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ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE

Cette Eglise naquit en 1790 avec la constitution civile du clergé, et cessa d'exister avec elle en 1801, au Concordat. Elle comprend le clergé soumis à cette constitution et les laïques qui reconnaissaient le ministère de ce

1 M. p., à In suile de chaque signature, signifie sans doute manu proprid. (Note du traduct.)

clergé. En me servant principalement des Annales de la religion !, et du Tableau des évêques constitutionnels de France*^ je vais donner la liste de ses évêques. Elle se divisait en arrondissements métropolitains, ou archevêchés au nombre de onze, auxquels l'Assemblée constituante avait donné les noms d'arrondissements : 1° des côtes de la Manche, 2° du nord-est, 3° de l'est, 4° du nordouest, 5° de la Seine, 6° du centre, 7° du sud-ouest, 8° du sud, 9* des côtes de la Méditerranée, 10° du sud-est, 11° des colonies, et dont les métropoles étaient: Rouen, Reims, Besançon, Rennes, Paris, Bourges, Bordeaux, Toulouse, Aix, Lyon, Saint-Domingue.

Rouen, 1° Louis Charnier de la Roche, prévôt du chapitre d'Ainay, à Lyon, et curé de ladite église, membre de l'Assemblée constituante, né à Lyon en 1744, sacré à Paris le 10 avril 1791 (démissionnaire), mort le 17 mars 1827 à Versailles, dont il était évêque concordataire; 2° Jean- Baptiste- Guillaume Gratien, prêtre de la mission de Saint-Lazare et supérieur du séminaire de Chartres, né à Crescentino, en Piémont, le 24 juin 1747, sacré à Rouen le 18 mars 1792, y mourut le 5 juin 1799 ; Z° Jean- Claude Leblanc de Beaulieu, génovélain, curé de Saint- Séverin, puis desservant de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, né à Paris le 29 mai 1753, sacré dans ladite église le 18 janvier 1800, mort à Paris le 13 juillet 1825.

Bayeux, 1° Claude Fauchet, né à Hernes, département de la Nièvre, 1744, sacré à Paris le 1er mai 1791, membre de la première législature et de la Convention, mort à Paris le 31 novembre 1793 ; 2° Julien- Jean- Baptiste Duchemin, curé de Périès, supérieur du séminaire de Cou-

1 T. xiv, an 1802. *

2 An 1S27.

tances, né à Tinchebray, diocèse de Bayeux, le 30 août 1742, sacré à Notre-Dame de Paris le 10 février 1799, installé à Baveux le 17 dudit mois, où il mourut le 31 mars suivant ; 3° Louis-Charles Bisson, curé de Saiut- Louét-sur-l'Ozon depuis 1771, et premier vicaire épiscopal de Coutances , né à Gefossés, diocèse de Coutances, le 1 0 octobre 1762, sacré à Notre-Dame-de- Paris le 6 octobre 1799, mort le 28 février 1820 à Bayeux.

Coutances, François Becherel, curé de Saint-Loup, diocèse d'Avranches, membre de l'Assemblée constituante, né à Saint-Hilaire-de-Harcouet, même diocèse, le 7 mars 1732, sacré à Paris le 20 mars 1791, mort le 25 juin 1815.

Séez, Jacques André- Simon Lefessier, curé de Bérus, diocèse du Mans, membre de l'Assemblée législative, né à Argentan, diocèse de Séez, le 28 février 1738, sacré à Paris le 3 avril 1791.

Évreux, 1° Robert- Thomas Lindet, né à Bernay le \h novembre 1743, curé de Sainte-Croix-de- Bernay, membre de r Assemblée constituante et de la Convention, sacré à Paris le 6 mars 1791 (abdiqua), mort à Bernay, 1823; 2° Charles- Robert Lamy, curé de Saint-Clair-d'Arcey, archi prêtre de Beau ménil, né à Bernay le 28 mai 1747, sacré à Notre-Dame de Paris le 14 juillet 1799.

Beauvais, Jean- Baptiste Massieu, curé de Sergy, diocèse de Bouen, membre de l'Assemblée constituante et de la Convention, sacré à Paris le 6 mars 1791 (abdiqua), mort à Bruxelles le 6 juin 1818.

Amiens, Eléonore-Marie Desbois de Rochefort, docteur de la maison et société de Sorbonne, ancien vicaire général de La Rochelle, curé de Saint-André-des-Arcs, à Paris, en 1777, membre de l'Assemblée législative, né à

Paris le 28 avril 1749, sacré à Paris le 3 avril 1791, y mourut le 5 septembre 1807.

Saint-Omer, 1° Pierre- Joseph Porion, bachelier de Sorbonne, professeur de théologie à La Flèche, curé de Saint-Nicolas-d'Arras, né à Thièvres, diocèse de Saint- Omer, 17A3, sacré à Paris le 10 avril 1791 (abdiqua), mort le 20 mars 1830 ; 2° Mathieu Asselin, curé du Saint-Sépulcre, à Saint-Omer, né à Beauvoir, paroisse de Bonnières, diocèse d'Amiens, le 26 octobre 1736, sacré à Paris en présence du concile le 1er octobre 1797.

Reims, Nicolas Diot, curé de Venderesse, près Sedan, né à Reims le 6 janvier 1744, sacréà Paris le 1er mai 1791.

Verdun, Jean-Baptiste Aubry, professeur de philosophie à Bat pendant dix ans, curé de Besle, membre de l'Assemblée constituante, né à Saint-Aubin, arrondissement de Cômmercy, département de la Meuse, le 16 avril 1736, sacré à Paris le 13 mars 1791, mort en 1812.

Nancy, 1° Luc-François Lalande, prêtre de l'Oratoire, né à Saint-Lô le 19 janvier 1732, sacré à Paris le 29 mai 1791, membre de la Convention (abdiqua), mort à Paris le 27 février 1805 ; 2° François-Nicolas, vicaire épiscopal de Nancy, membre du concile national de 1797, né à Epinal, diocèse de Saint-Diez, le 16 septembre 1742, sacré à Nancy le 2 février 1800, mort le 24 juillet 1807.

Metz, Nicolas Francin, curé de Freimacher, diocèse de Metz, né à Metz le 20 septembre 1735, sacré à Paris le 3 avril 1791.

Sédan, 1° Nicolas Philbert, prêtre de la mission, curé de Saint- Charles de Sedan, né à Sosci, diocèse de Toul, le 31 octobre 1725, sacré à Paris le 13 mars 1791, mort à Villette, près Sedan, le 22 juin 1797; 2° Joseph Monin, prêtre prémontré, bachelier de Sorbonne, professeur de

théologie à Prémontré, curé prieur d'Hargnies, diocèse deNaraur, né à Palidux, dtiché de Bouillon, le 23 novembre 1741, sacré à Paris le 1er juillet 1798.

Soissons, Claude-Eustache-François Marolles, curé de Saint-Jean, à Saint-Quentin, membre de l'Assemblée constituante, né à Saint-Quentin, en juin 1753, sacré à Paris le 24 février 1791 , mort à Soissons le 27 avril 1794.

Carabray, 1° Claude-François Marie Primat, prêtre de l'Oratoire, curé de Saint-Jacques de Douai, né à Lyon le 26 juillet 1747, sacré à Paris le 10 avril 1791, transféré et installé à Lyon le 10 février 1798; 2° Jacques-Joseph Schetles, ci-devant principal du collège de Bergues, curé de Dunkerque, né à Worrahoudt (Flandre maritime) le 14 juin 1747, sacré à Reims le 9 novembre 1800, mort en 1803.

Besançon, 1° Philippe-Charles-François Séguin, chanoine de la cathédrale, né à Besançon, le 17 janvier 1741 , sacré à Paris, le 27 mars 1791, membre de la Convention (démissionnaire); 2* Jean-Baptiste Demandre, docteur en théologie de l'université de Besançon, curé de Saint-Pierre de Besançon, membre de l'Assemblée constituante, né à Saint-Loup, même diocèse, le 28 octobre 1739, sacré à Besançon, le 17 juin 1798, mort le 21 mars 1823.

Colmar, 1° Aràogast Martin, sous-principal du collège de Colmar, membre de la Convention, né à Walbach, canton de Turckheim, le 23 avril 1731, sacré à Paris, le 10 avril 1791, mort à Colmar, le 11 juin 1794; 2° Marc- Antoine Berdelot, curé de Phaffans, département du Haut-Rhin, et doyen rural, né à Bougemont, même département, le 13 septembre 1740 , sacré à Colmar, le 5 août 1796, mort le 13 du même mois 1809.

Strasbourg , François-Antoine Brendel , professeur de

droit canon à l'université de Strasbourg, né à l'Han , en Franconie, le 4 octobre 1736, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mort à Strasbourg, le 22 mai 1798.

Saint-Diez, Jean- Antoine Maudru, curé d'Aidoilles, diocèse de Saint-Diez, né à Dompt, même diocèse, le 5 mai 1748, sacré à Paris, le 20 mars 1791 , mort à Belleville, près de Paris, le 13 septembre 1820.

Vesoul , Jean- Baptiste Flavigny, curé de Vesoul , né à Vesoul, le 20 février 1732, sacré à Paris, le 10 avril 1791, mort à Vesoul, le 31 mars 1816.

Dijon, Jean-Baptiste Wolfius, ex-jésuite, professeur d'éloquence au collège de Dijon , membre de l'académie de ladite ville, né à Dijon, le 7 avril 1734, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mort en 1822.

Langres, Antoine- Hubert Wandelaincourt^ professeur à Verdun, sous-directeur de l'école militaire à Paris, né h Rupt, diocèse de Verdun, le 28 avril 1731, sacré à Paris, le 10 avril 1791 , membre de la Convention, mort le 30 décembre 1819.

Saint-Claude, François-Xavier Moyse, docteur en théologie de l'université de Besançon, professeur de théologie à Dôle, continuateur des Réponses critiques de feu Bullet, né aux Gras, le 21 décembre 1742, sacré à Paris, le 10 avril 1791, mort à Morteau, le 7 février 1813.

Rennbs, Claude Lecoz, principal du collège de Quimper, né à Plaunevé, diocèse de Quiraper, le 22 décembre 1740, sacré à Paris, le 10 avril 1791, membre de l'Assemblée législative et président des deux conciles nationaux de 1797 et 1801, mort le 3 mai 1815.

Saint-Brieuc, Jean-Marie Jacoby curé de Lannebert, diocèse de Saint-Brieuc, né à Plauzec, même diocèse, le 21 août 1741, sacré à Paris, le 1er mai 1791, mort à Saint-Brieuc le 18 mai 1801.

