élément éthéré ( âkâsa) ( i).

Quoiqu’immalérielle , elle est une substance, puisqu’elle est un substratum de qualités , et elle est placée dans l’arrangement de Kan’ada , comme une des neuf substances qui sont reconnues par lui (2).

Elle a quatorze qualités, savoir : le nombre, la quantité , l’ individualité , la conjonction, la disjonction , X intellect ou entendement , le plaisir, la peine , le désir , l'aversion , la volition, le mérite, le démérite , et la faculté de l 'imagination.

2. [Cat. GÔt.] La seconde chose à prouver dans l’énumération de Gôtama, est le Corps. C’est le siège de l'effort , ou du mouvement, tchèchta, des organes de la sensation, et du sentiment de la peine ou du plaisir ( 3 ).

C’est un dernier composé , le siège de la jouissance de l’âme. C’est un tout, consistant en parties; une substance formée, non initiale ou primitive; associée avec le composé , l’âme éprouve la jouissance , c’est-à-dire , la présence

[ KramaprAptam Sarîràm laxayati ; — il définit le Corps à son ordre de succession ] : « Tchêcht'indriyârthâs'rayah‘ sariram || 1. 1 1 1|.

( 1 ) Dans l'esprit des Hindous , la vérité et l’intelligence sont les attributs éternels de Dieu , non de l’âme individuelle , qui est susceptible tout à la fois de la science et de l'ignorance , du plaisir et de la peine : c’est pourquoi Dieu et les âmes individuelles sont distincts.

Pendant qu’elle est revêtue d’un corps matériel, l’âme est dans un état d’em- 'prisonnement et sous l’influence des mauvaises passions ; mais, étant arrivée par une application profonde à la connaissance des éléments naturels et des principes , elle atteint le séjour de l’Être éternel. Dans cette condition de félicité suprême, son individualité , cependant, ne cesse point; mais les philosophes indiens s’expliquent obscurément sur ce sujet. Ils admettent que l’ame est unie avec l’Être suprême , mais ils conçoivent qu’elle retient encore la nature abstraite ou définie de l’existence visible.

( Voy. Appert dix ci-dessus mentionné. G. P. )

immédiate de la peine ou du plaisir en rapport avec lui.

C’est le siège de l’effort ; non seulement de la motion , mais de l’action qui tend à l’acquisition de' ce qui est agréable, et à l’éloignement de ce qui est désagréable (i J.

Il est terreux ; car les qualités de la terre sont perçues dans lui ( nommément \ odeur, la couleur, la solidité, etc.), et cela est expressément affirmé dans plus d’un passage des Vcdas. Selon quelques opinions , il consiste en trois éléments, la terre , l’eau, et la lumière ou la chaleur, parce que les qualités particulières de ces éléments sont perceptibles dans lui , puisqu’il possède l'odeur , la viscosité et la chaleur; ou bien il consiste en quatre, puisqu’il y a inspiration et expiration de l’air; ou en cinq, indiqués par l’odeur, Y humidité, la digestion, Y haleine et les cavités ( 2 ). Ces opinions sont combattues par le Nyâya. Le corps ne consiste pas en cinq , ou en quatre éléments ; autrement, comme l’objecte KanVda, il serait invisible; car l’union des objets visibles avec les objets invisibles produit des objets invisibles : exemple, le vent. Il ne consiste point en trois éléments visibles, ni en deux; parce qu’il n’y a point là d’union intime et incohative de substances hétérogènes (3). Cette dernière raison est alléguée également par Kapila : les matières hétérogènes ne peuvent entrer dans la même composition (4).

Outre les corps humains et les autres corps de ce monde qui sont tous terreux , il y en a , dans d’autres mondes , d’aqueux, d’ignés et d’aériens. Dans ceux-là aussi, il y a union avec un élément, pour la jouissance de lame (5).

Les corps terrestres sont de deux espèces : produits sexuellement, ou le contraire : la première espèce est vivipare ou ovipare ; la seconde résulte du concours ou de l’agrégation de particules, dirigée par une cause inconnue ou pré-

(1) Tarft. Bhâch. et Coin.

(a) G. 3 . 1 . 6 . i-5. "Les cavités indiquant la présence de Vctther, 5° fclém. (G. P.)

(3) Kan. 4 • 2 • * et Com.

(4) Kap. 3 . 16-18 et 5.99.

(5) Bhâch. sur G 6 t.

SYSTÈMES NYAYA ET VAISÊCKIKA. 5g

destinée , et par la disposition particulière des atomes. Ce sont de telles créatures qui , comme le prouve l’autorité des Vèdas, révèlent la création de dieux et de demi-dieux.

Ou les corps sont engendrés par l’union des sexes, ou ils sont autrement produits. Les derniers comprennent la génération équivoque des vers , des larves , des insectes , des moucherons , et autres , considérés comme produits par la corruption ou la fermentation des substances végétales , et la germination des plantes qui sortent du sein de la terre. Ainsi il y a cinq espèces distinctes de corps : i° ingénérés ; 2 ° utérins ou vivipares; 3° ovipares; 4° produits par la fermentation ; 5° par la végétation ou la germination (t).

3. \Cat. GÔt.] Ensuite, parmi les objets de preuve, sont les Organes de la sensation. Un organe des sens est défini un instrument de la connaissance, uni au corps , et imperceptible aux sens (a).

Il y a cinq organes externes: X odorat, le goût , la vue, le toucher, et l 'ouïe. Us ne sont point des modifications de la Conscience (comme 1 e Sânkhya le soutient); mais ils sont matériels , formés respectivement des éléments suivants : la terre , l’eau , la lumière , l’air et l’éther (3).

(i) Pad. Dtp . et Mâdli sur Kés. Les Bouddhistes de la Chine n’admettent que quatre sortes de naissances ; ce sont i° la génération utérine , en sanskrit (diaprés la Nom. pentaglottc bouddhique de la Bibl. roy. ) djarâjrou-djâ :

taï seng ; a 0 la génération par les œufs, and a-djâ : louan seng ; 3° la génération par la pourriture , panka-djâ : ^ ^ chi seng ;

4 ° la génération par métamorphose , oupapâdaka : hoa seng.

La génération spontanée de quelques naturalistes pourrait rentrer dans celle de la fermentation putride. (G. P. )

(a) Tark. Bhâch.

(3) 06t. z. i.3. 4-5 et 3. f .7 et 8 .

[Indriyam vidjatclaxayati tcha ; — il reconnaît et définit la faculté de sentir], »• Gbrnna rasana tcbaxus tvak srôtrânindryàui bhûtêbhyah' f| I. 12 ||.

