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PETITE ÉGLISE

C'est lenom donné aux ecclésiastiques qui, après avoir refusé, en 1790, le serment à la constitution civile du clergé, refusèrent, en 1801, d'adhérer au concordat de Pie VII avec le premier consul. Nous ne saurions dire combien il y avait de prêtres. Dans les auteurs, le nombre des évêques varie de trente-quatre à trente- huit ou quarante, selon qu'on croit avoir intérêt à le diminuer ou à le grossir. Dans le Jugement de l'Église catholique contre les nouveaux schismatiques de France, par un ancien vicaire- général *, ouvrage que les uns attribuent à Le Sure, les autres à Habert, nombre est fixé à trente-six. Le calcul qui l'établit est le plus vraisemblable. « Il y avait en France, avant la révolution, cent trente-cinq sièges épiscopaux, y compris ceux de la Corse. Cinquante et un titulaires étant morts avant le 15 août 1801 2, restaient quatre-vingt-

1 Paris, 1821, in-8, p. 138.

2 Dominique de Larochefoucauld, archevêque de Rouen ; de Leyssin, ar. d'Embrun; de Durforl, ar. de Besançon; de Conzié, ar. de Tours ; du Lau, ar. d'Arles; de Loménie, ar. de Sens; de Marbœuf, ar. de Lyon ; de Plan des Augiers, évêque de Die; de Lambert, év. de Saint-Paul Trois -Châteaux ; Grégoire de Saint-Sauveur, év. de Bazas; de Quincey, év. de Belley ; de Fumel, év. de Lodève ; Saint- Jean de Pruuières, év. de Grasse; des Portes, év. de Glandève; Rouvroi-Sandricourt , év. d'Agde; Beaupoil de Saint-Aulaire, év. de Poitiers; Doria, év. d'Ajacrio; Desnos, év. de Verdun; Cheylus, év. de Bayeui; de Ureteuil, év. de Montauban ; d'Anterroches, év. * de Condom; de Chanlerac, év. d'Alet ; de Narbonne-Lara , év.

d Évreui; de Castries, évêque de Vabres; de Suffren deSaint-Tropès,

quatre vivants, dont trois avaient déjà renoncé à leurs sièges !. M. l'évêque de Fréjus avait donné sa démission au pape avant qu'il la lui eût demandée. Quarante-quatre autres titulaires, dont neuf archevêques et trenle-cinq évêques, donnèrent la leur, après avoir reçu les lettres apostoliques de Pie VII 2; trente-six autres la refusèrent. Il est vrai que les réclamations respectueuses adressées au pape par ces prélats, le 6 avril 1803 , .'portent trente-huit signatures; mais il est constant que les évêques de Tarbes et de Rieux, placés au nombre des récla-

év. de Nevers; de Rafle1 lis de Saint-Sauveur, év. de Tulle; de Talaru de Cbalmazel, év. de Coutances; de Hercé, év. de Dol ; Jean- Arnaud de Castillane, év. de Mende; de Camboû, év. de Mirep'iix; de la Féronnays, év. de Lisieux; Louis-Henri de Bruyères de Chalabre, év. de Saint-Pons; deGuernes, év. d'Aleria; François-Joseph de Larochefoucauld, év. de Beau vais; Guasco, év. de Sagone; de Cugnac, év. de Lectoure; duTillel, év. d'Orange; Conon de Saint- Luc, év. de Quitnpe'r; de Regnaud de Bellescise, év. de Saint-Brieuc; de Gonssans, év. du Mans; de Bonal, év. de Clermont; de Nicolaï, év. de Cabors;de Ponte d'Albaret, év. deSarlat; Aleiis de Bruyères de Chalabre, év. de Saiut-Omer; de Lastie, év. de Conserans; Leinintier, év. de Tréguier; Pierre-Louis de Laroche fou eau Id-Ba y ers, év. de Saintes; de Vîlloutreiï, év. d'Oléron; de Pavée de Villevieille, év. de Bayonne; de Leyris d'Esponcbei, év. de Perpignan ; de Verclos, év. de Mariana.

1 Charles- Maurice de Talleyrand-Périgord , év. d'Aulun; de Jarente, év. d'Orléans; de Savines, év. de Viviers.

2 De Boisgelin, archevêque d'Aix; de Juigné, ar. de Paris; de Fon langes, ar. de Toulouse; de Demis, ar. d'Alby; Ferdinand- Maximilien de Roban, ar. de Cambrai; Jérôme-Marie Champion de Cicé, ar. de Bordeaux; deLatour du-Pin-Montauban, ar. d'Auch ; de

Puységur, ar. de Bourges; d'Aviau -Dubois de Sauzai, ar. de Vienne; Louis Berié Édouard de Roban , évéque de Strasbourg ; de Belloy, év. de Marseille; Moreau, év. de Mâcon; de Bourdeilles, év. de

mants, avaient donné leur démission, et qu'ils ne la révoquèrent point. Ils signèrent même les réclamations comme anciens évêr/ues. 11 ne lest pas moins qu'un autre

signataire, II. de Chambre d'Urgons, évôque d'Orope in partibus, etsutfragant de M. le cardinal de Montmorenci, ainsi que M. l'abbé de la Tour, nommé à un évécbé qui n'était point encore érigé, ne pouvaient être censés taire partie du corps épiscopal de France. lînlin, les évéques d'Auxerre et de Grenoble, qui n'adhérèrent point aux réclamations, refusèrent néanmoins leur démission. 11 résulte de ces laits que le nombre exact des évôqueà nondémissionnaires était de trente-six \ encore y compren I-

Soissons; de Noê, év. de Lescars: de Lorry, év. d'Angers; de Hausse! de Roquefort, év. de Fréjus; de Royère, év. de Castres; de Girae, cv. de Rennes; de la Luzerne, év. de Langres; de Cbf m porcin, év. de Tuul; de Castellane, év. de Lavaur ; de Lasiic, év. de Rieux; Lequien de la Neuville, év. d'Acqs ou Dax; de Machault, év. d'A miens; de Lubersac, év. de Chartres; de Merci, év. de Luçou ; de Roquelaure, év. de Senlis; de Sanliui, év. de Nebbio; de Balore. év. de Nîmes ; de Maillé de Laiour Landry, év. de Saint-Papoul ; de Céli, év. d'A [»i; de Polignac, év. deMeaux; de Laric. év. de Sainl- Flour; de Chaurnont, év. de Saint-Diez ; deClermont-Tonnerre, év. de Chàlons-sur-Marne ; de Gain de Monlagnac, év. deTarbes; de la Gaude, év. de Venre; de Baussct, év. d'Alais; d'Osmond, év. de Comminges; de Chabot, év. de Saint-Claude; de Pressigny, év. de Sainl-Malo; de Mérinville, év. de Dijon; d'Agoni t de Bonneval, év. de Pamiers; de Barrai, év. de Troyes; Roux de Bonneval, év. de Senez.

1 Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord , archevêque de Reims; Arthur-Richard de Dillon, ar. de Narbonne; de Montmorenci-Laval, évéque de Meiz ; Jean -Baptiste-Marie Champion de Cicé, év. d'Auxerre; de Malide, év. de Montpellier; de Bonac, év. d'Agen; de Clugny, év. de Riez; de Flamarens, év. de Périgueux; de Belbeuf, év. d'Avranches; Ameloi, év. de Vannes; de Sabrait, év. de

t-on H. de Thémines, qui, pourtant, avait réellement donné sa démission, comme nous l'avons prouvé. »

Le 13 septembre 1800, le pape adresse un bref aux évéques insermentés , pour leur annoncer qu'il va négocier avec le gouvernement français, et pour leur demander le secours de leurs prières. Le Concordat étant conclu le 15 juillet 1801, et ratifié le 15 août suivant, le pape, par un bref du 15 août aussi, leur déclare qu'ils doivent renoncer spontanément à leurs sièges dans le terme de dix jours, et que toute réponse dilatoire sera regardée comme négative. Le nonce Erskine, chargé de remettre ce bref à ceux qui avaient émigré en Angleterre, l'accompagne d'une lettre,en date du 16 septembre, écrite par ordre du pape, et dans laquelle il leur annonce de sa part qu'il les recommandera au premier consul, soit pour les replacer sur de nouveaux sièges, soit pour leur assurer des moyens de subsistance.

Sur le bruit d'une réponse collective, Erskine leur écrit1, le 22 du même mois, une autre lettre pour les avertir

Laon; de Cahusac, év. d'Aire; du Chilleau, év. de Chalon-sur- Saône; de Vilteilieu, év. de Digne; de Vareilles, év. de Gap; de . La Fare, év. de Nancy ; de Messey, év. de Valence; de Bovet, év. de Sistéron ; de Coucy, év. de La Rochelle; Louis-Charles Duplessisd'Argeniré, év. de Limoges ; de Congié , év. d'Arras; de Grimaldi, év. de Noyon; de Nicolaï, év. de Béziers; de la Marche-, év. de Léon; Jean-Baptiste Duplessis-d'Argentré, év. de Séez; Gallard de Tarraube, év. du Puy ; de Lanzières Thémines, év. de Blois; de Béthisy, év. d'Uzès; Seignelai-Colbert de Castle-Hill, év. de Rhodez; delà Laurancie, év. de Nantes; d'Albignac de Castelnau, cv. d'Angoulême; Çlléon de Catieliane-Mazaugues, év. de Toulon; deChauvigny de Blol, év. de Lombez; de Vintimille, év. de Carcassonne; du Lau d'Alleuians, év. de Grenoble ; Asseline, év. de Boulogne. 1 Annales de la religion* t. XIV, p. 42.

que, dans l'intention très expresse du pape, il ne faut qu'une réponse individuelle, ce qui n'empêche pas que, le 27, ils ne répondent en commun. Ils disent au pape que, de toutes les calamités qui frappent l'Église, l'abdication de leurs sièges serait peut-être la plus grande; que le seul moyen de l'éviter, c'est que tous les évêques de France se réunissent pour éclairer sa Sainteté.