Quimper, 1° Louis- Alexandre Expilly, recteur de Saint-Martin de Morlaix, licencié de la faculté de théologie de Paris, membre de l'Assemblée constituante, né à Brest, sacré à Paris, le 24 février 1791, victimé à Brest, le 21 juin 1794 ; 2° Yves Audrein, principal du collège des Grassins, à Paris, premier vicaire épiscopal de Vannes, membre de l'Assemblée législative et de la Convention, et membre du concile de 1797, né à Goaret, paroisse de Plouguernevel , diocèse de Quimper, en octobre 1741 , sacré à Paris, le 22 juillet 1798, assassiné le 19 novembre 1800.

Nantes, Julien Minée, curé des Trois-Patrons, à Saint- Denys en France, né à Nantes, sacré à Paris, le 10 avril 1791. {Abdiqua.)

Angers, Hugues Pelletier, génovéfain, docteur en théologie de l'université d'Angers, prieur-curé de Beaufort, né à Angers, le 28 janvier 1729, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mort à Angers, le 6 avril 1795.

Vannes, Charles Lemasle, curé d'Herbignac, né à Gnisande le 1" décembre 1723, sacré à Paris, le 8 mai 1791, mort le 2 octobre 1803.

Le Mans, Jacques Guillaume René- François Prudhomme de La Boussinière , docteur en théologie de la maison et Société de Sorbonne, curé du Crucifix, dans la cathédrale du Mans, né à Saint-Christophe, même diocèse, le 16 décembre 1728, sacré à Paris, le 13 mars 1791.

Laval, 1° Noel-Gabriel-Luce Villar, de la doctrine chrétienne, principal du collège de La Flèche, né à Toulouse, le 1 3 décembre 1748, sacré à Paris, le 22 mai 1 791 , membre de la Convention et du Corps législatif (démissionnaïre), mort le 26 août 1826; 2° Charles-François Dorlodot, curé de Saint-Vénérand de Laval, né au Four-

de-Paris, diocèse de Verdun, le 17 septembre 1756, sacré à Laval, le 7 avril 1799.

Paris, 1° Jean-Baptiste Gobel , né à Thann , département du Haut-Rhin, le l*r septembre 1727, sacré évêque de Lidda et suffragantde l'évêque de Bàle, le 27 janvier 1772, membre de l'Assemblée constituante, transféré et installé à Paris, le 27 mars 1791, mort à Paris, le 4 3 avril 1794; 1* Jean- Baptiste Roy er, curé de Chavanne, diocèse de Saint-Claude, né àCuiseaux, diocèse d'Autun, le 8 octobre 1733, sacré évêquede Belley, le 3 avril 1791, transféré et installé à Paris, le 15 août 1798, membre de l'Assemblée constituante et de la Convention.

Versailles, 1° Jean-Baptiste Avoine, curé de Gomecourt, né au Havre, le 17 septembre 1741, sacré à Paris, le 27 mars 1791, mort à Versailles, le 3 novembre 1794; 2° Augustin- Jean-CImrles Clément , ci-devant chanoine , trésorier de la cathédrale d'Auxerre, né à Paris, le 8 septembre 1717, sacré à Versailles, le 12 mars 1797 {doyen d'âge), mort le 13 mars 1804.

Chartres, Nicolas Bonnet, curé de Saint-Michel de Chartres, né à Thrion, village de Chartres, le 25 mai 1721, sacré à Paris, le 27 mars 1791, mort à Chartres, le 12 novembre 1793. .

Orléans, Louis- François- Alexandre de Jarente, né au château de Soissons, diocèse de Vienne, le 1er juin 1746, sacré évêque d'Oliba en Cilicie, le 18 février 1781, et transféré à Orléans en 1788 (abdiqua), mort à Paris en

Sens, 1° Etienne-Charles de Loménie de Brierme, né à Paris, en 1727, sacré évêque de Condom, le 11 janvier 1761, transféré à Toulouse en 1763, à Sens en 1788, cardinal en 1789, abdiqua le cardinalat en 1791, et mourut

à Sens, le 16 février 1794 ; 2° Louis- François Ponsignon, premier vicaire épiscopal de Versailles, né à Paris , lé 16 septembre 1769, élu et proclamé au concile métropolitain de Paris, et non sacré.

Troyes, 1° Augustin Sibille, curé de Saint-Pantaléon, à Troyes, né à Troyes, le l,r octobre 1724; sacré à Paris, le 3 avril 1791 ; mort à Troyes, le 11 février 1798 ; 2° Jean- Baptiste Blampoix, ci-devant professeur de philosophie à Màcon, curé de Vandœuvres et président du presbytère de Troyes, né à Màcon, le 16 octobre 1760, sacré à Paris, le h novembre 1798, mort à Màcon en juin 1820.

Meaux, Pierre Thuin, chanoine, curé de Montereau- Fault-Yonne-Dentiiïi, né à Montereau-Faut-Yonne, le 28 février 1731, sacré à Paris, le 27 mars 1791.

Bourges, lo Pierre-Anastase Tomé, de la doctrine chrétienne, prieur dé Saint-Paul de Bagnères-Bigorre, prédicateur ordinaire du roi, membre de la première législature, néàTarbes, le 21 janvier 1727, sacré à Paris, le 26 avril 1791, mort à Tarbes, le 12 janvier 1797, après avoir apostasié; 2° Michel-Joseph du Fraisse, ex-jésuite, ancien professeur de théologie à Orange, vicaire épiscopal de Clermont, membre du concile de 1797, né à Clermont- Ferrand, le 12 avril 1728, sacré à Paris, le 28 octobre 1798, mort le 17 septembre 1802.

Blois, Henri Grégoire, curé d'Emberménil, diocèse de Metz, né à Vého, même diocèse, le h décembre 1750, membre de l'Assemblée constituante, de la Convention, du Corps législatif, du Sénat conservateur et de l'Institut national, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mort dans la même ville, le 28 mai 1831.

Chfcteauroux, René Héraudin, curé de Chaillac, diocèse de Bourges, né en la ville de Blanc, paroisse Saint-Genitoux, même diocèse, le 2 février 1722, sacré à Paris, le

6 mars 1791, mort à Valençay, dans son diocèse, le 8 mars 1800.

Tours, Pierre Suzor, curé d'Ecueilli, diocèse de Tours, né à Preuilly, même diocèse, le 25 février 1733, sacré à Paris le 1er avril 1791, mort à Preuilly, le 13 avril 1801,

Poitiers, ioRené Lecesye, curé de Sakit-Triaire de Poitiers, né à Poitiers, en septembre 1733, membre de l'Assemblée constituante, sacré à Poitiers, le 27 mars 179t, mort à Poitiers, le 18 avril même année; 2o Charles Montait, prêtre, président du département, né à Loudun, le 30 avril 1755, sacré à Poitiers^ le 23 octobre 1791. {N'exerça point.)

Guéret, Antoine Hvguet, curé de Bourgarieuf , diocèse de Limoges, né à Moirsac, diocèse de Clermont, en 1757, sacré à Guéret, le 29 mai 1791, membre de la première législature et de la Convention, mort à Paris, le 12 octobre 1796.

Moulins, 1° François- Xavier Laurent, curé d'Huilleaux, membre de l'Assemblée constituante, sacré à Paris , le 6 mars 1791 (abdiqua) ; 2<> Antoine Butaud-Dupoux, docteur en théologie, curé de Saint-Pierre de Moulins et archiprêtre depuis 1787, né à Saint-Benoist-du-Sault , le 29 mars 1730, sacré à Paris, le 28 octobre 1798, mort le 19 août 1805.

Nevers, Guillaume Tollet, curé de Vandenesse, diocèse de Nevers, près Autun, né à Moulins-en-Gilbert, le 12 août 1735, sacré à Paris , le 27 mars 1791.

Bordeaux, lo Pierre Pacareau, chanoine de la métropole, né à Bordeaux, le 2 septembre 1711, sacré à Bordeaux, le 3 avril 1791, où il mourut le 5 septembre 1797; 2° Dominique Lacombe, prêtre de la doctrine chrétienne , ci-devant recteur du collège de Bordeaux, curé de Saint- Paul de Bordeaux, membre de la première législature et

du concile de 1797, né à Montrejeau, diocèse de Comminges, le 25 juillet 1749, sacré à Paris, le -14 février 1798, mort le 6 avril 1823.

Luçon, François-Ambroise Rodrigue, sacré à Paris, le 29 mars 1791. [Retiré.)

Saintes, Jean-Etienne Robinet, curé de Saint-Juvinien, sacré à Paris, le 2Q mars 1791, mort le 8 novembre 1797.

Dax, Jean-Pierre Saurine, bachelier en droit canon, avocat au parlement et membre de l'Assemblée constituante, né à Oléron, le 10 mars 1733, sacré à Paris, le 27 février 1791, membre de la Convention, et élu évêque d'Oléron, institué à Paris, mort le 9 mai 1813.

Agen, André Constant, dominicain, professeur de théologie à l'université de Bordeaux , né à Saint-Mégrin , diocèse de Saintes, le 24 juin 1736, sacré à Bordeaux, le 5 juin 1791, mort à Paris, le 7 juin 1811.

Périgueux, Pierre Pontard, curé de Sarlal, membre de la première législature, sacré à Bordeaux, le 3 avril 1791, né à Mussidan en 1750 (abdiqua); 2° Antoine Bouchier, curé de Saint-Silain de Périgueux, et ci-devant chapelain des prisonniers pendant trente ans, né à Périgueux, le 5 juillet 1741, sacré à Bordeaux, le 22 mars 1801, mort à Périgueux, le 11 septembre de la même année.

Tulle, Jean-Joseph Brival, ex-jésuite, curé de Lapleau, diocèse de Limoges, né à Fougère, près Saint-Hilaire, le 9 avril 1727, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mortàTulle,

le 18 janvier 1802. *

Limoges, Léonard Gayvernon, curé de ComprégnaG, membre de la première législature et de la Convention, né à Saint- Léonard, le 6 décembre 1748, sacré à Paris, le 13 mars 1791 (abdiqua), mort le 20 octobre 1822.

Angouléme, Pierre-Mathieu Joubert, curé de Saint-

Martin, membre de l'Assemblée constituante, sacré à Paris, le 27 mars 1791 (abdiqua).

Saint-Maixent, Jean- Joseph Mestadier, curé de Breuil , né à I<a Faye-Montjaud, diocèse de Saintes, le 3 février 1739, sacré à Bordeaux, le 5 juin 1791 {reprit ses fonctions après que le concile eut déclaré son siège vacant), mort le 2 septembre 1805.

Toulouse, Antoine- Pascal- Hyacinthe Sermet, ex-provincial des carmes déchaussés, et prédicateur ordinaire du roi, membre de l'Académie royale des sciences de Toulouse et de celle dès belles-lettres dé Montauban , néà Toulouse, le 8 avril 1732, sacré à Paris, le 26 avril 1791; il y mourut le 24 août 1808.

Auch, Paul-Benoît Bartke, professeur de théologie à l'université de Toulouse, néà Narbonne, le 21 mars 1739, sacré à Paris, le 13 mars 1791, mort à Auch, le 25 novembre 1809.