La pupille de l’oeil n’est pas l’organe de la vue (comme ]’affirnient les Bouddhistes ) , ni l’oreille extérieure, ou l’orifice du passage auditif, l’organe de l’ouïe ; mais c’est un rayon de lumière , partant de la pupille de l’œil , et se dirigeant vers l’objet aperçu, qui est l'organe visuel (i); et l’éther , contenu dans la cavité de l’oreille , et communiquant par un éther intermédiaire avec l’objet entendu, est l’organe de l’ouïe. Ce rayon de lumière n’est pas ordinairement visible; de même que le rayonnement d’une torche ne se voit point à la lumière méridienne du soleil. Mais, dans des circonstances particulières , on peut obtenir un éclat du rayon visuel ; pour exemple, l’œil du chat, ou d’un autre animal qui épie dans l’obscurité de la nuit.

L’organe de la vision est donc lumineux ; et de la même manière , l’organe de l’ouïe est éthéré ; celui du goût , aqueux (comme la salive); celui du toucher, aérien ; et celui de l’odorat , terreux.

Le siège de l’organe visuel est la pupille de l'œil ; celui de l’organe auditif , l’orifice de l’oreille ; celui de l’organe olfactoire, les narines; celui du goût, l’extrémité de la langue; et celui du toucher, la peau.

Les objets saisis par les sens sont, l’odeur, la saveur , la couleur, le toucher (ou la température), et le son, qui sont des qualités appartenant à la terre, à l’eau , à la lumière, à l’air et à l’éther (a).

[ BhtUany êva kànityâkânxàyàm âha — Il énumère ainsi les Élément s qui les composent] :

« Prithivy âpas têdjô vâynr âkâsam iti ISbûtani || 1. 13 ||

Ces mêmes divisions en Cinq sens on organes des sens et en Cinq éléments existent aussi dans la philosophie chinoise, comme on le verra ci-après.

(i) Cette opinion semble se rapprocher beaucoup de celle de Descartes sur le siège des couleurs , et de celle dn stoïcien Chrysippe qui prétendait qne ta vne est une figure conoïde , formée par la lumière entre l'oeil et l'objet va : épâv Si , toü pxraÇù Tnt épâetut xat tcü ûrroxttjst'vou tpoTÔ; , évTtivop.évcu tuvot iSû>( ; x. t. X. ( G. P. )

(a) G6t. 1 . 1 .3 .6. — [ Kramaprâptatn artham vibhadjatê laxayati leba ; — il divise et définit l'objet saisi successivement par les sens ] :

•< Candha rasa rùpa sparsa s abd&b’pritbivy âdigonàs tadarthàb || 1 . 1 4 j| ■ (G . P .)

SYSTÈMES NYAYA ET VAISÈCIIIKA. 6 X

L’existence des organes des sens est prouvée par induction , d’après le fait de la perception des objets : car la perception implique un instrument pour l’effectuer, puisque c’est une action , de même que l’action de couper implique un instrument tranchant, comme une hache ou un canif.

Ces organes sont au nombre de six , en y comprenant un organe interne , nommé marias , et non point au nombre de cinq seulement, comme les sectateurs de Bouddha le soutiennent, en rejetant le sens interne; ni au nombre de onze, comme l'affirment les Sânkyas , qui ajoutent aux six sens , les organes de l’action , au nombre de cinq.

Le Manas ( i) ou sens interne intelligent est l’instrument qui effectue la perception de la peine et du plaisir, ou des sensations intérieures ; et , par son union avec les sens externes , il produit la connaissance des objets extérieurs, perçus par eux, comme la couleur , etc. ; mais non pas indépendamment de ces sens pour les objets extérieurs (a).

Son existence est prouvée par l’indivisibilité de la sensation , puisque des sensations différentes ne peuvent pas naître en même temps dans la même âme. Elles paraissent

(i) Gau. sur Kés.

Les Stoïciens, au rapport de Plutarque (de Placit. Phil., 1. iv, ch. io), admettaient aussi cinq organes des sens : la vue, l'ouïe, Vodorat , le goût et le toucher t et Aristote en comptait un sixième , qui était un sens commun, juge des perceptions des cinq autres et correspondant an manas ci-dessus : Ot 2rtûïxol tcÏvts toc; i^cxoc; ata6r t <T*i;, opxmv , àxcr.v, Scçpïifftv , qrsùatv, ccqpiav. ÀptçcTE- Xnç fx-rnv où X^yec, xotvr,v Si àtoflr.atv ttjv twv ouvÔstûjv tiS &>v xpirixriv, etç V* irâaai auuêaXX&uaiv ai àxXotï toc; iÆtaç éxocçTi ^pavraoia; - èv^ro {/.era^aTixov âcp’ ÉTEpou irpô; erepov, oiovei axr,|*aTGÇ, xoti xtvtiaeto;, d'eîxvUTOU. Ce manas correspond aussi an mot Verstand de la philosophie de Kant , quoique ce dernier ne soit qu'une faculté de l'Ame : « Der Verstand ist das Verraügen des Geistes, wodurch die Mannigfaltigkcit auf die Einheit reducirt wird : Y Entendement est la faculté de l'esprit, par laquelle le multiple est réduit à l'unité. » (G. P.)

(a) Ce ne sont pas les sens qui perçoivent, mais l’Ame qui perçoit au moyen des sens; d’où l’on voit que l’auteur distingue la sensation de la perception, ce qui n’avait pas été fait nettement parmi nous avant Reid. Cependant on trouve déjà cette doctrine dans Cicéron ( Tusc. I. 20 . ) et dans Epicharme (apnd Theodoretum, I. i5.), où il est dit : Noy; ép$i, xoù voû; ocxoùii* t’ocXXx xoù^x, xat tu^Xoc. ( G. P. )

6a PHILOSOPHIE DES HINDOUS,

» se. produire ainsi sinmltanément quand elles passent rapidement , mais cependant successivement , comme un brandon enflammé, tourné avec rapidité, semble un anneau de feu non rompu (i).

Ce manas est simple , c’est-à-dire, un pour chaque âme ; et non pas aussi multiple que les sens externes. Quand il est uni avec l’un des organes extérieurs , la connaissance est reçue par cet organe ; quand il ne lui est pas uni ainsi , rien n’arrive à l’âme par ce sens, mais par quelqu’autre avec lequel il est alors associé (a).

Quoique imperceptible au toucher, il n’est pas infini, comme l’élément éthéré, ainsi que le soutient la Mima nsa (3) , mais il est très-ténu, comme un atome. S’il était infini, il devrait être uni avec chaque chose , et toutes les sensations devraient être coexistantes ou simultanées. Il est imperceptible à la vue , au toucher et aux autres sens, comme on peut le conclure en raisonnant ainsi qu’il suit: il doit y avoir un instrument de perception de la peine et du plaisir; cet instrument doit être distinct de la vue, ou de tout autre sens externe; car la peine et le plaisir sont éprouvés en l'absence de chacun de ces sens. Un tel instrument de sensation pénible ou agréable est nommé manas.

Il est éternel et distinct de l’âme, aussi bien que du corps , avec lesquels il est simplement uni.