Pie Vil, persistant à vouloir qu'ils se démettent simplement, ils lui écrivent une nouvelle lettre le 28 octobre, afin de continuer leurs représentations. Il paraît que le pape redouble ses instances par une lettre du 11 novembre, et que les évêques cherchent à. les éluder par une autre réplique. Enfin, le 29, une bulle prononce leur déchéance, et opère une nouvelle circonscription des diocèses en France. Cependant ils n'en parlent point dans le Mémoire des évêques résidant à Londres, qui n'ont pas donné leur démission, daté du 23 décembre, où il > développent leurs motifs de résistance. Il faut que cette bulle ne leur soit pas encore connue. Le Mémoire, du reste, n'est publié qu'en mai 1802 ; il porte quatorze signa- * turcs, y compris celle de l'abbé de Latour, seulement nommé à l'évéchédé Moulins.

En date du 26 mars de la même année, six évêques réfugiés en Allemagne en rédigent un ayant pour titre: Lettre de plusieurs évêques français retiréè en Allemagne, an pape Pie Vif, etc. K L'année suivante, 1803, est publié un Supplément au Mémoire des évêques français résidant à Londres, qui n'ont p'.ts donné leur démission, etc. C'est un recueil de vingt-deux lettres de vèques adhérant aux quatorze de Londres, lettres qu'ils avaient envoyées

1 Grégoire, Hisl. de l'émigration ecclésiastique, à la suite île ses Mém., t. Il, p. 302.

individuellement au pape ,. Viennent ensuite les Réclamations canoniques et très respectueuses adressées à notre très saint père Pie VU \ par la Providence divine souverain pontife y contre différents actes relatifs à l'Eglise gallicane. Elles sont datées du 6 avril 1803, et signées par trentesept évéques et par l'abbé de Latour, écrites en latin et imprimées à Londres au mois de décembre. Ces réclamations ont été traduites plusieurs fois dans notre langue. J'ai sous les yeux une version publiée à LondTes, 1804, et une autre à Bruxelles, 1804. À celle-ci le traducteur a ajouté un avis et des notes utiles. A Londres, 1805, paratt une Suite aux déclamations ; elle a été composée Tannée précédente, car elle porte la date du 8 avril 1804.

Contre l'entreprise du pape s'escriment deux prêtres , Chàteaugiron et Blanchard. Dans la Lettre en réponse au bref de sa sainteté le pap2 Pie VII, en date dui5 août 1801, Boisgelin, archevêque d'Aix , s'élant déclaré pour les démissions, Chàteaugiron publie, sous l'anonyme, les Eclûircissements demandés à M. l'archevêque d'Aix )iar un prêtre français, Londres, 1801 ; et, en 1802, Londres aussi, Y Examen impartial et paisible des objections proposées à Vauteur des Éclaircissements, etc. Le premier ouvrage n'est qu'une brochure, le second forme un énorme volume in- 8°. Les trois parties de la Controverse pacifique sur les questions qui divisent et troublent l'Eglise gallicane, par Blanchard, paraissent successivement à Londres, 1802, 1805, 1806.

Quelque différents que ces livres, et d'autrès que je no mentioniïe pasjxmr abréger, quelque différents qu'ils soient dans rélcnduc, la forme et les détails, ils se ressemblent tous par le fond. Il s'agit toujours des droits

t Grégoire, Î6«. p, 303.

du pape el de ceux des évêques, des vices du concordat et de l'introduction, dans le nouveau clergé, d'évêques

et de prêtres constitutionnels qui ne se sont pas rétractés. On prouve à merveille que le pape n'est pas seul dans l'Eglise ; que les évêques y sont avec lui ; que, comme lui , ils sont inamovibles ; que, non plus que lui , ils ne peuvent être déposés sans jugement; qu'il est chargé de veiller à l'exécution des canons, el non de les renverser.

Pie VII ayant rappelé qu'en 1791 1 plusieurs évêques insermentés avaient offert leur démission à son prédécesseur, afin, suivant eux, que « rien ne s'opposât à » toutes les voies qu'il pourrait prendre dans sa sagesse » pour rétablir la paix dans l'Église gallicane, » ils répondent que les circonstances ont changé et se trouvent beaucoup moins favorables. Il est permis de douter que cette offre fût autre chose qu'une manœuvre d'opposition contre les décrets de l'assemblée nationale, et de croire que ceux qui la faisaient étaient sûrs qu'elle ne serait point accueillie. On soutient, en outre, que Pie VII n'est pas libre, que les démissions lui sont commandées, et pour lors qu'elles sont nulles d'elles-mêmes.

Il paraît certain qu'il se détermina sous l'influence de la peur. Comme le désir 2 de recouvrer les légations pontificales, Bologne, Ferrare, la Romagne, perdues par le traité de Tolentino, induisait la cour romaine à temporiser, « l'ordre fut expédié à Cacault, » ministre de la république française près le pape, « de quitter Rome sous cinq jours, si le projet du concordat » que le premier consul présentait, et dans lequel il stipulait les démis-

1 Le 3 mai, Lettre des évêques députés à V Assemblée nationale, en réponse au bref du pape, en date du 10 mars,

2 Hist. ducons. et de Vempire, par M. Thiers, t. lit, p. 231 ei249f „

sjons ou les destitutions, « n'était pas accepté. » En même temps, le premier consul déclarait à Spina, ministre du pape près la république, « qu'il se passerait du saint-siége, puisqu'on ne voulait pas le seconder ; que , sans doute, il ne rendrait pas à l'Église les jours de la persécution, mais qu'il livrerait les prêtres à eux-mêmes, en se bornant à châtier les turbulents, et en laissant les autres vivre comme ils pourraient ; qu'il se considérerait relativement à la cour romaine comme libre envers elle de tout engagement, même des engagements contenus dans le traité de Tolentino , puisque, de fait, ce traité avait disparu le jour de la guerre déclarée entre Pie VII et le directoire. » Rome, épouvantée, se hâta d'accéder aux intentions de Bonaparte. Hais il n'y eut aucune violence envers le pape ni ses agents, et on voit qu'il s'agissait d'intérêts étrangers à la religion. Rien donc décela ne pouvait infirmer les actes de Pie VIL

« Le pape, dit Grégoire \ aurait pu déclarer aux évêques non démissionnaires que, par leur fuite, ils avaient de fait renoncé à leurs titres; mais cet argument décisif l'eût constitué en contradiction avec lui-même et avec les éloges que, précédemment, il leur avait prodigués, d Il les aurait embarrassés surtout, s'il eût ajouté qu'eux, qui se prétendaient légitimes, avaient, comme le pasteur mercenaire de l'Évangile, abandonné le troupeau aux approches du danger, tandis que ceux qu'ils qualifiaient d'intrus étaient restés à sa tête, et avaient donné leur vie pour lui, comme le bon pasteur. Toutefois, l'argument n'est point décisif, parce qu'on a vu, dans les persécutions, de grands évêques se cacher.

A notre avis, Pie VII dépassa son autorité; lui-même

i Uitt. de Vémi$ralion ecclésiastique, p. 283.

ne le niait point; il avouait que le droit dont on voulait qu'il fît usage était douteux l. 11 ne pouvait faire cette

destitution qu'au nom de l'Église, qui l'aurait validée ou invalidée par son consentement ou par son improbation. Au surplus, ce n'est pas lui qui en est réellement l'auteur, c'est Bonaparte, c'est-à-dire la puissance civile; elle a déclaré les sièges vacants, comme lors de la constitution civile du clergé, parce que les titulaires se trouvaient politiquement incapables de les occuper ou de remplir leurs fonctions, ou plutôt elle s'est bornée à maintenir la déclaration de 171)0. Elle n'avait même plus besoin d'y songer, si elle eût continué de se passer de concordat ou de l'intervention du pape pour instituer les évéques. C'est cette intervention seule qui a semblé remettre en problème ce qui, depuis dix ans, était irrévocablement décidé : et la destitution des insermentés, et la reconnaissance que les biens ecclésiastiques appartiennent à la nation, et la liberté des cultes, et la souveraineté du peuple; enfin, toutes les œuvres de la révolution qu'embrasse le Concordat, parce que le pape a semblé leur donner une sanction qui leur manquait. Cependant, en réalité, le chef de l'Église n'a fait qu'agir en conséquence de ces faits accomplis. Mais ces faits sont, pour les nondémissionnaires, des monstruosités, ainsi que le concordat, où ils entrent, ainsi que la conduite de Pie VJl consentant le concordat, et, pour combler la mesure, approuvant la constitution civile du clergé, puisqu'il admet ceux qui l'ont jurée et qui ne se rétractent point.

