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d'être traités publiquement d'hérétiques , ou privés des biens spirituels. Mais l'indifférence d'une époque ne fait pas la mesure du droit. Il est pour l'homme de foi une propriété et un honneur religieux. Pour les protéger dans toutes les communions, les tribunaux n'auraient point à résoudre des questions de dogme : il suffirait qu'ils eussent sous les yeux les canons ou règles fixes qui régissent chaque Église. Partout où l'on voudra sérieusement établir la liberté des cultes , on reviendra à ces traditions gallicanes, si mal comprises de nos jours.
Non-seulement le pouvoir civil en France sut tenir en respect un clergé riche et ambitieux > non -seulement il lutta avec un succès constant contre cette cour de Rome, dortt les prétentions altières, incorrigibles, n'ont cessé d'agiter les États; mais la majesté des conciles œcuméniques, plus respectable à la France que la dignité du pontife romain , n'arrêtait point les défenseurs de nos libertés, lorsque ces augustes assemblées se laissaient entraîner par le funeste esprit de la théocratie. Le concile de Trente ne s'y montra que trop docile. Plusieurs de ses décrets Consacrent si ouvertement les prétentions ultramontaines, que la réception eût impliqué un abandon complet des maximes gallicanes *. Aussi un siècle d'efforts de la part des papes et des évéques ne put vaincre la résistance de la puissance temporelle , et le concile de Trente n'a jamais été reçu ni publié en France, quoique ses décisions purement dogmatiques y aient toujours été acceptées comme exprimant la foi de l'Église.
Dans ces luttes auxquelles s'attache un impérissable intérêt, le centre de la résistance légale fut constamment placé dans le parlement de Paris. Le clergé français dé-
1 Notes sur le concile de Trente; Cologne, 1706.
fendit souvent contre Rome les libertés de l'Église et les droits de l'État , mais l'esprit de corps et l'attachement à ses privilèges temporels rendait son opposition incertaine et sans suite. Le parlement, au contraire, soutint contre la théocratie une guerre régulière de plusieurs siècles. Il n'était pas toujours secondé par le pouvoir royal. Plus d'une fois, à l'aide des favoris et des confesseurs, la cour de Rome fit casser les arrêts rendus contre elle; elle parvint même à entraîner l'autorité royale dans une conspiration contre Je gallicanisme religieux, et de cette alliance monstrueuse naquit le concordat de 1516. Nous aurons à revenir sur cet acte néfaste. Quand Rome n'était pas la plus forte, elle temporisait, et témoignait son mécontentement par des représailles détournées. Loin de les redouter, la magistrature française s'en faisait un titre d'honneur. « Le pape, dit d'Aguesseau racontant une de ces luttes si fréquentes, demeura dans le silence, ou du moins il ne laissa exhaler sa colère que par la faible vengeance de faire mettre l'arrêt du parlement à l'index, avec tant d'autres arrêts qui ont été rendus pour la défense de nos maximes , et que Rome canonise lorsqu'elle les condamne. »
On a quelquefois lié le. gallicanisme aux théories absolutistes de Bossuet : c'est ne pas entendre ses maximes et son histoire. Que la puissance politique soit indépendante du sacerdoce, voilà le principe fondamental du gallicanisme civil , ce qu'il réclama toujours et partout, ce qui le constitue et le définit; mais que cette puissance indépendante appartienne à un seul ou à plusieurs, ou à l'universalité des citoyens, c'est une autre question, qui ne regarde plus le gallicanisme, et il peut y avoir des gallicans républicains comme des gallicans monarchistes. Si Bossuet eut le tort de déifier le pouvoir royal , et le tort
plus regrettable encore de vouloir rendre la religion complice de sn fausse politique, plusieurs parlementaires et les disciples de Port-Royal, gallicans non moins vigoureux, furent accusés de tendances républicaines. Malgré ses préjugés monarchiques, Bossuet appartient à l'avenir plus qu'au passé, et ses erreurs n'empêchent pas qu'en frappant au cœur l'ultramontanisme, il n'ait puissamment servi la cause de l'Église et de l'humanité, et mérité l'éternelle reconnaissance du vrai libéralisme. Fénelon même y a-t-il autant de droits? Dans le sujet qui nous occupe, il n'a pas le beau rôle. Pendant que Bossuet proclamait les libertés gallicanes en face de Rome réduite au silence et presque au respect , l'auteur du Télémaque réchauffait la théocratie et accablait les vaincus de Port- Royal, de concert avec les jésuites, ses protecteurs.
Une seule chose manqua au gallicanisme civil, tel que nos ancêtres le pratiquèrent, pour offrir dans tous les siècles la règle parfaite des rapports de l'Église et de l'État. La négation du droit théocratique renferme logiquement l'abolition de toute religion d'État, et, par suite, la liberté et l'égalité des cultes devant la loi. Ces conséquences ne furent point aperçues. L'intolérance était alors partout, dans les faits et dans les opinions ; la réforme elle-même en garda le principe : on persécuta, on brûla à Genève comme h Rome. Ni les grands jurisconsultes dont les lumières et le courage illustrèrent les parlements, ni les canonistcs profonds qui sortirent des rangs du clergé ou du barreau français, ne pénétrèrent assez l'esprit de leurs propres maximes pour répudier cet héritage de préjugés sanglants et antichrétiens. Ramenant la confusion des deux domaines, le po- ' litique et le religieux, ils s'évertuent à établir « les droits des princes en tant que princes chrétiens. » Ces préten-
dus droits se réduisent au droit de persécuter. De ce côté nous n'avons rien à défendre, le rapport étant radicalement faux et propre à susciter de perpétuels conflits entre la puissance temporelle et la puissance spirituelle1. En réalité, c'était la théocratie qui pesait encore sur la pensée gallicane. Si le gallicanisme se fût dégagé d'un funeste alliage, l'Europe n'eût pas été ensanglantée par les guerres de religion. La révocation de l'édit de Nantes n'eût pas suivi de près la déclaration de 1682. Bossuet, avec tout le clergé de France, n'aurait point applaudi à cet acte, le plus antigallican, de quelque manière qu'on l'envisage. Enfin les parlements ne porteraient pas la responsabilité de tant d'exemples d'intolérance qui ont obscurci leur gloire, fourni des armes à leurs détracteurs et fait trop oublier leurs éminents services.
En ne repoussant pas l'intolérance , le gallicanisme était aussi inconséquent que l'ultramontanisme le serait en reconnaissant la tolérance; mais si l'ancienne France n'éleva point jusqu'au faite l'édifice de la liberté religieuse, elle en posa le premier fondement, qui sera toujours l'entière indépendance du pouvoir civil. Elle rapprocha la société de l'idéal chrétien, en arrachant le glaive des mains des prêtres, en brisant cette théocratie, renouvelée du judaïsme , dans laquelle Grégoire VIT, son héros, voyait le règne de Dieu sur la terre. Le gallicanisme tendait invinciblement au régime de la tolc-
1 Le clergé eut quelquefois à se plaindre de celte sorte d'épiscopat séculier, de ces évéques du dehors, comme il désigna lui-même les empereurs et les rois; mais il avait été le premier auteur du mal. Dès l'époque de Constantin, les papes et les évéques se montrèrent les plus ardents à réclamer des princes temporels la protection armée d'un culte qui venait établir sur terre l'adoration en esprit et en vérité.