Kanada le compte parmi les substances ; et il est le sub-

(ï) Dulgald-Stewart , dans sa Philosophie de V Esprit humain , soutient également que nous ne pouvons être affectés de plusieurs manières à la fois , ou du moins donner notre attention à plus d'une chose en même temps. Voy. De t Attention. ( G. P. )

(a) Got. 1 . 1 . 3 . 8 et 3 . a .6. [ Ma né laxayati ; — il définit le manas ou sens interne intelligent ] :

Yugapât djuânan utpattir manaso lingam [] I.16 ||

Raima pratipatli hètùnâm manasi sambhavat || 3.i6||

Unité du moi ; nécessité de l'intervention du principe pensant pour U perception dans les sensations. Voy. la note a de la page précédente.

(3) Pâd. Dtp .

.SYSTÈMES îtYAYA ET VAISÊCHIKA.

stratum de huit qualités , dont aucune ne lui est particulière , toutes étant communes aux autres substances , savoir : le nombre, la quantité , l’individualité, la conjonction , la disjonction , la priorité , la subséquence et la faculté (i).

4 . [ Cat . Gôt.] Ensuite, dans l'arrangement de Gotama, viennent les objets des sens (artha) , c’est-à-dire, des sens externes; et il énumère l’odeur, la saveur, la couleur, le toucher, le son , qui sont les qualités particulières de la terre et des autres éléments respectifs (a).

Kês'ava place sous ce chef les catégories ( padârthaj de Kan'a'da , qui sont au nombre de six : la substance , la qualité , etc.

I. La substance est la cause intime d’un effet agrégé ou d’un produit; c’est le siège des qualités et de l’action, ou, ce dans quoi les qualités résident et l’action se produit (3).

Il n’y a que neuf substances reconnues et énumérées. Les ténèbres ont été proposées par quelques philosophes ; mais elles ne sont point une substance ; les corps ne sont pas non plus une substance distincte ; ni l’or , que les Mimânsakas affirment être une substance particulière.

Celles qui sont spécifiées parKANADA sont: i° la Terre (4), qui , outre les propriétés communes à la plupart des substances (comme le nombre, la quantité, l’individualité, la conjonction, la disjonction, la priorité, la postériorité, la

(i) Gau . sur Kés.

(a) Gét. 1.3.5. [Voir le x4 soûtra qui précède ].

(3) Kan. T. 1 . 4 .x. Kés. et Com. Pad. Dip.

( 4 ) Il est évident qne Kas i da , de même que toute l'antiquité indienne f chinoise , égjrptiennè et grecque , comprend sous ce nom toute la masse solide du globe, et que la terre, considérée comme substance ou élément primitif , n'était pas précisément regardée comme un des corps simples , que les chimistes portent aujourd’hui au nombre de cinquante-un , mais comme nne substance capable, par ses atomes ou molécules, de former tous les corps solides, en se combinant entre elles ou avec d'autres éléments.

64 PHILOSOPHIE DES HINDOUS j

gravitation, ]a fluidité et la faculté de vélocité et d’élasticité)^ possède la couleur, la saveur, l’odeur et la température. Sa qualité distinctive est l’odeur , et elle est définie brièvement une substance odorante (i). Dans quelques cas, comme dans les pierres précieuses, l’odeur est latente ; mais elle devient sensible par la calcination.

Elle est éternelle à l'état d’atomes ; passagère à letat d’agrégats. Dans l’un et l’autre cas , ses propriétés caractéristiques sont transitoires , et susceptibles d’être développées par l’action de la lumière et de la chaleur; car par l’union de ces deux dernières qualités avec la terre, quelles soient latentes ou manifestes, les propriétés précédentes, la couleur, la saveur, l’odeur, sont en quelque sorte annulées , et d’autres propriétés nouvelles de même nature sont introduites.

Les agrégats ou produits sont ou des corps organisés , ou des organes de perception , ou des masses inorganiques.

Les corps terreux organisés sont de cinq sortes ( voyez le Corps ). L’organe de l’odeur est terreux. Les masses inorganiques sont les pierres , les blocs d’argile , etc. L’union des parties intégrantes est dure, molle, ou cumulative ; comme les pierres , les fleurs , le coton , etc.

2° L'Eau a les propriétés de la terre excepté l’odeur; elle a de plus la viscosité. L’odeur, quand elle s’observe dans l’eau , est accidentelle; elle a été contractée par un mélange de particules terreuses.

La propriété distinctive de l’eau est la froidure. Elle est définie pour cette raison une substance froide au toucher. Elle est éternelle à l’état d'atomes ; passagère à l’état d’agrégats. Les propriétés des premiers sont constamment les mêmes ; celles des derniers sont changeantes.

Les corps aqueux organiques sont des êtres habitant le royaume de "V aroun’a. L’organe du goût est aqueux (a); té-

(i) Kan ad. a. I . J . X.

(a) Ceci revient à l’opinion de quelques physiologistes modernes qui pensent qu’un corps n’est sapide qu’autant qu’il peut se dissoudre dans la salive.

SYSTÈMES NYAYA ET VAISKCHIK.A. 65

moin la salive. Les eaus inorganiques sont les rivières, les mers , la pluie , la neige , la grêle , etc.

Quelques-uns soutiennent que la grêle est de l’eau pure, rendue solide par l’intervention d'une force invisible ; d’autres imaginent que la solidité en doit être attribuée à un mélange de particules terreuses.

3° La Lumière est colorée, et elle colore les autres substances (i); elle est chaude au toucher, ce qui forme sa qualité distinctive. Elle est définie une substance chaude au toucher. [ La chaleur alors et la lumière sont identifiées comme une même substance.]

Elle a les qualités de la terre, excepté l’odeur, la saveur et la gravitation. Elle est éternelle à l'état d’atomes, et non pas à l'état d’agrégats.

Les corps organiques lumineux sont des êtres habitant le royaume solaire. Le rayon visuel , qui est l’organe de la vue, est lumineux. [Voy. les Organes de la perception.'] La lumière inorganique est quadruple: terrestre, céleste, intestinale ( 2 ) et minérale. Une autre distinction concerne la vue et le toucher ; suivant que la lumière ou la chaleur

( 1 ) Celle qualité de la lumière, ainsi que celle du calorique qu'elle possède , sont encore reconnues par la chimie moderne. Tout le monde connaît les belles expériences de Newton sur le spectre solaire ; elles ont été renouvelées et perfectionnées depuis , et on a déterminé la faculté calorifique du spectre. Les Pythagoriciens, au rapport de Plutarque (de Placit. Phil., 1. IV, c. i3), « pensaient également que les couleurs n’étaient autre chose qu’une réflexion «de la lumière, modifiée de différentes manières : Ërspot xxra twov âxrîvtdv etaxpioiv, f xrrà rvt irpô; to biroxiqAevov «varaciv iraXiv ÙTrcarpeç&uoûiv ïrpo$ nriv &|»iv. Platon professait la même doctrine : nXareùv diro twv awfxaTwv,

<rju.fj.rrpa ftopia îxcuaav irpo; tt,v o<Jav. Plato colores esse fulgorera a corporibus exeuntera partes visni commensuratas babentem, dixit. (/</. 1 I, c. i5.) Conférez le 77/née, passim. Ces propriétés attribuées à la lumière par KawYda, d’étre colorée et de colorer les autres substances , prouvent l’exactitude des observations des premiers physiciens indiens et l'ancienneté de celte doctrine.

