‹ Essais sur la réforme catholiqueChapitre 26 sur 31 · LA · texte numérisé non relu

LA

Hevjchius, prêtre de Jérusalem, écrivain à peu près inconnu du vi* ou du vip siècle, aurait dit: tt Quaenam mu- *> lierum egregia, e virginibus electa, prseclarum nature » nostrae ornamentum, gloria luli nostri, quœ Evam pu- « dore et Adamum comminatione libéra vit, audaciam dra- » conis abscidit : quam concupiscentias tu m us non atti- » git, neque vermis voluptatis eam laesit. » M. Gousset fait suivre ce texte des réflexions suivantes : a Serait-il vrai que Marie a délivré nos premiers parents de la malédiction, si elle avait été maudite elle-même, etc. î p Ce langage étrange confond dans la bouche d'un prince de l'Église. Et quand même Marie aurait été conçue immaculée, comme on le veut, serait-ce elle qui nous aurait dé* livrés de la malédiction ? serait-elle notre rédempteur, notre salut? Qu'on le veuille ou non, il n'en est pas moins vrai que ce sont là des doctrines qui, sous prétexte d'honorer la Vierge et d'augmenter sa gloire2, méconnaissent le grand œuvre de l'incarnation divine et bouleversent le christianisme. Non, non ! Hesychius n'a pas songé à une pareille monstruosité. Il répète simplement le langage des Justin, des Irenée, des Tertullien et des autres Pères. C'est

1 L'Observateur catholique, après Ban délie, oppose encore un passage tiré d'un sermon de Assumpt. Virg.; mais celle pièce esl apocryphe.

2 Ces «pressions : décerner cet honneur à Marie, augmenter la

en se soumettant à la parole de l'ange et aux décrets du Très-Haut, que la bienheureuse vierge a réparé la désobéissance d'Ève et la rébellion d'Adam. Ce sont les chastes mystères de sa maternité divine qu'on préconise en affirmant que les vapeurs de la concupiscence ne l'ont pas atteinte* que le ver de la volupté ne Va point lésée *.

Quant à saint André, archevêque de Crète, il ne ftorissait pas en 635, comme le dit M. Gousset ; car, en 713, il adressait encore à l'archidiacre Agathon un poème en vers iambiques. S'il fallait en croire toutes les homélies

gloire de Marie, et une foule d'autres du même genre, que nous avons retrouvées dans la bulle après les avoir rencontrées dans la plupart des lettres épiscopales en réponse à l'encyclique du 2 février 1849, ne peuvent que peiner et surprendre un esprit habitué au langage exact de la saine théologie. Il ne s'agit pas de décréter des privilèges en faveur de la Vierge, mais de savoir si Dieu les lui a réellement accordés, et surtout s'il en a révélé le mystère a son Église. Craignons de prendre pour de la piété , l'orgueil humain s'érigeant en législateur suprême et mettant ses pensées à la place des pensées divines *. Numquid Patribus docliores aut devotiores sumus, dit S. Bernard? Periculose prœsumimus , quidquid ipsorum in talibus prudentia prœterivit. Nec vero id taie est , quod nisi prœtereundum fuerit , Patrum quiverit omnino diiigentiam prœleriissr. Honor Beginœ judicium diligit. Virgo regia falso non egel honore, verts cumulata konorum titulis, infulis dignitatum. Croirait-on, peutêtre, qu'en nommant Marie mère de Dieu, les Pères du concile d'Éphèse avaient pour but de lui décerner un honneur nouveau, ou de lui accorder un titre qu'on n'était pas tenu de lui reconnaître auparavant?

1 Quoique tel soit le véritable objet de ces éloges, on n'en admet pas moins que la B. V. Marie a été purifiée dès le sein de sa mère et

* Quis enim hominum poterit scire consilium Dei? aut quis po* terit cogita re quid velit Deus?Sap., iz, 13.

qu'on lui attribue, il ne pourrait môme avoir vécu avant Jaseconde moitié du ixe siècle. Le discours de nativitate B> M. F., d'où le texte de M. Gousset est tiré, n'est pas des plus authentiques : les manuscrits sont très partagés touchant le nom de l'auteur. Et quand même il serait réellement d'André de Crète, son autorité n'en serait pas plus grande. Cet écrivain, qui fait preuve de beaucoup de crédulité, se sert fréquemment, comme nous l'apprend D. Ceillier, de monuments peu assurés, apocryphes, ou même condamnés. [Hist. des auteurs sacrés, t. XVIII, p. 96-97.)

Après S. André de Crète , notre auteur cite en témoignage S. Jean Damascène. A M. Gousset, nous nous permettons d'opposer le célèbre professeur Henri Klee, dont le savoir théologique n'est certes pas inférieur au sien. « Quant à la sainte Vierge, dit Klee, les Pères

délivrée des infirmités de la concupiscence. Muis cela n'implique nullement, ainsi qu'on voudrait le faire croire, la nécessité d'une conception immaculée. Sans vouloir établir de comparaison entre la pureté parfaite de la mère du Verbe incarné et celle de quelque autre créature, il n'en est pas moins vrai qu'on rencontre parfois, dans l'histoire et dans la vie, de ces natures virginales qui en sont comme le reflet et l'image. Ignorant le mal pour elles-mêmes, elles portent autour d'elles une atmosphère de chasteté qui calme la passion dans le cœur des autres. L'Église en compte plusieurs parmi ses saints; et l'histoire nous montre ce privilège développé au plus haut degré chez la vierge de Domremi. Les actes de son procès conservent tous ces témoignages divers , venant attester tour à tour « qu'aucun des jeunes gens qui entouraient cette belle jeune fille n'osa jamais s'arrêter a une mauvaise pensée — que ceui qui s'approchaient de Jeanne avec des idées impures, se trouvaient, dès qu'ils la regardaient fort, tout refroidis de luxure — qu'il semblait que ce ne fût point là une fille de la race d'Ève. » (Quicherat. Procès, t. II, p. 435 et passim.)

n'enseignent pas qu'elle ait été conçue sans péché , mais seulement qu'elle a été sanctifiée après sa conception. S. Jean Damascène ne parle non plus que aVune sanctification postérieure à sa conception ; il en est de même de Paschase Radbert, de Ratramne, de S. Anselme, de Hildebert, etc. * [Manuel deVhist. des dogmes çhrét. , part. 2, c. 3, n. 25.) Nous sommes parfaitement de l'avis de H. Kiee ; et quant au texte fourni par H. Gousset, il suffît de le lire avec attention pour voir clairement, comme l'q remarqué M. Huet, que la grâce, dont il y est question, est faite, non à Marie, mais à sa mère jusqu'alors stérile : stérile, ainsi que Sara, en considération du fruit précieux qu'elle devait tenir plutôt de la grâce que de la nature

Enlin, 5. Pierre, évèque d'Argos, et Bruno d'Asti, dont les noms ne se trouvent sans doute ici que pour faire nombre, ne fournissent aucun texte d'une importance quelconque 2.

Il ressort clairement de tout ceci, que ni S. Justin, ni S. ïrenée,ni Tertullien, ni Origène, ni S. Grégoire de Néocésarée, ni 8. Ephrem, ni S. Epiphaue, ni S. Ambroise, ni S. Maxime de Turin, ni Hesycliius, ni S. André de Crète, ni S. Jean Damascène, ni S. Pierre, évôque d'Ar-

1 Ce texte fameux, que la bulle étale avec tant de complaisance et que tous les immaculisles donnent comme décisif, est tiré du i9t Discours sur la nativité de la B. Vierge. Or, ce discours semblerait être attribué à tort à S. Jean Damascène , et appartenir à la classe des plus mauvais apocryphes. « Il y a , dit D. Ceillîer, daus les Homélies sur la Nativité des indécences qui ne répondent guère à la modestie et à la gravité de ce Père.» (T. XVIII, p. 150.)

