CHAPITRE HT
Les résultats de la coopération rurale
Les diverses formes de la coopération rurale, caisses Raifîeisen, ligues agricoles, laiteriescoopératives, qu'elles soient neutres ou confessionnelles, catholiques ou socialistes, contribuent largement à industrialiser l'agriculture, à mettre à la disposition des petits paysans, une partie des avantages de la grande culture capitaliste, à répandre dans les campagnes, l'emploi des machines, l'usage des engrais artificiels, le recours aux méthodes les plus rationnelles.
A ce point de vue, tout le monde se trouve d'accord pour reconnaître leurs services, et, malgré les appréhensions qu'elles inspirent dans certains milieux, ces associations répondent à des nécessités si impérieuses que, nous l'avons vu, ce sont les conservateurs euxmêmes, qui ont pris l'initiative de les créer.
Dans un article de la Revue Sociale catholique sur le Socialisme agraire, M. Vlieberg, secrétaire du Boerenbond, s'explique, à cet égard, de la manière suivante :
« Les socialistes prétendent que l'industrialisation de l'agriculture rendra plus facile leur propagande à la campagne. C'est possible, mais cela ne peut pas nous arrêter. L'industrialisation de l'agriculture s'im-
pose; c'est pour elle une question de vie ou de mort. D'ailleurs, nous ne sommes pas de ceux qui croient que le mouvement socialiste puisse être enragé par de seules mesures économiques; il faut, et avant tout, l'action morale. Le socialisme est plus qu'une question d'estomac. C'est pourquoi nous fondons des associations agricoles chrétiennes » (i).
Ainsi donc, on s'efforce de mettre le remède à côté du mal. On fait des concessions à l'esprit moderne, mais on essaie en même temps de raviver l'esprit ancien. On organise les campagnards, mais sous la tutelle de leurs chefs, spirituels ou temporels: et, l'on affirme que bientôt, il n'3' aura plus, en Belgique, un seul village de quelque importance, où la trinité coopérative classique du crédit, de la consommation et de la production, ne se manifeste pas sous la forme de trois personnes morales, distinctes — puisque la loi l'exige — mais étroitement unies : la caisse Raifïeisen, le s^-ndicat agricole et la société de vente ou de production.
Nous avons montré que, dès à présent, une notable partie de ce programme se trouve réalisée; mais, s'il convient de ne pas déprécier les résultats de ce grand effort, il ne faut pas, non plus, les exagérer, et, surtout, il ne faut pas se méprendre sur le caractère réel des groupements qui, par une sorte de mimétisme social, empruntent aux organisations prolétariennes, les dénominations démocratiques de syndicats, de ligues ou de coopératives: ce sont, presque toujours, des associations de possédants, petits, moyens, ou gros, et, — si l'on fait abstraction des sociétés de secours mutuels, qui ne
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LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE l65
rentrent pas dans notre cadre — leurs avantages ne profitent pas, ou ne profitent guère au prolétariat des campagnes.
§ I. — Les Caisses Raiffeisen
Les institutions de crédit agricole existant en Belgique peuvent, si l'on néglige deux caisses Schulze- Delitsch, se ramener à deux types distincts : les comptoirs agricoles, créés par la loi du i8 avril 1884, et les sociétés coopératives locales de crédit, du type Raiffeisen, à responsabilité solidaire et illimitée.
Alors qu'on leur assignait pour but de venir en aide à la petite et à la moyenne culture, les comptoirs agricoles, au nombre de neuf, font des opérations assez considérables, mais ne prêtent guère qu'aux grands cultivateurs.
Quant aux caisses Raiffeisen, répandues principalement dans les régions de petite culture du Brabant et du Limbourg, elles étaient, le 3i -décembre 189g, au nombre de 22g, avec un effectif total de gSgS membres, dont 7817 cultivateurs :
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