La rétractation des évêqûes constitutionnels qui , au nombre de douze 2, passèrent dans le clergé nouveau, a

1 Mit. du consulat, etc., par M. Thiers, t. III, p. 246.

2 Beiherel , ancien évôijuc conslitutioiluel «le Cdiitanccs , tfvê»|iie

' té vivement controversée, non-seulement entre eux et les concordataires, mais entre ceux-ci et les opposants aux démissions. Les seconds l'affirment, les premiers et les derniers la nient. Entre autres preuves contre, on allègue la lettre de ces évéques constitutionnels au pape, et celle de Lacombe à Binos. Ces pièces étant peu connues, je les reproduis : •

« Très saint père, nommé par le premier consul de la république française évêque de je n'ai rien de plus à cœur que de pouvoir entièrement extirper toutes les semences de discordes qui ont été une suite inévitable de la révolution française. Afin donc qu'il ne reste à V. S. aucun doute à cet égard sur la disposition de ma volonté, je déclare, avec un cœur sincère, que j'abandonne librement la constitution qu'on appelle civile du clergé; que j'admets et admettrai, que je professe et professerai les dispositions et les articles de la nouvelle convention faite entre V. S. et le gouvernement français; que je rendrai vraie obéissance à V. S. et à vos successeurs. Je prie instamment V. S. , qu'envisageant ceci comme mon invariable disposition, elle veuille me regarder comme le plus

concordataire de Valence. Belmas, anc. év. const. de Narbonne, év. concord. de Cambrai. Berdolet , anc. év. const. de Colmar, év. concord. d'Aii-la Chapelle. Leblanc de Beaulieu, anc. év. const. de Rouen, év. concord. deSoissons. Charrier-Laroche, anc. év. const. de Rouen, év. concord. de Versailles. Lecoz, anc. év. const. de Rennes, év. concord. de Besançon. Lacombe, anc. év. const. de Bordeaux, év. concord. d'Angouléme. Montant, anc. év. const. de Poitiers, év. concord. d'Angers. Périer, anc. év. const. de Clermont, év. concord. d'Avignon. Primat, anc. év. const. de Cambrai, puis de Lyon, év. concord. de Toulouse. Rcymond, anc. év. const. de Grenoble, év. concord. de Dijon. Saurine, anc. év. const. de Dax, év. concord. de Strasbourg.

obéissant fils de l'Église catholique , et qu'elle daigne m'accorder l'institution canonique que je lui demande humblement. Entre temps, je demande à V. S. sa bénédiction apostolique, comme un gage précieux de sa charité envers moi. De V. S., très saint père, etc., 15 avril 1802. »

« Dominique Laeombe, évêgue d'Angoulême , au véné» table prêtre Binos , ancien chanoine de Saint- Bertrand, Paris, le U juin 1802 de Jésus-Christ.

» Vénérable prêtre et très cher ami, j'ai reçu votre lettre du 17 mai. Vous désirez savoir si S. E. le cardinal Caprara nous a demandé la rétractation du serment à la constitution civile du clergé, et si les évôques constitutionnels réélus ont fait cette rétractation. Je vous réponds oui, je vous réponds non. Il est très vrai que M. le légat a voulu de nous une rétractation ; il est très vrai qu'il ne Ta pas obtenue.

» Nous nous présentâmes à lui , le Jeudi-Saint , pour lui demander l'institution prescrite par le nouveau concordat : il nous proposa de signer une lettre à S. S., lettre tout à fait propre à nous révolter, nous, évêques gallicans, nous, amis de nos maximes et de nos libertés, nous, incapables de grossir la troupe insensée des ultramontains ; nous refusâmes de la signer.

» Par qui ce refus fut-il fait? D'abord par les évêques constitutionnels de Rennes, de Dax et de Clermont, et ensuite par les évêques constitutionnels de Rouen, de Carcassonne et de Bordeaux. Ce dernier, que vous savez être ferme et inébranlable comme la roche sur laquelle est bâtie la ville de Montrejeau, où il est né, parla ainsi à Son Éminence :

» Monsieur le cardinal, nous sommes des évêques français ; vous paraissez nous méconnaître. Vous nous pro-

posez de déclarer à S. S. que nous sommes repentants de ce que nous avons fait, en conformité de la constitution civile du clergé; jamais, non, jamais cette déclaration ne sera faite par nous. Monsieur le cardinal, si je ne puis être assis stir le siège d'Angôuléilie qu'en adhérant à cette lettre que vous nous avez donnée à signer, loin de moi i'évêché d'Angoulême, loin de moi votre institution, comme loin de moi votre lettrei que je vous remets.

» J'étais debout quand je prononçai ces dernières paroles, qui auront sans douté votre approbation, aussi bien que les suivantes. M'étant assis, je continuai de la sorte :

» Monsieur le cardinal, que je vous rappelle le serment que vous avez fait naguère, devant notre premier consul. Dans ce serment, vous avez promis de respècter les libertés de l'Église gallicane. Quoi ! vous vous faites un de^ voir de les respecter ces libertés, et vous me faites un crime d'y tenir, et d'avoir joui des droits qu'elles me donnent 1 Comment concilier votre conduite d'aujourd'hui envers nous avec votre serment fait lors de votre réception?

» Monsieur le cardinal, ma foi est celle de l'Église catholique, apostolique et romaine; je l'attesterai, s'il le faut, par le sacrifice de ma vie : ma moralité et ma conduite doivent être sans reproche, puisque notre premier consul m'a destiné à être l'un des soixante évéques de la nouvelle Église de France, et qu'il ne m'a honoré de cette faveur qu'après avoir interrogé sur mon compte les habitants de la Gironde, mes anciens diocésains. Est-ce que cela ne suffit pas pour avoir votre bulle de confirmation ?

» Monsieur le cardinal, je vous ai rendu votre lettre n'en ayant lu qu'une très petite partie ; il est bon que

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je la connaisse dans son entier : permettez-moi qne je la reprenne? Non, dit M. le cardinal, puisque vous ne voulez ^as y adhérer. Tant pis, nVécriai-je, que vous me priviez de la lire d'un bout à l'autre; j'en ai bien de la peine ; surtout j'ai le plus grand regret qu'il n'y ait en ce moment, dans votre salle, que vous, mes deux collègues, Beaulieu, Belmas et moi; je voudrais que des témoins autres que nous pussent parler de ce qui est contenu dans votre lettre, et de notre courage à la rejeter. J'ai l'honneur de vous saluer.

» A ces mots, je sortis ; mes deux compagnons, Beaulieu et Belmas, me suivirent. Nous allâmes ensemble chez le citoyen Portalis, chargé de toutes les affaires ec- < h Mastiques : nous l'instruisîmes de ce qui venait de se passer. Il parut improuver les prétentions de M. le légat : il dit qu'il y apporterait remède dans la journée; que le gouvernement ne voulait point de rétractation ; qu'il ne serait exigé qu'une simple et pure adhésion au concordat. Il demanda que sur-le-champ tussent réunis chez lui tous les évèques constitutionnels. U fit appeler en même temps l evéque Bernier. Il le chargea de parler à M. le légat, et de lui dire que l'affaire des évèques constitutionnels devait finir dans la journée. Celui-ci consentit a la commission : il rédigea et proposa une lettre bien différente de la première. Je m'abstiens de vous la transcrire ici : vous la trouverez dans les Annales de la religion, t. XV, p. 92. »

C'est celle dont on vient de voir tout à l'heure la traduction.

« Cette lettre, poursuit Lacombe, cette lettre, n'en déplaise à l'évèque Bernier, qui en est l'auteur, serait en meilleur latin, dirait quelque chose de plus et aussi quelque chose de moins , si quelqu'un de nous l'avait rédi-

gée, et si le ministre des affaires ecclésiastiques ne nous avait dit que la phrase me comtitutionem , ut aiunt , civilem cleri gallicani ultro deserere (que j'abandonne librement la constitution dite civile du clergé), étant exigée par le légat, il fallait l'admettre ; qu'il le fallait pour le bien de la paix ; qu'en nous y refusant , nous ne ferions pas une chose agréable au gouvernement. Je m'étais obstinément refusé dé remployer, j'en avais fortement réclamé la suppression, 1% parce qu'elle est inutile, la phrase suivante déclarant notre adhésion au concordat, qui abroge la constitution civile du clergé; 2° parce qu'elle peut être mal interprétée par nos censeurs, qui prétendent toujours que les constitutionnels, soit évêques, soit prêtres, doivent se rétracter. En consentant, enfin, à admettre la susdite phrase, je déclarai que je ne faisais l'abandon de la constitution civile du clergé que parce qu'une nouvelle loi la rend impraticable; qu'ayant respecté et aimé ses dispositions , je continuerai toujours de les respecter et de les aimer; que, bien loin de me blâmer d'y avoir obéi, d'y avoir été fidèle, je regarderais comme les meilleurs actes de ma vie, comme les plus dignes des récompenses éternelles, tous les actes qu'elle m'a prescrits et auxquels je me féliciterai toujours de m'être prêté.

