‹ Essais sur la réforme catholiqueChapitre 12 sur 31 · RÉNOVATION PROCHAINE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

RÉNOVATION PROCHAINE DE L'ÉGLISE

L'ultramontanisme ou jésuitisme est à présent mattre de l'Église. Du pape au desservant, le clergé est jésuite. Les laïques, ou sont tout ce qu'on veut, ou ils vivent dans l'indifférence et se moquent de tout. Or, qu'est-ce que ce triomphe, sinon l'Église renversée?

Depuis qu'elle existe, l'Église n'est sortie d'une crise terrible que pour tomber dans une crise plus terrible encore. A peine a-t-elle échappé au fer et au feu des empereurs païens, que les hérésies la déchirent. Ensuite elle est plongée dans la barbarie et les désordres du moyen âge, puis de nouveau déchirée par l'hérésie, et après jetée toute mutilée dans la dégradation où nous la voyons.

Pendant les persécutions des trois premiers siècles, surtout pendant la dernière, qui, redoublant de fureur, sembla devoir exterminer le peuple chrétien, l'Église crut avoir épuisé ses maux. Déjà cependant Ari us dogmatisait. Si, dans la guerre sanglante du paganisme, elle avait subi des souffrances indicibles, elle avait aussi par ses martyrs brisé l'empire des idoles et peuplé le ciel d'élus. Sans doute beaucoup de ses enfants, vaincus par la douleur ou seulement par la peur du combat, avaient trahi la foi ; mais qu'était cette perte comparée à celle que causèrent l'arianisme, le nestorianisme , l'euty-

chéisme, le monothélisme, enfin la séparation des Grecs, qui emporta l'Orient?

L'Église ainsi coupée et réduite à l'Europe, le moyen âge la travaillait violemment et en corrompait toutes les parties: le culte, par celui des saints érigés en distributeurs des biens futurs et des biens présents, et par là suscitant d'innombrables superstitions; la pénitence, par les indulgences rachetant non-6eulement la peine infligée au péché, mais le péché même, et vendant le ciel à tous les pécheurs, jusqu'aux plus grands criminels ; la discipline, par un bouleversement universel, la règle étant foulée aux pieds, ou la dispensa prodiguée pour l'argent, et toutes les fonctions devenues un trafic; le gouvernement, par les envahissements des clercs sur les laïques, des évéques sur les prêtres, des papes sur tous, et par la confusion du spirituel et du temporel ; le dogme, par des opinions nouvelles, car alors, entre autres, germaient l'immaculisme originel de la Vierge, les limbes pour les enfants morts sans le baptême, la supériorité du pape sur l'Église et sur les puissances séculières, erreurs qui sapent le christianisme et la constitution de l'Église, et qui se sont étendues et affermies malgré ses effurts pour les déraciner. Plus tard, lecasuisme vint attaquer la morale. Ajoutons la dépravation générale, profonde des mœurs.

Un pareil état n'était-il pas pire que celui qui l'avait précédé? Pire en soi-même, pire encore plus par les suites qu'il aurait. C'est pour retirer l'Église de cet abîme que le protestantisme prendrait naissance et lui ravirait une grande partie de l'Europe, seul débris, et par tant de misères, débris lamentable des nations anciennement connues que l'Église serrait jadis dans ses bras. Les mœurs, 11 est vrai, s'épureraient, quelques abus des plus grossiers disparaîtraient; mais l'altération des principes, la sub-

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version du régime évangélique résisteraient. Que dis-je, résisteraient? Elles se développeraient, se consolideraient et finiraient par former un système de tout point contraire à la vérité, système qui abolit l'intelligence et la liberté, et ne peut régner que par l'abrutissement et la servitude. Il pénètre maintenant l'Église entière, et le clergé le préconise comme le véritable système catholique pour l'ordre religieux et pour l'ordre politique. Les générations le regardent en effet comme tel, d'où elles jugent que le catholicisme est l'opprobre et le fléau delà civilisation et le grand ennemi du genre humain.

Plusieurs Pères ont parlé de la vieillesse de l'Église. D'après le pape saint Grégoire Iep, surnommé le Grand, « l'Église a ses divers âges aussi bien que l'homme. Elle était petite quand ne venant que de naître, elle n'était pas encore capable de prêcher la parole de vie... Elle était comme adulte, quand, étant jointe par un mariage sacré au verbe divin et remplie de son esprit saint, elle devint féconde par le ministère de sa prédication dans ceux qu'elle engendrait en les convertissant à la foi... Lors donc qu'étant tombée dans ses derniers jours comme dans une vieillesse caduque, elle ne pourra plus engendrer d'enfants spirituels par ses prédications, elle se souviendra de son ancienne fécondité et dira avec Job: Comme fai été dans les jours de ma jeunesse

» Ce n'est pas qu'après ces jours de débilité et de vieillesse, elle ne reprenne un peu avant la fin du monde une vigueur et une force nouvelle pour prêcher la vérité; car après que tous les gentils qu'elle doit recevoir dans son sein y seront entrés, elle attirera à la vraie foi tous les Juifs qui se trouveront alors sur la terre, selon ces paroles

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