‹ Essais sur la réforme catholiqueChapitre 25 sur 31 · LES TEXTES DE L'ÉCRITURE ET LEUR INTERPRÉTATION TRADITIONNELLE · texte numérisé non relu

LES TEXTES DE L'ÉCRITURE ET LEUR INTERPRÉTATION TRADITIONNELLE

La bulle Ineffabilis Deus prétend fonder le dogme nouveau de l'immaculée conception de la sainte vierge Marie sur deux textes de l'Écriture : Genèse, 3, 15, et/,wc, 1, 28.

« Les Pères et les écrivains ecclésiastiques, dit-elle, instruits par les enseignements célestes, n'ont rien eu de plus cher dans les livres élaborés par eux pour expliquer les Écritures, défendre les dogmes et instruire les fidèles, que de proclamer à l'envi et de prêcher de toutes parts, de la manière la plus variée et la plus admirable, la souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, sa pureté intacte de toute souillure du péché, et sa victoire éclatante sur le détestable ennemi du genre humain. C'est pourquoi, interprétant ces paroles : J'établirai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et la sienne, ils ont enseigné que ce divin oracle désigne d'avance ouvertement et clairement. ..la vierge Marie..., laquelle, unie au Christ par le lien le plus étroit et le plus indissoluble, exerçant avec lui et par lui ces inimitiés éternelles contre le ser-

pent, a, dans son complet triomphe, écrasé de son pied immaculé la tête de ce dragon venimeux. »

Et plus loin : « Ces mêmes Pères et écrivains ecclésiastiques considérant dans leur esprit et dans leur cœur que la bienheureuse Vierge, en recevant de l'ange Gabriel l'annonce de la sublime dignité de mère de Dieu, a été, par l'ordre et au nom de Dieu lui-même, appelée pleine de yrâce, ont enseigné que cette singulière et solennelle salutation, jusque-là inouïe, signifiait que la mère de Dieu était le siège de toutes les grâces divines,. . . tellement que, étrangère à la malédiction (nunquam maledicto obnoxia) et participant avec son fils à la bénédiction perpétuelle, elle a mérité d'entendre Elisabeth, inspirée par l'Esprit saint, lui dire : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le fruit de vos entrailles. »

Dans l'Eglise catholique, on ne crée pas d'articles de foi ; on se contente de professer ce que le Christ a révélé et ce qui a été transmis comme tel de siècle en siècle par une tradition formelle et constante. Pour que Ton puisse dire qu'un dogme est contenu dans quelque passage de la Bible, il faut donc que le texte l'exprime clairement, indubitablement, et qu'il ait toujours été pris en ce sens. C'est en vertu de ce principe, et pour bannir les excès de l'interprétation privée qui plie l'Écriture sainte à toutes les croyances et à toutes les opinions, que le concile de Trente a défendu de l'expliquer contrairement au sentiment unanime des Pères : Ut nemo contra unanimem consensum Patrum scripturam sacram interpretari audeat.

La bulle Ineffabilis, qui connaît cette règle, prétend en tenir compte et s'y conformer. Dans un cas aussi grave, et au moment de charger les consciences du poids d'un nouveau dogme, elle eût bien fait, semble-t-il, de ne pas

s'en tenir à une simple affirmation et de citer quelques noms. Il eût été charitable de faire connaître brièvement aux esprits émus et étonnés la tradition qu'elle invoque, et de donner ainsi plus de force à ce qu'elle proclame la vérité et plus de confiance à la soumission. Puisqu'elle le néglige, essayons nous-même un examen qui doit se faire nécessairement, et que tôt ou tard l'Eglise reprendra. Considérons le premier texte.

M. le cardinal Gousset, le plus éminent des commentateurs de la bulle, est un peu plus explicite qu'elle. Citons ses paroles : « Nos premiers parents, séduits par le serpent infernal, ayant introduit le péché dans le monde par leur désobéissance, Dieu leur promit un libérateur pour eux et pour toute leur postérité. Il dit à ce même serpent: Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; tu dirigeras ton dard contre son talon, et elle te brisera la tête. Ces paroles prophétiques annoncent assez clairement que Dieu n'a pas voulu que Marie fût atteinte delà morsure venimeuse du serpent, qu'elle fût un seul instant sous la domination du démon, qu'ellecontractât le péché d'Ève et d'Adam. Car, si elle avait contracté le péché originel, comment se vérifierait la perpétuelle inimitié entre elle et le serpent ? C'est en vain que l'esprit tentateur a cherché à l'atteindre : malgré son astuce, il a été vaincu parcelle qui lui a brisé la tête de son pied pur et sans tache. C'est ainsi que l'entendent saint Justin, saint Irenée,Tertuliien, Origène, Grégoire de Néocésarée, saint Ephrem, saint Epiphane, saint Ambroise, saint Maxime de Turin, Hesychius, saint André de Crète, saint Jean Damascène, saint Pierre, évêque d'Argos, saint

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Bruno d'Asti el autres anciens auteurs ecclésiastiques1. »

Afin de donner à notre travail tout le soin que réclame une matière aussi importante, nous n'avons rien avancé que nous n'ayons vu par nous-même, ou qui ne se trouve affirmé par les autorités les plus respectables. Non content de vérifier sur les originaux les textes des principaux docteurs que cite M Gousset, nous avons lu en entier les traités d'où ils sont tirés, et étudié dans leurs propres œuvres l'ensemble de leur enseignement. De plus, pour nous conformer autant que possible à la règle du concile deTrente, nous avons consulté quelques autres Pères non moins graves, dont l' honorable prélat ne s'est point préoccupé.