(ï) Il paraîtrait, d’après cette sorte de lumière, que les Indiens connaissaient le phénomène jusqu’ici inexpliqué et peut-être inexplicable de la faculté de voir par le nombril, telle qu’on la rencontre fréquemment dans les

peuvent être latentes ou manifestes, par rapport à la vue et au toucher , ou le contraire par rapport à l’une et à l’autre. Ainsi le feu est vu et senti tout ensemble ; la chaleur d’une eau chauffée est sentie, mais non vue; la lumière de la lune est vue, mais non sentie; le rayon visuel n’est ni vu , ni senti. La lumière terrestre est celle dont l’aliment est terrestre , comme le feu. La lumière céleste est celle dont l’aliment est aqueux, comme la foudre et les météores de diverses sortes. L’intestinale est celle dont l'aliment est ■tout à la fois terrestre et aqueux : elle est intérieure, et produit la digestion de la nourriture. La minérale est celle qui se trouve dans les mines souterraines, comme l'or (i). Car quelques-uns soutiennent que l’or est une lumière solidifiée , ou , au moins , que sa principale substance est la lumière qui est rendue solide par son mélange avec quelques particules de terre. S’il était composé de terre pure, il pourrait être calciné par un feu très-ardent. Sa lumière n'est point latente , mais elle est comprimée par la couleur des particules terreuses mêlées avec lui. Dans la Mimânsâ , cependant, il est compté comme une substance distincte, ainsi qu’on l’a observé ci-dessus.

4” U Air est une substance incolore , sensible au toucher (a), et tempérée (c’est-à-dire, ni chaude, ni froide).

somnambules. (Voyez le baron Massias, Philosophie psjch o-phys iologi que; voyez aussi l'ouvrage du docteur Bertrand sur le somnambulisme , et les différents articles relatifs au magnétisme dans le grand Dictionnaire de Médecine.)

(i) Dès l’instant que la lumière, ainsi que toutes les autres substances, est considérée comme un agrégat d'atomes lumineux très-subtils, il n’est pas absurde de prétendre que l’or, qui est un corps brillant, soit une lumière soitdijiée. Celte opinion est même assez répandue dans l’Inde; elle se retrouve dans les Vidas , les Pourânas et autres livres religieux. (G. P.)

(a) Kkv a’da reconnaît à cette substance (que la chimie moderne regarde comme un fluide sans saveur et sans odeur, composé d 'oxigène et d 'azote, dans les proportions de ai + 79) les qualités d’étre incolore et élastique (mais non peut-être compressible') ainsi que la science moderne, et sa pesanteur , comme •on existence, doit être induite du toucher . Ces quatre premières substances ou

SYSTÈMES NYAYA ET VAISÈCHIKA. 67

Outre cette propriété distinctive , l’air a les mêmes qualités que la lumière, excepté la fluidité (c’est-à-dire, le nombre, la quantité , l’individualité , la conjonction , la disjonction , la priorité, la subséquence, la faculté de l’élasticité, et la vélocité ).

L’existence de l’air, comme substance distincte, est induite du toucher. Le vent , qui souffle, est senti comme tempéré, indépendamment de l’influence de la lumière: et cette température, qui est sa qualité , implique un substratum; car elle ne pourrait subsister sans lui; ce substratum , c’est l’air; différent de l’eau, qui est froide, et de la lumière, qui est chaude, et de la terre, qui est accidentellement échauffée par l’introduction de la chaleur.

L’air est éternel , à letat d’atomes , ou passager , à l’état d’agrégats. Les corps organiques aériens sont des êtres habitant l’atmosphère, et les mauvais esprits ( Pisâtchas, etc.) qui fréquentent la terre. L’organe du toucher est un tégument, une envelope aérienne, ou bien un air répandu sur l’épiderme. L’air inorganique est le vent qui agite les arbres et autres objets mobiles. On peut ajouter, comme quatrième espèce d’agrégats aériens , le souffle ou la respiration , et les autres airs vitaux.

5° L 'Ether ( âkâsa ) est une substance qui a la propriété du son. Outre cette qualité particulière et distinctive qui lui est propre, il a le nombre (c’est-à-dire l’unité ), la quantité, l’individualité, la conjonction et la disjonction. Il est infini, simple et éternel (i).

éléments , KsnYnx dîl qn’ elles sont éternelles comme atomes , et passagères comme agrégats ; cc qni est exactement répété dans la doctrine d’AltAXAGORE et même dans celle d’EurÉooxLx. Théophraste parait être le seul, parmi les Grecs, qni ait cru l’air incolore : Ô Si àr.p s-j-pl 8 tv piy Otopoùpiyc; eùJèy fysiy f aiVÂTat xpëipa - x. -. X. (De Colorié., §20.) (G. P.)

(1) Ces cinq premières substances des nen/ énumérées par Kaj'a'di , sont les cinq Éléments primitifs , ou les cinq substances constitutives d’autres phi. losophcs. Empkdokle et AnrsTOTK en admirent également cinq, en y comprenant 1 ’œtler, fluide extrêmement subtil qui joue nn si grand rôle dans la philosophie indienne et dîna les Vidas. — Xtcc/.eîx Si TtYrapa, irsptrTcy Si

L’existence d’un élément éthéré , comme substance distincte , est conclue , non par perception distincte , mais par induction. Le son est une propriété particulière , car , comme la couleur et les autres qualités particulières, il ne peut être saisi que par un organe externe d’êtres vivants, tel que l’homme. Maintenant , une qualité n'existe que dans une substance déterminée: or, ni l’ame, ni aucun des quatre éléments (la terre, l’eau, la lumière et l’air), ne peuvent être le substratum du son , car le son est saisi par l’organe de l’ouïe; les propriétés de la terre et des autres éléments ne sont pas saisies par l'ouïe , mais le son l’est; c’est pourquoi il n’est point une propriété de ces substances ; ce n’est point non plus une propriété du temps, de l’espace et du sens intérieur, puisque c’est une qualité toute spéciale ; et d’ailleurs ces trois substances n’ont rien qui ne soit commun à beaucoup d’autres : c’est pourquoi un substratum , différent de ceux-ci, est inféré; et ce substratum , c’est l’élément éthéré. Il est simple, car on ne lui voit point de marque de diversité, et son unité est admissible, parce que l’infinité compte pour l’ubiquité. Il est infini , parce que , en effet , il se trouve partout. Il est éternel, parce qu’il est infini.

ti aû|ii aidtptov àu.ETaS>.r!7cv , dit Plutarque en parlant d’Ariatote (de Placit., 1. I) c. 3). Aristote, de son côté, attribue le même sentiment à Pttha.gore et à Anàxagore : ô "jap Xryrfptvoc aiOr.p , TraXatxv tîXrcpi txv 7rpc<jy ( ^opîav, ■fiv Àval;a‘yopa; piv tw irupt txutôv T*pi<ja<JÔat (xc-i ÆoxeI <nr,aaivË'.v(Arist. Meteor., lib. i, c. 3) ; et dans un autre endroit il entend pur cether, un cinquième élément pur et inaltérable , principe actif et vivifiant dans la nature , différent de l’air et du feu. Hiéroklès, dans son commentaire sur les vers dorés de Pythagore, dit que ce philosophe plaçait un eethcr pur au-dessous des corps célestes; et Platon , dans son Phredon et dans son Tintée , suppose également ce fluide élémentaire : Ê<rrt rô tua-yÉeraTOv fautXvsv aiôr.p xaXouu.evcç ; limpidissima , sanctissimaque pars (aeris) ather nuncupatur. Cet élément était déjà connu d’Orphée et d’Homère, car on le trouve nommé dans Y Iliade, E, 287 :

Et; iXarriv ivxêà; 7upip.7ixtTov , $ roV iv ï<Tt)

MaxpoTarn irtçuuïa di* mpoç atôtp’ îxxvev.