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rance. Quand le temps fut yenu de consacrer les droite naturels de la conscience et de la pensée, les disciples de Bossuet et de Port-Royal, héritiers fidèles des traditions gallicanes, se rallièrent des premiers autour de l'assemblée nationale de 1789, proclamant la liberté des cultes. C'était le terme des progrès accomplis par nos pères, le prix de leurs efforts héroïques, la conséquence nécessaire de leurs maximes. Le gallicanisme et la révolution de 1789 s'enchaînent trop étroitement, pour que la reconnaissance de la postérité les sépare.
Qu'il est grand le pays où le règne de la liberté, de la raison et du droit, commence en quelque sorte avec l'existence nationale! Que ses enfants ont de motifs pour l'aimer, pour se dévouer à son service, pour ne jamais désespérer de sa fortune !
La seconde partie du gallicanisme, la partie ecclésiastique ou purement religieuse, embrasse la souveraineté de l'Église et les maximes de son gouvernement spirituel. Ces questions ne sont point étrangères à la sécurité des Etats ou à l'intérêt général de la civilisation. L'esprit qui anime au dedans le corps ecclésiastique, règle nécessairement ses rapports extérieurs avec le monde et avec les pouvoirs publics. Jamais les États modernes ne vivront dans une concorde parfaite avec l'Église catholique, tant que le régime qui prévaut dans cette Église heurtera leurs propres institutions. Ici encore le gallicanisme, par les principes qu'il consacre, par les réformes qu'il provoque, ne sert pas moins la cause du progrès social que celle de la religion môme. Il enseigne que l'Église n'admet point d'autorité arbitraire ou despotique, bien que le Saint-Siège, centre de l'unité catholique, possède, de droit divin, une primauté réelle d'honneur et de juri-
diction ; que la souveraineté ne réside point dans un homme, ni dans une fraction quelconque, mais dans le corps entier de l'Église, et subsidiairement dans le concile œcuménique qui la représente ; et que , en général, tout doit se régler, autant que possible, selon l'esprit de l'ancienne discipline, qui fut celle des temps héroïques du christianisme, discipline que la fraude des fausses décrétâtes et le malheur des temps avaient suspendue sans en détruire l'autorité. C'est au consentement de l'Église, non des seuls évéques, que la déclaration de 1682 attache l'infaillibilité. Quant à la discipline apostolique, elle fut toujours le vœu des gallicans, a Qui nous donnera, s'écrient-ils avec saint Bernard, de voir l'Église de Dieu comme dans les anciens jours? » Ce régime, si constamment réclamé, offrit, au sein des ténèbres et de la servitude païenne, le premier et le plus parfait modèle des gouvernements libres : les magistratures spirituelles conférées au mérite par l'élection, le suffrage universel éclairé, tempéré par l'influence des plus dignes, l'accord divin de l'ordre et de la liberté, un organisme admirablement ordonné dans ses trois parties essentielles, laïques, prêtres, évéques, tous avec leurs fonctions et leurs droits, leur part de pouvoir et de responsabilité. Voilà le but où tendit toujours le gallicanisme religieux.
En principe, il n'est ni moins radical ni moins grand que le gallicanisme civil ; mais il ne parvint point à s'asseoir aussi profondément dans les faits : l'ancien ordre social ne le permettait pas. Le gouvernement primitif de l'Église, sans exclure le bel ordre d'une hiérarchie divinement instituée, était au fond trop démocratique pour s'accorder, soit avec la féodalité, soit avec la monarchie
pure de Louis XI, de Richelieu et de Louis XIV, qui excluaient également les masses. Il n'était pas possible que
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le peuple prît une part active et continuelle aux affaires de l'Église, et qu'il ne fût rien dans l'État. La discipline se modifia» la théorie même se ressentit de ces changements. Tout en invoquant les maximes et les exemples des premiers siècles, nos plus savants, nos plus libéraux canonistes insistent principalement sur les droits des évêques, beaucoup moins sur les droits tout aussi réels, quoique moins étendus, des prêtres et des laïques. Ce n'est guère que de nos jours, depuis que le peuple a conquis des droits dans l'État, que l'attention s'est reportée sur ceux que lui assure l'antique et divine constitution de l'Eglise : lés droits des laïques ont été éloquemment revendiqués en France par un philosopha catholique, M. Bordas-Demoulin, en Allemagne, par le chanoine Hirscher.
Par cela seul que le gallicanisme religieux choquait les bases politiques de l'ancien régime, il ne pouvait compter sur le même concours de la part de la royauté. L'indépendance du pouvoir civil convient à tous ceux qui le détiennent ; maïs la démocratie en religion ne saurait plaire aux gouvernements aristocratiques ou absolus. Autant nous avons rendu justice à l'ancienne royauté, constituant avec une persévérance infatigable l'intégrité de la puissance civile, autant devons-nous reconnaître le peu de sincérité de son gallicanisme religieux. Elle le proclama, le soutint quelquefois, mais parce que la théorie et la tradition le liaient indissolublement au gallicanisme civil. C'est une arme que les princes se hâtent de remettre dans le fourreau ; elle en sort rarement et furtivement. Ces maximes libérales du gouvernement constitutionnel de l'Église ne faisaient point le compte de ceux qui fondaient l'absolutisme royal. Louis XI et François Ier abolirent les plus précieuses garanties de la liberté
ecclésiastique, et aucun de leurs successeurs ne la rétablit. Louis XIV, si libéral en 1682, abandonne bientôt la Déclaration, et promet à Rome de ne pas la faire exécuter. Après avoir porté bien haut les droits des évôques, il leur conteste en fait leur prérogative la plus inaliénable, celle de juges de la foi ; il les assemble, en 1713, pour accepter la bulle Unigenitus, si funeste à l'Église et à la France, et que l'épiscopat libre n eût jamais subie. On a dit de cet acte de la vieillesse de Louis XIV que « l'autorité royale avait fait violence à la liberté des prélats. » Et qui faisait mouvoir l'autorité royale? La cour de Rome par la main des jésuites. Asservis à la même influence, les cardinaux Dubois et Fleury laissèrent pénétrer rultramontanisme au sein du clergé français.
L'histoire du gallicanisme religieux n'offre donc point le même progrès que celle du gallicanisme civil. C'est à l'origine que se rencontre la plus grande somme de liberté. Toutefois les principes n'ont jamais péri entièrement, les abus ne passèrent point sans protestation :
l'espoir d'un avenir meilleur fut conservé à l'Eglise, et le monde catholique doit encore ce bienfait à la France.