Interrogeons -les dans Tordre indiqué.

a. Sainl Justin ne cite qu'une seule fois et sans rapport g la Vierge, le texte en question : « Si quis dicat an non j> poterat Deus Herodem potius interficere ? Huic quaes- » tioni sic occurram : an non poterat Deus ab initio etiam » serpentera e medio tollere, necdicere: Inimicitias po- D nam intereum et muliei%em, et inter semen iilius et semen v hujus. » (Dial. cutn Trypk , n. 102.) Nous ignorons donc entièrement la pensée de saint Justin à l'égard de notre texte; et il n'est pasexactde dire qu'il l'a interprété comme la bulle. Hais peut-être M. Gousset ne prétend -il pas être pris à la lettre, et veut-il simplement faire entendre que ce sens est dans l'esprit des enseignements de Justin. Qu'est-ce qui peut le lui faire croire? Saint Justin parle de Marie en ces termes : « Eva quum virgo esset et incor- » rupta, sermone serpentis coucepto, inobedientiam et » mortem peperit ; Maria aulem virgo, quum fidem et gau-

1 La croyance générale et constante de V Église touchant l'immaoulée conception de ta B. V. Marie, par 1%BU9 et Ra9 cardinal Gousset; Paris, 1855, p. 755.

» dium percepisset, nuntianti angelo Gabriel! lœtumnun* » tium, nempe spiritum Domini in eam superventurnm et » virtutem Altissimi ei obumbraturam, ideoqueid quod » nascetur ex ea sanctum esse Fiiium Dei, respondit: Fiat » mihi secundùm verbum tuum !. » (Loc. cit.s n. 100.) Il faudrait avoir une vue bien perçante pour découvrir dans ces paroles, que Marie n'a pas contracté le péché d'Eve et d'Adam ; que si elle avait contracté le péché ori^ ginel, la perpétuelle inimitié entre elle et le serpent ne se serait pas vérifiée ; que l'esprit tentateur a été vaincu par celle qui lui a brisé ta tête de son pied pur et sans tache. Quant à nous, nous ne pouvons l'y trouver. Saint Justin se borne à y opposer Marie vierge à Êve vierge, sans même étendre le rapport ^entre elle jusqu'à Yincorrupta qu'il applique à Êve seule, n'accordant à Marie, comme le parallélisme l'indique, en opposition de cette pureté native, que fidem et gaudium. Ce texte, loin d'être favorable au sens de la bulle, devrait donc plutôt l'exclure ; et nous npuscroyons autorisé à rayer saint Justin de la liste de M. Gousset.

b. Saint /renée nous fournit les commentaires suivants : « Deus... hominem raiseratus estetretrorsit inimicitiam, » perquam inimicum Deo facere voluit, in ipsum ihimi- » citiarum auctorem ; auferens quidem suam, qu« erat » ad versus hominem, inimicitiam; retorquens autem » illam et remittens illahi in serpentem. Quemadmodum

1 " Ève, vierge encore et toute pure, ayant ouvert son cœur au » discours du serpent, enfanta la désobéissance et la mort. La vierge » Marie, remplie de joie et d'espoir par la parole de l'ange Gabriel » lui apportant l'heureux message , à savoir : que PEfyrit du Sei- » gneur surviendrait en elle, que la vertu du Très- Haut la couvrirait » de son ombre, et qu'ainsi le fruit saint qui naîtrait d'elle ser Alt le » Kils de Dieu, répondit : Qu'il me soit fait selon vblt$ pdro/e. a

» et Scriplura ait dixisse serpenti Dcura : Et inimicitiam » ponam inter te et inter mulierem, et inter semen tuum et » inter semen mulieris. fpse tuum, etc. Et inimicitiam banc » Dorainus in semetipsumrecapitulavit,demulierefactus » bomo et calcans ejus capul. » (Lib. h, c. 40, n. 3.) Il dit à peu près la même chose au liv. 5, c. 21. Enfin, il s'exprime ainsi : « Quapropter inimicitiam posuit inter » serpentem et mulierem et semen ejus, observantes in- » vicem : iilo quidem cui morderetur planta et potente » calcarecaputinimici ; alterovero mordente etoccidente » etinterpedienteingressushominis,quoadusque venitse- » men prœdestinatum ca Icare caput ejus, quod fuit par- » lus Mariai » (Lib. 3, c. 23, n. 7.) Il ressort clairement de ces passages que, dans la pensée de saint Irenée, il est ici question du Christ et de Satan; que c'est le Christ qui a seul le pouvoir de briser la tête du serpent, et que Marie ne s'y trouve désignée que par rapport à sa maternité divine.

Ce n'est donc pas en vertu de ses interprétations directes, les seules qu'il eût fallu consulter, dans une discussion exégétique, que saint Irenée peut être citécommo ayant lu, dans le verset 15 du chapitre III de la Genèse, que Dieu n'a pas voulu que Marie fût atteinte de la morsure venimeuse du serpent, quelle fût un seul instant sous la domination du démon. Est-il d'autres passages dont on l'ait pu déduire indirectement ? Quoique M. l'archevêque de Reims ne le dise pas, et que nous croyions avoir le droit de considérer l'opinion d'Irenée comme suffisamment élucidée, nous ne négligerons pas de recueillir les paroles auxquelles on fait sans aucun doute allusion.

« Quemadmodum, dit saint Irenée, illa (Virgo Eva) per » angeli sermonem seducta est, ut effugeret Deum, prœwvaricala verbum ejus; ita et hœc (Virgo Maria) per