2 Le premier « glorifie Dieu d'avoir enrichi l'humanité par Anne et Joacbim d'une Vierge sans tache, o Quant au texte tout aussi insignifiant du second, « il est tiré, dit M. Gousset, de son Comment {aire sur les psaumes, que Ton attribue aussi à S. Bruno, fondateur des chartreux ; » c'est-à-dire qu'on ignore même de qui il vient.

gos, ni S. Bruno d'Asti, n'ont enseigné que ces paroles prophétiques de la Genèse : Je mettrai une inimitié, etc., signifiaient, que Dieu na pas voulu que Marie fût atteinte de la morsure venimeuse du serpent, qu'elle fût un seul instant sous la domination du démon, quelle contractât le péché d'Éve et d'Adam. Si tel est le résultat fourni par l'examen des Pères qu'on cite comme favorables à la doctrine de la bulle Ineffabilis, on pourrait s'abstenir d'interroger ceux dont le témoignage n'est pas évoqué. Mais afin de ne rien négliger de ce qui peut porter la lumière dans les esprits, et d'être surtout fidèle à la règle du concile, qui ordonne de tenir compte du sentiment unanime de la tradition, nous continuerons à la laisser parler sans commentaires.

k. S. Cyprien : « Hoc semen (se. Virginis, ap. Isaiam » 7, 16} prœdixerat Deus de muliere procedere, quod cal - » caret coput diaboli, in Genesi : Panam inimicitiam inter » te et mulierem, et inter semen ejus. Ipse tuum observabit » caput. » (Testimon., lib. 2, cap. 9.)

/. S. Basile : « Quoniam igitur mimions factus est, ini- » micitiam nobis Deus adversus illum indidit, cum ser- » pentem cujus opéra usus fuerat, sic allocutus est, ut » minas ad diabolum referret : Ponam inimicitiam inter » te et inter semen illius. » (Hom. quod Deus non est auc~ tor mal., n. 8.) Toujours le sens collectif. Au reste, on ne songera pas, sans doute, à transformer en immaculiste S. Basile, qui n'a pas môme cru pouvoir exempter Marie de toute faiblesse personnelle. Voici ce qu'il dit entre autres : « Quoniam igitur omnis anima passionis » tempore cuidam velut dubitationi subjecta fuit, secun- » dum Domini vocem dicentis : Omnes scandalizabimini » in me; valicinatur Simeon et de ipsa Maria , adstante » cruci et vidente quœ gerebanturet voces audiente. Post

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» Gabrielis testimonium, post arcanam divinae concep- » tionis cognitionem, post plurima exhibita miracula, » erit. inquit, quaadamet circa aniraam tuam fluctuatio. » Oportebatenim Dorainumpro omnibus gustaremortem » et omnes justificare in suo sanguine. » (Ep.> 260. Optimo Episc., n. 8.)

m. S. Jean Chrysostôme : « Nequehoc conlestus ero, » quod super terram reptes, sed et inimicam fœderisque » nesciam faciam tibi mulierem; neque eara solam, sed » et semen ejus semini tuo hostera perpetuum faciam. » Ipse tuum observabit caput et tu ejus obscrvabis calca- » neum. Tantura enim illi robur concedam, ut continuo » incumbat capiti tuo, te au te m faciam sub pedibus ejus » jacere. » (In Genesis cap. 3. Homil. 17, n. 7.)

n. S. Jérôme : « Ipse servabit caput tuum, et tu sewabis » ejus calcaneum. Melius habet in hebrœo : Ipse conterct » caput tuum, et tu conteres ejus calcaneum ; quia et nostri » gressus prsepediuntur a colubro, et Dominus conteret » satanara sub pedibus noslris velociter. » (Quaest. hebr. in Gènes. 3, 15.) Puis d'une manière plus indirecte : « Quis est enim quem diaboli venena non tangunt, nisi » ille solus qui potest dicere : Ecce venit princeps mundi » istius et invertit in me nihil. » (In Jerem., iib. 1, c. U.)

o. S. Augustin a plusieurs interprétations de notre verset de la Genèse; aucune qui se rapporte à la Vierge Marie, et bien moins encore à sa prétendue conception immaculée. Donnons-les :

« Inimicitias ponam inter te et mulierem. Non inimi- » citias ponuntur inter ipsum (serpentem) et virum, sed » inter ipsum et mulierem... Quare ergo ita dicitur, nisi » quia hic manifeste ostenditur non posse nos a diabolo » tentari, nisi per illam animalem partem, quae quasi * mulieris imaginem vel exemplum in uno ipso homine

» ostendit, de qua superius jam multa diximus? Quod » aulem etiam inter semen diaboli et semen mulieris po- » nuntur iniraicitiœ, significatur semine diaboli perversa » suggestio ; semine autem mulieris fructus boni operis, » quo perversae suggestioni resistitur. Et ideo observât ipse » plantam mulieris, ut si quando in illicita labitur delec- » tatione tuncillam capiat : et illa observât caputejus, ut » eum in ipso initio mala3 suasionis excludat. » (De » Gènes, contr. Manich., lib. 2, n. 28.)

« A Deo quid dictum est serpenti? Jpsa tuum observa- » bit caput, et tu ejus observabis calcaneum. Di aboi us cal- » caneum tuum observât, quando labaris, ut dejiciat te. » Tu observa caput illius. Quod est caput illius? lnitium » malae suggestionis. Quando incipit mala suggerere, tum » repelle antequam surgat delectalio, et sequatur con- » sensio; et tune vitabis caput ejus, et non apprehendet » ille calcaneum tuum. Quare autem Evae hoc dixit? Quia » per carnem labitur homo : Eva nobis interior caro » nostra est *. » (In Ps. 48, n. 7.) « Nostis quid dictum » est mulieri, vel potius serpenti, cum audiret Deus pec- » catum primi hominis : Ipsa tuum observabit caput et tu » ejus observabis calcaneum. In magno mysterio dictum, » in figura dictum Ecclesise futur».. . 0 Ecclesia, caput » serpentis observa2. » (In Ps. 103, n. 6.) « Ideo cum

1 if Dieu a dit au serpent : Elle épiera ta tête, et tu épieras son

» talon. Le démon épie ton talon , pour te renverser, lorsque tu

» chancelles. Toi prends garde à sa tête. Qu'est-ce que sa tète? C'est

» le début de la tentation. Lorsqu'il commence à suggérer le mal,

» repousse-le avant que la délectation naisse et que le consentement

» suive. De celte manière , tu éviteras sa tète et il ne saisira point

» ton talon. Pourquoi Dieu a-t il adressé ces paroles à Ève? Parce

«que Phomme succombe par la chair, et quÈve est pour nous

» comme notre"chnir intime. »

te

2 « Vous savez qu'après le péché du premier homme, il a été dit

» cautam faceret Dominus Ecclesiam ait : fila taum ob- » servabit coput, et tu ejus calcaneum. » (fn Ps. 36, n. 18.) — On sait, du reste, combien la doctrine de S. Augustin, le docteur du péché originel et de la grâce, est Formellement opposée à la définition récente. Nous n'avons pas ici à l'établir.

p. Enfin, nous terminons par 1'interprétatiori si remarquable et si lumineuse du pape S. Léon : « Deus omni- » potens et clemens. .. statim ut nos diabolica malignitas » veneno suae mortificavit invidise, parata renovandis » mortalibus suae pietatis remédia inter ipsa mundi pri- » mordia prœsignavit, denuntians serpent! , futurum se- » men mulieris, quod noxii capitis elationem sua virtute » contereret, Chri&tumscilicet in carne Veuturum; Deum » hominemgue signans , qui natus ex virgine, violatorem » humanœ propaginis incorruptanativitatedaranaret ». » (Serm. 2, Denativ. Dom.)