L'âme du gouvernement ecclésiastique, ce sont les élections par le concours du clergé et du peuple. Elles rapprochent les différents ordres de l'Eglise, elles y entretiennent l'unité et la fraternité *. Pratiquées par les apôtres et, d'après leur exemple, par les fidèles des premiers siècles, elles sont rappelées comme une coutume constante par le concile de Nicée. Le pape saint Léon
1 Nous traitons ici des principes , ce n'est point le lieu de tracer des plans de réforme. Dès les premiers siècles, les formes d'élection, la part respective du clergé et du peuple, paraissent avoir varié, non seulement d'une époque à une autre , mais quelquefois tlaus le
pose la grande règle canonique : o Celui qui doit commander à tous doit être élu par tous. » Un autre pape, Hormisdas, reconnaît dans l'acclamation des peuples ie jugement de Dieu, ut in gravi murmure populorum divinum credatur esse judicium, Des traces de la discipline apostolique subsistèrent longtemps en France. On trouve jusque dans le xue siècle des exemples de la commune participation du clergé et du peuple aux élections. Déjà, cependant, on les voyait envahies de toute part. Sous, prétexte de protéger les canons, les rois usurpaient une influence de plus en plus considérable. La noblesse et surtout les grands feudataires empiétaient à leur suite. Enfin les papes, dont la prérogative auguste consiste principalement à défendre partout le droit commun, visaient à devenir les seuls électeurs du monde catholique» Au milieu de la lutte des ambitions rivales, et par suite
même temps pour les divers pays. 11 est constant que les apôtres établirent une sorte de suffrage universel, et qu'aucun membre de l'Église n'était eiclu ni des élections ni de l'administra Lion ; mais on voit aussi, dès les premiers âges, l'action du peuple et celle du clergé concourir sans se confondre. Tantôt le peuple choisit les prêtres, les évêques même et le pape, et ensuite le clergé confirme et ratifie le choix. Tantôt le clergé propose les sujets capables aui acclamations des fidèles réunis dans la cathédrale. En France, au commencement du moyen âge , la coutume subsistait encore d'assembler de vrais comices populaires, où les anciennes formules nous montrent ensemble les clercs de la ville et de la campagne, les nobles et autres laïques, les moines, les veuves et les vierges. C'est dans une assemblée de ce genre que Hincmar fut élu archevêque de Reims. Le système représentatif, entré aujourd'hui dans nos mœurs, permettrait de régulariser et de perfectionner ces institutions libérales. L'Église de Dieu ne tient pas aux formes; l'essentiel est que la primitive liberté rentre dans son sein, et qu'on obtienne le concours harmonieux de tous les ordres qui la composent.
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de la perpétuelle tendance des institutions civiles et ecclésiastiques à se mettre en harmonie entre elles, l'Église de France passe à ce qu'on peut appeler son régime féodal. Le rôle influent appartient aux chapitres, où dominait la noblesse, et où quelquefois elle avait seule droit d'entrer. Là se concentrent les élections. Ce régime est consacré par la pragmatique-sanction de saint Louis et par celle de Bourges. Ce n'est plus la première vigueur de la liberté ecclésiastique. Cependant, grâce à la vertu que conserve toujours le principe électif, les pragmatiques donnèrent un clergé national, uni avec les populations, et en qui se développa une forte séve. Ce sont les temps les plus florissants de la Sorbonne, ceux des Gerson, des d'Ailly, ceux delà renaissance de l'Eglise à Constance et à Bàle, renaissance qui précède celle des lettres.
Lorsque à cette liberté privilégiée l'accord des papes et des rois voulut substituer le pouvoir absolu, ce fut une résistance unanime, universelle. Les anciens papes s'étaient honorés en combattant pour les droits de l'Église contre les envahissements de l'autorité impériale. En Orient, le deuxième concile de Nicée et le quatrième de Constantinople avaient porté des décrets pour modérer l'influence des princes dans les élections. Les papes du xvie siècle aimèrent mieux se liguer avec les rois pour dépouiller à la fois les chapitres, tout le clergé et le peuple. Préparé par Pie II, l'ancien secrétaire du concile d»' Bàle, le concordat, qui livrait les dernières libertés de I Eglise, fut conclu, entre LéonX et François Ier, en 1516, à la veille de la réforme. Pie II tenait à expier l'ardente profession qu'il avait faite autrefois des principes gallicans. La pragmatique-sanction de Bourges avait le tort impardonnable d'empêcher les trésors de la France de passer les monts; elle sanctionnait les décrets du concile
dé Bàle, qui mettait l'Église au-dessus des papes : elle retirait à la cour de Rome la domination et l'argent. Des prélats ambitieux secondèrent le pape. Il n'était que trop facile de décider Louis XI, qui n'aimait guère la liberté ; il trouvait que la pragmatique « avait bâti un temple de licence en son royaume. » Il l'abolit ; un exemplaire fut traîné dans les rues de Rome , et le pape en pleura de joie. Cependant elle ne put être d'abord remplacée. Louis XII la laissa subsister, et la France ne subit qu'en frémissant le concordat de François Ier.
On répétait partout que Léon X et François 1er s'étaient donné réciproquement ce qui ne leur appartenait pas, le pape cédant au roi le spirituel par la nomination des évêques, et le roi lui accordant le temporel par le rétablissement des armâtes ; le pape usurpant les droits de l'église, et le roi, ceux de la nation. François I" avait convoqué un grand nombre d'évêques et de prél la réception du concordat. Ils lui soutinrent ment que, la matière regardant l'état général de l'Église gallicane, on ne pouvait rion faire sans elle. Le roi se courrouça fort; il menaça les évôques de les envoyer à Rome disputer avec le pape. Àu parlement, l'opposition ne fut pas moins énergique. « Le roi et le pape, dit l'avocat du roi, Lelièvre, ne peuvent déroger aux droits de l'Église gallicane, et sont lesdits droits hors de leur compétence. » François Ier imposa de force l'enregistrement. • Je ne veux pas en France, s'écria-t-il, de sénat comme à Venise. » Mermel, recteur de l'Université de Paris, fit afficher aux carrefours de la ville une défense aux imprimeurs et libraires d'imprimer et de débiter le concordat, sous peine d'être chasses de l'Université. On dit que François Ier, à son lit de mort, exprima à son fils Henri II ses remords d'avoir trempé dans cette transaction sacrilège.
A rassemblée du clergé de 1585, l'archevêque de Vienne comparait Léon X et François Ier aux soldats qui se partagèrent les vHementsde Jésus-Christ. Les protestations contre le concordat ne cessèrent de s'élever, au xvi* et au xvne siècle, du sein des états généraux et des assemblées du clergé. En 1608, l'usage subsistait encore dans plusieurs diocèses, notamment ceux du Mans et de Clermont, de faire des prières publiques pour l'abolition du concordat et le rétablissement des élections. Ce vœu se retrouve, à l'extrémité de notre ancienne histoire, dans les cahiers des bailliages et des sénéchaussées pour les états généraux de 1789.