» A la suite de tout cela, mes collègues Lecoz, Saut ine, Périer, Primat, Beaulieu et Belmns, écrivirent, ainsi que moi, la lettre que nous venions d'adopter, à la place de celle que nous avions rejetée , à l'unanimité, chez M. le V'gaî. Elle ne venait ni de Rome ni des bureaux de Son Éminence ; elle ne déclarait point ce qu'inutilement on avait voulu, une heure plus tôt, nous faire déclarer. M. le légat la reçut-il de bonne grâce ? C'est ce que nous a laissé ignorer celui qui avait eu à en remettre

nos sept exemplaires. L'évéque Dernier se contenta de nous dire, le lendemain vendredi saint, en présence du citoyen Portalis, qu'il fallait y changer quelques mots, y metire nominatus, au lieu de electus ; admittere et admissurum, profiteriet professurum, au lieu de admissurum et professurum; canonicam institutionem, au lieu de canonicœ institutionis munus. Tel est notre amour pour la paix, telle est notre condescendance pour ceux qui nous font des propositions sans conséquence : nous fîmes les changements désirés. Alors notre nombre se trouva accru du constitutionnel Reymond, qui n'avait pu se joindre à nous la veille ; il fit, de son côté, en même temps que chacun de nous, la seconde lettre en question. Notre transcription étant achevée, nous en déposâmes nos huit exemplaires dans les mains de l'évéque Bernier. Il nous annonça que nous ne tarderions pas à recevoir notre bulle de confirmation; il ajouta qu'au cas qu'elle ne fût point expédiée de là au jour de Pâques, nous pourrions tout de même prêter, le jour de Pâques , devant le premier consul, dans l'Église de Notre-Dame, le serment de fidélité. Nous le prêtâmes, en effet, sans être bulles : et quand on nous appela pour le prêter, on nous appela dans l'ordre et selon l'année de notre consécration, c'est-à dire après les évêques de l'ancien régime et avant ceux nouvellement nommés, institués et sacrés ; et l'on ne nous contesta point la validité de notre consécration, quoiqu'on ait tant parlé pendant plus de dix ans contre notre épiscopat.

» Maintenant, vénérable prêtre et très cher ami Binos, si quelqu'un ose dire que nous nous sommes rétractés, ne craignez pas de lui dire : Mentiris impudentissimè, ma relation vous autorise à vous exprimer de la sorte. Elle est dans la plus exacte vérité; elle peut vous être certi-

fiée, non- seulement par mes collègues constitutionnels, mais encore par l'évêque Bernier et par le citoyen Portalis, qui ont vu et entendu tout ce que je vous raconte.

» On vous dira peut-être que M. le légat nous a donné l'absolution; que la preuve en est dans les registres de sa légation ; qu'on y a vu, au rapport du nouvel évêqiie de Versailles et de quelque autre, plusieurs exemplaires d'un decretum absolutionis, humblement demandé par plusieurs de nous, et à plusieurs de nous charitablement accordé. Comment repousserez-vous ces faits-là? Vous direz avec moi que M. le légat, au mépris des règles usitées dans l'administration du sacrement de pénitence, au mépris de ces paroles célèbres d'une infinité de papes, nisi verècontritis et confessis, a donné une absolution qui n'était ni voulue ni demandée; que, lorsque le decretum en a été refais par l'évêque Bernier à quelques-uns d'entre nous, ils eri ont fait justice en le jetant au feu, en présence de celui de qui ils l avaient reçu, sous les yeux du citoyen Portalis, qui nous a assuré en avoir usé de même lorsque M. le légàt lui a transmis un semblable decretum, pour le relever et l'absoudre des censures qu'il avait pu encourir, en prenant part à la révolution française. Vous direz de plus que le constitutionnel Lacortibe n'a pas été grathié de ce decretum. Sans doute qu'on à craint qu'il lût moins patieni que les autres; qu'après avoir déclaré hautement qu'il en ferait plainte à qui de droit, il le renverrait bien et dûment conditionné à son auteur, avec une lettre bien propre à attester ique, s'il est plein de respect pour le saint-siége apostolique, il ne Test pas également poiir ceux qui, ayant sa confiance, prodiguent et risquent témérairement ses grâces. Jë laisse à l'évêque Bernier ét au citoyen Portalis le soin de dire bômtnfcht Je

me suis exprimé là-dessus en leur présence le vendredi saint.

» J'espère, vénérable prêtre et très cher ami Binos, que ma réponse à votre lettre du 17 mai sera de votre goût, et qu'elle affermira mes droits à votre estime et à votre amitié. Je vous salue et vous bénis très cordialement en notre Seigneur Jésus-Christ. -J- Dominique La combe , évêque d'Angoulême *. »

M. Thiers 2 confirme le récit de Lacombe. « La veille (17 avril 1802) de la publication du concordat, les évéques constitutionnels qui entraient dans le nouveau clergé s'étant rendus chez le cardinal Caprara pour le procès informatif, il exigea d'eux une rétractation de leur conduite passée. Le premier consul, averti h temps, ne voulut pas le souffrir, leur enjoignit dp ne pas céder, promettant de les appuyer... Portalis fut chargé d'aller annoncer au cardinal que la cérémonie n'aurait pas lieu, que le concordat ne serait pas publié, et resterait sans effet... Le cardinal céda enfin, mais très avant dans la nuit. Il fut convenu que les nouveaux élus pris dans le clergé constitutionnel subiraient chez lui leur procès informatif, qu'ils professeraient de vive voix leur réunion sincère à l'Eglise, et qu'ensuite on déclarerait qu'ils s'étaient réconciliés, sans dire comment ni dans quels termes. Toujours est-il que la rétractation demandée ne fut pas faite. » On remarquera peut-être que Lacombe place l'arrangement définitif au 16 avril, vendredi saint, et M. Thiers au samedi ; mais cette différence d'un jour ne fait rien au point capital, qui est la non -rétractation. La date véritable est probablement celle de Lacombe,

« Annales de la religion, t. XV, p. 134. 2 HisL du consulat, etc., t. III, p. 450.

qui écrivait à un mois et demi seulement d'intervalle.

Pour me servir d'une expression vulgaire, voilà comment la fermeté des constitutionnels et du consul, les lumières et l'esprit conciliateur du pape et du légat firent avaler la constitution civile du clergé à la cour romaine et aux insermentés qui se soumirent au concordat, et ce qu'ils leur firent recueillir de dix années d'imprécations et de fureurs contre celte constitution. Cela n'empêche pas que le concordat en lui-même ne soit contraire au régime de l'Église, et partant détestable.

« Je sais, dit Guyot, de la bouche d'un de mes amis, M. Febure-Frenoy, chef de brigade, ancien commandant de la citadelle d'Ancône, actuellement, 1806, commandant de la ville de Briauçon, membre de la Légion d'honneur, décoré de la croix, que le cardinal Chiaramonti se trouvant chez la marquise Sasatelli, sa proche parente, un religieux français y voulait, en sa présence, se faire gloire de s'élre émigré par motif de religion; le cardinal-évêquelui fit une réponse bien propre à humilier sa jactance hypocrite : Et moi, lui dit le pieux et savant pontife, si j'avais été prêtre français, j'aurais obéi aux lois, et je serais demeuré bien paisible dans ma patrie. Ces paroles furent prononcées en présence du brave militaire Frenoy, que le cardinal-évêque d'Imola estimait, et à qui, depuis qu'il est pape, il continue toujours d'accorder le même degré d'estime et d'amitié K » Dans une homélie au peuple d'Imola, le jour de Noël 1797, ce cardinal avait prêché la liberté et l'égalité. « Oui, mes chers frères, s'écriait-il, soyez tous chrétiens, et vous serez d'excellents démocrates 2. »

1 Réunion des cultet, p. 81.

2 Traduct. de Grégoir*, 3e édit.; Paris, 1818, p. 46.

Suivant Blanchard « Caprara^st fortement aceusé en Allemagne d'avoir, dans sa nonciature à Vienne, approuvé et favorisé les plans philosophiques de Joseph II contre les véritables intérêts de l'Église », c'est-à-dire contre les abus. Thémines, évêque de Blois, non-démissionnaire, lui reproche * d'avoir dit aux évôques constitutionnels : « Vous savez bien que j'ai toujours été pour vous. • C'est pourquoi sans doute Caprara et Pie VII, malgré les clameurs du parti dont ils étaient censés les organes, passèrent par-dessus la rétractation , tout en ayant l'air de redoubler d'instance pour l'obtenir. Ainsi la révolution, avec ses œuvres, ses principes et ses hommes, entre triomphante dans l'Eglise comme dans l'État. Quel sanglant dénomment pour les séides du vieux régime! Chose étrange ! l'instrument de la catastrophe, c'est Bernier, l'aumônier des armées vendéennes! Je regrett&que l'espace ne me permette point de rapporter les amers reproches que lui adresse Châteaugiron 3.

L'opposition au concordat n'est que la suite de l'opposition aux réformes de l'Assemblée constituante, et, comme celle-ci, elle est plus politique que religieuse, t On nous parle, dit l'abbé Barruel4, des chaînes que nous laissent nos révolutions ; mais pouvait-on s'attendre, à l'issue de ces révolutions, à voir l'Église rentrer dans toutes les prérogatives dont nous étions jadis si glorieux? Et ne faut-il donc plus nous occuper du salut des âmes, parce que nous n'avons ni ces richesses ni ces distinc-

1 Controverse pacifique, t. III, p. 30*.

2 heure apostolique des évéques de l'Église gallicane, p. 40; Londres, 6 décembre 1809.