» angelicum sermonem evangelizata est, ut portaret Deum, »obediens verbo ejus. Et si ea inobedierat Deo, sed haec wsuasa est obedire Deo, uti virginis Evae virgo Maria » fieret advocata. Et quemadmodum adstrictum morti » genus humanum per virginem, salvalur per virginem : »œqua lance disposita, virginalis inobedienlia per virgi- » nalem obedientiam. 9 (Lib. 5. c. 19. n. 4.) Je vois bien ici, en deux mots, que le salut, c'est-à-dire le Christ, nous vient par la vierge Marie, comme la perdition ou le péché par la vierge Eve. Mais y trouve-t-on un seul mot qui autorise le cardinal Gousset à affirmer que S. Irenéea interprété les paroles prophétiques de la Genèse dans le sens immaculiste? On ne saurait songer à le prétendre; seulement, dira-t-on peut être, ce passage prouve la vénération de ce Père pour la Vierge, qu'il nomme advocata Evœ. Sans doute, il le prouve; et tous les textes que Ton accumule, soit dit en passant, ne prouvent autre chose. Mais nous voilà bien loin du point de départ et de la proposition émise. Au reste, il ne faudrait pas attacher une importance exagérée à cette expression advocata. L'ensemble du passageen marque assez la signification ; etlrenée s'est chargé ailleurs encore de préciser exactement sa pensée. « Sic » autem, dit-il, et Evae inobedientiae nodus solutionem » accipit per obedientiam Mariœ. Quod enim a lliga vit » virgo Eva per incredulitatem, hoc virgo Maria solvit >; per fidem. » (Lib. 3, c. 22. n. k.) Donc, si Marie estlWvocata d'Eve, c'est que grâce à sa foi et à son obéissance, l'infidélité et la désobéissance d'Eve ont pu être réparées. Ainsi, tous ces textes ne font que reproduire la pensée de saint Justin, et à peu près dans les mêmes termes.

C'est donc également à tort que M. le cardinal invoque le nom de saint (renée.

c. L'allusion la plus directe à notre texte de la Genèse

que nous ayons rencontrée dans Tertuiiien, est celle-ci : «Hoc quoque deerit christianse; ut de serpente cultior » fiât. Sic calcabit diaboli caput, dum de capite ejus cer- » vicibus suis aut î psi capiti omamenta struit: r>(De cultu fem.t lib. 1. c. 6. ) Il ne s'agit ici ni de la B. Vierge Marie, ni de l'immaculée conception; et si Tertullien fait une application quelconque de la prophétie, c'est aux femmes en général. Nous trouvons ensuite : « Quem » (Satanam) tamen et praedamnando, (Deus) testatus est »ab institutions forma libidine propria concept» ultro » malitire exorbitassc; et commeatum operationibus ejus » admetiendo, ralionem bonitalis su» egit; eodem cou- » silio et homo eadem arbitiïi libertate elideret inimicum, » qua succiderat illi ; probans suam, non Dei culpam ; »et ita salutem digne per victoriam recuperaret; et dia- » bolus amarius puniretur ab eo, quem eliserat ante » devictus; et Deus tanto magis bonus inveniretur, susti- » nens hominem gloriosiorem in paradisum, ad licentiara » decerpendœ arboris vitœ jam de vita regressurum »

1 «Toutefois en le condamnant d'avance, Dieu nous donna un » témoignage formel que c'était par une dépravation personnelle et » toute volontaire que l'ange avait failli. De plus, en mesurant le » sursis à ses œuvres , Il demeura fidèle aux calculs de sa sagesse, » qui ajournait l'anéantissement du démon dans le même but qu'elle » ajournait le rétablissement de l'homme. Il ouvrit à ce combat de » tous les jours une carrière suffisante , âfio que l'homme écrasât » son ennemi avec cette même liberté qui avait succombé aui as- » sauts du démon : nouvelle preuve que la faute était à lui et non » à Dieu; afin qu'il reconquit dignement le salut par la victoire; » que le diable fût plus amèrement châtié, quand il serait vaincu » par celui qu'il avait terrassé auparavant, et enfin que la bonté » divine se manifestât dans sa plus haute évidence, en transportant » au paradis l'homme couronné de gloire, l'homme qui devait sortir » de la vie pour cueillir le fruit de l'arbre de vie, »

(Adv. Marc^ 1. 2. cap. 10.) Mêmô remarqua à l'égard de ce texte, qui* plus encore que le premier, s'adresse h l'hu manité entière, au semen mulieris en général.

En appelant Tertuliien en témoignage, on n'a donc encore en vue que des passages où il n'est nullement question du texte de l'Écriture qu'on prétend interpréter selon le sentiment unanime des Pères. Suivons les intentions de notre auteur et écoutons Tertuliien : « Virgo erat » adhuc terra nondum opère compressa, nondum sementi »subacta : ex ea hominem factum accepimus a Deoin » animam vivam. Igitur, si primus Adam de terra tra- »ditur, merito sequerts, vel novissimus Adam, ut Apos- » tolusdixit, proinde de terra, id est carne nondum gene- » rationi resignata , in spiritum vivificantem a Deo est » prolatus. .. In virgiuem adhuc Evam irrepserat verbum » œdificatorium mortis; in virginemaequeintroducendum » erat Dei Verbum extructorium vitae : ut quod per ejus « » modisexum abierat in perditionem, pereumdem sexum » redigeretur in salutem. Crediderat Eva serpenti : cre- »didît Maria Gabrieli. Quod illa credendo deliquit, haec »credendo delevit. » (De carn. Chr. c. 17.) Tertuliien parle comme saint Justin, comme saint Irénée; et il devient de plus en plus évident que leurs paroles n'ont pour objet que la virginité de la mère du Verbe fait chair. La comparaison porte sur la terre vierge d'où fut tiré Adam : elle est vierge, parce que la main de l'homme ne s'est pas encore abaissée vers elle, et que nulle semence n'a été jetée dans son sein. Le second Adam, le Christ, devra également prendre corps dansjine terre non travaillée, c'est-à-dire, une chair non encore ouverte à la génération. En d'autres termes, la mère du Sauveur sera une terre où nulle semence n'aura pénétré; elle sera .vierge, comme le fut Éve. La virginité est l'unique carac-

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(ère impliqué dans le dogme de l'incarnation ; c'est aussi le seul que Tertullien, ainsi que les autres Pères, revendiquent pour Marie, le seul auquel ils songent en défendant la divinité et la pureté parfaite de Jésus.

