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Toutes ces petites associations, affiliées, ou devant s'afftlier incessament, à la Fédération des Coopératives, se composent de cultivateurs, de bûcherons, de sabotiers, et d'un certain nombre d'ouvriers industriels, qui travaillent dans les ardoisières de la Salm, dans les usines du Luxembourg belge, ou, de l'autre côté de la frontière, dans le bassin de Longw}'. A l'exception de la Salm, dont l'existence est assez languissante, elles ont été fondées sur le modèle de la Prévoyance d'Hautfays, village de huit cents habitants, exclusivement agricole, situé en pleins bois, sur les hauts plateaux qui dominent la vallée de la Semoys.

Dans le courant de l'exercice 189Q-1900, la coopérative d'Hautfays a réalisé un bénéfice net de Siyi fr. qui a été réparti de la manière suivante : 100 fr. à la presse socialiste, 200 fr. à la propagande anti-militariste, 5 0/0 à la propagande dans la province de Luxembourg, et le surplus au fonds de réserve, pour bâtir un local.

Ces résultats, obtenus grâce à l'énergie et à l'habileté du directeur de la Prévoyance, sont d'autant plus remarquables, que le développement des sociétés de consommation, dans les Ardennes, se heurte aux multiples obstacles provenant de l'éloignement des centres producteurs, de la rareté ou de l'absence des moyens de communication, de l'impossibilité de grouper plusieurs communes circonvoisines, à cause de la distance trop grande qui les sépare, de la difficulté de trouver, par suite de la pression du clergé, très puissant dans la région, des administrateurs capables, des actionnaires indépendants et résolus. Ce qui a permis de surmonter ces obstacles, c'est, d'une part, le taux excessif des bénéfices que réalisait le commerce local, et, d'autre

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part, l'aide puissante que les coopératives ardennaises, ]Mivées elles-mêmes des renseignements commerciaux nécessaires pour acheter à bonne source, trouvent dans la Maison du Peuple de Bruxelles, qui se charge d'acheter leurs farines, et dans la Fédération des coopératives, qui leur procure, à des conditions favorables, les autres marchandises dont elles ont besoin.

Il en a été de même pour les coopératives fondées, tout récemment dans les Flandres : le Vooniit, de Gand, joue, vis-à-vis d'elles, le rôle que la INIaison du Peuple remplit, vis-à-vis des coopératives ardennaises.

C'est en 1898, que pour la première fois, les socialistes flamands réussirent à fonder une société de consommation, le Soleil (de Zon), aj-ant son siège à Gand et sa clientèle à Zèle, gros village, mi-agricole, mi-industriel, situé dans la région la plus pauvre des Flandres.

(( Résolution héroïque, — nous écrit un de ses fondateurs — , mais qui fut accueillie, à Gand, par un fraternel éclat de rire. Ce rire nous fit jurer que l'on cuirait du pain à Zèle. Nous étions neuf, qui avions prêté ce serment, et nous avions pour capital — 1000 fr. C'était peu, mais le Vooruit avait une charette mise au rebut; un ami nous trouva un poney patriarcal, coûtant, harnais compris, loofr.; un autre nous procura, pour 20 fr., une charrette à bras, et un paysan, voulant se débarrasser de son chien vicieux, nous le céda pour 10 fr. Une solide couche de couleur verte dissimula, pour quelque temps, la vétusté du matériel, mais, quant aux animaux, hélas, impossible de les retaper! On nous envoya de Gand d x sacs de farine, avec un tonneau de corinthes.... ».

Ce (( pain de corinthes ;» fut un des éléments de succès : les habitants de cette région sont tellement

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pauvres qu'ils en achètent, pour ne pas devoir mettre du beurre sur la tartine de leurs enfants !

Aujourd'hui^ la coopérative deZon cuit, selon les périodes, de 45oo à 7000 k. de pain par semaine, qu'elle vend à 20 cent, le kilo, avec un ristourne d'un demi-centime seulement : c'est avant la récolte du grain et des pommes de terre, que la consommation atteint son maximum. Les camions coopératifs font des tournées, dans un rayon de trois lieues. Depuis le jei janvier igoo, on a ouvert un magasin d'aunages, d'épiceries et de chaussures, fabriquées dans les ateliers de cordonnerie du Vooruit. Au mois d'octobre dernier, on a inauguré une Maison du peuple, avec salle de lecture, secrétariat, café, salle de fêtes, écurie spacieuse pour les chevaux.