— «(Le Sommeil) monta sur un sapin très-ôlevé, qni, né sur les hauteurs de l’Ida, allait se perdre dans Y eethcr , au-delà de l'air atmosphérique. » (O. P*)

SYSTÈMES NYAYA ET VAISBCHIKA. 69

Il paraît blanc , par connexion avec un orbe blanc lumineux; comme un bloc de cristal paraît rouge par son association avec un objet rouge. La couleur bleue d’un ciel pur provient, selon Patandjai-i, du pic méridional de la grande montagne Soumcrnu , qui est composée de saphirs (i). Sur d’autres côtés du Soumêrou , la couleur du ciel est différente, étant empruntée de la teinte du pic qui domine ces côtés opposés. D’autres supposent que la couleur noire de la pupille de l’œil est communiquée au ciel (le bleu et le noir étant reconnus des teintes de la même couleur) comme un œil affecté de la jaunisse voit tous les objets jaunes.

L’organe de l’ouïe est éthéré, étant une portion d’éther ( âkâsa ) contenue dans le creux de l’oreille, et (comme l’affirme l’auteur du Padârtha Dipikâ ) , il est doué d’une vertu particulière et invisible. Dans l’oreille d’un homme sourd , la portion d’éther qui y est contenue manque de cette vertu particulière; c’est pourquoi cet organe de l’ouïe n’est ni parfait ni efficient.

6° Le Temps (a) est induit du rapport de priorité et de

(f ) Cette opinion de l’ascétiqne Pàtandjali ne prouve pas un esprit fort judicieux et un grand talent d’observation. Théophraste, que nous avons déjà cité précédemment snr Pair, donne une idée bien plus exacte des couleurs variées de l’air : Êv pâôet d“è OetopoûfASvo; éffuraTû» tpatverai tw xua-

voét^Té; ttjv àpaiOTriTa • $ -yàp Xeiirti tô <pü>c, raOnp oxore» <JisiXr,p.p.«voç tpoûvcrai xuavoeuÎTi;, tiviiruxvcoôtt; Æè, xaQxrcep to , iràvrtov Xsuxoraro; io rtv. » Prope terrant autcm aer cærulens videtur, propter raritatem suant; ubi enim lux déficit, ibi tenebris obvolutus cæruleus apparet. At condensatus, queroadmodnin aqua, omnibus rebas candidior est. » (De Color.j £ ao.) (G. P.)

(a) Les sceptiques, au rapport dé Sextns Empiricus (Adv. Math., I. X), ont nié l’existence réelle du temps, en raisonnant ainsi : «Le passe n’est plus, le futur n’a pas encore été , et la rapidité avec laquelle passent les choses du monde fait que le présent se change tellement en passé, qu’il ne peut être compris on saisi par l’entendement.» Tintée de Lokres et Platon pensaient qne le temps avait été créé, ou qu’il avait commencé avec la création (voy. Timéf. de Lokres et le Timée de Platon); et, suivant ces philosophes, ce n’était pas un e substance , mais , comme l’a exprimé Leibnitz, un ordre de succession entre les créatures , et dans les idées des êtres intelligents ; ou encore : «T espace est le rapport des coexistants ; le temps est le rapport des successifs, « Aristote disait

postériorité , différent de celui du lieu. On le tire des notions de rapidité, de lenteur, de simultanéité, etc., et il est marqué par l'association des objets avec les révolutions du soleil.

Le jeune est l'opposé du vieux, comme le vieux est l'opposé du jeune. Ce contraste, qui ne concerne point la place, est un effet nécessitant une cause autre que celle de place , etc. ; cette cause , c’est le temps. Il a les qualités du nombre , de la quantité , de l’individualité , de la conjonction et de la disjonction. Il est un , éternel et infini.

Quoique un , il a de nombreuses désignations , comme présent , passé et futur , par rapport à son action qui se trquve telle (t).

7 ° Le Lieu ou la Place est inféré du rapport de priorité et de subséquence , autre que celui du temps. Il est déduit des notions d’ici et de la.

Il a les mêmes qualités communes que le temps, et comme lui, il est un , éternel , infini.

Quoique un , il reçoit des noms variés comme oriental , occidental , septentrional , méridional, etc. , par association avec la position du soleil (a).

8° L’Ame, quoique immatérielle, est considérée comme

ans*! que le changement continuel des choses qui passent constituait le temps : El £« to [Mi cteoôai iivai xpovcv tôt* oop£atvti tsjmv otcgv (mi éptcnopiv [Mî^iptav |ait<x€oXtjv, àXX’ èv fol xat d^iatplrç cpaivtTat «J'uyjo pmi v ÔTav «Se aioôcôpeôx, xai épiatopcv, tôt * ^apiv 'yrYOvsvai xpovov. (Arist. Nat. Ausc., 1 . 1 Y, c. 16.) Les anciens n'ont pas eu des idées si jnstes et si claires sur V espace que Ka.nada. Platon, d'après Platarque (de Placit. phil., 1 . I, ch. 19), disait que c’était ce qui posait recevoir toutes les formes , et il r appelait métaphoriquement matière , comme nourricière et réceptrice de tous les êtres , et Aristote que c'était r extrémité du contenant contiguë au contenu : IlXaTwv to perotXn- Trrtxov twv forep sipr,x* peTaŸOpixûç tt,v oXyjv, xaôxrsp Tivà Ttftwnv» xat

ÆeÇapivnv. ÂpuiTOTtXtîç to fa^a tov tcû -TrepifyovTOÇ auvairrov tû iripit^opsvo».

(1) Mêmes résultats que Reid et Royer-Collard. (G. P.)

(a) Yoyes Leibnitz et Clarke, Reid, Royer-Collard et Kant. (G. P.)

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SYSTÈMES NYAYA ET VAISÈCHIKA. 7*

une substance , un substratum de qualités. Elle est la huitième dans l’arrangement de Kan'a'da. Dans celui de Gôtama. elle est la première des choses à prouver. [f' oy. ci-dessus.]