Narbonne, lo Guillaume Besaucelle, doyen du chapitre de Carcassonne, né à Saissac, môme diocèse, le 1" septembre 1712, sacré à Toulouse, le 15 mai 1791, mort à Carcassonne, le k février 1801, étant doyen d'âge; 2° Louis Belmas, curé de Castelnaudary, fié à Montréal, diocèse de Carcassonne, le 11 août 1757, sacré à Carcassonne, le 26 octobre 4800, pendant la tenue du synode métropolitain, et en présence de son prédécesseur, qui l'avait demandé pour coadjuteur, mort à Cambray, le 21 juillet 1841.

Alby, Jean-Joachim Gausserand, curé de Rivière, promoteur de l'archevêque d* Alby et membre de l'Assemblée constituante, né à Cunac, diocèse d'Alby, le 25 décembre 1749, sacré à Paris, le 3 avril 1791.

Oléron, Barthélémy- Jean- Baptiste Sanadon, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, professeur d'iiis-

toire et de littérature au collège de Pau, et historiographe des Basques» né à Saint-Nicolas, commune de Baumel , diocèse dÉvreux, le 5 février 1729, sacré à Paris le 26 avril 1791, mort à Seinte-Marie-d'Oléron, le 9 février

Tarbes, Jean- Guillaume Molinier, prêtre de la doctrine chrétienne, professeur en théologie, recteur du collège de Tarbes, né à Seaulieu, diocèse d'Alby, le 5 février 1733, sacré à Paris, le 26 avril 1791.

Rhodéz, Claude Debertier, curé de la paroisse et supérieur du collège de la Quiole, diocèse de Rhodez, lté à Clerraont-Ferrand, le 22 mai 1750, sacré à Paris, le 1er mai 1791, mort le 19 octobre 1831.

Gahors, Jean d'Anglars,&rchiprètre de Gaillac, diocèse de Cahors, né à Simeirols, le 2û juillet 1739, sacré à Tulle, le 3 avril 1791.

Perpignan, 1° Gabriel de Ville, curé deSaint-Paul-de- Fenouillet, né à la Tour-de-France, diocèse d'Aleth, sacré à Paris, le 26 avril 1791, mort à la Tour-de-France, le 20 juin 1796 ; 2° Dominique- Paul Villa, ex-provincial de Tordre de Notre-Dame-de-la^-Merci, examinateur synodal, professeur de morale à l'université de Perpignan et supérieur du séminaire, né à Mondavezan, diocèse de Rieux, le 25 septembre 1735, sacré à Perpignan, le 6mail798.

Pamiers, 1° Bernard Font, curé de Béuac et Seres, diocèse de Pamiers, chanoine de la collégiale de Pamiers, membre de la première législature, né à Acqs, même diocèse, le 25 octobre 1723 ; sacré à Toulouse, le l^mai 1791, mort à Foix, le 1er novembre 1800; 2° François -Louis Lemercier, docteur en théologie, né à Pamiers, le 28 avril 1729, sacré à Toulouse, le 1er mai 1801, mort le U mars 1804.

Aix, 1# Charles-Benoit Roux, curé d'Airague, diocèse d'Avignon, né à Lyon, sacré à Paris, le 3 avril 1791, victiraé à Marseille, étant à l'autel, le 17 avril 1795; 2° Jean- Baptiste- Siméon Aubert, augustin réformé, chef du presbytère d'Aix, né à Fontvielles , même diocèse, le \U août 173* , sacré à Aix, le 6 mai 1798.

Bastia, François-Mathieu Guasco, né dans le diocèse de Mariana, le 21 novembre 1720, sacré évéque de Nebbio, le 6 août 1770, évéque de Sagone en 1772.

Fréjus, Jean- Joseph Rigouard , docteur en droit et en théologie de l'université d'Aix, curé de Soilies, membre de l'Assemblée constituante, né à Soilies, le 1er octobre 1735, sacré à Paris, le 22 mai 1791, mort à Sotlies, le 15 mai 1799.

Digne, !• Jean- Baptiste Romé de Villeneuve, curé de Vallensolle, diocèse de Riez, né à Vallensolle, le 9 février 1727, sacré à Nîmes, le 2 juin 1791, mort à Vallensolle, le 23 décembre 1798 ; T André Champsaud, bachelier en théologie, curé et chanoine honoraire de la cathédrale, prieur de Notre-Dame de Château-Redon, premier vicaire épiscopal de son prédécesseur, né à Digne, le 9 août 1738, sacré à Aix, le 5 mai 1799.

Embrun, 1° Ignace Caseneuoe , chanoine de Gap, sacré à Paris, le 3 avril 1791, membre de la Convention [retiré), mort à Gap en 1805; 2° André Garnier, curé d'Avançon, ci-devant supérieur et professeur de théologie au séminaire d'Embrun, né à Avançon, le 27 mai 1727, sacré à Aix, le 19 janvier 1800.

Valence , François Marbos, curé près Valence, sacré à Paris, le 3 avril 1791, membre de la Convention. (Retiré.)

Mende, F tienne Nogaret, né à Salses, département de la Lozère, le 1er mars 1720, sacré à Paris, le 8 mai 1791, mort le 30 mars 180&.

Nîmes, Jean-Baptiste Dumouchel, professeur au collège de la Marche, recteur de l'université de Paris, et membre de l'Assemblée constituante, sacré à Paris, le 3 avril 1791 {abdiqua), mort à Paris, le 17 décembre 1820.

Béziers, 1° Dominique Pouderoux, curé de Saint-Pons, né au bourg de Villeneuve, près Béziers, le 22 juin 1721, sacré à Paris, le 3 avril 1791, mort à Béziers le 10 avril 1799 ; 2° Alexandre- Victor Rouanet, professeur de théologie à Saint-Pons, vicaire épiscopal et supérieur du séminaire de Béziers, pro-curé d'Olonzac, né à la Bastide, diocèse de Saint-Pons, le 13 septembre H-'J^sacré à Béziers, le 10 novembre 1799.

Avignon, 1° François- Régis Rovbre, ex-consul français à Livourne et vicaire épiscopal de Nimes, né à Bonnière en 1756, sacré à Avignon, le 2 octobre 1793 [retiré], mort en 1820; 2° François- Etienne, chanoine régulier de l'ordre des Mathurins, curé de Saint-Pierre d'Avignon, né à Avignon, le 5 juin 1763, sacré à Avignon, le 29 avril 1798.

Nice, Charles- Eugène Valpergue de Mal ion, né à Valpergue, diocèse de Turin, le 11 août 1740, sacré le 20 mars 1780.

Lyon, 1° Adrien Lamourette, prêtre de la mission, professeur et supérieur du séminaire à Toul, directeur de retraite à Saint- Lazare, membre de la première législature, né à Frevent, près Calais, sacré à Paris, le 27 mars 1791, victime à Parte, le 11 janvier 1 796 ; 2° Claude- François- Marie Primat, sacré évôque de Cambray, le 10 avril 1791, transféré et installé a Lyon, le 10 février 1798, mort le 10 octobre 1816.

Saint-Flour, 1° Anne- Alexandre-Marie Thibaut, bachelier en théologie de la Faculté de Paris, curé de Souppes, et membre de l'Assemblée constituante et de la Conven-

lion, sacré à Paris, le 3 avril 1791 (cessa toutes fonctions) ; 2° Louis Bertin, curé de Mauriac, membre du concile de 1797, né à Mauriac, le 27 août 1751, saoré à Auriliac, le 3 mai 1801.

Clermont, Jean-François Périer, prêtre de l'Oratoire et supérieur du collège militaire d'Effiat, en Auvergne, né à Grenoble, le 6 juin 1740, sacré à Paris, le 27 mars 1791, mort à Avignon, le 30 mars 1824.

Le Puy, Etienne Delcher, docteur en théologie de l'universitéde Toulouse, curé de Saint-Pierre de Brioude depuis vingt-sept ans, membre de la Convention, né à Brioude, Ie20 décembre 1732, sacréà Paris, le 3 avril 1791.

Viviers, Charles Lafont de Savinès, né à Embrun, le 17 février 1742, sacré le 26 juillet 1778 {cessa toutes fonctions), mort à Embrun, sur la fin de 1814.

Grenoble, i° Joseph Pouchot, ancien curé de Saint-Ferjus, né à Grenoble, le 6 mai 1727, sacré à Paris, le 27 mai 1791, mort à Grenoble, le 28 août 1792 ; 2* Henri Reymond, docteur en théologie de l'université de Valence, curé de Saint-Georges de Vienne, ci-devant professeur de philosophie, né à Vienne, le 21 octobre 1737, sacré à Grenoble, le 15 janvier 1793, mort le 20 février 1820.

Belley, Jean-Baptiste Boyèr, chanoine, curé de Chavanne, diocèse de Saint-Claude, membre de l'Assemblée constituante et de la Convention, né à Cuiseaux, diocèse d'Autun, le 8 octobre 1733, sacré à Paris, le 3 avril 1791, transféré à la métropole de Paris, le 15 août 1798.

Autun, 1° Charles- Maurice Talleyrand-Périgord, né à Paris en 1754, sacré le 4 janvier 1789, membre de l'Assemblée constituante (démissionnaire); 2° Jean-Louis Gouttes, curé d'Argilliers, diocèse de Béziers, membre de l'Assemblée constituante, né à Tulle, le 24 mai 1739, sacré à Paris, le 3 avril 1791, viclimé à Paris le 26 mars

1794; 3° Thomas- Juste Foulard, curé des Vertus, diocèse de Paris, né à Dieppe, le 1er septembre 175/i, sacré à Lyon, le 44 juin 1801.

Chambéry, François- Thérèse Panisset, curé de Saint- Pierre d'Albigny, diocèse de Cliarabéry, sacré à Lyon, le 14 avril 1793. {Abdiqua.)

Les colonies formaient onze sièges érigés par le concile national de 1797, Santo-Domingo, le Gap (nord), Port- Liberté (ouest), les Caves (sud), Samana, la Guadeloupe, la Martinique, Sainte-Lucie, Cayenne, l'île de France, Tîle de la Réunion (auparavant Bourbon). Ces deux derniers sièges, qui étaient ceux des Indes-Orientales, n'appartenaient point à l'arrondissement des colonies, mais à celui du nord-ouest en France, et avaient Rennes pour métropole. La métropole des neuf sièges des Indes-Occidentales était Santo-Domingo ou Saint-Domingue. Le temps sans doute et plus encore peut-être les circonstances ne permirent point à l'Église constitutionnelle de pourvoir d'évéques tous les sièges coloniaux. Il paraît qu'il n'y eut que quatre sujets d'élus, et seulement deux de sacrés.