Bref, les résultats obtenus sont très satisfaisants. Des sections nouvelles ont été fondées, à Thielt, à Termonde età\Vetteren,oùron cuit 1200 kilos de pain par semaine et où le magasin d'épiceries a fait, le premier mois, pour 1400 fr. d'affaires. D'autres groupes du même genre ne tarderont pas à être constitués.

L'expérience semble donc démontrer que la coopérative de consommation, fondée et soutenue par l'organisation des grandes villes, constitue le moyen de pénétration socialiste le plus efficace, dans les bourgades et les communes rurales du plat pays.

Certes, ces coopératives rurales ne se composentpas exclusivement de cultivateurs ; dans beaucoup d'entre elles, ces derniers ne forment qu'une minorité; le plus grand nombre des membres, tout en étant des campagnards, se consacrent à des travaux industriels; mais, l'organisation coopérative, une fois solidement implantée, peut sei'vir de base à des œuvres, d'un caractère nettement agricole.

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Telles sont, par exemple, les laiteries coopératives d'Herfelingen, de Hautfays et de Gérouville, ainsi que la société coopérative d'achat « les Campagnards socialistes », de Grand-Leez (province de Namur).

La laiterie de Goede Boter (Le bon Beurre), d'Herfelingen, fut installée en pays flamand, à 20 kilomètres de Bruxelles, dans le courant de i8g8. Le capital de fondation, 40000 fr. environ, fut avancé, presque tout entier, par la Alaison du Peuple de Bruxelles, qui achète le lait et la totalité du beurre provenant d'Herfelingen. Au début, cette société — la première œuvre purement agricole du Parti ouvrier belge — donna lieu à des mécomptes assez graves : la vente du lait ne réussit pas tout d'abord ; des laiteries rivales, dont le clergé provoqua la formation dans toutes les communes environnantes, s'efforcèrent d'attirer à elles les fermiers et de diminuer le nombre des vaches rouges ; l'exploitation fut arrêtée, pendant quelque temps, par le manque d'eau potable : il fallut creuser un puits artésien, pour remplacer l'ancien puits, qui s'était ensablé. Malgré tout cependant, la laiterie d'Herfelingen par\ùnt à triompher de ces multiples obstacles : les paysans lui sont restés fidèles, la quantité de lait mise en œuvre varie de 3ooo à 6000 litres par jour; le commerce du beurre, par la Maison du Peuple, s'est élevé, pendant le i^r semestre igoo, à 80141 fr.; le service du lait, réorganisé, se développe à son tour et commence à donner quelque bénéfice à la société bruxelloise (400 Ir. pour le i^r semestre 1900; 1700 fr. pour le 2* semestre).

Si la laiterie d'Herfelingen a pour seul débouché la ]\Iaison du Peuple de Bruxelles et ne suffît même pas à approvisionner celle-ci, les laiteries d' Hautfays et de

Gerouvillc (Ardennes), écoulent la plus grande partie de leurs beurres dans les coopératives de Charleroy et d'autres communes de la région industrielle. Fondées avec un très modeste capital (i3oo à 1400 fr.) ces petites laiteries locales, poui"vues seulement d'un outillage à bras, parviennent à lutter, dans des conditions avantageuses, contre les grandes laiteries régionales de St-Mard et de Carlsbourg.

(( Les laiteries régionales — nous écrit le directeur d'Hautfays — rayonnent sur une vaste étendue de pays et ont, par conséquent, des frais de transport excessivement élevés. Les frais généraux sont énormes. Les administrateurs touchent de gros traitements. La moyenne du prix payé par kilo de lait, varie de 6, 7 à 8 centimes. Xi le lait, ni la crème ne se transportent impunément; les produits, en été surtout, ne sont pas irréprochables; quant au petit lait, qui est un facteur important pour l'élevage des veaux et des porcs, il revient souvent aux cultivateurs, complètement inutilisable. De plus, aucun coopérateur ne peut se rendre compte, par lui-même, de la gestion de ses intérêts; au bout de chaque semaine, le curé se borne à dire : « Il vous revient telle somme » , et cette insuffisance de renseignements met les cultivateurs en défiance. Tels sont les inconvénients, inhérents aux grandes coopératives régionales, qui nous ont permis d'entamer — très humblement — la lutte contre nos puissants adversaires. A Hautfays, nous avons eu à lutter contre la laiterie des petits-frères de Carlsbourg, et sommes parvenus à leur enlever, dans notre commune, les trois quarts de leur clientèle : alors que, chez eux, les coopérateurs ne touchaient que 6 à 7 centimes, par kilo de lait, nous avons