9 0 Le Marias, selon Kan'a'da, est la neuvième substance. Dans l’arrangement de Gôtama, il occupe la seconde place , comme une des douze matières à prouver ; et il le place de nouveau sous le chef distinct des organes de la sensation , étant reconnu un sens interne. [ V oyez cidessus.]

Les substances matérielles sont considérées par Kan a da comme étant primitivement des atomes , et ensuite des agrégats. Il soutient l’éternité des atomes ; leur existence et leur agrégation sont expliquées comme il suit (i) :

L’atome subtil ou monade que l’on voit dans un rayon du soleil , est la plus petite quantité possible de matière perceptible pour nous. Etant une substance et un effet , par conséquent il doit être composé de ce qui est moindre encore que lui-même, et celui-ci pareillement est une substance et un effet ; car la partie constituante d’une substance qui a de la grandeur , doit être un effet. Celui-ci de nouveau doit être composé de parties plus petites que lui , et chacune de ces parties est un atome. L’atome est simple et non composé (a); autrement, la série de la divisibilité serait

(i) Kan. i.t.2.1. Kès.y etc.

(a) Leukippb, Dfmokrite et Épikurx n’admettaient pas non pins la divisibilité des atomes, tandis qoe presqne tous les antres philosophes soutenaient qne la matière était divisible à Tinfini. «Les sectateurs de Thaïes et de Prtbagore, dit Plutarqne (de Placit. phil ., liv. I , c. 16), enseignèrent que les corps étaient passifs et divisibles à l'infini , ou que les atomes dénués de parties ne pou^iient être divisés à l’infini : Ot àiro ©âXiw, xai üuôayopGU Trafbirà «TtifAxra, xai rpuorà eî; âireipcv* ri vàç àropouç ^ rà àpipT) t<rrao6at, xai (tri el; dbretpcv elvat rry Tcjxriv. £t il ajoute : Àpurr&TéXïîç £uvap.ei jaev Etc éfortipcv, évrt- Xc^tta ÆècoÆ aptwç. Anaxagore , au rapport d'Aristote (Phys., 34), prétendait que chaque corps, quel qu'il fut, était divisible à l'iufini. Mais il existe, entre la doctrine des hontoeotnérics ou parties similaires de ce philosophe grec et la doctrine corpusculaire de KanVoa, une similarité qui , si elle est accidentelle, ne mérite pas moins une sérieuse attention. Je regrette vivement de ne pas

sans fin ; et si elle était poussée à l’infini , il n’y aurait pas de différence de grandeur entre un grain de moutarde et une montagne , entre un moucheron et un éléphant, chacun contenant pareillement un nombre infini de particules. Le dernier de ces atomes est donc simple.

avoir à rua disposition le texte sanskrit des aphorismes de Kiw a’da cités par M. Colebrooke, afin de mieux établir la conformité ou plutôt l'identité des deux doctrines. « Les substances matérielles sont considérées par Kanada comme étant primitivement des atomes, et ensuite des agrégats. Voilà la base fondamentale , l'axiome générique du philosophe indien. — OjAoù 7 rotvra xptJ* p-ara yy, à-7rttpa xal irXnôoçxat auupoTf,ra. Kat ^àp tô apixocv àreipov ïjv. Kai ’JTOVTWV cp.oô iovrttv ou^iv iu£r,Xov fy îwrô apUXpOTT.TOÇ. nàvTX *yàp àr,p ti xal atôrip xattîxtv, ip-çotep a dforiipa ccvra. TaDra -yàp p^Yiara Ivurriv èv tgï; oup.- Traat xat ■îrX’éôei xat p.t'fiôii. Ce fragment d’ANAXAGORE , conservé par Simplicius (*), exprime, eu d’autres tennes, que Kaïi'a'da, la même doctrine snr la formation des choses, «f C'est d'abord l'existence confuse des substances matérielles , immenses ou infinies par leur multitude et leur petitesse ou ténuité. Et, en eJTet , le ténu ou le subtil était infini , immense. Et de toutes ces substances confondues , aucune n'était visible ou perceptible à cause de leur extrême petitesse ou ténuité. L'air et l'ather embrassaient tout , î un et l'autre étant infinis ou immenses. Car ces grands ( éléments ) sont dans toutes les substances matérielles par la multiplicité de leur partie (irXr,ôit) et par leur immensitude. » Ce ténu ou subtil , cjAtxpov, etc., désigne clairement des corpuscules ou atomes. Maintenant , comment de ce chaos confus de corpuscules subtiles ou atomes , Anaxagore compose-t-il les corps ? Par agrégation ou mélange , ou(AjAÎ<ryio6at, et ils cessent d’être des agrégats ou composés , par la désunion , £taxptvto6xt , des parties similaires formées en agrégats , exactement comme Kan a da :Tô $1 *ytve<TÔai xal âroXXoaôai eux épôw; vopuÇouatv ci bXkyyiç. Où^tv “yàp xp’fij** ■ytvirat, coÆt àircXXuTat , àXX’ àîr* éoVrov xpr.^drov aup-pucryiTai ti xat $ laxpivs-rai, xat côtco; àv cpôwç xaXcîev to, ti •ytvioôat oy{i.p.i<ryio6at xal tô d’ïtoXXuoôat <S“iaxpîvi<7Ôat. (aa c fragment d’ Anaxagore, tiré de Simpl. VoyexScbaubach , p. k 35). » Les Hellènes ne se servent pas exactement des termes naître et périr y car aucune chose n e naît, aucune chose ne périt ; mais chaque chose est formée par mélange (ou agrégation ) et cesse par séparation (ou dissolution de ses parties ) , et ainsi ils se seraient exprimés plus exactement en disant s'assimiler , s* agréger, pour naître ? et se dissoudre , se résoudre , pour périr. » Voilà bien évidemment Y agrégation et la dissolution de Kana da, exprimées dans les mêmes termes et s'opérant avec les mêmes éléments corpusculaires que

(*) Dans son commentaire snr la physique d’Aristote. Voyez Anaxagoræ

fragmenta qua* snpersunt, omnia, collecta, etc., ab. Ed. Sckaubach. Lips. 1827. Conf. Le Batteux, Hist. des Causes prem. p. 37 a; H. Ritter,Geschicbte der philosophie aller Zcit,t. 1., etc.