Port-Liberté, Antoine Capelle, curé de Saint- Pierre de Bracou, diocèse d'Alby, élu par le concile national

de 1797. \ -^..tv^ JljWg '

1/1 Les Cayes, Guillaume Mauviel, né à Fervaches, diocèse

de Coutances, le 29 octobre 1757, desservant de Noisyle-Sec, diocèse de Paris, élu en 1797 par le concile national, dont il était membre, et sacré à Paris, le 3 août 1800, mort près de Sens, 1814.

Samana, Jean Remade Lissoire^ chanoine régulier de l'ordre des prémontrés, curé de Vanderesse, diocèse de Sedan, né à Floing, près Sedan, le 5 novembre 1766,

élu par le concile national de 1797 , mort à Paris, 13 mai 1806.

Cayemie, Nicolas Jacquemin% chef des missions de l'Église de Cayenne, où il résidait depuis vingt-deux ans, né à Osne, près Sedan, lé 16 janvier 1737, élu par le concile national de 1797, sacré dans l'église de Notre-Dame de Paris, le k février 1798.

La liste qu'on vient de présenter est digne d'attention. On y voit des oratoriens , des bénédictins , des génovéfains, des prêtres de la doctrine chrétienne, des prêtres de la mission, des carmes, des bacheliers et des docteurs en théologie, en droit canon, des professeurs de ces deux sciences, des supérieurs de séminaires , des recteurs de collèges, d'universités, un jésuite professeur d'éloquence, un autre de théologie; presque les deux tiers des membres sont curés, plus d'un tiers députés à l'Assemblée constituante, à la Convention ; enfin on y voit des professions qui supposent le travail , les lumières, la gravité, des mandats qui dénotent l'estime , la considération, la confiance publique?. Comparé à celui qu'il remplace, cet épiscopat seul est une apologie de la constitution civile du clergé. Le premier se composait de nobles dont le mérite consistait trop souvent à s'être donné la peine de naître. Le second est formé de plébéiens qui , par leur application, s'étaient élevés aux postes qu'ils occupaient lorsqu'ils furent promus.

Au titre 6e du concordat de François Ier et de Léon X, les parents du roi et les hauts personnages (consanguineis régis ac personis sublimibus) sont dispensés des grades universitaires, c'est-à-dire des preuves de capacité, comme ayant sans doute la science infuse. Les sièges étaient la proie de la noblesse. Sur la fin du règne de Louis XIV, on ne trouve guère parmi les évéques qu'un dixième de

roturiers. De 1695 à 1715, par exemple, dans cet espace de vingt ans, sur cent vingt choix (l'Église gallicane comptait alors cent vingt-huit sièges), onze noms seulement ne sontpoint précédés de la particule féodale1. L'auteur qui en donne la liste, l'abbé Aimé Guillon de Monléon , et qui ne paraît nullement prévenu contre ce qu'on appelle la naissance, est fort loin d'admirer le plus grand nombre de ces prélats. Les nominations ne devinrent vraisemblablement pas meilleures sous le régent. Apres une nombreuse promotion , jouant sur le mot grâce don de Dieu , et grâce faveur du prince, il disait devant toute la cour : Les jansénistes ne se plaindront pas , car je viens de tout donner à la grâce et rien au mérite 2. Sous Louis XV « s'établit l'usage de refuser les évêchés et les bénéfices opulents aux ecclésiastiques roturiers3. » « Dans ces derniers temps, dit le marquis de Bouille 4, les évêques n'étant plus choisis que parmi la . jeune noblesse de la cour et des provinces, le clergé avait perdu une partie de sa considération. »

Au lieu de poursuivre les réformes du xvne siècle, on introduisit de nouveaux abus, telle l'idolâtrie du cordicolisme. Le plus fameux des partisans de la bulle unigenitus, Languet, évêque de Soissons, puis archevêque de Sens, consacrait un volume in-U" à la vie de Marie Alacoque,et donnait pour des révélations les visions de cette folle. L'ultramontanisme se relevait. Plus l'esprit philosophique et libéral croissait, plus la superstition et

» Hist. de VÉgîise pendant le xvmp siècle, t. 1er, p. 468 cl r»80.

2 Louis XI T, sa cour et le régent, t. IV, p. 102, note, par Ainjnctil.

3 Jlisl. de France pendant le xvme siede, t. VI, p. 107, par Laoretelle.

< Mém.% p. 60.

le despotisme prélatal reflorissaient. La science réelle, la piété éclairée, ne se trouvaient presque plus que dans le clergé du second ordre, en qui se développaient le pressentiment et le désir de la rénovation sociale et prochaine du genre humain. Malheureusement elles ne s'y trouvaient pas toujours. « Depuis quarante ans, disait Grégoire en 1801, le délabrement des études ecclésiastiques était sensible. La chétive théologie de Collet était classique dans la plupart des séminaires ; et l'éducation y était pitoyable à l'époque de la révolution. Ajoutez que l'irréligion, et conséquemment l'immoralité, s'étaient glissées dans plusieurs de ces établissements, et jusque dans les monastères ; de là sont sortis tant de prêtres ignorants et mauvais sujets, qui, dans le cours de la révolution, ont scandalisé la France. L'histoire n'oubliera pas de remarquer qu'ils ont été ordonnés par les évêques de l'ancien régime , et non par nous1. »

Des évêques constitutionnels, Minée, Panisset, qui se rétracta, Pontard, Tomé, apostasièrent. Beaucoup de prêtres renoncèrent aussi au christianisme, ou tombèrent dans l'indifférence. Une multitude se marièrent. Grégoire compte environ deux mille prêtres et sept ou huit évêques2: Loménie , coadjuteur de Sens et neveu du cardinal titulaire de ce siège; Jarente, évêque d'Orléans ; Talleyrand, évêque d'Autun ; Pontard, évêque de Périgueux ; Tomé , évêque de Bourges; Massieu , évêque de Beauvais ; Lindet, évêque dEvreux ; Dumoucliel, évêque de Nîmes. Ils eurent tort sans doute; cependant ils étaient moins coupables que ceux de leurs prédécesseurs qui vivaient en concubinage , car ii est moins grave de

1 Actes du 2* concile national de France, t. III, p. 208.

2 Uist. du mariage des prêtres, etc., p. C7 et 138.

violer la discipline que la morale. D'ailleurs, Talleyrand, Jarente, Loménie, appartenaient à l'ancien régime.

<v La convention , après avoir donné dans son soin même le signal de la persécution, vomit dans tous les départements des proconsuls féroces qui, retraçant dans toutes les églises les sacrilèges d'Antiochus à Jérusalem, couvrirent la France de cachots , de débris et fie massa cres. L'histoire, en burinant leurs crimes, restera bien au-dessous de la vérité, par la disette de termes nou veaux pour exprimer des forfaits inouis. Le sang des prêtres ruisselait des échafauds, et ceux qu'on ne traînait pas à la mort étaient condamnés à éprouver dans les cachots toutes les angoisses du trépas1.» Cette persécution , criblant le nouveau clergé , sépara les bons des mauvais. Parleur chute, ceux-ci se jugèrent eux-mêmes , et souvent ils s'exclurent. Quand ils eurent le front de rester, on les cha>sa. Si l'on usa d'indulgence pour la faiblesse repentante, on fut inexorable pour l'endurcissement et pour la corruption.

Ainsi épuré, le clergé se trouva un des plus respectables qu'on eût encore vus. Écoutons un adversaire contemporain : « Le clergé schismatique est insensiblement devenu moins défavorable, et a fini par obtenir des suffrages, même imposants. 11 a rejeté hors de son sein ce qu'il appelait son écume, ces hommes évidemment coupables devant Dieu, flétris devant le monde, et dont le nom seul est un scandale. Les nouveaux choix pour les sièges vacants ont été dictés par le désir de la considération et par la crainte du mépris public (pourquoi pas avant tout par la piété et l'amour de la religion ? ). Ces nouveaux élus, voulant honorer le corps dont ils avaient

1 Grégoire, Compte rendu au concile de 1797, p. 1.

consenti à devenir les membres, ont prêché , de parole et d'exemple, l'étude de la religion, la régularité des mœurs, la pratique de la charité et de tous les devoirs sacerdotaux. Dans les temps de la terreur, on a vu de ces pasteurs schismatiques, soit du premier , soit du second ordre, braver les plus grands dangers pour conserver le souvenir d'une religion , pour secourir, consoler, sauver ce qu'ils appelaient leur troupeau, même sans différence d'amis ou d'ennemis. On en a vu qui , traînés à l'échafaud , ont reçu le coup de la mort avec courage et religion. On les a vus depuis se réunir en conciles , dans lesquels ils ont imité toutes les formes et parlé le langage des conciles les plus canoniques et les plus respectés. Dans l 'avant-dernier, ils ont excommunié solennellement tout prêtre ou évêque qui avait renié ou blasphémé, qui avait livré ses lettres de prêtrise, qui était marié, etc. Ils viennent d'en tenir un récemment : les papiers publics nous ont appris que , le jour de son ouverture, le peuple n'avait pas vu sans intérêt celte réunion de vieillards vénérables, de victimes échappées à une si longue persécution *. »

Lally rapporte ensuite le témoignage de l'abbé Émery : « Nous ajoutons, disait celui-ci , et nous ne craignons pas même de le dire hautement, quelques ardents catholiques dussent-ils en être choqués, il est dans le clergé constitutionnel des sujets qui ne sont point indignes d'être recherchés, et qui peuvent servir utilement l'Église. Assurément , il serait peu juste de refuser toute estime à ceux d'entre eux qui n'ont point abjuré leur état ni

1 Lettres de Lally -Tolendal au rédacteur du Courrier de Londres, sur le bref du pape aux é\éques insermentés, pour demander leurs démissions, Paris, 1801, p. 36.

abandonné leur poste , malgré la défection et l'exemple contagieux d'un si grand nombre de leurs confrères1. » Mais n'est-c»; pas l'immense majorité, c'est-à-dire les trois quarts des évèques, et peut-être des curés, vicaires et aumôniers, qui n'ont point abjuré leur état, et à qui, par conséquent, d'après Émery, on ne peut refuser toute estime?

« Le clergé, dit Grégoire 2, présentait la lâcheté ou même la hideuse apostasie en contraste avec une fidélité courageuse et digne des beaux siècles de l'Église. Je me bâte cependant d'observer qu'on a beaucoup exagéré le nombre des coupables. Je ne parle pas même decette foule d'hommes qui signaient lâchement ce que leur cœur désavouait, surtout dans le Mont-Blanc, département en proie aux lureurs d'Albitte. En pareil cas, il fallait briser la plume et savoir mourir; mais je rappelle qu'à cette époque les administrations et les comités révolutionnaires, composés d'êtres les plus immondes à force d'être épurés, arrachaient aux prêtres leurs lettres d'ordre, sous prétexte qu'elles portaient des empreintes féodales , ils forçaient à des abdications , présentaient ensuite ces divers actes comme des abjurations du catholicisme, et ne faisaient jamais droit sur les réclamations contre cette imposture. On sait qu'en vertu d'un décret, les litres cléricaux avaient été transmis au comité d'instruction publique. J'ai compulsé la totalité de cette collection ; on y trouve quelques actes d'apostasie; mais beaucoup de lettres d'autorités constituées qui portent tous les carac-

1 Conduite de l'Église dans la réception des ministres de la religion qui reviennent de l'hérésie et du schisme , depuis saint Cyprien jus qu'aux derniers siècles, 1801, p. 16, 2e édit.

