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De même que les caisses rurales de don Cerutti, en Italie, et de l'Union des caisses rurales en France, ces associations ont été fondées sous l'influence directe des curés de village.
« C'est une loi vérifiée par l'expérience — écrivait, en 1897, le président de l'Union des Caisses rurales — que les caisses rurales à responsabilité illimitée ne peuvent guère être fondées sans le concours du clergé. Dans ces associations, les administrateurs disposent d'une signature sociale qui engage tout l'avoir des associés : les paysans, gens prudents, ne veulent donner un pouvoir aussi étendu qu'à des hommes dont ils sont bien sûrs. Or, les paysans qui se sentent assez habiles pour mettre en défaut la perspicacité de tous les procureurs, ne se trouvent rassurés qu'autant que l'homme en qui ils mettent leur confiance croit à l'existence d'un juge plus sévère et plus perspicace que les tribunaux humains » (i).
Vaille que vaille cette explication, partiellement contredite, d'ailleurs, par le succès des caisses rurales purement laïques, en Allemagne, en Italie et dans le département des Basses Alpes, il n'en est pas moins certain qu'en Belgique, toutes les coopératives du type Raiffeisen, dont la première fut fondée, en 1892, par M. l'abbé Mellaerts, ont un caractère nettement confessionnel.
Si elles procurent à leurs membres, des avantages matériels, en leur donnant du crédit aux conditions usuelles .en régime capitaliste, ces avantages sont limités à ceux qui montrent patte blanche et compensés, dans
(1) Cit. par Cori.iiT : Le mouvement syndical et coopératif dans ï Agriculture française. Paris, .Masson,i8g8, p. III.
l68 ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGIQUE
une large mesure, par une dépendance plus grande vis-à-vis du clergé et des autres « autorités sociales » du village.
Certes, on ne fait, en apparence, aucune distinction entre le riche et le pauvre, mais, ainsi que le constate un des panégyristes du système (i), M. Wolff, il est toujours entendu que, dans le comité de direction, comme dans le conseil de surveillance, « les membres les plus riches (sans lesquels Raiffeisen n'aurait jamais formé une association) seront en majorité )).
Jusqu'à présent, au surplus, il ne semble pas qu'en Belgique, ces institutions exercent une intluence considérable sur la situation économique des campagnes. Au 3i décembre i8gg. le montant des dépôts, et des capitaux empruntés à la Caisse d'épargne (ces derniers peu considérables) s'élevaient, pour l'ensemble des caisses rurales, à fr. 4.086,168; le solde des prêts en cours, à fr. 1,589,694, dont moins d'un million aux membies cultivateurs.
La somme des dépôts l'emporte donc, de beaucoup, sur la somme des emprunts et, dans ces conditions, d'aucuns se demandent si les sociétés locales de crédit répondent, exactement, au but qu'elles devraient avoir.
Nous lisons, par exemple, dans Vlngénieur agricole, revue des anciens étudiants de l'Institut agricole de l'Etat, à (jembloux, (1°'' janvier 1900) :
« Les sociétés Raiffeisen, ainsi comprises, sont bien plus des caisses d'épargne que des institutions de crédit, et, s'il faut se réjouir de les voir à même de consentir tous leurs prêts, sans devoir recourir à l'intervention de
(i)V. ).l;roy-13eaulieu. Traité d'Economie politique. 11, p. bio.
LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE î6g
la Caisse générale d'épargne, il y a lieu de s'alarmer de ce véritable drainage des capitaux disponibles dans les campagnes. Leur action ne doit pas être isolée et exclusive; elles devraient enseigner aux cultivateurs que l'épargne peut être improductive ou reproductive. Dans la majorité des cas, ces cultivateurs feraient œuvre de sage économie en consacrant les modestes profits de chaque année, à améliorer leurs méthodes d'exploitation, plutôt que de confier ces bénéfices à la Caisse d'épargne, qui ne peut leur payer qu'un intérêt dérisoire. »
Il est certain, en tout cas, que dans un pays qui compte 829,000 exploitations agricoles, l'affiliation de 7,817 cultivateurs à des caisses locales de crédit, laisse posée, toute entière, la question du crédit agricole.
§ 2. — Les sociétés d'achat
Les sociétés ou syndicats constitués pour l'achat de semences, d'engrais commerciaux, de matières alimentaires pour le bétail et de machines agricoles, forment trois catégories bien distinctes : i» les sections d'achat de comices agricoles; 2° les sociétés coopératives proprement dites, constituées conformément à la loi du 18 mai 1873 sur les sociétés commerciales; 3" les sections d'achat des Ligues agricoles.
Le tableau suivant, que nous empruntons au (( Bulletin de l'agriculture » (igoo n° 5), et qui, d'ailleurs, paraît être incomplet, nous renseigne sur l'importance comparative de ces diverses institutions, au 3i décembre 1899 :
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On voit que les sections des Ligues agricoles catholiques, sont beaucoup plus nombreuses que les sections d'achat des Comices agricoles (neutres) et que les sociétés coopératives d'achat, dont les unes sont des entreprises purement commerciales, les autres des groupements confessionnels.