Une opposition si générale et si constante suffirait pour prouver que, dans l'ordre religieux, le concordat blessait les premiers principes du gallicanisme. Aussi le plus grand nombre des gallicans modernes n'a cessé d'y voir, avec Duhamel, « le tombeau des droits de l'Église. » Le concordat faisait dépendre les évêques du roi et du pape, et les condamnait à être deux fois courtisans. Il inaugurait un régime d'absolutisme et de favoritisme. Il établissait, il est vrai, pour arriver aux dignités ecclésiastiques, Ja condition des grades en théologie, mais en accordant dispense aux personnages du sang royal ou d'une haute naissance, consanguineis régis ac penonis sublimibus; pour ceux-ci, les preuves de capacité étaient remplacées par des preuves de noblesse. Un pareil acle n'a jamais pu être que toléré par l'Église de France, et en 1718, par exemple, des difficultés s'étant élevées entre la cour de Rome et le gouvernement français, « le conseil de régence déclara qu'on se passerait de bulles du pape (pour l'institution des évêques), parce que la Sorbonne ayant été consultée, l'avis de tous les docteurs avait été unanime sur le droit qu'ont les églises nationales de repren-
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dre leur liberté, dont l'exercice n'est que suspendu par les concordats et revit avec leurs besoins x. »
Si contraires au gallicanisme ecclésiastique que soient les concordats, le parti ultramontain les âttaque hardiment, comme s'ils étaient l'ouvrage des gallicans. Au fond, ce qu'il combat en eux, c'est le gallicanisme civil, dont ils avaient au moins le mérite de maintenir les principales garanties. Il feint d'oublier que la cour de Rome eut de beaucoup la principale part à celui de 1 516, qu'elle fut partie contractante et prenante à tous les deux, que la papauté obtint par ces conventions une autorité infiniment plus étendue que sous le régime des pragmatiques, et qu'il n'y eut de dépossédés que le clergé et les fidèles. C'est pour Rome, enrichie de leurs dépouilles, qu'il réclame uniquement; il trouve qu'elle n'a rien, si elle ne ravit la proie tout entière. Les rois, après tout, tenaient encore la place de l'élément laïque. Celui-ci était mal représenté, j'en conviens ; mais valait-il mieux ne pas le représenter du tout, et n'y avait-il pas dans cet ordre de choses, tout vicieux qu'il fût, plus de chances encore d'avoir un clergé en harmonie avec la société où il doit vivre, que dans un régime où les églises catholiques reçoivent exclusivement leurs chefs de la main de Rome? C'est pourtant ce régime que nos ultramontains envient à la Belgique et à l'Irlande, c'est là ce qu'ils appellent la liberté de l'Eglise. On conçoit que le clergé du second ordre n'aime pas les concordats, qui ont rivé ses fers; mais qu'il se rappelle d'où lui est venue primitivement la servitude, qu'il regarde où en sont les pays d'obédience, et il se convaincra que les doctrines gallicanes peuvent seules l'affranchir. Despotisme royal, des-
1 Du pin, Défense de (a loi organique du concordat.
potisme papal doivent disparaître ensemble. Si Ton ne souffre plus Louis XIV disant : l'État, c'est moi; est-il plus juste de souffrir le pape disant : l'Église, c'est moi?
Historiquement toutefois, il serait injuste de ne pas reconnaître que le concordat de 1516 vint à son heure, qu'il seconda ce mouvement énergique de centralisation qui préparait l'unité de la France et l'égalité civile à l'aide même de l'absolutisme royal. Pour arriver à la liberté vraie, commune à tous, il fallait déraciner les libertés locales et aristocratiques du moyen âge. L'Église subit la destinée de l'Etat. Quand un régime imparfait en soi s'accorde avec les tendances générales d'une époque, cellesci le redressent, et peuvent lui permettre de se produire encore avec quelque grandeur. Ajoutons que le concordat portait avec lui quelques correctifs. L'Église gallicane avait deux maîtres, le roi et le pape; mais comme ces maîtres étaient rarement d'accord, il se conserva quelque indépendance à l'ombre de leurs dissensions. Les évéques retinrent longtemps un juste sentiment de leur dignité et
de leurs droits, inscrits dans l'Evangile. La science avait ses prérogatives, et il y avait encore une Sorbonne où florissait l'étude de la sainte antiquité. Les officialités, sans représenter les tribunaux de la primitive église, gardaient du moins la forme des jugements réguliers: le scandale de ces juridictions arbitraires, devant lèsquelles on se trouve condamné avant de savoir que l'on est accusé, n'avait pas encore affligé la société spirituelle. L'autorité des parlements était une nouvelle et puissante garantie. Quoi que prétende l'ignorance ou la mauvaise foi, ils mirent le même zèle, le même courage à défendre le gaU licanisme religieux que le gallicanisme civil ; nul ordre de l'église ne réclama en vain leur protection. Grâce à la force de la tradition gallicane, le concordat n'empêchait
point Tacle de 1682, qui peut en être regardé comme la critique la plus solennelle. Il laissait à l'Eglise de France les grands évêques du xvn* siècle et celle admirable école de Port-Royal, dont quelques erreurs spéculatives, bien surpassées par les fausses et immorales doctrines de leurs adversaires, ne doivent faire oublier ni les services ni les vertus consacrées par le mal lieu r.
C'est dans le xvme siècle que l'abus de livrer les dignités ecclésiastiques à la noblesse fut porté au comble. Le marquis de Bouille, dans ses Mémoires, en fait l'aveu. « Dans ces derniers temps, dit-il, les évêques n'étant plus choisis que parmi la jeune noblesse de la cour et des provinces, le clergé avait perdu une partie de sa considération. » A la messe solennelle pour les états généraux, un de ces évêques, parlant du haut de la chaire chrétienne, laissa échapper ces paroles : « Recevez, Seigneur, les prières du clergé, les vœux de la noblesse et les humbles supplications du tiers état. » L'aristocratie cléricale envahie par l'ultramontanisme, avait laissé tomber les études ecclésiastiques, la discipline et les mœurs. Qu'avuit-elle opposé à Voltaire et à l'armée des encyclopédistes? L'église de saint Louis, de Gerson et de Bossuet n'était plus : avec le gallicanisme s'étaient enfuies les veitus et les lumières.
Ce fut un immense malheur pour la révolution. Tandis que le gallicanisme civil n'avait cessé de s'accroitre, les traditions de la liberté ecclésiastique, reniées par le haut clergé, ne vivaient plus que dans quelques ordres religieux, dans une partie des professeurs et des curés. L'ultramontanisme avait tout ravagé. On n'a pas assez tenu compte aux législateurs de la première révolution des obstacles que leur suscita la décadence de l'église gallicauc. Us eurent la pensée patriotique et chrétienne
de réaliser aussi le gallicanisme religieux, les vœux et les espérances de la nation leur en faisant un devoir : mais ils trouvèrent trop peu de secours au dedans de l'Église. Leur zèle et leurs travaux n'en sont pas moins dignes de reconnaissance. Les faits se développent, les résultats parlent, et le temps est venu de juger équitablement la constitution civile du clergé. Cette œuvre, si violemment décriée comme une nouveauté profane, n'est en réalité, dans ses principales dispositions, qu'un perpétuel emprunt aux coutumes les plus anciennes et les plus autorisées de l'Église; aussi elle restera, malgré ses défauts, comme le plus vigoureux effort pour rendre au catholicisme, avec sa première forme, son antique splendeur. Elle fut sur le point de conclure le concordat de la religion et de la civilisation. Si l'ambition et la cupidité cléricales n'eussent rallumé la discorde, les événements prenaient un autre cours. Appelée à bénir la société nouvelle, l'Église voyait s'ouvrir devant elle une immense carrière de gloire et de bienfaits, et la révolution trouvant sa sauvegarde dans la vertu de l'esprit chrétien, n'aurait pas une tache de sang sur son berceau. Là, selon nous, se concentre le suprême intérêt du drame révolutionnaire.