2 Compte rendu au concile de 1797, p. 6.

330 essais'

tères de- la tyrannie et de la calomnie ; et comme il se pourrait qu'un jour la malveillance dénaturât les faits, je prends date pour en démentir la majeure partie aux yeux de la postérité. Elle remarquera d'ailleurs, 1° que ceux des évêques et des prêtres qui se sont signalés d'une manière criminelle, avaient été tous, ou presque tous, ordonnés dans l'ancien régime; 2° qu'au milieu de tant de sujets de gémissement, nous n'avons pas appris qu'un seul ait violé le secret de la confession ; il semble qu'une providence particulière ait empêché que ce crime fût ajouté à tant d'autres. »

Émery termine son observation par dire que c'est en général à l'Église constitutionnelle qu'appartenait, que c'est de son sein qu'on a vu sortir cette multitude d'ecclésiastiques qui ont apostasié , qui ont déshonoré le sacerdoce de tant de manières. Eh bien ! qu'en résulte- 1- il contre cette Église ? Comme vient de le remarquer Grégoire , ce n'est pas elle qui les avait élevés au sacerdoce.

N'est-il pas heureux qu'elle ait été à ces misérables l'occasion de se démasquer et de purger le sanctuaire d'eux-mêmes, ainsi qu'à l'élite des bons prêtres l'occasion de se produire et de servir la religion par leurs talents, leurs lumières et leurs vertus? Mettre chacun à sa place, tel est l'effet admirable de la liberté.

Les deux conciles nationaux, que Lally-Tolendal ne craint pas de louer hautement , furent précédés d'un comité appelé les évêques réunis. Il était composé des évêques qui, sur la fin de 179/4, au ralentissement de la persécution, se trouvaient à Paris, savoir : Desbois, Grégoire, Saurine, Royer, Primat Les premières assemblées se tinrent chez Desbois, au presbytère de Saint-André, -v les autres dans la maison du prêtre Saillant. On- cher-

SUR ï,\ RÉFORME CATHOLIQUE. 331

chait1 à découvrir ce qu'était devenu chaque pasteur dans toute la France, et le genre de fonctions qu'il remplissait au milieu des oppressions qui subsistaient encore ; k renouer une correspondance au moins avec les principaux, les exciter à sortir de leurs retraites, ranimer leur courage , les engager à reprendre le soin des âmes. On cherchait comment on agirait auprès des autorités constituées pour retirer des prisons ceux qui y gémissaient encore, n'importe qu'ils lussent assermentés ou insermentés. On travaillait à rouvrir les églises, créer des presbytères dans les sièges vacants, à leur donner des évoques; à rétablir les communications tant avec le Saint-Siège qu'avec les Eglises étrangères ; mais, avant tout, à obtenir la liberté religieuse. Comme plusieurs des évèfjues rétùiis étaient membres de la Convention, on eut peu à peu des détails sur tout ce qui se passait dans les départements par rapport à la religion. Mais il fallait livrer un combat à ses ennemis, qui composaient la grande majorité de cette même Convention. Grégoire rédigea un discours sur la liberté des cultes, le soumit à ses collègues, le 20 décembre 1794, et, le lendemain, il monta à la tribune; les huées, les clameurs, les soulèvements de l'impiété dans l'assemblée et les applaudissements prolongés des tribunes formaient, suivant son expression, un contraste piquant. Un seul libraire, Maradan, eut le courage de publier ce discours; Crapelet, qui avait commei.cé l'édition , n'osa continuer, malgré un billet signé de la main de Grégoire 2. Bientôt le cri du peuple força les législateurs, et, le 21 lévrier 1795, ils décrétèrent la liberté des cultes, d'après un discours de Boissy-d'Ànglas,

1 Mém. sur la vie de Clément, évêque de Versailles.

2 Mém. de Grégoire, t. II, p. 55.

qui insultait à tous les cultes. Les temples se rouvriront le 30 mai, et le 29 septembre parut la loi sur Ycxercice et la police des cultes. Us étaient abandonnés à eux-mêmes; l'État ne se réservait que le droit de les surveiller, et ne donnait aucun salaire à leurs ministres.

Le 15 mars, les évêques réunis avaient adressé aux autres évêques de France et aux Eglises vacantes une première lettre encyclique de 2U pages in-8°. Après avoir fait une profession de foi sur l'Église catholique et sur son gouvernement, en s'appuyant du premier concile de Nicée, du concile de Trente et de l'Exposition de la doctrine catholique, par Bossuet, ils déclarent indignes de leur état et de la confiance des fidèles « lu tous les ecclésiastiques et surtout les évêques qui ont apostasié par quelque motif que ce soit; 2° les ecclésiastiques qui ont livré à la profanation le corps de Jésus-Christ, les saintes Écritures, les saintes huiles, l'image de Jésus-Christ, ou autres objets de la vénération des fidèles, ou qui ont applaudi aux sacrilèges, aux impiétés, aux blasphèmes des ennemis de la religion ; 3" les ecclésiastiques qui, de leur propre mouvement, ont livré ou promis de livrer, ou fait croire qu'ils avaient livré leurs lettres d'ordre, d'institutioiî canonique, de desserte ou de vicariat, ou en ont consenti la remise faite par autrui ; W les ecclésiastiques qui, de leur propre mouvement et sans motif canonique, ont, pendant la persécution, donné leur démission ou déclaré qu'ils renonçaient à leurs fonctions; 5° les ecclésiastiques qui , ayant livré leurs lettres par crainte, à la vérité, mais avec conviction qu'on les leur demandait en haine de la religion ou en signe d'abdication de leur état, n'ont pas déclaré aussitôt qu'ils ne renonçaient pas à la religion ou à leur caractère, ou à leurs fonctions, ni réclamé, avant la fin de la persécution , auprès des au-

torités constituées; 6° les ecclésiastiques qui, en s'abste-" nantpour eux-mêmes des actes d'abdication mentionnés ci-dessus, les ont conseillés à d'autres; 7° les ecclésiastiques qui, par. crainte ou autrement, ont coopéré d'une manière active à la persécution ou à la suspension du culte ; 8° les ecclésiastiques qui ont assisté et pris part aux cérémonies d'un culte impie ou dérisoire; 9° les ecclésiastiques qui se sont mariés, sous prétexte d'éviter la persécution ou par quelque motif que ce soit, quand même ils renonceraient au mariage. »

uNous pensons, ajoutent les évégues réunis, qu'eu égard aux besoins de l'Eglise, on pourra user d'indulgence envers les ecclésiastiques qui, ayant livré leurs lettres ou donné leur démission, et n'étant compris dans aucun des articles précédents, auront, par de dignes fruits de pénitence, expié leur faute et réparé leur scandale. Les fautes de ce genre sont susceptibles d'une latitude plus ou moins grande, qui en atténue ou en accroît la gravité, et qui doit conséquemment modifier, d'après les règles canoniques et celles de la prudence chrétienne, l'application des principes de sévérité ou d'indulgence. Mais, à l'égard des personnes indiquées dans les précédents articles, la discipline doit être observée dans toute sa rigueur; on fera sentir aux peuples la nécessité de s'y conformer et les maux qu'entraînerait le relâchement dans des cas si graves. » Quant aux fidèles qui sont tombés dans cette persécution, les évéques réunis ont traduit le traité de saint Cyprien De lajjsis, c'est-à-dire Des tombés, pour servir de règle de conduite. Ils proposent aussi le 19* chapitre du concile de Nicée, les conciles d'Elvire, d'Arles, d'Ancyre, et les canons de Pierre d'Alexandrie.

A la fin de cette encyclique , ils établissent des règles

pleines de sagesse sur l'administration des diocèses et des paroisses , sur les sacrements et sur le culte. Entre autres réformes importantes, ils proscrivent tout honoraire et toute rétribution pour prières ou bénédictions , et particulièrement pour la célébration de la messe. Ils espèrent que la piété éclairée des fidèles suppléera, d'une manière plus digne et plus religieuse, aux besoins indispensables du culte. Ils conjurent les ecclésiastiques d'entrer dans l'esprit de désintéressement qui sied si bien et qui est si fort recommandé par l'Eglise aux ministres de Jésus- Christ, qui a voulu naître, vivre et mourir dans la pauvreté. Ils les exhortent à s'attirer le respect par une simplicité, une modération, qui annonce en tout l'empire de î'àme sur les passions, conformément à cet avis de l'apôtre 1 : « Que votre modestie soit connue de tout le monde. » Il leur rappelle l'obligation qu'ils ont contractée de cette charité qui imite celle de Jésus-Christ mourant pour le salut des hommes et même de ses ennemis; de cette douceur qui persuade ou désarme; de cette tolérance véritable qui n'appartient qu'à l'Évangile. Ils doivent vivre dans la retraite, dans l'exercice continuel de la prière et des bonnes œuvres , vaquer assidûment à l'étude des divines Écritures et des saints Pères, et se renfermer le plus qu'ils pourront dans l'exercice de leurs devoirs. Il faut que les temples soient décorés avec simplicité et tenus avec propreté ; les hommes se placeront d'un côté et les femmes de l'autre, autant qu'il sera possible. Nulle relique ne sera exposée à la vénération des fidèles, sans avoir été reconnue pour authentique par l'évèque, après l'examen le plus rigoureux. On ne chargera les autels, les statues ou images, d'aucun ornement inutile ou frivole. Je laisse aux lecteurs le soin d'exarni-

1 I Timolb. m, 3,

ner jusqu'à quel point ces prescriptions et ces exhortations, si conformes à l'Évangile et au véritable esprit de l'Église, sont applicables au temps où nous vivons.