Résumons-nous. D'après la tradition constante des Pères, la prophétie de la Genèse, 3, 15, a pour objet prochain l'humanité en général et chaque homme en particulier, c'est-à-dire, la postérité de la femme; pour objet implicite, spécial et parfait, le Fils de l'homme xaT'cÇo^tiv,

» a ta femme, ou plutôt au serpent : Elle épiera la léle, ètc. Ces pa- » rôles renferment un profond mystère; elles conceruenl l'Église... » 0 Église ! veille avec soin à la tête du serpent. »

1 « Aussitôt que la malice du démon nous eut empoisonnés de » son venin , Dieu tout-puissant et miséricordieux fil connaître les » remèdes que, dans son amour infini, il avait préparés d'avance » pour la rénovation de l'homme. Il annonça au serpent ce fils futur a de la femme, qui devait écraser par sa puissance l'orgueil de son » front rebelle, c'est-à-dire le Christ fait chair, l'homme Dieu, né » d'une vierge, qui triompherait par la pureté de sa naissance du » corrupteur de la race humaine. »

le véritable vainqueur de Satan, Jésus-Christ. Quiconque l'interprète autrement est infidèle au principe catholique.

Nous venons de voir que tous les Pères indistinctement, ceux mêmes qui semblent avoir lu, comme notre vulgate, ipsa conteret capvt tuum, ont attribué à la progéniture de la femme, et non à la femme elle-même, la prérogative d'écraser la tête du serpent. Bien que M. le cardinal Gousset se soit abstenu de toute discussion exégétiquesur le texte lui-même, nous croyons devoir montrer, en peu de mots, que la tradition catholique en a parfaitement rendu lésons.

La bulle Ineffabilis, s'arrêtant à la première partie de notre verset : Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre sa progéniture et la tienne, en paraît inférer, comme on l'a fait plus d'une fois, que si le mot progéniture se rapporte à Jésus-Christ, la femme désignée est nécessairement, d'après la loi du parallélisme, la vierge Marie. Mais cette interprétation est de tous points erronée. Les paroles citées par la bulle n'expriment point encore l'idée de triomphe, mais de combat. L'homme et le démon, destines primitivement à vivre étrangers l'un à 1 autre, viennent de contracter une alliance fatale, qui ne doit durer que jusqu'à la consommation du crime et qui deviendra aussitôt, comme l'exprime S. Ephrem, l'origine de haines implacables et de luttes infinies. Cette inimitié s'établira, avant tout, entre les deux complices, premiers auteurs du mal, entre le serpent et la femme, entre Satan et Êve, représentants de leur race pour la punition comme ils le furent pour la faute; puis, entre les descendants de la femme, ou l'humanité, et les fils spirituels du démon, ou l'enfer. Telle est la pensée de ces paroles de l'Ecriture, dont le contexte exclut toute application spéciale à Marie. La mère du Sauveur y est

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comprise, sans doute, comme faisant partie de cette semence de la femme qui aura a combattre contre le serpent; mais elle n'est point la femme elle-même, ainsi que le montrent les lois les plus simples de l'herméneutique. En effet, si on admet la vérité historique du récit de la Genèse, il faut reconnaître que Dieu a voulu être intelligible pour ceux auxquels il s'adressait, et qu'en annonçant le terme prochain de cette alliance momentanée entre le serpent et la femme, il n'a pu désigner qu'Ève, la seule dont il soit question dans ces chapitres. Au reste, nous ne sommes pas réduits sous ce rapport à des conjectures. L'hébreu, en apposant l'article n au mot JTON (rnPNJl), indique suffisamment une femme connue et déterminée; c'est comme s'il y avait : la femme que voilà.

Au lieu de s'arrêter à ce premier membre du verset prophétique de la Genèse, c'est donc sur le second, celui qui annonce la victoire après la lutte, qu'il eût fallu appeler l'attention et la critique. A qui, d'après ce dernier membre, appartient- il d'écraser la tête du serpent?

Notre vuîgate actuelle, en disant : ipsa conter et caput, paraît attribuer ce privilège à la femme, et établir ainsi un sens, dont le moindre défaut est de dénaturer l'importance et la portée de la promesse. Mais la vulgale ne saurait être, dans des questions de critique littérale, une règle infaillible, ni avoir plus d'autorité que les autres documents dont on se sert pour la reconstitution du texte primitif. Lorsque les Pères du concile de Trente adoptèrent, pour l'usage officiel de l'Église, l'ancienne et remarquable traduction latine dont S. Jérôme est en grande partie l'auteur, elle se trouvait tellement dénaturée et corrompue, qu'ils ne purent en approuver aucun exemplaire en particulier, et qu'ils durent se borner à émettre

SUK LA KÉFORME CA lllOUQIJK. 573

le vœu qu'il en fût donné une édition aussi correcte que possible : quam emendafissime imprimatur l. Ce désir ne reçut un commencement de réalisation que quarante ans plus tard, quand parut, sous les auspices du pape Sixte V, l'édition qui devait être désormais, à en croire la constitution Aïternus tï/equi la précède, authentique et éternelle, et à laquelle il ne serait plus permis de loucher sans encourir la peine de l'excommunication. Malgré ce décret, Sixte- Quint s'aperçut bientôt lui-même que des corrections y étaient nécessaires. Grégoire XIV, son successeur, la trouva si défectueuse, qu'il prétendit la mettre à l'index et en brûler les exemplaires. Clément VIII la corrigea, puis se corrigea lui-même à diverses reprises (1^92, 93, 9$). Cette dernière édition, qui est à peu de choses près celle dont on se sert aujourd'hui, peut-elle enfin être considérée comme correcte et définitive? La réponse ne saurait être douteuse. Les correcteurs romains avouent eux-mêmes, dans la Préface au lecteur, qu'ils n'osent se Ballet d'être parvenus à rendre à la vulgale sa pureté primitive, et qu'ils ont laissé subsister bien des choses qui eussent dù être corrigées, etiam alia quai mut and a videbaniur, consulto immutata relicta sunt. Bellarmin, l'un de ces correcteurs, écrit à Luc de Bruges : « Je veux bien vous dire que nous n'avons pas procédé dans nos corrections d'une façon rigoureuse, biblia vvlgaia non esse a nobis accuratissime custigata, et que nous avons conservé à dessein et pour de justes causes beaucoup de fautes. » Ce même Luc de Bruges et le savant Bukentop, pour n'en

1 Pour ces renseignements, nous nous contentons de renvoyer à la Prœfalio ad leclorcm, qui a été composée par les correcteurs de la Bible de Clément Y 111 , et qui se trouve en tête de loules nos éditions.

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citer que deux, ont relevé une partie des erreurs dont noi éditions fourmillent.