Nous savons tous les préjugés, toutes les répulsions que réveille dans le clergé le nom seul de l'église constitutionnelle. Il n'a pas dépendu de l'ullramontanisme do défigurer et de flétrir cette restauration si remarquable du régime primitif de l'Église. 11 savait que la défaveur dont il la frappait ne pouvait manquer de rejaillir sur les principes du gallicanisme. Qu'on nous permette, dans l'intérêt de ces mêmes principes, d'opposer au préjugé et à la passion l'irrécusable autorité des actes et des monuments historiques. Us prouvent que, dans sa courte
existence, l'église constitutionnelle déploya une puissante énergie, soit pour se délivrer des éléments impurs qui d'abord s'étaient introduits dans son sein , soit pour résister aux persécutions du dehors. A l'origine, elle se recruta parmi deux classes d'hommes bien différentes. Les esprits légers, les prêtres sans mœurs, honteuse écume de l'ancien régime, avaient saisi avidement une liberté où ils rêvaient la licence et l'oubli de leurs devoirs. A cette classe appartiennent les prêtres et les évêques mariés et apostats : le nombre au reste en fut moins considérable qu'on ne le croit communément. Le nouveau régime fut souillé de cette plaie, il ne l'avait pas produite; mais à côté de ces ministres indignes, qu'elle se hâta de répudier et de flétrir, l'église constitutionnelle s'enrichit de ce que le clergé du second ordre comptait de plus savant, de plus austère et de plus pieux, et la partie saine y domina jusqu'à la fin. Le gallicanisme put s'honorer de ses derniers représentants. L'épiscopat sorti du vole populaire, quoique dans les circonstances les moins favorables, rappelait les âges florissants du christianisme.
D'ailleurs les événements se chargèrent de séparer l'ivraie du bon grain. Dans les convulsions sanglantes de la terreur, la persécution religieuse, qui avait d'abord frappé le clergé réfractaire , sévit avec violence contre l'église constitutionnelle. Elle eut alors ses confesseurs et ses martyrs. Sorti purifié de l'épreuve , le nouveau clergé conquit par son abnégation, par ses vertus, le respect du peuple, et arracha les suffrages mêmes de ses adversaires. 11 compta dans ses rangs un des plus saints évêques de l'église, une des gloires les plus pures de la | révolution, Henri Grégoire. Les deux conciles qu'il tint I à Paris en 1797 et en 1801 respirent la foi , la science et
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les vertus de la pure antiquité. C'est à ce clergé que revient l'honneur d'avoir, dès 1795, rouvert en France les églises. Au rapport de Thibaudeau, l'église constitutionnelle, sans aucun appui du pouvoir, qui avait fini par proclamer l'entière séparation de l'État et des cultes, était parvenue à réunir sous son gouvernement spirituel sept millions cinq cent mille Français. Il dépendit du premier consul de la faire triompher ; s'il eût été Washington, il l'eût fait. Mais l'ancien régime démocratique de l'église, restauré par le clergé constitutionnel , ne convenait pas plus à une dictature militaire qu'à la féodalité ou à la monarchie de droit divin. Le nouveau Cyrus, comme on disait alors , se contenta de forcer la cour de Rome à reconnaître, par le concordat de 1801 , les principales conquêtes civiles de la révolution, et d'ouvrir, dans les articles organiques, un dernier et trop humble asile au gallicanisme. C'était assez pour signaler son œuvre à la haine du parti ultramontain, ce n'était pas assez pour réprimer les entreprises de la politique romaine. Le puissant conquérant ne tarda pas lui-même à l'éprouver. Alors il songea, par le concordat non appliqué de 1813, à rendre quelques garanties au gallicanisme religieux ; mais déjà la fortune avait prononcé contre lui.
Ainsi échoua la salutaire tentative d'une réforme orthodoxe de l'église catholique; depuis, elle n'a plus été reprise, quoique le besoin en devienne chaque jour plus urgent. Les législateurs gallicans de 1789 eurent-ils tort cependant de vouloir un clergé renouvelé par une société nouvelle? Eurent- ils tort de vouloir le triomphe de la liberté dans l'Église comme dans l'État? L'impartiale histoire, dira qu'ils avaient pris le seul moyen de sauver l'église et la révolution. Les voies d'application peuvent n'être plus les mêmes aujourd'hui, mais le but n'a pas
changé. Là encore, 89 reste le phare lumineux du progrès.
Envisagé historiquement, le gallicanisme religieux fut une protestation éternellement vivante en faveur de la liberté ecclésiastique plutôt qu'un système régulièrement pratiqué. Pour le voir fonctionner , il faut remonter à l'origine du christianisme. C'est dans l'église qu'il est vrai de dire que le despotisme est récent , et la liberté ancienne. Au commencement, l'Eglise se plaça complètement en dehors de la société politique, et vécut en quelque sorte à l'état de société secrète. Là se déploie, sous l'inspiration de l'esprit saint , son vrai génie ; elle s'organise sous une forme qui approche de la démocratie plus que de tout autre gouvernement humain. Cette organisation d'origine divine commence à s'altérer sous Constantin ; l'incompatibilité de la primitive démocratie chrétienne avec les formes sociales du vieux monde se dessine de plus en plus. Cependant l'empreinte originelle ne s'effaça jamais entièrement. Aujourd'hui même, si délabré que soit le gouvernement ecclésiastique, il en conserve des traces visibles. La France du moins garda et défendit le dépôt des principes, que notre première assemblée nationale recueillit fidèlement. Chose digne de remarque , c'est quand la démocratie politique parait sur la scène du monde , que renaît pour le catholicisme l'espoir de reprendre sa forme naturelle.
Le gallicanisme religieux avait succombé momentanément avec la réforme ecclésiastique de 1791. Frayssinous et les évêques de la restauration n'en gardèrent que des débris. Ils y mêlèrent en politique des doctrines dont s'éloignait la faveur publique. C'est ce qui livra le gallicanisme désarmé aux sarcasmes du comte de Maistre, aux attaques impétueuses de l'abbé de Lamennais. Le
moyen âge et la théocratie eurent leur renaissance. Pendant que la France vaincue était foulée aux pieds, par les armées étrangères, la pensée nationale affaiblie subit Tinvasion des doctrines- ultramontaines.