Ainsi, Tertullien ne sait rien d'une conception immaculée de Marie, et il n'entend pas, comme la butle et M. Gousset, la promesse de la Genèse.

d. Nous ne connaissons que quatre endroits des œuvres A*Orighne% où le verset en question se trouve allégué. Deux seulement peuvent nous intéresser. Nous les transcrivons :

« In gentem enim magnam, dicit Dominus, faciam te ibi, v et descendant tecum in jEgyptum, et inde te revocabo in » finem. Videamus ergo, ne forte in hoc protoplusti figura » formetur, qui in agones descendit in iEgyptum cum, de » paradisi deliciis ejectus, ad hujus mundi labores aerumanasque dedneitur, proposito sibi cum serpente certa- » mine, cum dicitur : Tu illius observabis caput et ipse » tuum observobit calcaneum; et iterum cum ad mulierem » dicitur : Ponam inimicitias inter te et ipsum, et inter » semen tuum et semen illius. Nec tamen eos in hoc certa- » mine posilos deserit Deus, sed semper est cum ipsis. » Complacet in Abel , corripit Caïn. Invocatus adest » Enoch. Noe mandat in diluvio arcam salulis exstmere. » Abraham, etc. » [In Gen. ffom. 15. n. 5.) Loin d'appliquer ces paroles à la conception de Marie, Origène ne les rapporte môme pas ici à celui qui en est l'objet particulier, au Messie : il les entend comme adressées à l'espèce humaine en général. Passons au second texte: « Utinam is et ego sim qui dicam : Prtèoaricationem in- » vocabo, et invoeem prœvaricalionem pacti cum serpente, » pacti cum diabolo. Pactum olim imit serpens cum Eva. » Illi hœc erat arnica, et amicus serpens mulieri. Sed

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» Deus utpote bonus pacta Iiaec dissolvi et amiciliam liane » pravam deleri curavit, et uti bonus Deus dicit : Inimici* » tiam ponant inter te et mulierem, et inter semen tuum et » semen iltius. Pie igitur audiamus, quo pacto Deus inimi- » citiam inter hune et illam ponat, ut amicitiam inter » illam et Christum conciliet. (Fieri enim nequit, utquis » contrariorumsimul amicus sit. Etsieutnemo potestami- » eus esse Deo et mammonae, amicus Christo et serpenti ; » sed necesse estutamicitiaChristi inimicitias generet cum » serpente, et amicitia serpentis inimicitias pariât cum » Cbristo.) Prœvaricationem'et miser iam invocabo. Ut vero » melîus inteliigas, quid sit miseriam invocabo, describain » quod fieri solet ab ascetis. Est enim sa?pe qui, cum sit » liberum nubere, eligit non abuti nubendi potestate, » sed affligi et tolerare, jejuniis corpus domare, ipsum » in servitutem redigere, etc. » (In Jerem. Nom. 19. H. 7.) Tout ce qu'on peut voir dans ce passage, c'est que chacun doit rompre le pacte antique qui le lie à Satan, poser une inimitié entre lui et son ancien allié, et devenir l'ami du Christ, en suivant la voie que lui indiquent les ascètes. Ainsi , le second texte conserve la généralité du premier.

Il est vrai que dans son travail sur la tradition , M. Gousset attribue à Origène le texte suivant : a Hujus » itaque unigeniti Dei dicelur hœc mater, Virgo Maria, » digna Dei, immaculata sancti immaculati, una unius, » unica unici... Accipe eam sicut commendatum cœles- » tem thesaurum, Deitatis divitias, sicut plenissimam » sanctitalem, sicut perfectam justitiam... Virgo neque » persuasione serpentis decepta est, neque ejus afflatibus » venenosis infecta. » (Hom. 1. ex decem Hom. in divers.) Quand même ces paroles appartiendraient réellement à Origène, leur interprétation, grâce au passage précédent,

serait simple et Facile. Marie est demeurée vierge immaculée, parce qu'elle a résisté au serpent, parce qu'elle he s'est pas hissé persuader par lui , et qu'elle a fermé son cœur à ses poisons, parce qu elle a mis entré lui et ellé une inimitié perpétuelle en se vouant à la chasteté, en suivant la voie des ascètes. Cela est clair. D'ailleurs, si M. le cardinal s'était donné la peine de rédiger sa compilation avec un peu plus de soin, il se serait rappelé, sans doute, que les Homélies auxquelles il empruntait cé texte, portent à tort le nom d'Origène et ne sont pas dé lui.Cefait, depuis longtemps âcquisà la science, est signalé dans tous les manuels de Patrologie. « Il existe encore sous le nom d'Origène, dit Mœhler, 10 Homiliœ in diversos, qui n'offrent rien de commun avec la manière de ce Père, soit pour le style, soit pour la méthode d'interprétation , tahdis que , au contraire, les allusions perpétuelles à des événements plus récents trahissent à chaquë ligne la main d'un auteur tout différent, que, en comparaison du premier, on peut encore à peine regarder comme catholique. » [La Patrologie, etc., t. II, p. 102. Ed. Louvain.) Fessier parle de même : « On attribue en* core à Origène sept Homélies sur saint Matthieu, qui font partie de celles qu'on appelle vulgairement In diverios; aucune d'elles n'est authentique. » Et plus loin : « Les dix Homélies In diversos appartiennent aux œuvres supposées et apocryphes d'Origène. » (Institutiones Patrologiœ, t. I, p. 263, note 3 et p. 266 4.) Nous ne pouvons donc attribuer cette méprise de M. Gousset qu'à la trop

1 Ce manuel de Patrologie, dont nous continuerons à faire usage, a été publié eh Allemagne en 1850 51, pour servir de guide à renseignement dans les écoles de théologie et les séminaire*. (I e*t rèvêtu d'une approbation fort ëlogieuse du consistoire épiseopàl dê

gwmfe précipitation que tout son livre atteste. — Quoi

qu'il en soit, nous lui abandonnons le soin de répondre lui-même à la question triomphante qu'il pose à la suite de son texte : «Origène eût-il tenu ce langage, s'il avait cru Marie sujette au péché originel ? » Nous lui abandonnons encore le soin, et le respect de la vérité lui en fera un devoir, de rayer Origène de la liste des Pères qui ont découvert dans les paroles prophétiques de la Genèse, que Dieu n'a pas voulu que Marie contractât le péché d'Ève et d'Adam.