Le texte de la vulgate, qui ne s'est point conservé pur et qui réclamait, à l'époque du concile de Trente, une restauration générale, n'a donc de valeur que par le plus ou moins do mérite de ceux qui ont été chargés de ce travail et des manuscrits dont ils se sont servis. Or, sans méconnaître le savoir des correcteurs de Clément VIII, on peut affirmer que cette œuvre exécutée par les Nartianay, les Sabatier, les Rossi, les Lachmann, les Tischendorf, et avec les ressources dont on dispose aujourd'hui, aurait des résultats bien différents. Le moment d'une nouvelle révision de la vulgate est donc arrivé. Il faut qu'elle soit mise à la hauteur des progrès de la science, et qu'on n'ait plus à craindre, en la prenant pour autorité, de ne point recueillir la pure parole de Dieu : l'honneur de l'Église le demande, l'exemple des souverains pontifes l'autorise, et le vœu du concile de Trente en fait un devoir.

Dans un tel état de choses, remontons pour nous servir du langage de saint Jérôme, à la vérité hébraïque *.

1 Bossuet écrit à Molanus : « La vulgate à qui le nom de S. Jérôme et l'usage de tant de siècles attire la vénération des fidèles, est reconnue pour authentique, dans le concile de Trente, d'une manière qui ne blesse point l'illustre auteur, puisqu'il demeure d'accord, et qu'il a prouvé solidement par beaucoup d'auteurs catholiques, que cette authenticité ne tend point à affaiblir l'autorité du texte original, ni des autres anciennes versions qui ont été usitées dans les Églises; mais à la préférer aux autres versions latines qu'on répandait dans le monde , selon les termes exprès du concile de Trente. » C'est aujourd'hui l'opinion de tous les meilleurs exégètes catholiques, et la seule raisonnable. M. l'abbé Glaire l'a présentée d'une manière satisfaisante dans son Introduction à l'Écriture sainte, t. I, p. 229-233.

Nous y lisons : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta progéniture et sa progéniture (jhî non masculin qui signifie semen) ; celle-ci (Nlfî au masculin se rapportant à JHT, fait au féminin KM) f écrasera la tête. » Il s'agit de savoir si Min ne peut pas représenter un féminin, ou si Ton n'a point à soupçonner ici quelque faute de copiste. On a avancé l'un et l'autre, mais à tort, comme tout le prouve. Sans doute, *on est parfois employé dans le Pentateuque pour le féminin; mais alors les mots avec lesquels il s'accorde, affectent le même genre. Une erreur, il est vrai encore, est possible; mais trois erreurs très conséquentes dans une même phrase se comprennent moins facilement. Or, le Verbe (écrasera) qui se rapporte à Nin est également au masculin (au féminin il eût failtpvfl). Plus loin, dans UfiTOfl (tu lui blesseras), 13 (lui) a le même genre.

Aux preuves intrinsèques viennent se joindre, en faveur du texte hébraïque, une surabondance de témoignages extrinsèques non moins imposants. La traduction des Septante, dont la première vulgate n'était que la reproduction, est conforme à l'hébreu; elle porte : outôç <tou rr>ortatt xc<paAy,v, // épiera ta tête l. L'ancienne Italique, c'est-à-dire la version latine qui était la vulgate avant que saint Jérôme eût donné la sienne, avait positivement ipse. Saint Jérôme lui-même ne changea point ce mol; et l'on sait à n'en pas douter, comme on peut le voir dans les Œuvres de ce Père, par Martianay, que sa traduction

1 La preuve qu'on prétend tirer du ipsa de la vulgate en faveur de l'immmaculisme, n'en est donc pas une pour les Grecs orlhodoies, qui continuent à se servir, au sein de l'Église et avec son assentiment, de la traduction des Septante. En consultant récriture, ils y trouveraient le contraire de ce qu'on leur enseigne. Quel conflit étrange !

portait également, avant d'avoir subi des corruptions, ipse conteret caput K Cette leçon a encore pour elle tous les manuscrits hébreux, quelques anciens manuscrits de notre vulgate, le texte samaritain, toutes les anciennes versions, la ponctuation masorétique; elle est suivie par Piiilon, Onkelos, Jonathan, saint Irénée, saint Cyprien, Lucifer de Cagliari, saint Jérôme, saint Jean Chrysostôme, saint Pierre Chrysologue, saint Ephrem, saint Léon, etc.

Devant une telle accumulation de preuves de tout genre, le doute à l'égard de la véritable leçon est impossible. Comment donc expliquer la variante de la vulgate? Martianay remarque que î/we s'écrivait autrefois ipsae, et qu'il a été facile aux copistes d'omettre 1> final. Mais, quoi qu'il en soit de cette explication, l'erreur est manifeste, et nous croyons avoir le droit d'affirmer que le verset 15 du chapitre III de la Genèse, est aussi contraire que son interprétation traditionnelle, h la doctrine de l'immaculée conception de Marie.

Nous passons au second texte, en continuant de suivre pas à pas M. le cardinal Gousset, qui aura soin de ne nous laisser ignorer aucun des textes importants en faveur de la thèse immaculiste. Il la pose en ces termes : « Nous lisons dans l'Évangile selon saint Luc, que lange Gabriel, annonçant à Marie le mystère ineffable qui devait

1 Celte considération paraît péremptoire. Si l'Église a eu l'intention d'adopter pour la Genèse la traduction de S. Jérôme, elle doit la vouloir telle qu'elle sortit en effet des mains de ce Père, et la purger des fautes qui ont pu s'y introduire dans la suite.

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s'opérer en elle, lui adressa ces paroles : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes... Ces paroles : vous êtes pleine de grâce, vous êtes bénie entre toutes les femmes, sans révéler encore à Marie les desseins que le Seigneur avait sur elle, exprimaient le privilège unique en vertu duquel elle avait été prévenue de la grâce, comblée de grâces et formée en grâce, à la différence des autres enfants d'Adam, qui sont tous formés dans le péché : c'est le sens du mot grec, que la Vulgate rend par gratia plena... Aussi, les Pères ont-ils invoqué les paroles de l'ange à Marie, comme les autres textes sacrés que nous venons de citer, pour confirmer le peuple chrétien dans la croyance, qu'il tenait d'ailleurs de la tradition, touchant l'immaculée conception de la Mère de Dieu. » Puis, M. Gousset apporte en preuve : « les anciennes liturgies, saint Denis d'Alexandrie, Origèrie, Sophronius l'Ancien, ami de saint Jérôme, saint Pierre Chrysologue, saint Basile de Séleucie, saint Anastase le Sinaïie, saint Fuigence, Paschase Radbert, Fulbert de Chartres, Pierre de Blois, saint Bonaventure, Hugues de Saint-Cher, saint Pierre Paschase, Denys le chartreux. » (Loc. cit.y p. 756, sq.)

Sauf les paroles tirées de l'Évangile, on peut dire qu'il y a ici autant d'erreurs que de mots, autant de faussetés historiques que d'affirmations. Mais procédons par ordre.

M. Gousset commence par considérer le texte en luimôme : « Ces paroles, dit il, vous êtes pleine de grâce^ bénie entre toutes les femmes..., signifient que Marie a été formée en grâce, à la différence des autres enfants d'Adam, qui sont tous formés dans le péché : c'est le sens du mot grec, que la Vulgate rend par gratia plena, n

Franchement, nous ne pouvons trouver M. Gousset beaucoup plus heureux dans ses essais de critique littérale que dans ses démonstrations patrologiques.