Comme l'immortelle doctrine que la France a marquée de son nom, l'ultramontanisme présente aussi deux faces, l'une civile ou politique, l'autre ecclésiastique ou religieuse. Le code ultramontain se ramène à deux principes qui contredisent les maximes de Pitluu : premièrement la domination de l'Église sur l'État, deuxièmement la domination du pape sur l'Église. On peut mémo réunir l'une et l'autre dans le seul principe de l'infaillibilité du pape, car les papes , depuis le moyen âge, ont toujours revendiqué les deux droits ensemble; les doc- - Irines théocratiqnes régnent plus que jamais à Rome, et si l'on tient le pape infaillible, il est impossible de s'y soustraire. La première maxime de l'ultramontanisme détruit jusqu'à la possibilité delà liberté de conscience, met le prêtre au-dessus des lois, livre le mariage et toute la vie civile au sacerdoce; la seconde impose à l'église le régime de l'arbitraire, éternise les dissensions religieuses, enlève tout espoir de réforme. Par l'une et par l'autre, l'ultramonlanisme est radicalement incompatible avec la nouvelle civilisation. Jamais il n'a été pleinement appliqué. Le génie des nations chrétiennes ne s'est jamais plié aux dernières conséquences du régime théocratique. Dans les violences et la confusion du moyen âge, la théocratie, politiquement, remplit un rôle qui ne fut ni sans grandeur ni sans utilité ; mais autant ces doctrines pouvaient être alors excusables par l'état général des choses, autant elles deviennent odieuses , lorsqu'elles s'opposent directement à IV^sor religieux et social du christianisme.
Il est à croire qu'un pape comme Grégoire VU ne combattrait pas de nos jours l'indépendance du pouvoir civil, de même que Bossuet reconnaîtrait un principe chrétien dans la liberté des cultes, si favorable, partout où elle règne, au progrès de la vérité catholique.
Inauguré au xvm* siècle avec la décadence de l'Eglise et de l'Etat, interrompu un moment par la réforme de 1791, le règne de lultramontanisrae au sein du clergé français parut consolidé dans les dernières années de la restauration. A ces diverses époques , il se produisit sous sa forme naturelle, comme un retour aux institutions du moyen âge. De son côté, le gallicanisme religieux, quoique compromis par ses faibles défenseurs , eut l'appui constant de l'opinion libérale.
La révolution de Juillet détermina chez le parti ultraraontain une transformation inattendue. 11 changea tout à coup d'allure et de langage ; il choisit pour mot d'ordre la liberté. En Belgique, il affectait de prendre l'avantgarde de la révolution, et votait pour la république. Au fond, il n'avait modifié aucune de ses doctrines. L'érudition de Bellarmin, assaisonnée de l'esprit de Joseph de Maistre, continuait à résumer pour lui la science chrétienne. Bonald était son métaphysicien, Lamennais était son chef. Tour k tour monarchiste fougeux et démocrate ardent , mais toujours théocrate tant qu'il resta dans l'église, celui-ci avait conquis le cœur du clergé en plaçant l'intérêt sacerdotal au-dessus de tous les intérêts politiques. Les nouveaux ultramontains voulaient la liberté de l'église, la liberté de l'enseignement, la liberté de la presse, toutes les libertés du monde. On n'avait jamais avant eux compris la liberté. Quant au gallicanisme, si l'on excepte un remarquable écrit de M. l'abbé
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Sénac non-seulement il parut délaissé , mais il fui audacieusement flétri et répudié comme une doctrine de servitude. « Arrière à jamais ces prétendues libertés, » s'écriait en 1844, devant la Chambre des pairs, un jeune homme à la parole provocante, que les habiles poussaient en avant et qu'ils ont depuis délaissé. Les vrais libérauret les catholiques intelligents ne se laissèrent point prendre à ces bruyàntes démonstrations des fils des croisés, inspirés, peut-être à leur insu, par les fils de Loyola. A la fin, la représentation s'émut, et gourmanda l'inconcevable faiblesse du gouvernement français, qui alla presque jusqu'à la complicité. M. Dupin prononça peut-être à cette occasion ses meilleurs discours. Cependant il ne parvint pas à rendre à nos maximes l'influence et la popularité. Comme Portalis qu'il suit trop docilement, M. Dupin paraît plus attaché aU gallicanisme civil qu'au gallicanisme ecclésiastique. Les pasteurs du second ordre sacrifiés, les laïques oubliés par le concordat, restèrent sans défenseurs. Je ne douté pas que cet injuste et impolitique abandon n'ait grandement nui à de louables efforts, et entretenu l'illusion qu'avait fait naître l'étrange déguisement du parti théocratique.
Les masques ne tardèrent pas à tomber. La guerre de Rome à l'intérieur et à l'extérieur, la persécution érigée en droit, tous les despotismes encensés, toutes les inquisitions justifiées, ont appris au monde ce que vaut la liberté ultramontaine. Le parti a mis de côté son drapeau de parade. Il est maintenant avéré que la liberté de l'Église, dans sa bouche, signifie la domination universelle du clergé sous les ordres de Rome, et que la liberté
1 Le christianisme considéré dans ses rapports avec la civilisation moderne, Pari*, 1837.
de l'enseignement veut dire la mort de la philosophie et l'exclusion des Iniques de toute fonction spirituelle. Ceux qui avaient taxé nos maximes de doctrine servile ont épuisé tous les genres d'adulation. Le gallicanisme a été trop vengé par le cynisme de ses détracteurs.
Le parti théocratique ou soi-disant catholique en a reçu un échec moral dont il ne se relèvera pas. Déjà il étendait la main jusque sur le gallicanisme civil : il assiégeait les gouvernements deses complaisances intéressées; mais de ce côté il a pu s'apercevoir que les doctrines gallicanes sont devenues des faits indestructibles. La division s'est mise dans ses rangs; il a perdu quelques-uns île ses plus brillants défenseurs. Dans l'Eglise, l'ultrainontanisme a une position plus forte. Enraciné depuis longtemps à Rome, ayant envahi 1 episcopat et la plus grande partie du clergé inférieur, il peut se croire inexpugnable. Toutefois là même le gallicanisme n'a point renoncé à la lutte. En ce moment il commence à relever la tête. Des membres du clergé français ont fait entendre un langage auquel on n'était plus accoutumé : ils parlent de droits et de garanties dans l'Église : ils font appel h l'opinion publique et à leurs confrères. C'est dans la lutte actuelle un symptôme considérable, et assurément il n'a point été remarqué comme il le méritait.