3 Examen impartial, etc., pièces justificatives, p. 8.

* Du pape et de ses droits religieux à l'occasion du concordat,

lions qui jadis honoraient (il fallait dire dégradaient) notre ministère ? Et sommes^nous moins redevables à flieu, parce que les hommes nous donnent moins? Et faqt-il donc toujours tant regretter ces grandeurs, dont l'abus peut-être n'a pas été la moindre cause de toutes nos perte§?... Notre grand crime auprès de vous, c'est notre soumission au nouveau gouvernement, c'est-àdire qu'ici la politique devait, dans des prêtres, l'emporter sur la religion et le salut des peuples. Heureusement, pe n'est pas sur nous que ce reproche tombe, c'est sur Pieu, qui fait et défait les rois.. . Vous avez cru jadis que toutes les révolutions des empires ne nous dispensaient pas de nous soumettre aux nouvelles puissances pour maintenir la religion antique, ou revenir y prêcher cette religion aussitôt que nous pourrions le faire; vos lettres pastorales étaient encore pleines de ces leçons au comrçiepcement de nos révolutions; pourquoi aujourd'hui les révolutions nous permettraient-elles vainement de rentrer dans notre patrie, et d'y prêcher la religion antique sous une nouvelle puissance? Vous avez cru jadis que le prêtre était par-dessus tout l'homme de Dieu ; pourquoi voulez-vous aujourd'hui qu'il soit par-dessus tout l'homme du roi? Vous avez cru jadis que le prêtre était lange de paix; pourquoi voulez-vous qu'aujourd'hui il ne rentre qu'après de nouvelles révolutions de sang et de carnage? car il faut bien ici que je m'adresse à ces autres hommes (probablement des émigrés laïques) qui ne rougissaient pas de nous dire (pendant queBarruel était réfugié avec eux à Londres) : « Si vous rendez au peuple sa religion, vous lui rendez la paix, et nous attendons tout de la guerre au dedans. » Monstrueuse politique et atroces enfants du machiavélisme I » Dans la deuxième de ses Lettres au^dacteur du Cour-

rier de Londres, 1801, pour les démissions, Lally-Tolendal développe énergiquement ce machiavélisme, et, dans la quatrième, p. 17, il dit que les évêques d'Aix, Bordeaux, Troyes, Lescar et Connninges, qui, les premiers, envoyèrent leurs démissions, furent insultés avec une rage sacrilège par un écrivain se disant Français et catholique, sous la protection d'un de leurs compatriotes et de leurs collègues. Barruel emploie de temps en temps le persiflage contre les non-démissionnaires : « J'ai encore un peu ri, écrit-il à Chàteaugiron , en voyant la leçon que vous donnez à certains personnages sur les démissions. Ils en ont donné une première, et puis une seconde, quand il fallait monter de quatre-vingts à cent ou cent cinquante mille livres; mais à présent qu'il faut tout bonnement répondre aux vœux du pape pour la religion, oh! ce serait violer tous les canons que de consentir à une troisième démission l. » N'oublions pas que Lally est un émigré, et que l'abbé Barruel, émigré aussi, n'avait cessé d'être l'impétueux avocat des insermentés.

Bausset, qui a donné sa démission , juge de la même manière, quoiqu'en termes plus mesurés, les évêques qui refusent de donner la lèur. « Les intentions du chef de

l'Eglise, dit-il, ne peuvent plus être méconnues, et le moment est venu où il sera facile de juger si des scrupules plus ou moins raisonnables ont influé sur les opinions et sur la conduite, ou si elles ont été dirigées par des motifs moins estimables... Ce n'est point l'opulence, ce ne sont point les titres, les honneurs, les prérogatives, qui environnèrent si longtemps l épiscopat en

1 Correspondance avec Chdleaugiron, p. 10; elle esl imprimée à la suite de l'Examen impartial de celui ci.

France, que les ministres de la religion doivent regretter-1. »

Pendant qu'on négociait le concordat, et après qu'il fut conclu et exécuté , les non-démissionnaires ne manquèrent pas d'envoyer clandestinement, comme avant, des lettres pastorales à leur prétendus troupeaux. En 1808, Blanchard est improuvé, d'abord par Milner, évéque de Castabala et vicaire apostolique du district de Middtand , ensuite par Douglas, évôque de Centurie, vicaire apostolique dans le district de Londres , et par Collinrigde, évéque deTbespie, et il entre dans une longue et violente lutte avec eux, surtout avec le premier. Il fait appel aux évêques d'Irlande, qui le condamnent. Mais c'est à la rentrée des Bourbons, et principalement à l'occasion du concordat de 181 7, que la querelle devient plus virulente, plus acharnée que jamais. Cependant la petite Eglise éprouve une défection de cinq prélats : Talleyrand, archevêque de Reims ; Lafare, évéque de Nancy ; Bonac, évéque d'Agen ; du Cbilleau , évéque deChâlon-sur-Saône ; Coucy, évéque de La Rochelle, auxquels se joint l'abbé Latour, évéque nommé de Moulins. Par une lettre du 8 novembre 1816, ils remettent au pape leur démission. Eu 1818, la mort ne laisse plus que Villedieu, évéque de Digne; Amelot, évéque de Vannes ; Vintimille, évéque de Carcassonne ; Thémines, évéque deBlois2. Deux ans après, la petite Église est, dit-on, réduite à Thémines3. Il paraît qu'elle a beaucoup de prêtres.

Tous ses membres s'accordent à déclarer nul le cou- •

1 Lettre de révêque d'Alais aux vicaires généraux de son diocèse, 1802, p. 23 et 25.

2 Éirennes extraordinaires, etc., par J.-F. Meriel-Bucy, prêtre non assermenté de la ville du Mans, p. 11.

3 Grégoire, Essai historique sur les libertés de l'Église gallicane^ 1820, p. 257.

cordât et ce qui s'y rattache; mais les uns semblent

regarder les évèques concordataires comme des vicaires apostoliques par lesquels le pape, en l'absence des titulaires, fait administrer les églises de France, et avec lesquels on peut communiquer. D'autres voient dans les évêques concordataires des intrus, des schismatiques, des hérétiques, dont il faut éviter la communion. Aux yeux des plus exaltés, le pape a cessé moralement d'être le chef de l'Eglise. « Pie VII, dit Gachet, m'est aussi étranger que le juif, le païen, le publicain... La défection de Pie VII est une monstruosité si frappante qu'elle n'a été prévue par aucun article canonique. Il est hérétique, schismatique, apostat, sacrilège, oppresseur des vérités évangéliques, hors de l'unité, doublement mort, déchu de toute juridiction... On doit procéder contre lui en toute rigueur K » « La petite Église est à peine connue dans l'est delà France; elle a des adhérents dans le nord et à Paris, mais beaucoup plus dans l'ouest et sud-ouest, parce que le plus grand nombre des prêtres émigrés au delà du Pasde-Calais étant de ces contrées, leurs opinions s'y étaient infiltrées par une correspondance suivie, et par l'envoi de leurs écrits depuis 1801 à 1814. A cette époque dernière et les années suivantes, un grand nombre d'entre eux franchirent le détroit pour revenir en France, élevèrent autel contre autel et firent beaucoup de prosélytes dans les départements de Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Sarthe, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne, Charente- Inférieure, Dordogne , Ariége, Haute - Garonne , etc.. En 1825, un journal protestant annonçait que, dans la commune de Massât , au pied des Pyrénées , composée de six mille

1 Grégoire, Hitt. des sectes religieuses, nouv. édit., 1828, t. 11, p. 482.

âmes, au moins les deux tiers étaient puristes ou ckambristes. Il ajoutait : « Leur aversion pour les autres ca- » tholiques est si grande qu'ils regardent comme un pé- » ché mortel de poser seulement le pied sur le seuil de » la porte de leurs églises, ils tout leurs service religieux » et ensevelissent leurs morts sans aucun cérémonial » extérieur » A cause du rôle que Blanchard a joué par ses écrits dans la petite Église, elle a reçu aussi le nom de blanchardisme ; il est probable qu'en ce moment elle est complètement éteinte. Ainsi ont passé et passeront toutes les oppositions au mouvement régénérateur qui emporte le monde. B.-D.

Nouvelle et inutile tentative, en 1804, pour obtenir des constitutionnels une rétractation. -

Les évêques constitutionnels, qui entrèrent dans le clergé concordataire, ne s'étant point rétractés, malgré les efforts de la cour de Rome, elle revint à la charge lors du voyage de Pie VII à Paris pour le couronnement de Napoléon. Lui et Portalis, qui les avaient soutenus, se tournèrent alors contre eux, par un aveuglement inexplicable. Le 29 novembre 1804, Pancemont, évêque de Vannes, vint inviter Lecoz à un rendez-vous chez le ministre des cultes, où l'attendaient le cardiual Fesch, l'abbé de Pradt et le ministre, et on lui proposa designer un écrit où se trouvaient : Je proteste soumission aux jugements du Saint-Siège sur les affaires ecclésiastiques de France.