Le mot grec xv/a^rw^-n de ^aperow [R. xaPf?t grâce) se trouve encore employé deux fois dans la bible, au livre de l'Ecclésiastique, xvm, 17, et dans l'épître aux Éphésiens, i, 6. Voyons ce qu'il y signifie. Le premier passage porte : Nonne ecce verbum super datum bonum ? Sed utraque cum homine justificato, xe^apcTo^cW Et le second : Benedictus Deus... qui prœdestinavit nos in adoptionem filiorumper Jesum Christum in ipsum, secundum propos itum. voluntatis suœ, in laudem gloriœ gratiœ suce in qua gratificavit nos, xî^îtwçc, c'est-à-dire, d'après tous les traducteurs, par laquelle il nous a rendus agréables, il nous a justifiés. En dehors des livres saints, ce mot ne se trouve que chez des écrivains plus récents, chez Symmaque, par exemple, dans la traduction du Psaumel7, 26 : cum sancto sanctificaberis. D'après cela, on ne peut douter que ^aperow ne signifie, comme le dit la Vulgate, gra~ tifico, justifico, rendre agréable, justifier ; et xc^T^ev*, gratificata, justificata, qui as été rendue agréable, qui as été justifiée. Ce résultat philologique est singulièrement confirmé par le texte même de S. Luc, qui nous donne à cet égard une solution si évidente, que nous ne comprenons pas qu'on puisse la méconnaître. Que dit l'ange à Marie, étonnée de s'entendre appeler xe^Tw^vv?? Invenisti enim gratiam opud Deum; et par là, il complète, il explique, il fixe lui-même le sens de sa première expression. Cette remarque n'est, du reste, pas nouvelle. t< L'ange reconnaît que Marie est pleine de grâce et comblée des faveurs du ciel, dit le savant Do m Calraet; qu'elle a trouvé grâce aux yeux de son Dieu t comme

(In Luc. 1, 28.) Et Jansenius, dans son commentaire estimé sur les Évangiles : « Par ces paroles : Vous avez trouvé grâce, l'ange semble rendre compte pourquoi il a nommé Marie pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes. » (In Luc. 1, 30.)

Voila pour le mot grec, qui, d'après M. Gousset, veut dire que la Vierge Marie a été conçue immaculée, en réalité, enseigne plutôt le contraire. Quanta l'expression latine, gratia plena, que nous admettons comme très juste au fond et très belle, elle ne signifie pas autre chose. En cllet, si ceux que Dieu a élus possèdent toutes les grâces l Cor. 1, 7), la Vierge par excellence n'en aurait-elle pas été comblée? C'est bien ce qu'entendaient les Pères, en traduisant xt^a^xw^n par gratta plena. « Graeca vox, dit Tirinus, proprie siguificat gratificatam , gratiosam factam, gratia replelam, ut SS. Patres verterunt. » (In Luc. 1, 28.) Et Allioli : « [Heine de grâce, c'est-à-dire * qui avez obtenu plus de grâce sanctifiante qu'aucun juste, et qui avez été choisie pour être la mère du Sauveur: c'est l'interprétation unanime des saints Pères. » S'ils avaient parlé de la conception immaculée, Allioli n'eût pas manqué de le dire.

L'opinion de M. Gousset, relativement au sens «du mot grec que la Vulgate rend par gratia plena », ne supporte pas l'examen. La tradition sur laquelle il prétend l'appuyer, a, s'il est possible, moins encore de fondement. « Les Pères ont invoqué les paroles de l'ange à Marie, dit il, pour confirmer le peuple chrétien dans la croyance, qu'il tenait d'ailleurs de la tradition, touchant l'immaculée conception de la mère de Dieu. » Ici notre tacha devient tellement facile, que nous pouvons nous abstenir do l'aligner le lecteur par cette accumulation de textes qui a été nécessaire dans uulre premier paragraphe. Nous

affirmons, — et aucun de ceux qui se sont donné la peine de connaître ces choses et qui se respectent assez pour n'écrire jamais que l'exacte vérité, ne nous donnera de démenti, — nous affirmons, dis-je, qu'il n'est pas un seul Père, qui ait exprimé une pensée du genre de celle que leur prête M. le cardinal. Nous connaissons l'avis de Tirinus et d'Àllioli. D'après les renseignements fournis par Maldonat dans ses célèbres commentaires, les saints Pères ont généralement enseigné que les paroles de l'ange à Marie ont pour objet la mère de Dieu, et que la grâce, plenitudinem gratiœ, qu'il salue en elle, est Jésus Christ lui-même, en qui réside corporellement la plénitude de la divinité % et en qui se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Tel est leur sentiment unanime. Parfaitement d'accord sur le fond de la question, ils n'offrent quelque hésitation que sur un point très secondaire, que Maldonat signale encore en ces termes : « Ces mêmes auteurs diffèrent cependant légèrement entre eux : les uns pensent que Marie a été appelée pleine de grâce, parce qu'elle portait déjà le Christ dans son sein; les autres, parce qu'elle allait l'y recevoir. Parmi les premiers, on compte saint Jérôme et saint Grégoire de Néocésarée ; parmi les seconds, Ambroise, Augustin, Sophronius, Chrysologue, Bèdc, Rupert (Pierre Damien, Bernard), et Athanase, dont l'opinion me semble la plus probable !. » Cet enseignement constant de la tradition ecclésiastique a encore aujourd'hui son écho dans nos liturgies, qui célèbrent toujours avant tout dans Marie sa maternité divine, et qui la proclament heureuse et bénie, quia ex

1 On remarquera que celle énumération comprend les principaux Père* qui ont expliqué les paroles de l'ange à Marie. Ce sont presque tous ceux que M, Gousset a cités, ou qui auraient dû l'être.

ea ortus est sol justitiœ, Christus Deus noster, et sine tactu pudoris inventa est mater Salvatoris.

Fidèle à notre méthode, nous passons à l'examen des textes présentés par M. Gousset.

a. Il commence par invoquer les anciennes liturgies, celles de S. Jean Chrysostôme, de S. Basile, de S. Marc, de S. Jacques, etc. — Mais d'abord, il n'est pas inutile de remarquer que ces liturgies n'appartiennent à aucun des auteurs auxquels on les attribue, et qu'elles sont surtout très anciennes de nom : c'est M. Gousset lui-même qui a soin cette fois de nous en avertir. « On convient, dit-il, qu'aucune liturgie,si l'on excepte celle qui se trouve dans les Constitutions apostoliques, n'a été mise par écrit avant le ve siècle... Aussi nous ne disons pas que les liturgies de S. Jean Chrysostôme et de S. Basile sont l'ouvrage de ces deux docteurs, etc. » (P. IhU.) Il se pourrait donc que ces liturgies, œuvres du temps, et plusieurs fois retouchées p;ir des mains inconnues, ne présentassent pas, dans toutes leurs parties, cette sévère exactitude de langage, qui est le propre des grands docteurs de l'Église. Cependant, elles ne contiennent rien qui ait pu autoriser M. Gousset à les classer parmi les témoins de l'immaculée conception. Nous lui accordons qu'elles donnnent à Marie les titres de sonctissima, impolluta, intemerata, tramaculota, super omnes benedieta ; et nous le faisons comme elles. Mais il a été prouvé cent fois que, en nommant la très sainte Vierge impolluta, intemerata% immaculata, l'antiquité chrétienne entendait proclamer les privilèges de la mère du Verbe, et non de la fille d'Anne. Au reste, M. Gousset sert mal sa cause en évoquant le souvenir de l'ancienne liturgie chrétienne : c'est rappeler que, loin de l'honorer ppr des titres qui ne conviennent qu'à son divin Fils, elle ne faisait même pas spécialement mention