Pour défendre contre la faction ultramontaine les restes de la liberté ecclésiastique,, un prêtre aujourd'hui doit unir le courage à la science : dans leurs récents écrits, MM. de la Couture, Pronipsault, Laborde, ont prouvé qu'ils possédaient l'un et l'autre K C'est aussi du clergé
1 A ces noms on peut joindre celui de M. l'abbé Guettée, habile défenseur de Port-Royal et de Hossuet. Un journal fondé récemment, VObservateur catholique, se consacre aussi à la défense des principes gallicans.
que viennent, deux ouvrages anonymes, également dignes (l'attention : un mémoire adressé à l'épiscopnt sur la
situation présente de l'Eglise galikone, et l'Eglise gallicane et ses maximes vengées contre les attaques de M. le comte de Montalembert. Ce dernier écrit contient une bonne réfutation de J. de Maistre. Malheureusement ces productions, si estimables à certains égards, ne renferment encore qu'un gallicanisme incomplet, insuffisant. Elles ne sont pas de nature à saisir fortement l'opinion publique. Les auteurs se bornent aux questions de discipline ecclésiastique; ils font pour la plupart assez bon marché des droits du pouvoir civil : ils affectent de répu- ♦ dier toute solidarité avec les maximes de nos anciens parlements ; quelques-uns même applaudissent aux empiétements sur la souveraineté temporelle. Au lieu de laisser l'intolérance à Tultramorïtanisme, dont elle est le principe propre, ils l'éternisent dans le gallicanisme, où elle ne fut qu'un accident et une inconséquence. Dans l'Église, ils ne réclament guère qu'en faveur des évêques, comme si l'ordre des prêtres et la masse des laïques ne comptaient pas. Leur opposition d'ailleurs s'enveloppe de ménagements infinis; ils semblent demander grâce pour la vérité et la justice. Nous savons qu'un rôle si humble n'est pas encore sans danger, ni par conséquent sans honneur ; mais il n'atteint pas au succès. Ce n'est pas ainsi que l'ancienne école de Paris résistait aux abus, et maintenait dans ses bornes légitimes l'autorité du pape.
On savait alors que tout ce qui vient de Rome n'émane pas du Saint-Siège, et le moindre décret des congrégations romaines ne suffisait pas pour abattre les plus fiers courages. « Loin que l'on doive confondre le Saint-Siège avec la cour de Rome, dit un ancien docteur gallican, il
faut reconnaître, et les saints papes le connaissent^nieux que personne, que les plus grands flatteurs de la cour de Rome sont les plus grands ennemis du Saint-Siège. Les intérêts de l'un sont essentiellement opposés à ceux de l'autre. Deux esprits tout contraires les animent et les caractérisent à ne pouvoir s'y méprendre. Selon l'esprit du Saint-Siège, le Pape est le serviteur des serviteurs de Dieu : selon celui de la cour de Rome, il est le roi des rois et le monarque des monarques. L'autorité du Saint- Siège est destinée à maintenir les libertés de l'Eglise : l'autorité de la cour de Rome tend à leur oppression... Le Saint-Siège est le centre et le lien de l'unité : la cour de Rome est la pierre d'achoppement, l'occasion du schisme, et le plus grand obstacle à la réunion. Enfin, ces deux choses sont si différentes, que la cour de Rome est ce qui a le plus terni l'éclat et la gloire du Saint- Siège, et que la destruction de cette cour serait la délivrance de toute l'Eglise, et principalement de celle de Rome. »
Les symptômes d'une renaissance gallicane, si timidement qu'ils se produisent au sein du clergé, présagent le sort réservé à l'ultramontanisme. Vaincu dans l'ordre civil, comment se flatterait- il d'un triomphe assuré dans l'ordre religieux ? Qui peut conserver un doute sur l'issue de la dernière lutte qu'il a provoquée? Les laïques en masse sont gallicans , même à leur insu. Le dernier de$ paysans français est gallican. Qu'un ultramontaiu (ce qui s'est vu) arrive au ministère, il est obligé de professer officiellement les principes de 89, principes raille fois anathématisés, avant et depuis 89, par la cour de Rome. \oilà donc tout un ordre de l'Église qui a définitivement répudié la théocratie. Gela suffit pour que les doctrines ullt amonlaines ne puissent se prévaloir du consentement
de l'Église, lequel, d'après l'Évangile et la tradition, rend seul les jugements de foi irréformables. Elles ne ressaisiront plus la direction des sociétés humaines. Exilées du gouvernement des États, elles ne régnent plus que sur les bancs de l'école, tandis ^ue les maximes gallicanes vivent dans les faits, et au civil dominent le monde. Nul doute que les principes de réforme, affermis en politique, ne retluent bientôt dans l'Église où ils ont pris naissance, où ils sont rappelés par les gémissements des saints, par l'exemple des beaux âges chrétiens, par un besoin de régénération qu'on ne peut indéfiniment tromper. Le vieil édifice de Grégoire VII croule de toutes parts. Otez seulement les baïonnettes gallicanes, et vous verrez ce qu'il en adviendra.
Ce n'est pas que nous méconnaissions les périls que contient pour la religion et pour la patrie le succès même le plus éphémère du parti ultramontain. L'abîme se creuse chaque jour entre le peuple et un clergé qui reçoit une éducation antinationale. Non-seulement nos docteurs, nos évêques, archevêques et cardinaux professent ouvertement l'infaillibilité du Pape, mais ils en avouent les plus menaçantes conséquences. On ne trouverait pas dans les séminaires un seul traité de théologie et de droit canon où la réelle indépendance du pouvoir civil soit franchement reconnue. Récemment, dans un acte public, un archevêque traitait de concubinage légal le mariage civil. Le concordat n'a point créé un clergé pénétré de l'esprit nouveau. Un gouvernement éclairé pouvait tirer un grand parti du droit de choisir les évêques : jamais on n'a porté dans ces choix aucune vue d'ensemble. Le pouvoir a cherché des complaisants, les rangs ultramontains en ont fourni pour tous les régimes. Le clergé secondaire n'a été affranchi ni en 1830 ni eu 1848;
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ou lui a tout refusé, même l'augmentation des cures inamovibles, mesure très simple et cependant d'une haute portée, qu'on peut appliquer sans toucher au concordat L'ultramontanisme a profité de nos fautes ; la réforme de l'Église a été ajournée, et avec elle le repos des États.
A une pareille situation il faut un prompt et énergique remède. Heureusement les audacieuses tentatives du parti ultramontain, les précautions des gouvernements alarmés, et par-dessus tout l'esprit du siècle, le mouvement souverain de l'opinion, préparent la renaissance du gallicanisme religieux. L'Eglise aussi est lasse de servitude. Là aussi les garanties constitutionnelles deviennent la condition du maintien du pouvoir. Le clergé du second ordre aspire à une juste indépendance, lo pouvoir civil comprendra qu'il y trouverait une précieuse garantie de la sienne, et les laïques ne se résigneront pas indéfiniment à n'être rien dans la société religieuse. L'ultramontanisme lui-même n'a-l-il pas été contraint de porter la livrée de la liberté? Pour répondre aux vœux des vrais catholiques et aux nécessités de l'époque, le gallicanisme n'a point à recourir à d'hypocrites déguisements, il n'a besoin que d'être lui-même et de se séparer entièrement des fausses doctrines politiques auxquelles on l'a trop mêlé depuis Bossuet jusqu'à Frayss'mous. Encore une fois, le gallicanisme se réduit à deux points capitaux : la complète indépendance du pouvoir civil comme base des rapports de l'Eglise et de
1 « Les cures sont au nombre île 3,301 inamovibles, el de 27,451 succursales dont les desservants sont révocables à volonté. Avant 1789, c'était tout le contraire: il y avait 36,000 cures dont les litres étaient inamovibles, et seulement 2,500 anncics dont les desservants étaient révocable?. » Manuel du droit public ecclésiastique français.