Le gouvernement ne se mêlant plus des cultes que pour réprimer ceux qui troubleraient la tranquillité publique, la Constitution civile du clergé avait cessé d'être légalement obligatoire. Les évêques réunis profitèrent de cette circonstance pour corriger ce qu'elle avait de vicieux , ou plutôt pour lui substituer un règlement fondé sur les mêmes principes , mais qui , par ses dispositions particulières, serait mieux en harmonie avec l'ancienne discipline. Il forme l'objet d'une seconde encyclique du 43 décembre, de 202 pages in-8°. C'est un monument de piété, de raison et de science ecclésiastique. Il nous semble néanmoins que le retour à l'antiquité, et même les convenances , demanderaient que l'institution canonique fût donnée , non pas par le métropolitain seul, ou par le plus ancien évêque de la province, mais par le concile provincial, ayant à sa tête le métropolitain ou le plus ancien des suffragants. Les deux encycliques reçurent l'adhésion des pasteurs fidèles à leurs devoirs. Elles ont été traduites en allemand et en italien. D'autres ouvrages sur la discipline les suivirent promptement et avec le même succès. A l'imitation de l'Académie formée à Rome, 1G71, parCiampini, pour s'occuper de l'histoire ecclésiastique ; de celle que le père ttoniglia avait établie à Florence, \ll\h , pour la théologie pratique; des conférences de Préneste, vers le milieu du xvme siècle, sous la direction de l'abbé Simioli, \cs évéques réunis fondèrent la Société de philosophie chrétienne. « Un journal, dit Grégoire, était un levier puissant pour soulever l'opinion publique contre la persécution, l'ignorance, l'incrédulité, le vice, etc., » et ils commencèrent les Annales de

336 essais

la Religion, qui , continuées jusqu'à l'an 1803 inclusivement, forment dix-huit volumes. Ce journal s'alimentait par leurs écrits, par les extraits que la connaissance de plusieurs langues modernes , qu'avait levêque de Blois, le mettait à portée de faire des ouvrages étrangers, et par les détails que lui fournissait une vaste correspondance, tant en France qu'en d'autres contrées

Environ vingt mois après la seconde encyclique, le 15 août 1797, jour de l'Assomption, s'ouvrit dans l'église de Notre-Dame, à Paris, le premier concile national; il s'y . ferma le 12 novembre suivant. Les séances ont été imprimées, au moins en abrégé, sous le titre de Journal du concile national de France, in-8°de 176 pag. Les décrets et les lettres forment un volume in-8°, intitulé : Collection des pièces imprimées par ordre du concile national de France, 1797. À ce volume sont quelquefois jointes les deux encycliques.

Il commence par une lettre circulaire des évêques réunis aux évêques métropolitains de France , pour la convocation du concile. Ils peignent énergiquement les maux de l'Église gallicane, parlent de ce qu'ils ont déjà tenté pour les guérir , et présentent le concile comme le principal remède.

Trois autres lettres ont pour objet l'extinction du schisme, le rapprochement des assermentés et des insermentés, du clergé constitutionnel et du elergé dissident.

Lettre des évêques et prêtres assemblés à Paris en concile nationul, à leurs frères les évêques et prêtres résidant en France, c'est à-dire qui n'avaient pas émigré, ou qui étaient rentrés depuis la liberté des cultes : ils sollicitent ceux qui sont revêtus de l'épiscopat de se rendre

1 Atfm., t. II, p. 60,

en personne au concile ou d'y envoyerdes représentants, et les prêtres d'y députer un de leurs membres par diocèse.

Lettre de V Eglise de France, assemblée en concile national, à notre saint Père le pape Pie Vf: elle lui annonce la tenue du concile et le supplie d'intervenir pour opérer la réunion et conjurer les périls où les divisions jettent le christianisme.

Lettre synodique du concile national de France aux pasteurs et aux fidèles, sur les moyens de rétablir la paix religieuse : il leur reproche leur peu de foi, de piété, de vertu, et leur déclare que c'est la cause des discordes qui déchirent l'Église. Ces trois lettres, pleines de feu, sont probablement de Grégoire , ainsi que celle de la convocation du concile.

Il y a un décret de pacification en 19 articles. Par les articles 9, 10, 11, 16, « s'il n'y a qu'un seul évêque pour un même diocèse , ou un seul curé pour une même paroisse, il sera reconnu de tous. Si une église a deux évêques, l'un désigné et consacré avant 1791, l'autre élu et consacré depuis cette époque , le plus ancien sera reconnu ; l'autre lui succédera de plein droit : cette disposition est commune aux curés. Les évêques exerçants auront soin de pourvoir les curés qui auront cédé leur place , ainsi que ceux dont les cures auront été supprimées. A l'égard des évêques dont les sièges sont supprimés, il sera pris en leur faveur, pour la distribution des sièges et des diocèses, tous les arrangements que pourront exiger les localités et les besoins du peuple. » Emery 1 qualifie les deux premières dispositions de curieuses; il nous semble qu'elles sont à la foi simples et équitables.

Faisant l'application de ce décret, Lecoz, président du

* Conduite, etc., p. 226, note.

concile et évêque métropolitain de Rennes, écrit le 11 novembre, veille de la clôture, une lettre touchante à l'ancien évêque d'Angers, lorry, pour l'engager à reprendre le gouvernement de son diocèse. Lorry répond poliment, mais négativement1. Ceux qui se seraient ralliés étaient morts.

« J'ai eu l'avantage, dit Grégoire, de travailler à la mise en liberté de du Tillet, ancien évêque d'Orange. Après sa sortie des cachots, ce digne vieillard m'écrivait avec le ton de douceur qui lui était naturel : Voyez à quoi je puis encore être utile relativement à la religion. Il mourut très peu de temps après avoir fait cette lettre. Combien j'ai regretté ce prélat, qui, sans doute, eût concouru puissamment à pacifier l'Église ! C'est une perte ajoutée à celle des vénérables Pompignan, archevêque de Vienne, et Beauvais , évêque de Senez , dont les dispositions m'étaient connues , et qui, probablement auraient, par leur exemple, entraîné la majoritédu clergé à la soumission aux lois 3. »

Comme l'insoumission à l'autorité civile est la caufe première du schisme , puisqu'il naquit du refus d'obéir aux décrets de l'assemblée constituante, il y a une autre pièce qui a beaucoup de rapport à la pacification, c'est Y Instruction du concile national sur le serment , décrété le 19 fructidor an v. Dans ce serment, il est parlé de haine à la royauté. Avec l'Évangile et les Pères de l'Église, le concile montre sans peine que ce mot de haine ne doit point alarmer la piété; la France étant régie par une constitution républicaine, il s'agit uniquement de défendre cette constitution contre la royauté, qui en est l'im-

1 Annales de la religion, t. VI, p. 93.

2 Compte rendu au concile, p. 11.

placable ennemie. Quiconque refuse l'obéissance au gouvernement dans ce qui n'intéresse point le dogme n'est qu'un coupahle fanatique. Le concile déclare que « tout catholique français doit aux lois de la république une soumission sincère et véritable; que l'Église gallicane n'admet au rang de ses pasteurs que ceux qui auront manifesté leur fidélité à la république et qui en auront donné la garantie prescrite par les lois. » Mais, que la tyrannie veuille déplacer le dimanche et le transporter au dixième jour, les mêmes évêques, qui le jugent immuablement fixé au septième par les apôtres, s'écrieront : « Enfants de l'Evangile, Jésus-Christ vous a tracé vos devoirs dans ce livre divin1 : Ne craignez pas, dit-il, ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer i'àme, mais craignez celui qui peut perdre dans l'enfer le corps et l'àme 2. »

Quoique cette consultation n'ait point été rédigée pendant le concile, mais quelques jours après, le 3 décembre, elle se trouve dans la Collection.

Actions de yrâces pour la paix signée à Udine le 5 brumaire an VI de la république française. C'est comme un mandement du concile national, où éclate le plus noble, le plus ardent et le plus religieux patriotisme.

Lettre synodi que du conrilc national de France aux pasteurs et aux fidèles sur divers abus qui se sont introduits dans quelques jjaroisses. « Des hommes revêtus d'un caractère auguste, des prêtres obligés, par état, à connaître les lois, les canons de l'Église et à les observer, osent, en enfreignant, en méprisant ces lois, faire un trafic honteux du ministère saint qui leur fut conlié. Courant

1 Matth., i, 28.

2 Consult. sur celte question : Doit-on transférer le dimanche au décadi? p. 10.

de ville en ville, de hameau en hameau, vils mercenaires, ils osent mettre à prix leurs sublimes fonctions ! Un bienêtre tout humain, une subsistance purement terrestre; tel est l'unique but qu'ils se proposent : la cupidité seule les dirige; et c'est par des motifs d'une telle bassesse qu'ils s'ingèrent dans la dispensation des saints mystères, tantôt en supplantant les plus dignes ministres, tantôt en s'associant malgré eux à des travaux que le concert pourrait seul rendre utiles, toujours sans recourir à l'éveque établi pour étendre ses soins sur toutes les parties d'un nombreux troupeau. Des fidèles, moins coupables, sans doute, par cela seul qu'ils sont moins éclairés, répréhensibles néanmoins dans les motifs par lesquels ils se laissent diriger, et toujours aveuglés par une erreur qu'il importe de détruire, des fidèles se prêtent aux vues de cupidité de ces prêtres indignes de leur caractère. I's traitent avec eux; ils marchandent ensemble, et en donnant la portion la plus modique qu'ils peuvent du produit de leur travuil ou des fruits de^leur patrimoine, ils croient acheter le droit d'être conduits dans les voies do Dieu. » Le concile « défend à tout prêtre de s'immiscer dans l'exercice des fonctions pastorales, de son propre mouvement et sans y être dûment autorisé par l'évêque ou par le presbytère, le siège vacant. La religion impose aux fidèles l'obligation de fournir aux besoins de leurs pasteurs, aux dépenses du culte et aux frais communs du diocèse. »

Lettre synodiquedu concile national de France aux pères et mères, et à tous ceux qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse. L'anarchie avait anéanti l'éducation publique et souvent privée; cette lettre, qu'accompagne un décret en 11 articles, a pour objet de la rétablir.

Compte rendu par Grégoire au concile national des tra-

vaux des évêques réunis à Paris. Il forme 80 pages. C'est de cet écrit que j'ai plusieurs fois pris des passages..

Rapport concernant la religion dans les colonies du nouveau monde, fait au concile national de France par un de ses membres.

Décret portant érection des sièges épiscopaux dans les colonies.

Décret sur les élections. C'est un extrait de la deuxième lettre encyclique. Cependant ici, pour confirmer l'élection d'un évoque, on exige que le métropolitain soit assisté de deux sutfragants au moins, et qu'il ait le consentement des autres. Mais les laïques ne concourent pas suffisamment à la nomination des curés.

Décret sur le sacrement du mariage, a L'Église gallicane ne reconnaît pour mariages légitimes que ceux qui ont été contractés suivant les lois civiles. Elle déclare que la validité du mariage est indépendante de la bénédiction^ nuptiale. Elle demeure inviolablement attachée à la doctrine évangélique et à l'enseignement de l'Église universelle sur l'unité, la perpétuité et l'indissolubilité du mariage. Jésus-Christ ayant institué un sacrement pour sanctifier l'union conjugale, c'est un devoir pour les époux catholiques de le recevoir, et ceux qui ne l'ont pas encore reçu doivent s'y préparer au plus tôt. Le sacrement de mariage ne peut être administré qu'à des époux, tous deux catholiques, et les pasteurs doivent s'assurer des dispositions chrétiennes de ceux qui se préparent à le recevoir. Les dispositions nécessaires pour recevoir ce sacrement sont : d'être suffisamment instruits des mystères et des devoirs de la religion, et d être en état de grâce. » J'omets les autres articles. Voilà, suivant nous, la vraie doctrine.