e. M. Gousset cite ensuite 5. Grégoirede Néocésarée, plus généralement connu sous le nom de Thaumaturge. Pour cela, il se fonde (p. 74b) sur ses sermons De Annuntiatione B. M. V. Mais M. le cardinal n'est pas heureux. « Ces Homélies, dit Moehler, sont évidemment supposées. Le style est différent de celui de Grégoire; les termes opoou?(o;f Gcotoxoç, etc., y sont employés dans le sens qui leur a été donné plus tard à l'occasion d'hérésies plus modernes... Leur supposition est incontestable. » (Loc. cit. p. 217.) C'est aussi l'opinion de Fessier. (Loc. cit., p. 317.) Ces passages apocryphes étant les seuls que l'on puisse invoquer, nous ne nous arrêtons pas davantage à S. Grégoire.

/. Vient S. Êphrem, dont H. Gousset transcrit les paroles suivantes ;

a 0 Virgo Domina, immaculata De i par a... honorabilis » magisquam Cherubim, etsineulla coraparatione multo

Brixe, et toute la presse catholique de l'Allemagne en a proclamé les mérites. M. Hefele Va chaudement recommandé à deux reprises différentes dans le Theologische Quarlaltchrifl de Tubinge. — Quant à Moehler, il est trop universellement connu pour qu'il soit nécessaire d'eu parler.

» quam cœlestes exercitus pretiosior. .. Salve Evae pretium » redemptionis, salve fons gratiae et immortalitatis, salve » Sancli spiritus tons signatus, salve templum divinissi- » mum, salve sedes Dei, salve pura, quœdraconis nequis- » simi caput contrivi&ti... Immaculat ssima Virgo... Salve » pura, quae semper Virgo, tum corpore lum anima fuîsti, » intégra et imraaculata... Miserere humilitatis meœ, im- » maculata, etc. » (Ed. Romae, t. III, p. 565-569.) Ces lambeaux de phrases sont empruntés à des prières à la . sainte Mère de Dieu, qui portent le nomd'Éphrem, et qui se trouvent vers la fin du tome III et dernier de ses œuvres grecques. Sans vouloir nous engager ici dans une discussion qui dépasse nos limites, nous ferons remarquer cependant que cette critique sévère, qui sépare irrévocablement le vrai du faux, n'a pas dit encore son dernier mot sur les écrits de ce Père. Ses œuvres, réunies par Assemani, surtout habile orientaliste, renferment indistinctement tous les ouvrages trouvés sous le nom de S. Éphrem, sans cet appareil savant qui est la force et la gloire des éditions bénédictines. Nous croyons que si la main des Mabillon et de ses illustres émules avait passé par là, les • résultats ne seraient pas tout à fait les mêmes. Au reste, pour ce qui concerne l'authenticité des prières en question, Assemani lui-môme semble ne pas y avoir une foi entière, ou permettre au moins le doute. Voici tout ce qu'il croit pouvoir en dire, dans ses prolégomènes sur les sources auxquelles il a puisé : « Liber Theocarœ monachi continet Precationes octo ad Deum, et undecim ad B. Virginem quœ ex S. Ephnemi scriptis dicunlur collectœ.» Ces paroîessont bien peu affirmatives, et pourraient donner matière à sérieuse discussion Ne devait-on pas

1 Nous croyons qu'il suffit d'un peu de goût ei de pratique des

être singulièrement porté à recommander à la piété des fidèles les productions de ce genre, en y inscrivant le nom de celui que l'Église orientale ou syrienne a toujours regardé comme « la lyre de l'Esprït-Saint , la colonne de l'Église , le docteur du monde entier et le prophète des Syriens. » {Offic. eccles. Maronit. *.) Quoi qu'il en soit, admettons les paroles citées, comme si elles étaient authentiques, et discutons-les.

S. Éphrem nous a laissé de longs et remarquables commentaires sur la plupart des livres de la Bible, et en particulier sur la Genèse. Pour connaître sa véritable pensée relativement au texte qui est l'objet de notre examen, il eût été plus juste et plus sûr de recourir aux ou-

Pères, pour sentir que cette longue énumération d'épi tb êtes parfois exagérées, plus remplie de mots que d'idées et portant toutes les traces d'une compilation, n'est pas plus une œuvre originale et authentique que ces Lamentations sur la Passion du Seigneur, et cette autre Prière à la Vierge, que Tiilemont etCeillier rangent sans hésiter entre les apocryphes. Ces auteurs ne parlent pas de la prière dont le texte de M. Gousset est extrait , parce qu'elle n'avait pas encore été publiée alors. S'ils l'avaient connue, nous ne doutons pas qu'ils n'en eussent porté le même jugement, tant elle est semblable et par le fond et par la forme aux productions dont la supposition leur semblait évidente. Assemani reconnaît du reste lui-même qu'une partie de ces épilhètes a dû être ajoutée par des copistes moins fidèles que zélés pour la gloire de Marie. (S. Ephrœm. Opéra grœca, Prolegom. ad t. III, p. 54.)

1 Les Syriens donnent i ce Père plus de mille opuscules et trois millions de vers (Ceillier, t. Y1U, p. 9). Assemani se charge de nous apprendre que les liturgies maronite et jacobite comprennent un grand nombre de ces prières qui portent le nom de S. Épbrem, et qu'elles lui attribuent entre autres formellement les Lamentations sur la Passion du Seigneur^ dont la supposition est aussi manifeste que reconnue. [Ibid.t Prolegom. ad t. II, p. 58, et t. III, p. 54.)