■ Diiyt i gcd ' b T^OOgle

SYSTÈMES HYAYA ET VAIS'ÈCHIKA. ^3

Le premier composé consiste en deux atomes ; car un seul ne peut entrer en composition ; il n’existe point d’argument pour prouver que plus de deux doivent entrer dans sa formation. Le second composé consiste en trois atomes binaires; car si deux seulement étaient réunis, l’augmen-

l’un nomme atonies et l'autre homœomeris ; particules similaires, lesquelles particules similaires , en s'agrégeant, en s'assimilant , forment autant d’espèces de composés qu’il y a d’espèces à' éléments composants, s’assimilant par affinité: Àva£ayopaç xi 6p.ctop.tpfi axorçtîa xiôinaiv , otov carcOv , xai aapxa xat puiXiv Aai tù>v dXXwv, wv ixdorou xôp.tpo; ouvo>vup.ov tari. (Arist. de General. etCorrupt., I. Il; Conf. id., lib. III, de Ccelo, cap. 3 , et le Comment, de Sirapltcius sur le même lîv. etc. ; Parménide, v. 97 sqq. )

Ainsi KârVda forme les eaux des atomes aqueux ; la lumière , des atomes lumineux ; Y air, des atomes aériens, etc. L’un et l’antre soutiennent Y éternité de ces corpuscules formateurs des substances corporelles. L’un et l’autre aussi admettent un principe spirituel coexistant avec le chaos corpusculaire et agissant sur lui; c’est le NcOç et le Bouddhi ou plutôt Y À trna. La même analogie pourrait se démontrer dans Empédokle, en prenant ses quatre ou cinq éléments , en y comprenant Y éther , ponr base des agrégations et des solutions ; car la formation des composés se fait de la même manière que chez Anaxagore et K. ait' a*da , ainsi que chez Lnuxipriet Dkmokrite.

Les atomes simples de KanYda ont aussi la plus grande analogie avec les monades de Leibnitz, que ce philosophe considérait également comme simples : « Monas non est nisi substantia simplex , quæ in coraposita ingreditur et dicitur simplex quia partibus caret; necesse autem est dari monades, h. e. substantias simplices, quia dantur compoaita ; oiune enim compositum non est, nisi aggregatnm simplicium. » Mais Leibnitz regardait les monades comme des forces ou unités réelles ou des atomes de substance et non de matière : Porro monades hujus modi non sunt atomi molis, sed substantiel, nempe imitâtes realesquæ fontes existant actionura, etc. ( Princip. phil. Voyez ce que dit le marq. d’Argens dans la Philosophie du bon sens , sur ces doctrines de la divisibilité ou de la non-divisibilité des atomes ou de leur corporéité ou incorporéité , d’où il résulterait que l'une et l’autre de ces doctrines mènent à l’absurde.)

Cette physique atomistique et corpusculaire qui s’efforce de tout expliquer avec des molécules simples et indécomposables, les Grecs Pont-iis empruntée des Indiens ouïes Indiens des Grecs? La première supposition est la plus vraisemblable , d'autant plus qu’au rapport des anciens, Déraokrite avait fait de longs voyages pour s’instruire dans les siences philosophiques et qu’il avait proba* blement visité les philosophes de l’Inde. Le stoïcien Posioonius, d’après Sextus Empiricus (liv. IX, 363, adv. Math.), cite le Phénicien Moscbds comme le premier auteur de la doctrine des atomes; mais maintenant que nous connaissons le système corpusculaire de Kan a da , la priorité probable ne doit

tation de volume du composé serait à peine sensible, puisqu'il est nécessairement le produit du nombre ou de la dimension des particules; il ne peut être le produit de la dimension ; il doit donc l’être du nombre. Il n'y a point de raison pour adopter l’union de quatre atomes binaires, puisque trois suffisent pour produire la grosseur (i). L’atome alors est compté comme étant la sixième partie de la particule subtile visible dans un rayon du soleil (2).

Deux atomes terrestres qui concourent par une vertu particulière invisible à la volonté créatrice de Dieu , ou au temps, ou à une autre cause compétente, constituent un double atome de terre ; et par le concours de trois atomes binaires, un atome tertiaire est produit; et par le concours de quatre triples atomes, un atome quaternaire est également produit, et ainsi de suite , à une grosse, une plus grosse , ou la plus grosse masse de terre : c’est ainsi que la grande forme delà terre est produite ; et, de cette manière, les grandes eaux sont formées des atomes aqueux; la grande lumière , des atomes lumineux ; et le grand air, des atomes aériens. Les qualités qui appartiennent à l'effet sont celles qui appartenaient à la partie intégrante, ou particule primitive, comme sa cause matérielle; et, d’un autre côté, les

pins rester à Moschus. Tous ces philosophes cherchèrent à expliquer l'existence et l’état du monde par V union , <rj*pcpuji$ ou cupivXoxx t et la séparation , îtxxpt<m ou £toXoatç, ou comme l'explique Ka/ada, par agrégation , et désagrégation ou séparation; ce qui revient au même mode déformation et de dissolution , comme on le voit dans le passage suivant d’Lpikure:Tü)v otap xtgiv rx pév è<m au-yxptoaiç, Ta Si eÇ wv ai mrfxptasisittTroivivTai. TaOra Si i<rrtv aropa, xat àp^TcfêXriTa , timp pr. psXXei rcavra e iç tô prj ov cpOapxasaÔai , âXXà ia^ocvra Gircpcvctv év rai; diaXûatai to>v mrpcpiaewv , icXnipYi txv çûatv ovt* xai eux i^ovra, r, otw; £taXu6x<JETai. (Diog. Laert., 1. 10 , § 4o-4 i.)

Dans la doctrine des Nyâyikas , la dissolution du inonde consiste dans la destruction des formes visibles et des qualités des choses, mais leur essence matérielle subsiste, et c’est d'elle que de nouveaux mondes organisés sont formés par l’énergie créatrice de l’Intelligence suprême; ainsi l’univers est dissous et renouvelé dans une succession infinie. (G. P.)

(i) Kêi.

(a) Pad. Dtp.. Kar a da le nomme an ou ou paramanou. (G. P.)

SYSTÈMES NYAYA ET VAISÈCHtKA.

qualités qui appartiennent à la cause se rencontrent dans l’efFet.

La dissolution des substances procède d’une manière inverse. Dans les parties intégrantes d’une substance agrégée résultant de la composition, comme dans les morceaux d’un vase de terre, l’action dissolvante est opérée par la pression exercée avec rapidité, ou par la pression simple. La disjonction suit immédiatement; par où l’union qui était la cause de la cohésion des parties est annulée ; et la substance intégrale, consistant en ces parties réunies, est dissoute en ces mêmes parties séparées, et par conséquent est détruite, car elle cesse de subsister comme un tout.

IL La qualité est secrètement unie avec la substance, non cependant qu’elle en soit la cause intime, ni quelle consiste dans le mouvement; mais elle est commune : elle n’est pas un genre , quoique appartenant à un genre. Elle est indépendante de la conjonction et de la disjonction; elle n’est point leur cause , et elle n’est point douée elle-même de qualités.

Vingt-quatre qualités sont énumérées. Dix-sept seulement sontspécifiées dans les aphorismes de Kan'a'da (i); mais les autres sont sous-entendues.

i. La Couleur. C’est une qualité particulière, perceptible seulement à la vue ; elle réside dans trois substances : la terre, l’eau et la lumière. C’est une propriété caractéristique de la dernière, dans laquelle elle est blanche et resplendissante. Dans l’eau, elle est blanche, mais sans éclat. Elle est perpétuelle dans les atomes primaires de ces deux substances , mais non pas dans leurs produits. Dans la terre, elle est variable, et sept couleurs y sont distinguées, savoir: le blanc, le jaune , le vert, le rouge , le noir, X orangé ( 2 ), et la couleur mêlée (3), ou

(1) Kan., i.i.a.a, et 1 . 1 . 4 . a.