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de la Vierge Marie dans le canon de la messe, comme le montrent la liturgie des Constitutions apostoliques, et la Ve Catechesis mystagogica de S. Cyrille de Jérusalem. (Cf. Kirchenlexikon, art. Liturgies,)

b. S. Denis d'Alexandrie fournirait, à en croire M. le cardinal, trois textes dans lesquels il enseignerait la doctrine de la conception immaculée : il aurait dit : « Multae » reperiuntur matres: una autemet soia Virgo, filia vitaB, » genuit Verbum vivens. — Non in servo inhabitavit (Chris- » tus), sed in sancto suo tabernaculo non manufacto, quod » est Deipara Maria1.— -Qui enimecœlo descenditUnigeni- » tus Deus Verbum, gestatum est in utero, et genitumex » paradiso virginal i habente omnia. » Nous laissons au lecteur le soin de rechercher par quels prodiges d'exégèse on pourra faire dire à ces paroles que l'ange du Seigneur, en nommant Marie pleine de grâce, lui a appris qu'elle avaitété conçue sans péché. Quant aux textes eux-mêmes, ils sont tirés, le premier d'une Lettre contre Paul de Samosate, les deux autres des Réponses au même, qui ne font qu'un seul livre avec la Lettre; c'est-à-dire que, selon son habitude, M. Gousset nous ramène en plein apocryphe. Laissons parler nos critiques : «Nous ne sommes pas de l'avis de ceux qui regardent cet ouvrage comme authentique, dit Mœhler. Non-seulement les anciens, et surtout Allianase, pour qui c'eût été une chose importante, ignoraient l'existence de cette lettre; non-seulement le style élevé de Denys ne s'y fait nulle part reconnaître, mais encore

1 La Vierge a été pour Jésus-Christ un tabernacle non manufaclum, parce qu'elle a conçu par l'opération du Saint-Esprit et non d'aucun homme, par la vertu de Dieu et non point a seinine virili, de camali concupiscentia. Il est évident que c'est là la pensée exprimée par l'auleur de ces paroles.

elle présente des anachronismes... Ceillier a d'ailleurs remarqué avec raison que l'auteur, par ignorance du sujet de la discussion, a attribué à Paul des opinions qu'il n'avait jamais eues. » (T. II, p. 200.) Èt Fessier: al! Epitre contre Paul de Samosate, ainsi que les Réponses aux dix questions de Paul de Samosate , sont d'une autorité au moins douteuse. » (T. t, p. 312.)

c. Origène. Comme M. Gousset nous donne ici, enfin, un texte authentique , nous pouvons être sûr d'avance qu'il ne dira rien du privilège qu'on veut décréter. Origène s'exprime ainsi : « Quia vero angélus novo sermone » Mariam salutavit, quem in omni scriptura invenire non » potui, et de hoc pauca dicenda sunt. Id enim quod ait: » xc^ap <Ttof«vYî, ubi in scripturis legerim non recordor : » sed neque ad virum istiusmodi sermo est, salve gratia » plena. Soli Mariae haec salutatio servatur. Si enim scis- » set Maria et ad alium quempiara similem factum esse » sermonem , habebat quippe legis scientiam , et erat » sancla , et prophetarum vaticinia quotidiana medita- » tione cognoverat, nunquam quasi peregrina eamsalu- » tatio terruisset. Luc., Hom. 6.) Ce serait faire injure au lecteur, de lui dire que ces paroles n'ont pour objet ni l'immaculée conception, ni même de relever une vertu quelconque de la Vierge. Lorsqu'on les lit attentivement, on voit qu'elles portent plus loin, que le sens n'en est pas complet, qu'elles attendent une solution qui doit se trouver ailleurs, qu'elles ne sont en quelque sorte qu'un préambule destiné à amener la pensée principale. En effet, après avoir montré l'ange saluant Marie d'une manière inusitée, et celle-ci toute troublée des mots qu'elle vient d'entendre et dont l'étrangeté lui annonce un événement aussi important que nouveau, Origène se hâte de donner l'explication de ce mystère : a Propter

»quod, continue-t-il, loquitur ei angélus: Ne timeas, » Maria, invenisti enim gratiam coram Deo. Ecce conripies » in utero i et paries filium, et vocabis nomen ejus Jesum. » h erit magnus, et Filius Altissimi vocabitur. » Ainsi, d'après Origène , comme aux yeux de tous les Pères , la Vierge Marie a été nommée xtx»f<Tcopev>?, non pas pour avoir été formée en grâce, à la différence des autres enfants d'Adam qui sont formés dans le péché , mais parce qu elle était ou allait être la mère de Dieu. M. Gousset s'en serait aperçu, sans doute, s'il ne s'était pas borné à copier des mots partout ailleurs que dans Jes auteurs qu'il cite.

Nous ne quitterons pas Origène, sans rapporter de lui quelque texte, qui montre combien peu il se laisse ranger sous la bannière des immacu listes. « Scriptura dicit, dit- » il dans sa XII* Homélie sur le Léoitiquey nemo mundus a » sorde, nec si unius diei fuerit vita ejvs. Hoc ergo ipso » quod (quisque) in vulva matris est positus et quod raa- » teriara corporis al) origine palerni seminis su mit, in » pâtre et in matro contaminatu? dicî potest. Omnis ergo » homo in paire et in matre po'lutusest. Solus vero Jésus » Dominus meus in liane generationem rnundus ingressus » est, in matre non est pollutus : ingressus est enim corpus » incontaminatum » (n. U.)

d. Sophronius l'ancien, ami de saint Jérôme, {/n ffomiliat mieux : Epistoladc Assumptione B. Mariœ.) — Quoique habitué à trouver M. Gousset en faute, cetle nouvelle méprise étonne, tant il lui eût été facile de l'éviter, s'il l'avait voulu. Le titre seul de ce traité eût dû le faire hésiter à l'attribuer à un auteur du ive siècle *. Quant à

1 Les Pères des sii premiers siècles ne nous ont laissé aucun écrit authentique de ce genre. On s ait, il est vrai, qu'il en eiistait un à la fin du v* sous le litre de Transilus B. Mariœ. Mais c'était une œuvre désavouée par l'Église, que le pape Gélase plaçait, en 49*,

la fête, à l'occasion de laquelle il esl écrit1, on sait qu'elle ne commença à porter le nom d'Assomption qu'au vnr siècle2. A la fin du vir, le pape Sergius Ier ne connaissait encore qu'une fête du Sommeil de la Mère de Dieu, comme le prouvent ces paroles du Liber Pont i ficalis : « ut diebus Annuntiationis Domini, Nativilatis et » Dormitionis Dei Genitricis semperque Virginis \fariœt » litania exeat à sancto Hadriano et ad S. Mariam populus » occurrat; » et le martyrologe de Bède le Vénérable, qui remonte au commencement du vme siècle, lui donne le même titre. A défaut de ces réflexions, M. Gousset aurait pu lire dans un avertissement placé par les bénédictins en lëte de l'Homélie en question, qu'elle ne pouvait avoir été écrite avant la fin du vnr siècle; et, par excès de précaution, Dom Guéranger dans son Mémoire sur la question de Vimmaculée Conception (p. 71), que M. le cardinal connaît bien pour en avoir lait un large usage, le prévenait qu'elle était généralement classée par les savants entre les productions du ixc.

Quoi qu'il en soit de cet ami posthume de saint Jérôme, nous conseillons volontiers à nous occuper de sa Lettre ou Homélie. M. Gousset en tire la phrase suivante : « Ideo » immaculata quia in nullo corrupta. » Nous avons déjà montré qu'il importe assez peu de découvrir chez les anciens le mot immaculée, si l'on ne prouve en même

dans son catalogue des livres apocryphes, auxquels il élait défendu d'ajouter foi. ( Labbe, ConciL, t. IV, p. 1264. — Conf. Natalis Alexander, Uist. eccles. seculi il, cap. 4, art. 3.)