D'autre part, il est à noter que, sur un chiffre d'affaires de 12,969,414 fr., soit en mo3'enne 257 fr. 55 par membre, les achats d'engrais et de matières alimentaires pour le bétail entrent, à eux seuls, pour plus de douze millions. Par contre, les achats de denrées non agricoles, et spécialement, les achats de charbons et d'épiceries, ne représentent qu'une fraction insignifiante du chiffre d'affaires global. Nul doute, cependant, que les cultivateurs enrégimentés dans les Boeretihoiideii, aient le même intérêt que les prolétaires agricoles ou industriels, à acheter en commun et en gros, les pétroles, les savons, le sucre, le café, le vinaigre, le riz, voire même le lard et autres produits alimentaires dont ils ont besoin. M. Blondel, dans ses a Etudes sur les populations rurales de l'Allemagne », fait, à cet égard, des remarques fort justes, qui trouvent parfaitement leur application à notre pays :
« Le développement des sociétés rurales de consommation, dit-il, a notamment pour effet de réfréner la fâcheuse habitude qu'ont les cultivateurs de chercher à faire produire à leurs terres, tout ce dont ils peuvent avoir besoin... En Allemagne, encore plus qu'en France, le paysan veut obtenir de la terre tout ce qu'il consomme et n'avoir rien à débourser. Ainsi, que la nature s'y prête ou non, il lui faut du blé, pour lui, de l'orge, pour ses poules, de
l'avoine pour ses chevaux, des pommes de terre, pour ses porcs... » (i).
Eemarquons, toutefois, que ces habitudes tendent rapidement à disparaître, partout où les cultivateurs trouvent le moyen de se procurer, à meilleur compte, les choses nécessaires à leur consommation. M. de Rocquigny, dans son livre l'écent sur les Syndicats agricoles, constate que, dans nombre de cas, ils sont les premiers à réclamer, énergiquement, l'extension de l'activité syndicale à d'autres branches que l'achat des engrais et autres produits similaires. Mais, en règle générale, leurs efforts, dans cette direction, se heurtent à de vives résistances, de la part des chefs du mouvement agi arien. A l'origine même, beaucoup de ces derniers, soucieux de ménager la classe des commerçants, se déclaraient hostiles à la coopération d'achat, sous n'importe quelle forme.
En i8g5, par exemple, lorsque le Comité diocésain des œuvres sociales du Luxembourg, inaugurait la propagande en faveur des associations agricoles, dans cette province, il décidait « que la coopération, si féconde en heureux résultats, ne s'exercerait que dans les sociétés de crédit ou de production, laissant de côté les sociétés de consommation, dont l'invasion sèmerait l'inquiétude, et provoquerait l'hostilité de la bourgeoisie commerçante de nos villages » (2).
Il fallut bientôt reconnaître, cependant, que cette limitation de la pratique coopérative était impossible; la Ligîie Luxembourgeoise dut s'entendre avec VEco-
(1) Bloni)i;l. Etudes euv les populations rurales de V Allemagne, p. p. 222 et s. Paris, l.arose 1807.
(2) Varlicz, 1. cit. p. i6;^.
LA COOPÉRATION RURALE EN BELGIQUE lyS
tiomie « société coopérative pour l'achat et la vente des engrais, des aliments pour le bétail, des machines agricoles et des charbons », si bien qu'aujourd'hui, le Luxembourg est, de toutes les provinces du pays, celle qui compte le plus grand nombre de sociétés rurales pour l'achat et la consommation.
Néanmoins, si les agrariens n'hésitent plus à s'attaquer aux marchands d'engrais, et à protéger les cultivateurs contre les hauts prix et les falsifications trop fréquentes dans cette branche du commerce, ils continuent à manifester contre l'extension du principe coopératif à l'achat des épiceries, des farines, des aunages, du charbon, des méfiances qui existent également dans d'autres pays, et que M. de Rocquigny s'attache à justifier en ces termes :
« 'Le Syndicat-épicier, comme on l'a nommé, c'est-à-dire le syndicat se transformant, plus ou moins, en magasin coopératif, dans le but de poursuivre quelques avantages douteux, manque à sa mission et fait œuvre impolitique : créé pour être un instrument de paix sociale, il entre en concurrence avec le commerce local, et sème ainsi des ferments de division et de discorde. S'il se maintient sur le terrain strictement professionnel, il est inattaquable et ne peut susciter d'animosité rationnelle » (i).
Mais, d'autre part, qui ne voit qu'en limitant son action de telle sorte, le syndicat agricole ne répond, que d'une manière incomplète, aux besoins des petits cultivateurs, et, c'est là, précisément, ce qui constitue le côté faible de l'organisation cléricale.
Les chefs des Ligues agricoles se trouvent, en effet,
(i) Les sytidicats agricoles efleur œuvre, p. 17.;. Paris. Colin 1900.
placés entre les deux branches de ce dilemme : ou bien, donner satisfaction à leurs membres, tirer du principe coopératif toutes les conséquences qu'il comporte, s'en prendre à tous les intermédiaires inutiles, quels qu'ils soient, et, par conséquent, aggraver les mécontentements qui se manifestent déjà, dans la bourgeoisie commerçante des campagnes; ou bien, s'opposer à toute extension du coopératisme, limiter les achats à un petit nombre de produits, et, dans ce cas, laisser le champ libre aux socialistes, dont les coopératives de consommation, ra3'onnant autour de leur centre,, pénètrent, de plus en plus, dans la partie rurale du pays^ On voit que, dans l'une comme dans l'autre hypothèse, les intérêts conservateurs sont lésés et qu'en dernière analyse, le socialisme apparaît comme le iertius: gaiidens de ce conflit.
§ 3. — Les sociétés coopératives de production
ET DE vente.
Malgré l'étiquette "coopérative, adoptée par un certain nombre de distilleries, de brasseries rurales, voire même par deux fabriques de sucre, l'une dans le Tournaisis, l'autre dans la province d'Anvers, on peut dire que, de toutes les industries agricoles, l'industrie laitière est la seule, où les associations coopératives pour la fabrication et la vente se soient réellement développées.
Au 3i décembre i8gg, il y avait en Belgique, Sog laiteries coopératives, dont le Département de l'Agriculture indique la répartition géographique et résume les. opérations dans le tableau suivant :
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