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?rages où il s'en occupe ex professo, qu'à quelques prières d'un lyrisme peut-être exagéré et d'une autorité douteuse. Suppléons à cet oubli. Voici son appréciation officielle : « Et inimicitiam ponam inter te et tlium : quandoquidena » amie ii m ipsi te simulaus, inimicum (hominem) fecisti » Deo, atque sibi suisque, tibi quoque, perinde atque il H » tu ipse. Et ipsum, hominis sbmen, conteret caput tuum... » Haecaltiori sensu referenda sunt ad diabolum, serpen* » tem illum intelligibilem: hic enim vero calcaneo nos- *> tro perpeluo imminet ; nos vero oportet ipsius ohser- » vare caput, initium scilicet lentationum t quibus ad » peccandum pravisque affection i bus obsequendum nos-

* tram voluntatem sollicitât *. » (In Gènes., op. syr., t. I, » p. 135.) En rapprochant de ce passage les mots de la prière, auxquels M. Gousset fait allusion, ils ne présentent plus qu'un sens naturel et conforme à l'enseignement unanime des Pères. Si Marie drueonis nequissimi caput contrivit, c'est qu'elle a combattu contre lui le bon combat, et qu'avec la grâce de Dieu, elle en a triomphé pendant toute sa vie. Quant aux mots immaculata, immaculatissima, etc., on sait qu'ils ne doivent point arrêter yn sepl instant : pour Éphrem, comme pour toute l'antiquité chrétienne , la mère de Dieu fut immaculée, parce

1 « Je mettrai une inimitié entre lui et toi : et cela au moment a même où, simulant envers lui une amitié trompeuse, lu as rendu » l'homme ennemi de Dieu , de soi et des siens , et où tu es devenu ii toi-même son ennemi. Et la race de Vhommete brisera laléte... «Ces paroles se rapportent, dans un sens plus élevé, au serpent » intelligible, au démon. C'est lui qui menace constamment notre k talon ; c'est à nous qu'il appartient d'observer sa tête, c'est à dire

* le commencement des tentations par lesquelles il sollicite notre >. volonté à pécher et à fujvre des passions dépravées. »

que, ainsi qu'il s'exprime lui-taêtoe, Hle fut toujours vierge, tant du corps que de l'âme.

Ce qui achèverait, au reste, de dissiper toute obscurité; s'il pouvait y en avoir encore, touchant la pensée de S. Éphrem, c'est qu'il professe formellement l'opinion contraire à l'immaculée conception dans un de sfes écrite les plus remarquables et les plus incontestés. « Le Christ, » dit-il dans son traité de Margarita pretiosa, est tiéd'uné » nature qui n'avait pas été exempte de taches, et qui avait » besoin d'être purifiée par sa visite, ex natura sordibus %obnoxia% quœ purgationibus per visitationem ejus indi- » gebat... Il est né d'une vierge qu'il commença par puri- » fier, pour faire voir que là où le Christ se trouve, il » opère toute pureté. Il la purifia, in sancto prœparariè » Spiritu (c'est-à-dire, comme l'explique Dom Cellier, » lorsque le Saint-Esprit survint en elle) ; puis il descen- » dit dans ce sein virginal ainsi purifié. Il la purifia en j> chasteté et en sanctification ; et c'est pour cela, que, ett » naissant, il la laissa vierge. » — De toute manière donc, M. Gousset appuie à tort de l'autorité de S. Éphrem l'opinion qu'il défend.

g. Nous pourrions attendre , pour nous occuper de & Epiphane, que M. Gousset eût établi par d'autres textes que par celui qu'il emprunte au sermon delaudibùs Marias, qu'il a eu le droit de le porter à son catalogue. En effet, ce sermon comme tous ceux qu'on a attribués àS. Epiphane, est si manifestement apocryphe, que le savant éditeur de ses œuvres, le père Petau, déclare ne le reproduire qu'à regret, et pour ne rien négliger de ce qui avait paru sous son nom. Si le père Plazza a en a établi l'authenticité dans son savant ouvrage intitulé : Causa irnmaculatœ conceptions B. M. F. 1 », il faut qu'on ait été bien injuste enms

1 M. Gousset, La troyutU*, cic.

sa démonstration , car elle n'a ébranlé en rien jusqu'id l'opinion des érudits à cet égard, et n'a pas empêché le professeur Fessier de répéter encore de nos jours : « On donne aussi sous le nom de S. Epiphane huit sermons ou homélies. Mais les plus habiles critiques pensent, avec Petau, l'éditeur des œuvres de ce Père, que ces sermons ne sont pas de lui, et qu'ils ne peuvent appartenir qu'à un auteur beaucoup plus récent, et peut-être du VIIe ou 1X« siècle. p. 647).

Cependant, comme M. Gousset n'est pas seul à invoquer le témoignage de S. Epiphane en faveur de la cause de l'immaculée conception , nous croyons devoir nous y arrêter un instant. D'après quelques commentateurs delà Bible, Epiphane aurait enseigné dans son Panarium, Zadv. Antidic, que « par mulierem est principalement désignée la bienheureuse vierge Marie. .. parce qu'elle ne contracta aucun péché, pas même le péché originel qui est comme la tête de tous les autres, » (Tirin. Comment, in Gen., 3, 15). Voyons le texte : « Unde mors accidit, » dits. Epiphane à l'endroit indiqué, vita il lue accessit ; • » ut in mortis locum vita succederet, et illatam a muliere » mortem ille ipse qui e muliere, vita ut esset nostra, » nalus erat, excluderet. Quoniam vero cum adhuc » virgo in hortis Eva degeret , per contumaciam apud » Deu m offenderat, ideogratise propria ad Virginem mana- » vit obedientia, postquam circumfusi corpore Verbi, » sempiternaeque vitae de cœlo est nuntiatus advenlus. » Nam illic ita serpentem Deus alloquitur : Inimicitiam » ponam inter te et inter illam, inter semen tuum et sémen » illius. Atqui nusquam ejusmodi semen mulieris inve- » niri potest. Unde non aliter quam per adumbrationem » ac similitudinemad Evam hostiles iltae imimicitiœrefe- » runtur, quas cum hujus stirpe serpens ille et qui in