1 Ibid.t p. 489 et 491.

SUR LA HÉFÔftME CATHOLIQUE. 379

Ces mois, leur dit Lecoz (extrait du Journal de son séjour à Paris pour le couronnement), demandent une explication ; je ne puis les signer ainsi crûment. — On insiste pour ma signature pure et simple; même relus de ma part. Enfin, me levant avec une sorte de vivacité, je leur dis: Permettez- moi, Messeigneurs, de vous traduire ce que vous m'invilez si instamment à signer. Je proteste soumission, etc., je déclare que le serment prêté par moi en 1700, était criminel, que mon épiscopot était sacrilège, que tous les actes religieux faits par moi ou par les prêtres que j'ai approuvés pendant onze ans, ont été nuls ; qu'il faut renouveler mariages, confessions, baptêmes, suivant quelques prêtres, en un mot jeter de cruelles et d'injustes alarmes au sein de plusieurs millions de familles.

Ce n'est point cela, répond M. Portails; on ne veut pas revenir sur ce qui est fait.

— Et puis vous voulez que je me soumette aveuglément à des brefs, pour la plupart indignes du Saint-Siège, à des brefs fabriqués par l'esprit de parti, les uns à Paris, les autres à Rome, à Besançon, etc. ! Je puis vous en fournir des preuves. Le premier des brefs a été composé par un ancien religieux, membre de l'Assemblée constituante, vivant encore à Paris, et qui m'en a fait l'aveu lui-même.

— M. Portalis : Mais cette déclaration qui vous répugne aujourd'hui, vous la fîtes chez moi l'an x.

— Monseigneur, je n'en crois rien, ou bien il y aurait eu de la surprise. Rappelez-vous la scène qui eut lieu à cette époque, dans votre cabinet, lorsque M. Bernier nous proposa de la part du cardinal légat, quelque chose de semblable; la scène fut trop vive, trop pathétique pour que vous ayez pu l'oublier.

— Je m'en souviens.

— Et les larmes de M. Bernier, vous les rappelez-vous aussi?

— A merveille..

— Mais si en Tan x, j'avais ëigné une pareille déclaration, pourquoi voudrait-on me la faire signer encore aujourd'hui? Au reste, laissez-moi ce papier. Je le méditerai, je le comparerai avec ma déclaration de l'an x.

— Non, nous ne pouvons pas vous le laisser.

— A quelle idée me conduisez-vous, Monseigneur? Aùriez-vous donc l'intention de me surprendre? Une signature donnée par moi sans une réflexion suffisante, serait-elle digue de votre caractère et du mien ? Laissezmoi donc ce papier, afin que je médite avec calme et maturité son contenu.

On me le refuse encore.

Mais , me dit M l'évêque de Vannes , vous admettez les jugements de l'Eglise; pourquoi ne vous sou mettez vous pas aux jugements du Saint-Siège? C'est la même chose.

M. le cardinal et M. Porlalis appuyèrent fortement cette étrange assertion.

Je lui répondis : Monseigneur , je ne puis admettre votre proposition. Elle me semble contraire à tous les principes et à la conduite de nos pères dans l'épiscopat. Permettez- moi de vous développer ma pensée. Saint Yves, évêque de Chartres, vivait précisément dans les jours où la dispute avec Henri V, au sujet des investitures, était le plus échauffée. Ce grand évèque avait sous les yeux tous les décrets de Grégoire VU, d'Urbain II et de Pascal II. On nommait ces décrets des jugements du Saint-Siège. Cette multitude de décrets ou de jugements, dit Bossuet (Dccl.t t. H, p. 30 et 40), ne fut point capable de lui faire

regarder les investitures comme un mal intolérable, encore moins comme une hérésie, quoique ce préjugé fût alors

très répandu. Il conduisit au roi, Raoul, archevêque de Rouen, pour lui faire hommage lige, que tant de décrets du Saint-Siège défendaient. Personne cependant ne niera quecetévêque n'ait été très zélé pour la défense des saints canons et des droits véritables et essentiels de l'Église. Il ne se soumit point aux jugements du Saint-Siège; il les distinguait donc des jugements de l'Église. Vous rappellerai-je, Messeigneurs, ce qui se passa en Angleterre au commencement du xvir siècle? Un serment proposé aux catholiques de ce royaume fut proscrit par deux brefs solennels de Paul V. Bellarmin, dans plusieurs écrits que nous avons encore, traite ce serment d'impie et d'hérétique. Tous ceux qui le prêtèrent furent traités d'excommuniés, d'apostats, etc., par la cour de Rome et ses adhérents. Qu'en est-il résulté? Beaucoup de maux pour l'Église d'Angleterre ; et cependant, malgré les deux brefs de Paul Vet la dégradation de Blackuel, commissaire apostolique, qui avait cru devoir prêter ce serment, et malgré les écrits de Bellarmin et de beaucoup d'autres, il a été reconnu que ce serment n'avait rien de criminel et qu'on avait eu très grand tort de le refuser.

Voilà donc des jugements du Saint- Siège annulés, voilà des brefs devenus la source de grandes calamités pour l'Église et pour l'Angleterre! Pouvez-vous donc dire que c'étaient des jugements de l'Église ?

Les jugements du Saint-Siège sont très respectables sans doute ; mais ils ne sont pas des jugements de l'Église. Dans tous les temps les évêques français, respectueusement soumis aux jugements de l'Église, ont fait profession de n'admettre les autres que par forme de jugement ; ce que Bossuet explique admirablement dans la défense

382 kssais

de la Déclaration de 1682. En un mot, les jugements dé l'Église sont toujours censés être les jugements du Saint- Siège, parce que l'Église He se sépare pas du Saint-Siège ; mais il n'y a point de réciprocité, et Ton ne peut pas dire que les jugements de la cour de Rome, que mal à propos on qualifie souvent de jugements du Saint-Siège, soient toujours des jugements de l'Église.

On argumenta longtemps contre mon explication. On voulut faire valoir la distinction ùltramontaine du pape parlant ex cathedra ou extra cathedra. Je répondis à cet argument comme les Français ont coutume de le faire. Enfin je proposai de mettre par écrit la proposition de ces messieurs et d'y joindre la mienne , ce qui fut encore refusé , et on se sépara, en ajournant la continuation de cette conférence chez M. Portalis, à sept heures du soir.

La seconde conférence eut lieu entre les mêmes, excepté l'abbé de Prâdt. Elle commença par le compte vrai ou supposé que M. le cardinal avait rendu à Sa Majesté de la séance du matin. Napoléon avait paru étonné de mon refiis de signer la déclaration, et M. le cardinal pour aggraver mon tort à ses yeux, lui avait dit que je m'étais trouvé seul de mort avis contre quatre.

— Conduisez- moi à l'empereur. Il ne me sera pas difficile de lui prouver que ce refus dont on me fait un crime à ses yeux, est en grande partie fondé sur mon amour pour sa personne et sur mbh zèle pour la tranquillité publique et le bonheur de son empire. Votre Eminence le sait, bh sYfftirce de remettre en vigueur la bulle In cœnadomihî l. On la propose aussi comme un jugement

* On m'a assuré qu'on veut introduire cetle bulle à Naples, el que de la on s'efforcera de la répandre dans d'autres États. (Note de Lecoz.)

SUR tA RÉFORME CATHOLIQUE. 38?

du Saint-Siège. Voudriez- vous que je me soumisse à cette bulle perturbatrice pt à quelques autres de ce genre? Combien parpni les brefs attribués à Pie VI, n'y ep a-t-il pas qui prétendent annuler toqf, ce qui s'est fait en France depuis V Assemblée constituantejusqq'àla rport de ce pontife? Conduisez-moi donc à l'empereijr, je m'expliquerai franchement devant lui. Au surplus, si mes sentiments lui déplaisent, si pia présence darçs moq diocèse hji fait quelque peine, je lui offrirai ma démissjon : je ferai plus, j'irai dans le pays qu'il voudra m'indiquer, terminer pne vie déjà bien avancée. PfirtQut où je me trouverai avec ma conscience et raareligipn, je serpi heures . Conduisez-moi à l'empereur.

A ces mots, on s'entre-regarda, puis on me dit : Cela pe se peut en ce moment.

— Mais au moins, trouvez \>on que je lui écrive; et vous, Monseigneur, qui êtes le ministre et le protecteur du clergé, daignez vous charger de lui présenter ma lettre.

On s'entre-regarda encore; et la même réponse est répétée : Cela ne se peut. Ensuite, on m'opposa de nouveau les arguments auxquels j'avais déjà tant de fois répondu. On me paria de la violation de la discipline qui exigeait que je recourusse à Rorçç pour des bulles confirmatrices de ma nomination au siège de Rennes.