1 On y rencontre à chaque instant : in die solemnilatis , festivilalis B. M, V. — Uanc festivitatem devolissime celcbremus. — Solemnilas Assumptionis B. V . cclebratur in ecclesiis, etc.

2 Conf. Op. S. Hieronymi, éd. Migne, t. XI, p. 122. Monitum, etc., Baluze. Nolœ ad lib. capit., p. 1 171,

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temps qn'ils y attachent la signification moderne. Or, c'est précisément le contraire qui a lieu, ici comme ailleurs. Qu'on lise tout ce discours d'un bout à l'autre, et l'on ue trouvera pas une parole qui n'ait pour objet la pureté de la mère, Yuterus Virginis. Le passage cité n'est lui-même, lorsqu'on cesse de l'isoler, que l'expression de celte pensée. « Ideo immaculata, y est-il dit, quia in » nullo corrupla. Circumdedit enim virum in utero, sicut » Hieremias testatur, et non aliunde accepit. Faciet, in- » quit, Dominus novum super terram et millier circum- » dabit virum. » Il n'y a pas ici la moindre ambiguïté. — Cependant le môme •auteur s'occupe plus directement dans un autre endroit, que M. Gousset n'indique pas, du verset de saint Luc. Il y relève en termes chaleureux el brillants, la grâce dont Marie a élé comblée; mais sa doctrine est au fond exactement celle des Pères. Nous la trouvons résumée dans ces paroles : « Scit Deus omnia et v polest. Propterea quia ita est, scivit se ac potuit in » utero Virginis sine suî corruptione miscere atque unire, » ut unus esset Christus Deus et homo. Ob guod Dei geni- » trix electa et prœelecta jure at> Àngelo salutatur, et » prsedicatur gratta plena. » C'est-à-dire, comme s'exprime Maldonat, gratiu plenam eam vocari putat, quia mox conceptura Christian erat. — Ce résultat doit d'autant moins surprendre, que tout ce discours est empreint d'une modération, d'une sagesse et d'une exactitude de langage, qu'on ne s'attend pas à rencontrer dans une œuvre de ce genre et de cette époque. Et puisque M. Gousset voulait à tout prix en citer quelque chose, que ne trnnscrivait-il plutôt ce passage où l'auteur, après avoir prémuni ses lecteurs contre une trop grande crédulité et leur avoir enseigné qu'il n'est rien de certain par rapport à l'Assomption de la B. Vierge Marie, termine par ces

paroles remarquables, dont on aurait dû se souvenir de nos jours : « La prudence nous ordonne de nous contenter de conjectures relativement à un pieux désir, plutôt que de définir inconsidérément ce qui se peut ignorer sans péril, — quàm inconsulte definire quod sine periculo nescitur. »

e. Nous ne nous arrêtons pas au texte de saint Pierre Chrysologue, qui a été expliqué par M. Huet. Si le cardinal Gousset en appelle à saint Pierre Chrysologue, c'est pure fantaisie; il#aurait pu choisir aussi bien saint Proclus ou Amplnloque, dont il cite tout à côté des passages à peu près pareils. Il est vrai, qu'il nous eût donné l'occasion, en ce cas, de lui dire que YOratio VI de saint Produs1, et YOratio IV d'Amphiloque2, dont il se sert, ne sont que des œuvres apocryphes assez tristes. On voit que le hasard a parfaitement servi cette fois réminent prélat.

f. Comme M. Gousset se borne k citer les noms de saint Basile de Séleucie et d'Anastase le Sinaïte, nous ne pouvons contrôler des textes absents. Cependant, nous ne serions pas étonné qu'il n'y eût encore ici au fond quelque erreur. En effet, les œuvres de saint Basile ne sont pas toutes authentiques; et Anastase le Sinaïte, que

< « Le Discours VI est apocryphe et contient des choses absurdes.» {Fessier, t. II, p. 580.)

2 « Parmi les Homélies d'Amphiloque , il en est huit qui sont au moins douteuses, ou beaucoup plus vraisemblablement apocryphes; ce sont les Homélies : 1° In Christi natalem ; 2° In Domini circumcisionem; 3° De occursu Domini; A" In S, Deiparam et Simeonem (celle invoquée par M. Gousset), etc. » [Ibid.t 1. 1, p. 631.) Dans l'article Amphikque du Kirdienlexikon, le même auteur dit: « Les plus certainement apocryphes de ses sermons sont le iv* et le vm% »

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M. Gousset place entre les auteurs du commencement du v* siècle, vivait vers la fin du vu*.

g. S. Fulgence. M. Gousset est convaincu que ce Père a connu et professé la doctrine de l'immaculée conception, et qu'il a inlerprélé en ce sens le salut de l'ange à Marie, parce qu'on lit dans un sermon de Laudibus Mariœ ex partu Salvatoris les paroles suivantes : « Cum (angélus) » dixit : Ave, salutationem il 1 i cœleslem exhibuit. Cum » dixit : Gratta pletia, oslendit ex intégra iram exclusam wprimœ sententife et plena> benedictidhis gratiam resti- » tutam. 3f> Mais M. le cardinal est encore une fois victime de la confiance trop aveugle qu'il accorde aux auteurs qu'il copie. La supposition de ce sermon est si généralement reconnue, qu'on le range encore «à peine parmi les œuvres apocryphes de S. Fulgence :« En outre, dit Fessier après avoir énuméré ses écrits authentiques et supposés, Rainaudus a édité sous le nom de ce Père plusieurs sermons qui ne lui appartiennent d'aucune manière. C'est, entre autres, celui de laudibus Mariœ ex partu Salvatoris. » [Ibid , t. lï, p. 865.) Quant au texte lui-même, place t il la sanctification de la Vierge plutôt avant qu'après sa conception? Non, sans doute; mais évidemment après, comme le prouve entre autres le mot restitutam.

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons que rendre grâce a M. Gousset d'avoir attiré notre attention sur S, Fulgence. Nul peut-être, parmi les Pères de l'Église, n'a enseigné plus formellement que Marie a été conçue dans le péché. Nous consignons précieusement ses paroles : « Hrec » est gratia, quâ factnm est, ut Deus, qui venit peccata » tollere quia peccatum in eo non est, homo concipere- » tur atque nasceretur in similitudine carnis peccati de 9 carne peccatù Caro quîppe Mariœ, QVA in imquitatibus

» foerat humana soleinnitate concept a , caro fuit utique npeccati, quae Filium Dei genuit in similitudinem carnis 0 peccati !. » (de Inc. et grat.) Puis encore : a Ab hac » servitute, quà nascens parvulus lenetur obstrictus, solus nhomo Christus Jésus liber est genitus : qui , licet verus » homo natus fuerit, non tamen intervenionte conçu pis- » centià carnis, nec ex concubitu maris et feminae, se<] » de Spiritu Sancto natus, ita verara caruem de came » raatris accepit, utDominus verus non culpam humaine »sumeret originis, sed naturam. » (De Verit. prœdest. et grat^ lib. 1.)