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pu leur en donner lo et 12. — L'autre essai, s'est fait à Gérouville contre la laiterie neutre de St-Mard-lez- Mrton ; le succès a été aussi probant et les résultats ont enchanté les coopérateurs. — J'ai la ferme conviction que ces petites laiteries coopératives locales sont appelées à un grand avenir dans le Luxembourg, et que ce sera, pour nous, un puissant moyen de pénétration ».

Sans vouloir examiner, en ce moment, si cette pi'éférence accordée aux laiteries locales est pleinement justifiée, tout au moins pour la région ardennaise, il est, en tous cas, certain que ces institutions, pour être prospères et conserver leur caractère initial, doivent rester intimement liées à l'organisation ouvrière en général, et, spécialement, à la Fédération des coopératives socialistes.

A cette dernière se rattache également l'organisation nouvelle, « lesCampagviardssocialistes » , qui s'est constituée, à la frontière nord de la province de Namur, pour l'achat des engrais, semences, machines agricoles, denrées alimentaires et, le cas échéant, pour la vente et la manutention des produits du sol.

Le siège social de cette coopérative, fondée en décembre igoo, se trouve à Grand-Leez, village de deux mille habitants, aux confins du plateau Hesbignon, sur les pentes qui s'abaissent vers la vallée de la Meuse. A part un certain nombre déjeunes gens, qui travaillent au dehors, grâce aux trains ouvriers, la population se compose,, à peu près exclusivement, de petits cultivateurs. Il n'y a guère qu'une grosse ferme, sur le territoire de la commune. Les exploitations inférieures à 10 ou i5 hectares, forment l'immense majorité.

Depuis 1897, il existait à (irand-I^eez, une coopérative de consommation, comptant une centaine de

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membres, cultivateurs pour la plupart. Aussitôt que fut décidée la création d'une coopérative plus vaste, avec des sections dans les communes d'alentour, V Avenir, de Grand- Leez, décréta sa dissolution, pour apporter ses capitaux, sa clientèle, son expérience acquise, à la société nouvelle. Des à présent, « les Campagnards socialistes » sont au nombre de 3o2, ayant souscrit une ou plusieurs actions de dix francs (i).

Chaque groupement qui se constitue dans une localité, devient une section de la coopérative mère, qui centralise toutes les opérations d'achat en gros. Le magasin central, pour les tourteaux, les engrais chimiques, les machines agricoles est établi à Grand- Leez, dans un modeste local provisoire, qui sera remplacé, cette année même, par des installations définitives, embranchées au chemin de fer de Ramillies à Gembloux. Les magasins de vente, à Sauvenière, Lonzée, Liernu, Beauvechain, Tihange et Nalinnes, sont, dès à présent en activité. D'autres sections s'organisent à Meux, Haillot et Sombreffe.

Le Conseil d'administration des « Campagnards socialistes », se compose d'un délégué par section locale, et des trois directeurs de la société-mère : Debarsy, qui fut, dans sa jeunesse, valet de ferme, et qui rédige auj ourd'hui le journal agricole socialiste, le Labour eur ; ^Maurice Hambursin, qui occupe une ferme de 70 hectares, à une lieue de Grand-Leez; enfin, le signataire de ces lignes. L'ancien président de l'Avenir de Grand-Leez,

1 1 I II existe, en outre, à Aische-en-Refail, commune V( )isine de Grand- Lee/, une société coopérative socialiste, comptant 65 membres, avec qui. jusqu'à présent, les pourparlers en vue d"nne fusion, n'ont pas ahfniti.

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Dalebioux, jardinier, qui avait fait preuve de qualités vraiment exceptionnelles, dans la gestion de sa modeste coopérative locale, a été choisi comme directeur gérant.

Jusqu'à présent, l'organisation des « Campagnards socialistes » fonctionne seulement comme société d'achat et de consommation.