(a) Un commentateur ( Mâdh .) spécifié le bleu au lieu de l’orangé. Un antre (Gaud.) les omet tous les deux, réduisant les couleurs à six. (G. P.)

( 3 ) Nous retrouvons encore ici une des plus belles découvertes modernes

mixte. Les variétés très-nombreuses de ces sept couleurs ne sont pas énumérées. Les six couleurs simples se rencontrent dans les atomes de la terre, et les sept, y compris l’espèce variée ou mêlée , dans ses atomes binaires , et dans ses formes plus complexes. La couleur des parties intégrantes est la cause de la couleur dans la substance intégrale.

2 . La Saveur. C’est une qualité particulière , perceptible seulement à l’organe du goût , et qui réside dans deux substances , la terre et l’eau. C’est une propriété particulière de la dernière , dans laquelle elle est douce. Elle est perpétuelle dans les atomes de l'eau , et non dans les produits aqueux. Dans la terre , elle est variable , et on en distingue six espèces : douce, amère, piquante ou âcre, astringente, acide et saline.

3. L'Odeur. C’est une qualité particulière, perceptible seulement à l’organe de l’odorat ; elle ne réside que dans la terre, étant sa qualité distinctive. L’odeur, dans l'eau, est accidentelle, étant produite par le mélange de l’eau avec des particules terreuses; comme un cristal brillant paraît rouge , étant associé à un œillet rouge ou à une autre fleur

dont il a déjà été parlé précédemment , celle des Sept couleurs, qni forment le rayon solaire , décomposé par le prisme. Les sept couleurs reconnues par Newton sont : le violet , Y indigo , le bleu , le vert, le jaune, Y orangé et le rouge. Mais Kan a da, privé des moyens d'optique de la science moderne, s’est trompé en plaçant le blanc et le noir parmi les couleurs primitives, regardées encore communément comme telles, tandis que le blanc n’est que la lumière tout*à-fait incolore ou indécomposée , réunissant en elle toutes les autres couleurs, et que le noir n’est que l'absence de toute lumière, lorsque le corps éclairé ne peut renvoyer aucun rayon. Les Bouddhistes de la Chine n’admettent

que quatre couleurs primitives; ce sont : i° le bleu, en sanskrit , nila, pj thsing; 7° le jaune , pila , hoang; 3° le rouge , lohita, tchi ; 4° le

blanc , avadâta, ^ pè. Il est présumable que les Sept chevaux donnés au

char du Soleil dans la mythologie hindoue sont aussi un emblème des Sept couleurs primitives. (G. P.)

SYSTÈMES NYAYA ET VAISECHIKA. rj<]

de cette couleur. Dans l’air aussi elle est accidentelle ; ainsi qu’une brise qui a passé sur des fleurs, sur du musc, du camphre, et sur d’autres substances odorantes, emporte des particules odorantes des fleurs, etc. Les fleurs ne sont pas déchirées , ni le musc diminué , parce que les particules perdues sont remplacées par l’effet d’une vertu reproductive invisible. Cependant le camphre et les autres substances volatiles s’évaporent.

Deux sortes d’odeur sont distinguées : l’odeur naturelle et la puanteur.

4- L'Impression de la température. C’est une qualité particulière , perceptible seulement à la peau ou à l’organe du toucher. Elle réside dans quatre substances : la terre, l’eau, la lumière et l’air. Elle est la propriété caractéristique du dernier. On en distingue trois sortes : froide, chaude et tempérée. Dans l’eau , elle est froide ; chaude dans la lumière; et tempérée dans la terre et dans l'eau. Diverses autres sortes sont aussi désignées comme dure , douce et diversifiée, etc.

Ces quatre qualités sont latentes dans les substances ténues (.), comme les atomes simples et les atomes binaires; manifestes à la perception dans les produits ou agrégats d’une dimension plus grande. Un atome subtil peut être vu dans un rayon du soleil, quoiqu’il ne puisse être senti. La couleur du rayon visuel, ou l’organe de la vue, est ordinairement imperceptible.

5. Le Nombre. C'est la raison de percevoir et de compter un, deux , ou plusieurs , jusqu a la dernière limite de la numération. La notion du nombre est déduite de la comparaison. De deux objets perçus, celui-ci en est un, et celuilà un ; de là la notion de deux, et ainsi de suite.

C’est une qualité universelle, commune à toutes les substances , sans exception.

(i) Distinction des qualités premières et secondes des corps de la philoso- phie scholastique. (G. P.)

y 8 rniLOSOPHiE des hindous,

Elle est considérée comme étant de deux sortes , unité et pluralité; ou de trois, unité, dualité , et multitude (i). L’unité est éternelle ou passagère : l’unité éternelle concerne les choses éternelles; celle qui est inéternelle ou passagère, concerne les effets ou les substances transitoires.

6. La Quantité. C’est la cause spéciale de l’usage, et la perception de la mesure.

C’est une qualité universelle, commune à toutes les substances.

Elle est considérée comme quadruple: grande et petite, longue et courte.

L’extrême petitesse et l’extrême exiguïté sont éternelles, comme le manas , ou comme les atomes, qu'ils soient simples ou binaires , etc. L’extrême longueur et l’extrême grosseur (nommées infinies) sont pareillement éternelles.

Entre ces extrêmes est une grandeur inférieure ou quantité finie, qui est inéternelle. Elle est de différents degrés en longueur et en volume, plus ou moins, depuis la particule ténue ou atome tertiaire jusqu’à une grandeur quelconque moins grande que l’infini.

La grosseur finie des produits ou effets résulte du nombre, du volume ou de la niasse. La multitude des atomes, le volume des particules et l’amas des parties composantes constituent la grosseur. Ce dernier mode, ou l’accumulation des particules, concerne une texture ou composition peu intense; les deux autres ont rapport à une agrégation ou cohésion plus solide et plus compacte.

L’infini surpasse les sens. Un objet peut être trop grand comme trop petit pour être distingué. [ Voyez p. 3^.]

y. L’Individualité , pluralité, ou état de séparation, est une qualité commune à toutes les substances.

Elle est de deux sortes : l'individualité d’un être seul et

(i) On reconnaît ici la catégorie delà quantité de Kant : V unité , la pluralité et la totalité. Il y a beaucoup d'autres points de ressemblance entre la doctrine de Kana da et celle de Kant. (G. P.)

SYSTÈMES NYAYA ET VAISÈCHIK A. JQ

celle d’un pair; ou elle est multiple, comme l’individualité d’une triade ou trinité, etc. La simple individualité est éternelle par rapport aux choses éternelles ; passagère par rapport à celles qui sont transitoires. L’individualité d’un pair ou d’une trinité, etc., est naturellement transitoire; elle résulte de la comparaison comme celle de la dualité et de la trinité.

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