Décrets sur différentes parties de la liturgie. Par le

second, il est statué que « les prières du prône seront faites en langue vulgaire dans toutes les églises catholiques de France. Dans la rédaction d'un rituel uniforme pour l'Église gallicane, l'administration des sacrements sera en langue française : les formules sacramentelles seront en latin. Dans les diocèses où des dialectes particuliers sont en usage, les pasteurs sont invités à redoubler leurs efforts pour répandre la connaissance de la langue nationale. Dans l'annonce des prières du prône, il sera fait mention générale des fidèles des deux sexes qui avaient fait des fondations supprimées* attendu que la suppression des droits temporels n'éteint pas la reconnaissance chrétienne. »

Viennent ensuite : un règlement pour maintenir l'ordre et la décence dam la célébration de l'office divin, comprenant seize articles; un décret en huit articles sur la rêformation des mœurs des fidèles; un autre aussi en huit articles sur la ré formation des mœurs des ecclésiastiques ; enfin un en cinq articles sur la foi. Partout se montre une réforme pieuse et éclairée.

Lettre synodique du concile national de France aux testeurs et aux fidèles pour leur annoncer la fin de la session. « Plusieurs canons concernant la foi ; des décrets sur les mœurs ; la vacance des offices ecclésiastiques ; la manière d'y pourvoir par les élections; les mesures propres à faire remplir sans délai les sièges vacants; la propagation des vérités évangéliques dans les colonies par l'érection de nouveaux sièges; le choix d'évêques destinés à nos frères du nouveau monde; la censure dedivers abus qui outragent la sainteté de la religion ; des règlements pour maintenir la régularité des mœurs parmi les pasteurs, l'ordre dans l'exercice de leur ministère et la décence dans les temples ; le mariage considéré dans ses rapports

avec les lois de l'Evangile et celles de la patrie; l'institution d'une fête commémorative du rétablissement du culte; l'obligation de prier pour la république, les formules de ces prières ; des mesures préparatoires pour l'amélioration et l'uniformité de la liturgie; plusieurs lettres synodiques adressées aux fidèles ; diverses instructions sur l'éducation des enfants, sur l'obligation de prêter le serment exigé des ministres du culte; une lettre au chef de l'Église, à qui nous écrivons de nouveau pour lui annoncer la fin du concile; une autre adressée à nos

frères dissidents; un plan de pacification pour l'Eglise de France : tels sont les principaux objets qui ont signalé le cours de notre session. Déjà nous avons la consolation de savoir qu'il en est résulté quelques fruits : une foule de lettres et de mémoires adressés au concile national, même des contrées étrangères, attestent que le courage des pasteurs et des fidèles s'est ranimé, et que Dieu bénit nos travaux.

» La malveillance dira peut-êtreque le concile se dissout par ordre de l'autorité ; c'est un mensonge : le concile n'a cessé d'éprouver la protection bienveillante de l'autorité. Ce qui a décidé la clôture, c'est la situation attendrissante de plusieurs vénérables collègues venus des extrémités de la France pour s'associer à nos efforts, et qui sont affligés par le malheur et les infirmités de la vieillesse ; c'est la respectable indigence delà plupart des membres du concile, qui, au milieu de leurs pénibles travaux, ont retracé l'austérité des solitaires de la Thébaïde; c'est l'augmentation de dépenses que nécessiteraient les rigueurs de l'hiver ; c'est le besoin pour les évêques de compléter l'organisation de leurs diocèses ; c'est pour tous les pasteurs, membres de cette assemblée, le désir d'accélérer, par leur présence, l'exécution des

mesures que leur a dictées l'amour de la religion et de la patrie... C'est en outrageant l'Evangile, c'est en dénaturant la religion que l'erreur et le vice voulaient lui prêter un caractère dominateur qu'elle repousse. Par votre conduite et vos discours, continuez à réfuter les calomniateurs, acharnés à faire croire que la religion catholique est incompatible avec la république, tandis qu'elle est sa plus fidèle alliée. Si vous n'êtes les meilleurs citoyens, vos pasteurs vous désavouent comme chrétiens. A force de vertus et de charité, faites rougir vos ennemis, s'ils en sont capables, et domptez leur haine.

» Soyez en garde contre toute nouveauté en matière de foi, contre toute morale opposée à celle de Jésus- Christ; redoublez de zèle dans l'accomplissement des devoirs imposés par cette religion sainte, qui est pour les sociétés l'appui le plus solide, et pour les individus la source du vrai bonheur... L'interruption des conciles nationaux depuis plusieurs siècles faisait gémir toutes les âmes religieuses. L'avantage d'avoir pu tenir celui-ci au sortir de la persécution et au milieu de nos désastres est aussi, nous aimons à le croire, l'effet de vos prières ; que vos cœurs unis aux nôtres, forment donc un concert d'actions de grâces qui s'élèvent comme un encens pur vers le trône de Dieu.

» Avant de nous séparer, nous avons cru devoir consigner dans la déclaration suivante, que nous adressons à toute la chrétienté, un monument à jamais durable de notre amour pour la vérité, de notre courage pour en défendre les droits. »

Déclaration des évéques et des prêtres composant le concile national de France. « Assemblés, au nom de Jésus-Christ, en concile national pour travailler à pacifier l'Église de France, noué n'avons cessé Couvrir les bras à nos frères

dissidents ; nous avions droit d'espérer qu'ils se rendraient avec empressement à nos invitations tendres et fraternelles, et qu'animés comme nous du désir de la paix, ils

concourraient à la ramener dans l'Église. La vérité nous force de déclarer qu'a l'exception d'un petit nombre, qui, dans quelques diocèses, ont édifié les fidèles par leur réunion, d'autres ont répondu par des lettres dans lesquelles nous voudrions trouver un caractère de Franchise ; d'autres par des missives injurieuses; d'autres enfin, et c'est la majeure partie, ont gardé un silence qu'd nous est permis d'envisager comme le symptôme d'une cause insoutenable, car, si la vérité était leur partage, au lieu de la tenir captive, ils devraient, suivant l'expression de notre Sauveur, l'annoncer sur les toits. Nous prenons donc l'Église universelle à témoin de notre conduite, de celle qu'ils ont tenue, et surtout des sentiments de charité dont nous sommes toujours animés à leur égard. » Le respect dont nous sommes pénétrés pour le chef

de l'Eglise nous ordonne de regarder comme apocryphes les brefs qui, sous la date des années 1 790, 1 791 et 1792, ont circulé en son nom, puisqu'ils ne sont revêtus d'aucun caractère d'authenticité ; s'ils étaient authentiques, ils devraient être dénoncés à l'Eglise universelle, car ils renferment des assertions attentatoires aux droits souveiains des peuples, et surtout à la doctrine de Jésus-Christ, en condamnant l'obéissance à des lois qui ne sont pas contraires à celles de la religion. Ils sont en opposition avec celui du 6 juillet 1796, qui prêche la soumission aux puissances, et dont l'authenticité est garantie par l'envoi officiel qui en a été fait au directoire exécutif. Enfin, au mépris des principes éternels de justice avoués dans tous les siècles, chez tous les peuples, ces brefs menaçaient de peines spirituelles des pasteurs qui ne furent jamais cités,

entendus ni jugés, tandis que l'omission ou la violation de ces formes est nécessairement une cause irritante clans tous les tribunaux.

» Nous gémissons de voir un grand nombre de chrétiens plongés dans l'ignorance au point de croire qu'on ne peut être catholique sans le consentement du premier des pasteurs, comme si Jésus-Christ avait donné à aucun homme la faculléde repousser arbitrairement les fidèles du sein de l'Eglise. Nous avons prié sa sainteté le pape Pie VI d'interposer, comme un père, sa sollicitude pour pacifier l'Église de France ; la responsabilité dont il est chargé, en qualité de chef de l'Église, ne lui permet pas de garder ie silence. La haute idée que nous avons de ses vertus, l'assurance incontestable qui nous a été donnée plusieurs fois de ses dispositions bienveillantes, font augurer qu'il réunira ses efforts aux nôtres pour faire cesser le scandale des dissensions religieuses qui agitent notre Église, à moins que des hommes pervers ne parviennent encore à circonvenir son cœur, pour étouffer sa voix.

» Dans cette attente, nous travaillerons sans relâche à répandre la lumière jusqu'à ce que tous les yeux voient la limite qui sépare l'autorité légitime de l'abus qu'on en peut faire ; et, dans le cas où l'acte de justice que nous avons sollicité tant de fois nous serait refusé ; considérant que nos ennemis, après avoir déchiré l'Église de France, n'ont cessé de nous calomnier aux yeux des autres Eglises de la catholicité ; forts delà justice de notre cause, de la droiture de nos intentions, après avoir réitéré notre protestation d'attachement au sainl-siége, à l'Église catholique, apostolique et romaine, dans laquelle nous voulons vivre et mourir; à la foi de Jésus-Christ, pour laquelle nous avons souffert avec joie, pour laquelle, s'il le faut, nous verserons notre sang ; au nom des pasteurs

SUR Là RÉFORME CATHOLIQUE. 3&7

et de tous les fidèles de l'Église gallicane, nous demandons un- jugement légal et canonique de l'Eglise universelle; en conséquence, nous formons près du chef de l'Église les plus vives instances pour qu'il convoque au plus tôt un concile oecuménique, à la décision duquel nous nous soumettons d'avance, en recommandant aux fidèles confiés à notre conduite de l'attendre en silence, dans la prière et la confiance au Seigneur.

» En cas de refus de la convocation d'un concile œcuménique, nous demandons l'avis motivé des facultés de théologie et des universités de l'Europe ; surtout nous réclamons le jugement des autres Églises nationales, à qui la justice, la charité et l'exemple des premiers siècles i mposent le devoir de s'intéresser solidairement à toutes les portions de l'Église catholique. Placés en face de l'incorruptible postérité, qui, du sein de l'avenir, s'avance vers nous,' nous faisons cette déclaration solennelle, qui attestera au monde chrétien et aux générations futures la pureté de notre foi, la justice de nos réclamations, l'esprit de charité envers nos frères et de soumission aux décisions de l'Église, qui nous animera jusqu'au dernier soupir. »

Le concile écrit au pape une autre lettre, qui n'aura pas plus de réponse que la première. Il reproduit les principales idées qu'on vient de lire dans la Déclaration. Il se plaint vivement du silence que gnrde le chef de l'Église. « Hélas! s'écrie 4-il, combien ce silence a été nuisible ! Des flots de sang ont coulé et coulent encore parmi nous, parce qu'on a fait paraître en votre nom des brefs qui autorisent la révolte, en frappant d'excommunication des citoyens soumis et fidèles. Ces brefs, eût-on pensé à les produire, à les répandre, si vous vous fussiez empressé de parler en père qui veut réunir tous ses enfants?»