— Cette discipline, Monseigneur, taqt qu'plle a existé, je l'ai respectée; au moment dont vous me parlez, elle était abolie en France : justement ou injustement, ce n'est point à moi à le décider. Je vous fer^i observer seulement que , pendant plus d'pn siècle, le clergé de France avait réclamé contre le traité qui rétablissait, qu'il l'avait signalé comme très funeste à la religion et à l'État. L'abolition du concorda^ aurait donc pu pe paraître l'ac-

complissement de ses vœux. Au reste, ma conduite m'était tracée dans le 10* volume in-û° des Mémoires du clergé de France, édit. de 1770. On y voit, page 555, qu'il est plusieurs cas dans lesquels , malgré le concordat même de Léon X et de François Ier, les évêques peuvent et doivent ne pas recourir à Rome pour de semblables bulles ; et parmi les cas cités est précisément celui où nous nous trouvions à cette époque. Je n'ai donc fait que suivre ce que semblaient nous commander vos pères et les miens.

Ceci est con6rmé par plusieurs faits que vous ne pouvez ignorer. Je n'en citerai qu'un. A la suite d'une malheureuse querelle entre quelques papes et les rois de Portugal , plusieurs sièges de ce royaume étaient restés vacants, parce que la cour de Rome refusait des bulles aux évéques nommés pour les remplir. La Faculté de théologie de Paris, consultée sur le parti qu'il convenait de prendre dans ce cas fâcheux, répondit que les nouveaux évéques de Portugal pouvaient se passer des bulles de Rome, et s'adresser aux métropolitains, qui, conformément aux anciens canons, leur donneraient l'institution canonique, parce que le bien de la religion l'exigeait ainsi.

Voilà ce qu'ont décidé nos prédécesseurs dans des cas moins graves que celui dont il s'agit entre nous.

Rien de plus vrai, reprit M. de Vannes. La Sorbonne décida qu'on pourrait se passer des bulles de Rome, si Rome était irrationabiliter invita.

— Vous prouvez ma cause, Monseigneur ; de l'aveu de la Sorbonne et du vôtre, Rome peut être sans motifs dans ses refus, dans ses décisions, etc. Je devais donc courir au secours d'une religion que je voyais menacée, attaquée de toutes parts, et qui eût été sans ministres.

Le retour des ancièns titulaires ne pouvait être déterminé, ne pouvait même, à cette époque, être jugé possible. Qui de vous m'aurait conseillé de ne pas suivre en ce moment ce que ma conscience, ce que le ciel même semblaient me commander?

— Je suis loin, dit M. Portalis, un peu ému, je suis loin, Monsieur l'archevêque, de vous blâmer d'avoir cédé à de si beaux sentiments. Au contraire, je vous regarde, vous et vos collègues, comme des hommes envoyés par le ciel pour conserver en France la morale évangélique et le flambeau de la religion. Sans vous et sans ceux qui ont fait comme vous , nos malheurs eussent été plus grands encore, et il n'est point de cœur honnête qui ne doive vous savoir gré d'avoir par vos généreux eflbrls diminué la somme de nos maux.

— Je vous remercie, Monseigneur, de ce témoignage consolant de Votre Excellence, Il adoucit un peu l'amertume des peines que j'éprouve depuis deux heures. Mais, si, à vos yeux, j'ai été dans ces jours désastreux, un envoyé du ciel , comment aurai- je pu être en même temps un ennemi du Saint-Siège? Moi, l'ennemi du Saint-Siège ! Moi, qui ai osé élever ma voix pour sa défense, lorsque toutes les autres voix ou se taisaient ou le blasphémaient ! Moi, qui , lorsqu'on traînaiten France , lorsqu'on abreuvait d'oui rages le vénérable Pie VI, repoussai avec une sainte audace les injures qu'aVait vomies contre ce pontife malheureux un lâche journaliste ! Consultez les papiers publics de ces temps de désolation, et vous verrez si ma foi est restée muette.

Il était dix heures ; et Lecoz insista de nouveau pour que les deux prélats et le ministre se rendissent avec lui chez l'empereur. Le cardinal répondit qu'il était trop tard ; et l'on se sépara. Mais Lecoz, ayant des raisons de

386 ESÇàlS

croire qu'il avait été desservi auprès de Napoléon, cqroraq auprès de Pie VII, écrivit en ces ternies au premier, en attendant que le moment fût arrivé de s'expliquer avec le second.

« Sire, il répugnerait à la délicatesse de ma conscience de signer la déclaration que votre ministre de la police m'a remise de votre part; et je préférerais à cette signature même la mort, si Votre Majesté ne me permettait 4e lui expliquer ma pensée tout entière.

» Je déclare donc que dans les jugements du Saint- Siège, auxquels on me demande adhésion et soumission, je ne puis comprendre les brefs et les resçrits du pape Pie VI, lesquels contestent à la nation ses droits, menacent d'excommunication une grande partie de la France, déclarent sacrilège la vente des biens nationaux, et tendent à consacrer parmi nous des maximes que nos pères ont constamment et justement repoussées.

» Par la soumission que je professe, pn ne doit entendre qu'une soumission légale, conforme au concordat et aux antiques libertés de l'Église gallicane.

» J'ai longtemps hésité, même avec explication, à signer cette déclaration. Je ne le ferai que par déférence pour le Saint-Siège, et pour donner un nouveau témoignage non équivoque de mon dévouement à votre personne.

» Sire, depuis quelques jours je suis en butte à d'horri bles calomnies. J'aurais succombé, si je n'étais soutenu par la pensée que je n'ai point perdu l'estime de Votre Majesté. Paris, 30 frimaire an xiu. »

Depuis les conférences du 28 novembre, plusieurs jours s'étaient passés en intrigues auprès du pape et de Napoléon contre l'archevêque. Ce prélat en était instruit par le ministre de la police, qui voulait bien lui foire part des dispositions de l'empereur à son égard, et rendre à

ce prince les réponses justificatives de l'archevêque. Cependant, il paraît , d'après la lettre que je viens de rapporter, que les ennemis de Lecoz avaient aussi réussi à faire adopter à Napoléon, contre les intérêts de la France, les principes que le prélat venait de pulvériser dans les deux conférences.

Voici une lettre de laquelle il paraît résulter que Saurine lutta énergiquement avec Lecoz pour défendre la liberté ecclésiastique. (Lettre au ministre de la policé, 15 décembre, 7 heures et demie du soir.)

« Monseigneur, nous croyons devoir instruire Votre Excellence que là déclaration faite par nous entre vos mains a été rejetée. On en exige de nous une autre par laquelle nous foulerions aux pieds les maximes et l'es libertés de l'Église gallicane, c'est-à-dire on veut que nous reconnaissions que le pape a un pouvoir au moins indirect sur le temporel des rois, qu'il peut excomrniin 1er les souverains, délier les sujets de leur serment de fidélité, et autres prétentions de la cour de Rome, auxquelles, ni comme évêques, ni comme Français, hous ne pouvons souscrire.

» Nous sommes, monseigneur, à la veille d'être immolés avec les principes que nous défendons. Nous subirons tout sans murmures; mais nous désirons que Sa Majesté l'empereur sache du moins (Jue les maximes pour lesquelles nous nous immolons, nous semblent tenir à la sûreté de sa couronne et à la tranquillité de son empire. Rappelez à Sa Majesté l'histoire d'Henri IV et les tracasseries faites au vieux Louis XIV. Du reste, nous sommes prêts à tout; et nous serons consolés, si vous voulez bien assurer Sa Majesté qu'elle n'a et qu'elle n'aura jamais de plus fidèles sujets que nous. — Nous saluons Votre Excellence. Signé : f Cl. Lecoz et f E. Saurine. »

La ligue formée contre Lecoz avait employé toutes ses ressources pour l'empêcher d'être admis à l'audience du pape. Heureusement la déclaration suivante mit fin aux manœuvres. Lecoz eut bientôt donné à Pie VII, qui dès lors le combla de bontés, l'idée que chacun doit avoir de ses talents, de ses rares qualités et de sou zèle pour la religion.

« Beatissime Pater, constitutionem civilem, dictam de »clero, libenti et sincero animo dimisi : ut verè mentis » meae propositum magis ac raagis pateat, omnibus judi- » ciis sedis apostolicae subjectum me profiteor, quandô » hisce judiciis accessit consensus Ecclesiae. Haec est et » semper eiit, Beatissime Pater, fides roea, pro qua vel » ipsam vitam profundere sum paratus. Intérim bencwdictionem apostolicam a Sanctitate vestra humiliter » efïïagito.

» Parisiis, 14 decerab. 1806. »

Il est probable que Napoléon était revenu à des sentiments plus français, et que ce fut d'accord avec lui que Lecoz présenta au pape sa déclaration; car suivant une lettre de Lecoz à l'empereur, datée de la veille, il l'avait envoyée à son examen.

Voilà ce que des libellistes éhontés ont appelé une rétractation , parce qu'ils avaient eu l'impudeur de traduire cette pièce à leur manière et de la dénaturer entièrement pour assouvir la haine implacable qu'ils avaient jurée à l'auteur.

La déclaration des autres évêques constitutionnels, qu'on a prétendu aussi être une rétractation, ne l'est pas davantage. « Je déclare, en présence de Dieu, que je professe adhésion et soumission aux jugements émanés du .*aint-siégeetderÉglisecatholique,apostoliqueetromaine,

SDR LA RÊFOHME CATHOLIQUE. 389

sur les affaires ecclésiastiques de Frauce. Je prie Votre Sainteté de m'accorder sa bénédiction apostolique. » Les jugements du Saint-Siège et de l'Eglise, ou les jugements du Saint-Siège auxquels se joint le consentement de r Eglise, comme porte le texte de Lecoz, revient au même.