Une des sections, toutefois, celle de Tihange-lez-Huy, — composée d'une trentaine de maraîchers — s'occupe, pour son compte, de la vente des semences potagères. Chacun des membres a souscrit, pour cette œuvre spéciale, une action de loo francs. L'écoulement des produits se fait, surtout, par petits sachets, contenant toutes les graines nécessaires à un jardin potager et, comme il existe dans la région industrielle, des milliers de travailleurs, cultivant accessoirement un carré de terre, pour leurs légumes, on peut espérer que les dépôts établis par les cultivateurs de Tihange, dans toutes les grandes coopératives socialistes, auront bientôt une nombreuse clientèle.

Nous constatons donc, une fois de plus, que le succès des œuvres socialistes rurales, dépend, dans une large mesuie, de l'appui que leur donnent les coopératives industrielles.

Ces dernières seules peuvent résoudre, d'une manière tout à fait satisfaisante, une des plus sérieuses difficultés que rencontre le développement de la coopérative socialiste, dans les régions agricoles où les échanges en nature jouent encore un rôle important.

(( Lorsque nous demandons à un cultivateur de faire partie de notre société — nous disait le gérant de (îrand- Leez — il ne manque jamais de nous répondre : dans telle boutique, on me prend mon beurre ou mes œufs,

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en échange des denrées dont j'ai besoin. Ferez vous de même ? »

Or, si la section de Grand- Leez, trouve assez facilement le mo3'en de vendre les œufs qu'on lui apporte, par l'intermédiaire d'un de ses membres, qui se livre à ce commerce, il est beaucoup plus malaisé de trouver le placement de beurre de qualité diverse, et, trop souvent, de mauvaise qualité, que les paysans préparent eux-mêmes, à l'ancienne mode. Impossible de le faire accepter par les grandes coopératives urbaines. Il faut donc, ou bien le refuser — ce qui crée de vifs mécontentements — ou bien se charger de le vendre, avec plus ou moins de difficultés, au marché de la ville voisine; mais cette situation se modifierait du tout au tout, si les « Campagnards socialistes » avaient une laiterie, produisant des beurres de qualité uniforme et de bonne qualité. Dès ce moment, les coopératives du pays de Liège et du Centre (Hainaut), leur fourniraient un débouché tellement large, que la production locale n'y suffirait pas. Aussi, parle-t-on de créer, à côté du magasin central, et, pour augmenter le chiffre des affaires de ce magasin, une petite laiterie à vapeur, avec des écrémeuses dans les villages circonvoisins.

En résumé donc, à Grand-Leez, comme à Herfelingen, à Zèle comme à Hautfays, la coopération socialiste nous apparaît comme le prolongement de l'organisation coopérative des villes.

C'est, avant tout, la coopérative de consommation, Vooruit ou Maison du Peuple, avançant des capitaux, fournissant des débouchés, faisant bénéficier les ruraux de son expérience des affaires, de ses facilités d'achat en gros, qui permet aux socialistes de prendre pied dans

les campagnes; et, pour apprécier l'importance réelle des premiers résultats que nous venons de décrire, il ne faut pas seulement les juger en eux-mêmes, il faut tenir compte, en outre, de l'énorme effort qu'ils ont imposé aux adversaires du socialisme.

M. Variez, qui s'exagère, d'ailleurs, la faiblesse et la dispersion des groupements socialistes, le constate, en ces termes, dans son étude, déjà citée, sur les Associations rurales en Belgique :

« Les efforts tentés par les socialistes, ont déjà nécessité la mise sur pied de guerre de toute l'armée conservatrice dans les campagnes. Il faut reconnaître que celle-ci est splendide, d'une ordonnance superbe, fidèle et bien disciplinée.

« En face d'elle, il n'y a que quelques groupes assez misérables, n'ayant, semble-t-il, aucune attache profonde dans ces campagnes auxquelles ils s'acrochent désespérément. Aucun chef, aucune discipline ne paraît les diriger. Toutes les tendances, toutes les aspirations du paysan vont vers la conservation et le calme : une longue hérédité fidèle les rattache à la défense de la propriété. Et, cependant, de toutes parts, on sent une inquiétude et une méfiance qui sont laites pour surprendre celui qui veut dénombrer les deux troupes )>.

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