Le second concile national fut ouvert le 29 juin 1801, et fermé le 16 août suivant, à cause de la conclusion du Concordat. Ses séances ont été imprimées sous le titre d'Actes du second concile national de France, tenu Van 1801 de Jésus-Christ (an IX oie la république française), dans l'église métropolitaine de Paris, 3 vol. in-8°, dont le premier parut la même année, et les deux autres l'année d'après.Quelque intéressants qu'ils soient, je n'en donnerai point l'analyse, parce qu'ils ne présentent que des travaux et des débats préparatoires On peut juger quels grands objets occupaient le concile, et ce qu'il aurait fait, si le temps ne lui eût point manqué, en voyant qu'il avait établi cinq congrégations : 1° delà paix et des libertés gailicanes ; 2° de la foi, des mœurs et de l'enseignement ; 3° de la discipline intérieure ; ce qui comprend les sacrements et la liturgie ; U° de l'organisation de l' Eglise gallicane ; 5° du code ecclésiastique.

Le christianisme entier était soumis à une révision solennelle. Dans ces volumes, on admire de Grégoire le Discours pour l'ouverture du concile, le /{apport au nom de la congrégation de discipline intérieure sur les fêtes, le Rapport sur la liturgie, le Compte rendu des travaux des évéques réunis, depuis le concile national de 1797 jusqu'à celui de 1801. Le concile adressa deux lettres au pape, alors Pie VII, et qui restèrent également sans réponse. Les deux conciles se terminèrent par des acclamations que je crois devoir transcrire.

Acclamations du concile de 1797. « A l'Église. Que Dieu accorde la paix à son Église; qu'il ramène au sein de l'unité tous ceux qui s'en sont séparés, afin qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. Les pères répondent Amen.

» A notre saint père le pape Pie VI. Que Dieu conserve

le pape Pie VI, successeur de saint Pierre, au siège duquel nous sommes inviolablement attachés. Amen.

» A nos frères dissidents. Que Dieu pénètre de l'esprit de paix nos frères dissidents, et qu'il ne cesse de nous animer pour eux des sentiments d'une tendre charité. Amen.

» Aux persécuteurs de la religion. Que Dieu pardonne aux persécuteurs de la religion, et qu'il touche leur cœur, afin qu'ils se convertissent. Amen.

» A ceux de nos frhes qui sont morts, pour la défense de la religion et pour celle de la patrie. Que Dieu reçoive dans sa gloire ceux qui, dans le cours de la révolution, sont morts pour la défense de la religion et de la patrie. Amen.

» Au concile national. Que les décrets du concile national soient respectés et observés par tous les pasteurs et tous les fidèles. Amen.

» Aux pères du concile. Que les pères du concile retournent en paix auprès de leurs troupeaux; qu'ils recueillent, ainsi que tous les pasteurs de l'Église gallicane, les consolations delà religion, au milieu des fidèles confiés à leurs soins. Amen.

» Aux bienfaiteurs du concile national. Reconnaissance aux bienfaiteurs du concile national; que le ciel soit leur récompense. Amen.

» Aux citoyens de Paris. Que les habitants de cette grande commune soient inviolablement attachés à la religion de Jésus-Christ et à la patrie. Amen.

» A l'Église de Paris. Que le Seigneur lui donne au plus tôt un digne successeur de saint Denys, de saint Germain, de saint Marcel, etc. Amen.

» Aux autorités constituées. Reconnaissance aux autorités constituées, qui ont protégé la liberté des délibéra-

lions du concile national ; que Dieu revête toujours de l'esprit de sagesse et de force les législateurs, les magistrats suprêmes et ceux qui leur sont subordonnés. Amen,

» Aux défenseurs de la patrie. Que le Dieu des armées continue à couronner par la victoire la valeur de nos guerriers, et qu'après avoir assuré la paix générale, ils viennent au sein de leur famille goûter les douceurs du repos, et nous édifier par la pratique des vertus chrétiennes. Amen,

» A la république. Que Dieu conserve la république; qu'il en assure la prospérité, et qu'il donne aux Français les grâces nécessaires pour faire un saint usage de la liberté qu'ils ont reconquise. Amen,

» A toutes les nations de la terre. Que Dieu éteigne les dissensions politiques entre les peuples; que la connaissance de l'Évangilè et le règne de Jésus-Christ s'étendent dans toutes les contrées de la terre. Amen.

» A Dieu seul, le père des miséricordes et l'auteur de toute consolation, honneur, louange, gloire dans les siècles des siècles. Amen. »

Acclamations du concile de 1801. « A l'Église univer-

selle. Que l'Eglise de Jésus-Christ, la maison du Dieu vivant, soit pour tous ses enfants la maison de paix, et rassemble tous les peuples dans son enceinte pour les unir parles liens de la charité. Amen.

» A notre saint père le pnpe Pie VII, Que notre saint père le pape Pie Vlï, le premier pasteur des fidèles, étende sa sollicitude paternelle sur toutes les Églises, et soit en particulier un ange de paix pour l'Église de France. Amen,

» A l'Eglise gallicane. Que la gloire de Dieu habite au milieu d'elle, et que la justice et la paix y réunissent tous les cœurs dans de saints embrassements. Amen.

» Aux Eglises qui ont pris part aux maux de l'Eglise gallicane. Que Dieu récompense ces Églises de leur zèle, en maintenant en elles l'amour de la vérité. Amen.

» Aux pères du concile national. Que les pères du concile national obtiennent du ciel les bénédictions réservées à ceux qui cherchent le royaume de Dieu et sa justice. Amen.

» A la république française. Que le seigneur, le Dieu des empires, affermisse la république française, et lui donne la paix au dedans et au dehors. Amen.

» Aux consuls de la république. Que Dieu donne aux consuls de la république le conseil, l'équité, la prudence et la force, qui font les bonnes lois et en assurent l'exécution. Amen.

» Aux autorités constituées. Que tous ceux qui concourent au gouvernement de la France la fassent jouir des fruits abondants de la paix. Amen.

» Aux défenseurs de la patrie. Que les défenseurs de la patrie, à l'exemple des Machabées, rendent hommage au Dieu des armées de leurs triomphes, et les fassent servir à sa gloire. Amen.

» A la ville de Paris. Que Dieu veille sur cette cité, et la préserve de tout mal. Amen.

» A toutes les nations. Que, dans le siècle qui commence, la paix et la religion unissent toutes les nations. Amen.

» Au Roi des siècles, immortel, invisible, à Dieu seul, et à Notre Seigneur Jésus-Christ, le prince de la paix, salut, honneur, gloire, louange et bénédictiou dans tous les siècles des siècles. Amen. »

Il serait superflu de vouloir faire sentir la beauté de ces chants, par lesquels les pères, en se séparant, saluent la terre et le ciel. C'est l'évéque de Blois, c'est Grégoire

qui y a répandu son âme tendre et sublime. Je ne m'arrêterai point à louer les deux conciles nationaux de l'Église constitutionnelle. Lally-Tolendal, son ennemi, m'a prévenu, en disant qu'elle avait imité toutes les formes et parlé le langage des^ conciles les plus canoniques et les plus respectés. Les œuvres admirables du premier, qui s'assembla à la hâte et au milieu de circonstances si contraires et si terribles, et ne dura, pour ainsi dire, qu'un instant, montrent ce qu'auraient été celles ïlu second, réuni dans des temps plus heureux.

Pour flétrir l'Église constitutionnelle, on a dit qu'elle fut l'ouvrage et le triomphe du jansénisme. Oui, elle le fut, et c'est la gloire de l'un et de l'autre. Ne voir dans le jansénisme que des gens criant à tue-tête que les cinq propositions ne se trouvent point dans le livre de l'évêque d'Ypres, faisant ou célébrant des convulsions, et prenant tristement une couleur de secte, ce serait être bien aveugle. Le jansénisme, c'est le génie de réforme en lutte contre le génie de corruption. Quand Jésus-Christ chassait les marchands du temple, quand il lançait ses anathèmes contre les pharisiens et les docteurs de la loi, il fondait le jansénisme. Le jansénisme animait saint Paul quand il résistait en face à saint Pierre qui judaïsait, et quand il traitait d'insensés les Galates, parce qu'ils se livraient à de vaines observances. Le jansénisme enflammait saint Grégoire de Nazianze et Salvien, alors qu'ils flagellaient le mondanisme des évêques et des prêtres de leur temps. Il exaltait saint Bernard, Clémangis tonnant contre les désordres du moyen âge. Le jansénisme étâit l'âme des conciles de Pise, de Constance, de Bàle, assemblés pour régénérer l'Église. En elle comme en l'homme, l'esprit combat contre la chair, parce que la chair attaque sans relâche l'esprit et lui enlève des fidèles. Quelquefois,

c'est le plus grand nombre. Alors, les hommes de l'esprit, qui restent, redoublent d'efforts, et les hommes de la

chair les traitent de naturels inquiets, chagrins, rebelles. Cependant, Bossuet, l'Oratoire et toute la partie éclairée et vraiment religieuse des xvue et xvur3 siècles, approuvaient Port-Royal, le secondaient, ou plutôt les uns et les autres ne formaient qu'un corps d'armée combattant ensemble, mais dont Port-Royal était lavant-garde. Cette guerre merveilleuse se termina par la plus éclatante victoire dans l'établissement de l'Eglise constitutionnelle, qui fut la chute de tous les abus. Pourquoi faut-il que Napoléon se soit cru obligé de la détruire pour lui substituer un clergé forgé de sa main? Que n'a-t-il plutôt exécuté ses menaces contre la lenteur de Rome à conclure le Concordat, menaces d'abandonner les prêtres à eux-mêmes, de châtier les turbulents et de laisser les autres vivre comme ils pourraient. Tandis que l'Église concordataire, se replongeant dans le moyen âg.\ va peut-être achever d'anéantir la religion en France, l'Eglise constitutionnelle qui, lorsqu'elle fut supprimée, ne marchait pas avec moins de sept millions cinq cents adhérents *, lui aurait promptement gagné les esprits.

Il paraît que les ennemis du catholicisme ne s'y trompaient pas. Suivant Fréteau, l'un des principaux rédacteurs de la constitution civile du clergé, deux de ses collègues à l'Assemblée constituante, Larochefoucauld et Rabaud-Saint-Etienne, s'entretenant un jour sur cette constitution avec plusieurs de ceux qui y avaient travaillé, leurdirent : « Vous avez fait la constitution civ le du clergé; et vraiment! vous avez en cela bien entendu vos intérêts. Si cette constitution était observée, dans vingt ans le catholicisme serait plus florissant en France

1 Thibaudeau, IlisL. du consulat, t. li, p. 168.

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