» serpente inerat invidia flagrans diabolus, exercet. Plene

d quidem ac perfecte accommodari ad illam uni versa » nequeunt ; sed in sanclissima, eximia ac singulari stirpe, » quae ab sola Virgine Maria sine ulla v i ri consuetutline » propagata est, reipsa ac penitus implelur. » (Loc cit., n. 18, 19.) Ainsi, S. Epiphane parle comme ont parlé tous les Pères. C'est Jésus-Christ, l'homme par excellence, qui est l'objet particulier de notre prophétie; et si la Vierge s'y trouve comprise par occasion, ce n'est que pour avoir été la mère de ce Fils libérateur. Voilà comment, en mêlant des gloses et des interprétations parfaitement arbitraires aux paroles des grands docleurs de l'Eglise , on en fausse le langage. Ah ! si S. Epiphane, si soigneux dans tout ce chapitre, de relever les titres et les gloires de Marie, avait su quelque chose de sa conception immaculée, il n'eût point manqué de le dire : c'eût été un argument suprême à opposer aux détracteurs de sa pureté virginale. Mais loin d'en parler, il ne soupçonne même pas qu'on puisse ajouter quelque chose aux privilèges qu'il revendique pour elle; je dis mal : il craint même qu'on ne veuille aller plus loin, et il termine par ces mots remarquables, qui semblent être un avertissement pour notre époque : « Prenons garde qu'en relevant trop les gloires de Marie, nous ne donnions matière à quelque erreur ou quelque scandale d'un autre genre. — Cavendum illttd nobis est, ne efjfusiora Ma B. Virginis prœconia altcrius errons et offensionis male~ riam alicui prœbeaut. » (Loc. cit., n. 22.)

Après avoir rétabli la vérité à l'égard du véritable Epipliane, nous revenons à M. Gousset, c'est-à-dire au pseudo- Epiphane, dont nous ne consentons nullement à lui abandonner le texte. Le voici : « Solo Deo excepto, cunctis

fi7.

» snperior exstitit ; naturâ formosior et (lises : est ipsîs1) » Cherubim, Seraphim et omni exercitu angetorum.., » Ovis iminaculataqueepeperit agnum. u Nous commençons par déclarer que nous nous sommet donné la peine de lire attentivement d'uu bout à l'autre ce fatras apocryphe, et que nous n'y avons rien trouvé qui eût rapport à la conception immabulée, rien qui ne se rapportât uniquement à la maternité divine. Ce texte lui-même n'a pas une autre portée; car il faut reconnaître, si on veut lui laisser un sens raisonnable, qu'il roule tout entier sur le mystère de l'incarnation, qu'il exalte dans Marie la mère de Dieu. Est-elle solo Deo excepto, cunclis snperior, c'est qu'elle a eu l'honneur de porter dans son sein le Seigneur des mondes, et de donner le jour au Verbe fait homme. Est-elle formosior Cherubim, etc., c'est encore toujours par sa qualité (naturâ) de mère de Dieu. Il serait absurde d'y voir autre chose. En effet, ôtez à Marie sa maternité divine, et cette femme (car la Vierge, môme conçue immaculée, n'est après tout qu'une femme s), peut elle se trouver encore supérieure par essence à ces

1 Nous ne relevons celle faute, parmi toutes celles dont l'œuvre de M. Gousset fourmille, que pour avoir l'occasion de confirmer ce que nous avons dil plus haut de la légèreté et de la négligence qui semblent avoir présidé à la rédaction de son livre. L'indication de la plus grande partie des teites est fautive, de tous ceux, par exemple, qui sont empruntés à la collection des conciles de Labbe, collection cependant que toutes les bibliothèques possèdent. Nous ne croyons pas être injuste envers M. le cardinal-archevêque en supposant qu'il n'a ni pris ni vérifié dans les sources une seule de ses citations.

* • Quoique Marie soitun vase précieux et choisi , dit S Épiphane , » elle n'en est pas moins une femme — nihilominus muliër est— et » de la même nature que les autres... C'est la bonté de Dieu qui

purs et immortels esprits, aces célestes intelligences, qui

sont le plus sublime degré de lechelle des êtres? Enfin, ces mots : ovis immaculuta peperit agnum, disent simplement dans leur sens figuré, que la mère (ovis) dti Christ (agnum) fut une vierge [immaculata). C'est toujours la même pensée et le même langage.

S. Ambroise est un des Pères qui ont le plus clairement fait connaître leur manière de voir relativement à la prophétie de la Genèse. D'après sa théorie, la plus complète et la plus rationnelle, ce sont les descendants de la femme en général, et entre eux tous son descendant par excellence, Jésus-Christ , qui doivent briser la tête du serpent. Ecoutons-le : « Deus ait ad serpentem : Et ml'- » micitias ponam inter te et inter mulîerem, et semen tuum » et semen mulieris, etc. Ubi inimicitiœ sunt, ibi discordia » est, nocendique studium : ubi nocendi studium, ibi » malitia ponitur. Ergo discordia inter serpentem et mu- » lierem discordiae malitia subest. Non est ergo sublata » malitia. Denique servatum est serpenti, Ut calcaneum » mulieris et seminis ejus observet, quo noceat, et vene- » num suum intundat. Non ergo ambulemus in terrenis, m et serpens nobis nocere non poterit. » [De jugo sœc. n° 63). Puis ailleurs ; « Quamvis autem mulier seducla » et in prtevaricatione fuerit, salva tamen erit per filioa rum generationem inter quosgeneravit et Christum l. » {De parad., n° kl.)

» nous l'a accordée, sans que pour cela elle différai des autres mor- » lels par la condition de la naissance — ita tamen ut non aliam » quam cœleri mortales nascendi conditionem habuerit. » (Loc. cil., adv. Collyrid., n° 5.) Ces derniers mots ne ruinent-ils pas l'huma culisme?