L'Ami de la religion et du roi, qui avait inséré cette déclaration, reçut la lettre suivante : « Monsieur, ayant pris lecture du n° 238, du 20 novembre 1816, de votre journal, dans lequel vous pariez d' une déclaration qu'ont faite les évéques constitutionnels, le 28 novembre 180/», j'ai trouvé que la copie n'en est pas exacte, et qu'incomplète comme elle est, elle ne présente pas assez de clarté pour juger l'opinion de ces prélats. Je vous la remets ici pour que vous en fassiez l'usage convenable dans l'occasion :

«Très saint Père/ je n'hésite point à déclarer à Votre Sainteté, que depuis l'institution canonique donnée par le cardinal légat, j'ai constamment été attaché de cœur et d'esprit au grand principe de l'unité catholique, et que tout ce que l'on m'aurait supposé ou qui aurait pu m 'échapper de contraire à ce principe, n'a jamais été dans mes intentions ; ayant toujours eu pour maxime de vivre et de mourir catholique, et par là de professer les principes de cette sainte religion : j'atteste que je donnerais ma vie pour l'enseigner et l'inspirer à tous les catholiques. Ainsi, je déclare devant Dieu que je proteste adhésion et soumission aux jugements du Saint-Siège sur les affaires ecclésiastiques de France. — Paris, 28 novembre 1804. »

Le journaliste ajoute : «Au fond nous croyons ces détails exacts et ils ne s'éloignent pas, quant à la substance, de ceux que nous avons donnés dans le n° 238. » Il a raison, car il s'agit également du Saint-Siège uni à

l'Eglise; mais on ne conçoit pas comment ces deux lettres peuvent lui présenter une rétractation. Les constitutionnels n'ont cessé de répéter qu'ils se soumettaient d'avance au jugement de l'Église, si jamais elle se prononçait sur leur cause après l'avoir solennel lememt examinée dans quelque concile.

Il faut remarquer que dans la dernière lettre, les évêques constitutionnels comprennent surtout parmi les jugements du Saint-Siège, ceux qu'il a portés lors du concordat, où ayant admis les constitutionnels sans qu'ils eussent répudié leur doctrine, il a par là même révoqué les brefs contre la constitution civile du clergé. J'ignore si Sàurine signa cette déclaration, ou si, comme Lecoz, il fit la sienne à part.

Un prêtre, Bastien, avait écrit de Saint-Malo à Lecoz : « Il court un bruit qui nous fait peine; c'est que vous et d'autres évêques avez été obligés de reconnaître la fausseté de vos principes en présence du papé, et que vous avez été le seul qui ait résisté au point qu'il vous à dit ces paroles dures : Super* te acerbissime doleo, recède a me. Vos anciens diocésains qui se recommandent à vos prières, vous supplient de leur dire si ces bruits sont fondés. »

Lecoz lui répond, à la date du 18 juin 4806 : « Depuis longtemps je me suis fait une règle de ne plus m'occuper des sottises, impostures et calomnies débitées et même imprimées contre moi dans votre pays et ailleurs : néanmoins, comme vous m'y invitez au nom de personnes qui m'ont été et qui me seront toujours chères, je réponds :

» 1° Étant à Paris pour le couronnement de Sa Majesté l'empereur, j'ai eu plusieurs fois l'honneur de voir Sa Sainteté Pie VII, et jamais il n'a été entre lui et moi question de la fausseté ou de la vérité de mes principes.

SUR LA ItÉFOKME CATHOLIQUE. 391

» 2° La première fois, il me demanda avec un air de bonté et d'embarras qui annonçait la crainte de me mortifier : Si fêtais soumis aux décisions de l'Eglise. Ma réponse fut prompte, énërgique et sentimentale * Très saint Père, mon vrai patrimoine c'est la religion catholique, apostolique et romaine. J'at eu te bonheur d'y naître, je n'ai cessé d'y vivre, et j'espère par la grâce de Dieu que j'y mourrai. Pour moi les décisions de l'Eglise sont sacrées ; je les ai proclamées dans mon cachot, sous la hache des tyrans, et je suis toujours prêt à donner pour elle jusqu'à la dernière goutie de mon sang. Le saint Père me presse dans ses bras, me baigne de ses larmes d'attendrissement, et se trouve lui-même arrosé des miennes.

» 3<> Le saint-père eut la bonté de dire à l'empereur qu'il ■était bien content de moi; et Sa Kiajesté eut celle de me le répéter dans une audience publique, où il y avait plus de trois cents personnes, et d'y ajouter des choses infiniment flatteuses. Fréquemment je suis retourné auprès du saint-père, quelquefois avec des militaires dè ce paysci, qu'il avait connus en Italie, et qu'il m'avait permis de lui présenter. A chaque fois, j'en ai reçu des témoignages de la plus tendre affection. En sortant, ces militaires, enchantés et pénétrés de respect, se mirent à genoux pour recevoir sa bénédiction. Je voulus faire comme eux. Le saint- père se hâta de venir à moi et de me relever avec une attention vive et affectueuse, qui pénétra mon cœur et celui des militaires, qui en ont parlé.

» Dans une de mes visites, le saint-père me dit, en souriant : J'ai reçu contre vous bien des pièces. — Je le sais, très saint-père; je connais môme le prêtre qui vous a remis dernièrement un volumineux mémoire contre moi.

J offre à Votre Sainteté dé montrer la fausseté de toutes ces inculpations, comme de prouver que le dénonciateur, je pourrais dire le calomniateur, ne s'est point encore soumis au concordat. — Soyez sans inquiétude, me répliqua Sa Sainteté. Désormais tout ce qu'on m'écrira contre vous, je vous renverrai. Le saint-père a tenu parole. Quelques prêtres brouillons, de mon diocèse, lui envoyèrent, six semaines après, un nouveau fatras contre moi. Le saint-père me fit passer ces infâmes dénonciations, dont il me fut facile de lui montrer la fausseté; et son estime pour moi n'a fait qu'augmenter. Qu'on juge maintenant des bruits et des propos répandus à Saint-Malo : c'est méconnaître notre auguste chef, c'est l'outrager, que de lui prêter un pareil discours, etc., etc. »

Il est presque inutile de dire que le pape ne traita pas moins bien Saur i ne. « Une lettre de Paris, en date du 22 décembre 1804, que nous ( Courrier du Bas-Rhin , 3 janvier 1805) a communiquée H. le conseiller d'État (Henri Shée), préfet du département du Bas-Rhin, et qu'il nous engage à porter sur nos feuilles, doit détruire tous les faux bruits qui s'étaient répandus sur le compte de M. Saurhie, notre évêque.

«M.l'évêque de Strasbourg a eu une audience particulière du souverain pontife, en présence du cardinal légat. Je vous annonce avec joie qu'il a été reçu avec le plus grand intérêt; non- seulement le saint-père ne lui a parlé d'aucune rétractation, comme on en a répandu le bruit ; il l'a félicité, au contraire, sur la solidité et la droiture de ses principes. Après une longue conversation, dans laquelle M. Saurine soutint avec force ses opinions, Sa Sainteté l'embrassa tendrement, lui serra les mains et lui promit une protection particulière. Le cardinal Caprara lui témoigna aussi beaucoup d'attachement et

d'intérêt durant cette conversation, dont j'ai cru devoir vous faire le récit. Elle honore M. Saurine, et gagnera de plus en plus, au chef éclairé de l'Eglise romaine, le cœur de tous les fidèles. (Moniteur, 15 janvier 1805.) » Le Moniteur accompagne celte lettre de réflexions ultramontaines, où les décisions du saint-siége sont données comme principe de foi dans toute la chrétienté. Ces réflexions, qui renferment la pensée de Bonaparte, en suggèrent d'autres sur le projet avoué dans le Mémorial de Sainte-Hélène, de s'emparer du pape et de l'employer comme instrument politique; mais je les supprime, laissant au lecteur à faire celles qu'il lui plaira.

Enfin, sur ce même sujet des rapports de Pie VIÏ i les évêques constitutionnels, nous dirons que la bienveillance qui leur fut constamment témoignée par le saintpère, suffirait pour démentir le bref injurieux qui leur fut adressé en son nom par le nonce Spina, lorsqu'il s'agit d'obtenir les démissions des évêques pour l'exécution du concordat. « Il ne reste plus de doute, dit l'auteur anonyme d'une vie manuscrite de Lecoz, que nous avons consultée pour notre récit, que ce bref (envoyé par Spina) n'ait été retouché à Paris. Les archives de la chancellerie romaine, transportées dans cette ville, en ont fourni la preuve. On y a trouvé l'original de ce bref du saint-père, non à M. Spina seul, mais à ses vénérables frères les archevêques et évêques français, qui ont occupé leurs sièges sans institution du siège apostolique, et il leur donne, à la fin, sa bénédiction. Du moins, on reconnaît, à cette forme honnête, le respect du pontife romain pour le caractère épiscopal, que le nonce paraissait avoir méconnu. » . ./|«Ê*v;

Grégoire, dans ses Libertés de V Église gallicane t dénonce les mêmes fourbi. B.-D./

1SSAIS

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