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l'État, le retour aux libertés de la primitive Église comme base des réformes religieuses. Or, qu'ont de commun ces grands principes avec le despotisme de Louis XIV ou nos récentes théories de légitimité royale? Suivons les maximes de Bossuet, mais suivons-les jusqu'au boutvsans nous enfermer dans les restrictions qu'y apportèrent les préjugés du xvii" siècle. Si le gallicanisme a des affinités naturelles avec un système politique, c'est visiblement avec la moderne démocratie, fille aussi de l'Évangile. Là dé^rmais se trouve le seul avenir du gallicanisme religieux, parce que là résident son principe et sa force.
Après avoir rempli les siècles de ses combats et de sa gloire, le gallicanisme, dans sa partie politique comme dans sa partie religieuse , garde toujours un vivant intérêt, et de nos jours encore il suffit d'évoquer son ombre pour émouvoir l'opinion. C'est que le gallicanisme est un des noms de la liberté. On a pu le juger par ses principes, puisés dans des monuments publics. Le gallicanisme relie le présent au passé, il donne à la liberté une tradition illustre. Nos grands rois, nos grands jurisconsultes, nos grands philosophes, nos grands théologiens, furent gallicans. Les cartésiens pour la plupart, Port-Royal et l'Oratoire, l'ordre moderne par excellence, étaient gallicans. Le gallicanisme fut dans le monde entier te drapeau des amis des lumières. C'est au nom du gallicanisme que l'inquisition tomba en Toscane, sous le grand-duc Léopold. C'est au nom du gallicanisme que Joseph II, si calomnié par la science superlicielle de nos jours, déracina en Autriche le fanatisme et l'ignorance, et opéra, quoique trop brusquement, une foule de réformes radicales, aux* quelles ce pays sera redevable d'entrer un jour daus la famille des États libres. C'est au nom du gallicanisme que les abus les plus criauts de l'ancien régime cédé-
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rent, même à Naples et en Portugal, les pays d'obédience par excellence. C'est le gallicanisme qu'invoquait le sa-» vant évêque de Cordoue, Solis, comme Tunique remède à la décadence de l'Église d'Espagne. C'était un gallicau, cet héroïque Sérao, évéque de Potenza* qui périt assassiné pendant la réaction napolitaine qui suivit la retraite du général français Championnet, et qui mourait au cri de « Vive ta foi de Jésus-Christ! Vive la république! 1 »
Dans l'Église catholique, le gallicanisme représente la réforme orthodoxe, unique voie de salut. Sans lui, notre pays serait aujourd'hui protestant. L'insurrection de la moitié de l'Église au xvr siècle, celle de la raison au xvme, eurent pour première cause le règne imprudemment prolongé de la théocratie et l'acharnement de la politique romaine à défendre tous les abus du moyen âge. On ne reviendra à l'unité qu'avec le gallicanisme. L'assemblée de 168*2, dans sa lettre circulaire au clergé de l'Église gallicane, présente nos maximes nationales comme éminemment propres à ramener les réformés de l'hérésie, en dissipant leurs préventions sur la nature de l'autorité ecclésiastique. C'est le sentiment des plus éclairés parmi les protestants eux-mêmes. Le célèbre docteur anglican Leslie loue nos quatre articles « comme un puissant moyen de rapprocher les deux communions. » On sait combien Leibnitz penchait vers les doctrines catholiques, qu'il voyait dans le gallicanisme. 11 eut avec Bossuet une intéressante correspondance sur la réconciliation des deux partis. Ces efforts n'aboutirent pas, mais avec nos ultramontains, Leibnitz n'aurait pas môme ouvert la négociation. La profonde et sûre métaphysique du catholicisme allait à son génie ; il donnait raison à notre Église dans
» Vie de Sérao, p. 98 ; Paris, 4866.
toutes les discussions abstraites Cependant, sur la fin de sa vie, quand Port-Royal eut succombé, quand l'Allier
despotisme de Louis XIV ent consommé la révocation de l'édit de Nantes pour se taire pardonner sans doute I682, quand les jésuites, maîtres du pouvoir, étendirent la persécution des protestants à la meilleure partie de l'Église gallicane, alors Leibnitz, catholique par les idées, recula définitivement devant la communion de l'intolérance uliramontaine. Au commencement de ce siècle, lorsque l'Eglise constitutionnelle appliquait parmi nous le pur gallicanisme, le doyen de l'Église protestante de Berne écrivait à l'évêque Grégoire, àme de la réforme catholique : « C'est notre culte, ce n'est pas notre croyance, ce n'est surtout pas notre morale qui diffère. Si du sein de votre Église il sort encore quelques apôtres tels que vous, il est impossible que le moment soit éloigné où vous verrez revenir les protestants sous les bannières de la religion catholique. Qu'est-ce qui a occasionné cette scission ? N'étaient-ce pas quelques abus trop peu voilés? Le remède que vous portez à ces abus sera en môme temps le moyen le plus infaillible de notre réunion K » Ce serait aussi le moyen de ramènera l'unité l'Orient, si jaloux de l'indépendance de ses antiques Eglises. Jamais il ne subira l'ultramontanisme, qu'on peut accuser de tendre au schisme, puisqu'il l'entretient.
La position de Leibnitz et des protestants éclairés par rapport à la religion catholique, n'est-elle pas celle des penseurs sincèrement spiiitualistes de notre époque, celle des libéraux et des démocrates qui comprennent que sans le principe religieux il n'est point de progrès social? Si le gallicanisme l'emportait à Rome, demain ils
1 Histoire des sectes religieuses, 1. x, ch. 7.
seraient tous catholiques; mais qu'on n'espère point entamer le protestantisme ni le rationalisme, tant que la théocratie ultramontaine fera du centre de la chrétienté la citadelle de l'absolutisme en Europe.
Le nom de la France est attaché à la révolution générale du monde, qui s'appelle la révolution française ; il l'est non moins glorieusement au gallicanisme, qui la prépara, et qui en reste la partie religieuse. Notre pays, par le grand Descartes, enfanta encore la science moderne, libre, forte, profondément chrétienne. Nous nous confions au génie de la France : elle ne laissera point l'œuvre inachevée; elle continuera de se montrer la fille aînée de l'Église et la fille aînée de la civilisation. Ne semble 4-elle pas prédestinée, par son histoire entière, à réconcilier enfin ces deux grandes forces, la foi et la liberté, le christianisme et la démocratie, qui s'unissent dans la logique des idées et des faits et ne s'excluent que dans les faux systèmes des hommes? Alors s'arrêtera la dissolution sociale, l'humanité sera soulagée du poids mortel de son angoisse. L'Église, reposant sur ses anciennes bases, redevenwe l'asile du savoir et des vertus, cimentera les conquêtes de l'esprit humain par la majesté de la consécration religieuse : le monde achèvera de passer de la société -du paganisme dans la société selon 1 Évangile. Ainsi sanctifiée et affermie, la révolution française méritera de s'appeler la révolution chrétienne, et les antiques maximes gallicanes auront reçu leur dernier accomplissement. F. H.