1 Lors même que S. Ambroise eût appliqué d'une manière spé-

Ainsi, en nommant S. Àmbroise, M. Gousset ne peut encore une fois que faire allusion à un passage où notre texte n'est ni allégué, ni insinué. Ce sera sans doute celuici : a Veni ergo (Domine) et quœre ovem luam jam non » per mercenarios, sed per temetipsum. Suscipe me in » carne, quse in Adam lapsa est. Suscipe me non ex Sara, » sed ex Maria; ut incorrupta sit virgo, sed virgo per » gratiam ab omni intégra labe peccati. Porta me in » cruce, etc. » (In Ps. 118, serm. 22, n° 30). Il est hors de doute, pour celui qui se donne la peine de comprendre le sens de ces paroles, qu'elles ne se rapportent pas directement à Marie, et qu'elles n'ont point pour objet de dogmatiser sur ses prérogatives; elles ne sont au fond que l'expression de ces pensées de S. Paul : « 11 faut dépouiller le vieil homme, et revêtir l'homme nouveau qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable (Eph. 6, 22, 26). Dépouillez ce vieil homme, et revêtez-vous du nouveau qui se renouvelle dans la connaissance de Dieu à la ressemblance de celui qui l'a créé (Col. 3,9). Le premier homme est le terrestre qui vient de la terre, et le second est le céleste qui vient du ciel (1 Cor. 15, kl). Ainsi, tous meurent en Adam et tous revivent en Jésus-Christ (ibid. 22). » Dans l'esprit de S. Ambroise, la Vierge ne sert ici en quelque sorte que de symbole : comme Jésus-Christ, noire vie, nous a été donné par elle, c'est par elle, sous ce rapport, que nous renaissons. — Quant aux qualités qu'il lui attribue, ce sont celles que la maternité divine implique : la virginité immaculée; ou que l'antiquité chrétienne lui a générale-

ciale à Marie le privilège d'écraser la téte du serpent, ce serait donc pour avoir donné le jour à son Qls Jésus , et nullement pour avoir • éie conçue sans péché.

ment reconnues : l'exemption de tout péché actuel. — S. Ambroise ne fait donc que répéter à sa manière la peusée des Justin et des Irenée.

Si notre explication pouvait laisser quelque doute, il suffirait de rappeler un ou deux textes de ce Père, pour savoir jusqu'à quel point il favorise la croyance de l'immaculée conception :

« Non virtlis coitus, dit-il, virginalia sécréta reseravit» » sed immaculatum seraen inviolabili utero Spiritus sanc* » tus infudit. Solus enim per omnia ex natis de femina » sanctus Dominus Jésus, qui terrenœ contagia corrup- » telae immaculati partus novitaie non senserit et cœlesti » majestate depulerit. » (In Luc, lib. 2. n. 56).

« Nemo sine peccato nisi solus Deus. Servatum est igi- » tur, ut ex viro et muliere, id est per illam corporum » commixtionem nemo videalur expers esse delicti. Qui » autem expers est delicti, expers est etiam hujusmodi con- » ceptionisK » (Ap. August. de nupt. et conc, lib. 1, n. 40.)

« Unus solus homo média tor Dei et hominum, eo quod » sit natus ex virgine, nec senserit nascendo peccatum, ge- » nerationis obnoxiœ vinculis non tenetur. Omnes autem • homines sub peccato nascuntur, quorum ipse ortus in » vitio est: quiaconcupiscentia vol up ta te concreti, prius » subirent contagia delictorum, quam vitalem de hoc » aere spiritum ducerent. » (Ap. Aug. contr. Julian., lib. 2, n. 32.)

1 « Dieu seul est sans péché. Tous ceux qui naissent de l'homme » et de la femme, c'est-à-dire de l'union des corps, sont donc cou- » pables : cette règle ne souffre pas d'exception. Ainsi, on peut afflr- » mer d'une manière absolue, que celui qui n'a point de péché, n'a » pas non plus été conçu de la façon ordinaire. »

t. Nous avons épuisé la première partie de la liste de M. Gousset, celle de la grande tradition ; et nous avons vu que si tous ces illustres docteurs, organes sévères et officiels de l'Église, sont unanimes à professer une opinion à l'égard de la conception immaculée, ce n'est assurément pas celle de la bulle. Comment M. le cardinal-archevêque de Reims, instruisant le monde catholique, a-t-ii pu l'ignorer ou le méconnaître, et prêter aux Pères des pensées dont on cherche eh vain la trace dans leurs écrits 1 ?

Suit une série de noms plus récents et d'une importance infiniment moindre : saint Maxime de Turin, Hesychius, saint André de Crète, saint Jean Damascèue, saint Pierre d'Argos, saint Bruno d'Asti. Les moyens d'investigation nous faisant défaut, nous ne pouvons plus examiner dans leurs propres écrits ni leurs paroles ni leur pensée. Mais nous ne saurions le regretter. Les textes cités par M. Gousset n'ont pas un autre sens que ceux qui ont été discutés jusqu'ici. Parcourons-les brièvement.

De Maxime de Turin on nous donne le passage suivant : « Idoneum plane Maria Christo habitaculum* non » pro habitu corporis, sed pro gratia originali. » Evidemment ces paroles sont plutôt contraires que favorables à la pieuse croyance. En effet, le terme originalis ne saurait avoir ici une signification aussi étendue que dans peccatum originale, ni lui être opposé sous forme d'antithèse. Péché originel veut dire : péché que nous contractons de notre origine, de notre nature, de la source d'où nous découlons, d'Adam. La grâce originelle n'est rien de semblable, et peut signifier simplement, ainsi qu'on l'a

2 Le Père Pelau reprochait déjà aui immaculistes de ion temps, de se montrer peu scrupuleux dans les citations et sur le choix des textes. (De Incarnat.)

toujours cru dans l'Église, que Marie a eu, dès les premiers temps de sa vie, la faveur d'être purifiée du péché. Au reste, à ce teite. un peu obscur, nous opposons les paroles suivantes du môme saint qui ne le sont guère : a So- » lus Dei fllius peccatores libérât, quia solus liber est a » peccato. » {Serm. k de Pasck. inter Anecd. Murator.,

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