M. Klee , d'accord en cela avec le père Petau , nous a appris ce qu'il faut penser de Paschase Radbert\ En s'autorisant du nom de ce dernier, M. Gousset a suivi aveuglément une opinion propagée par les immaculistes, unis cette fois aux ennemis de l'Église. — Fulbert de Chartres ne peut servir davantage à constituer une tra-

1 « Telle est la grâce en vertu de laquelle Dieu, qui descendit sur » la terre pour effacer les péchés parce qu'il n'y avait point de pé- » ché en lui, devint homme et naquit d'une chair de péché dans la » ressemblance de la chair de péché. Et, en effet, la chair de Marie, * conçue de la façon ordinaire dans l'iniquité, fut, sans contredit, m une chair de péché» qui engendra le Fils de Dieu dans la ressem- » blance de la chair de péché. »

2 Quant à ces paroles : « Nullis , quando nota est (Dcipara), sub- » jacuit delictis, neque contraxit, in utero sanctificata , originale » peccalum. ... Constat eam ab omni originali peccato immunem » fuisse », que l'Observateur catholique (1" mars 1856) avait le tort, il y a peu de jours encore, d'abandonner à M. Gousset, elles n'impliquent qu'une sanctification in utero, ainsi que le montre surabondamment cette phrase qui précède celles que nous avons citées : « Sic et B. Virgo Maria, nisi in utero matris sanctificata esset, minime nativitas ejus colendo es<et. * C'est ainsi que l'entend également Muratori.

dition en faveur du sens imraaculiste du versefdeS. Luc, II suffit, pour s'en convaincre, de rapporter ses paroles ; « Anima Virginis, dit-il *, et caro quam elegitet habita- » culum sibi fecit sapientia: Dei Patris , ab omni macula »et immunditia purissimae fuerunt... Item confidenter » asserimus, quia nullo virtutum génère vacabat ciji pie- » nitudinem gratiœDeï nuntius asserebat inesse. » Ce texte nous dit, à la vérité, que l'âme et le corps de Marie se trouvèrent en état de pureté parfaite, lorsque le Verbe de Dieu la choisit pour sa mère et qu'il s'incarna dans son sein virginal; mais l'époque de cette purification n'y est point fixée , et rien n'indique qu'elle ait dû avoir lieu plutôt avant qu'après la naissance.

t. Nous ne nous arrêtons ni à Pierre de Blois, qui n'aurait en vue, d'après l'interprétation de M. Gousset lui-même, qu'une sanctification de la Vierge; ni à Hugues de Saint-Cher et Denys le chartreux dont on ne cite rien et dont nous ne savons pas davantage; ni à Pierre Paschase, évêque de Jaen (xme ou xive siècle), inconnu à Y Encyclopédie de la théologie catholique (Àïrchenlexicon) de Wetzeret Welte, ainsi qu'à la Biographie universelle, et dont le texte nous semble sous tous les rapports au moins suspect; et nous terminons par 5. Bonaventure. On ne comprend vraiment pas que M. Gousset ait osé invoquer le témoignage d'un Docteur dont l'opinion à cet égard est si généralement connue. S. Bonavenlure traite cette question fort au long et ex professo dans son Commentaire sur le Livre Ifl des Sentences, Dist. 3. P. 1., art. 1, Q. 1 et 2. Nous nous bornerons à en rapporter les conclusions : « An caro Virginis sanctificata » fuerit ante animationem? Gloriosœ Virginis caro ante

1 Nous l'admettons du moins sur la fol de M. Gousse!»

»animationem non fuit sanctificata , cum sanctificatio » per aliquod superadditum donum fieri debeat,quod »non in carne, sed in anima recipitur. — An anima » B. Virginis sanctificata fuerit ante originalis peccati » contractionem ? Quod gloriosse Virginis sanctificatio » fuerit post peccati originalis contractionem , pietati fidei » magis consonat et sanctorum auctoritati magis con- » cordât. » Il est vrai que M. Gousset s'appuie sur deux passages de ses Sermons sur la Vierge Marie. Mais le premier n'a rapport qu'à une sanctification post animationem et contractionem peccati originalis ; et le second est tiré d'un sermon dont Angèle Rocca, de l'ordre de S. Augustin, l'éditeur romain des œuvres de S. Bonaventure, a établi la non- authenticité. M. Gousset prétend encore, qu'étant chargé du gouvernement général de son ordre, il ordonna que la fête de la Conception de la Vierge serait célébrée dans toutes les maisons de l'ordre des Frères-Mineurs. Mais si le fait est vrai, il ne prouve nullement que S. Bonaventure ait fini par admettre l'opinion de la conception immaculée. Cette féte, comme nous dit Alvare Pélage, n'avait pour objet que la sanctification de Marie : Iilud festum débet referri ad sanctificationem, non ad conceptionem. S. Thomas l'affirme formellement : « Le fait de la célébration d'une fête de la Conception de la Vierge , dit-il , ne donne nullement à entendre que Marie fut sainte dans sa conception. Mais comme on ne sait pas dans quel temps elle fut sanctifiée, c'est propre-^ ment la fête de sa sanctification qu'on célèbre au jour de la conception. » (Parsiu, Qusest, 27.) Cela est tellement incontestable que Bellarmin ne peut s'empêcher de reconnaître, « que le fondement principal de la féte de la Conception n'est point la conception immaculée , mais

simplement la conception de la future mère de Dieu. » (De cultu sanct., lib. m, cap. 16.)

Dans le passage cité plus haut, H. Gousset assure avec un aplomb qu'on ne saurait égaler, que « les Pères ont constamment confirmé le peuple chrétien dans la croyance qu'il tenait d'ailleurs de la tradition, touchant l'immaculée conception de la mère de Dieu. » Nous savons ce qu'il faut croire à l'égard des Pères. Quant au peuple , s'il est vrai qu'il ait tenu de tout temps la croyance de la conception immaculée , pourquoi S. Bernard n'en voyait-il poindre l'aurore que chez quelques esprits ignorants et superstitieux? Pourquoi S. Bonaventure déclarait-il bien haut qu'à son époque, presque tous — fere omnes — croyaient Marie conçue dans le péché, et qu'il n'avait jamais entendu soutenir la thèse contraire. — Nullus invenitur de his% quos audivimus auribus nostris, dixisse Virginem Mariam a peccato orifjinali fuisse immunem? (Loc. cit.) Pourquoi, vers le temps où Duns Scot laissait tomber pour la première fois sa timide proposition du haut d'une chaire publique, Alvare Pélage jetait-il un cri d'alarme en recommandant de se bien garder de faire jamais connaître au peuple cette doctrine chimérique et nouvelle. — Quo* rum opinio nova et phantastica sit a fidelibus cancellata? (De planctu ceci.) Pourquoi, enfin, Scot lui-même était-il obligé d'avouer que son opinion n'était point commune? Au reste, à M. Gousset nous opposons l'aveu formel d'un homme, qui, sous plusieurs rapports, peut penser comme lui, mais qui respecte trop la science et l'histoire pour déguiser la vérité. « Après Duns Scot, dit M. Dœllinger, il s'écoula encore un long espace de temps , avant que l'opinion de la conception immaculée pût pénétrer dans les écoles et s'implanter chez le peuple — im Mrchlichen

Volksleben. — Le courant théologique ne cessa pas de lui être longtemps contraire. Le carmélite Jean Bacon , le théologien le plus distingué de son ordre, la nommait encore une hœresis adulatoria et nimis devota. (Kirchenlexikon. Art. Scotus.)

Avant de finir cette Étude, nous voulons signaler une dernière erreur qui surpasse tout ce que nous avons vu jusqu'ici, et que nous n'avons pas relevée plus tôt pour ne pas interrompre la suite de notre travail.

A la page 737 du volume de l'éminentissime cardinal, on lit les lignes suivantes : aFauste, abbé deLérins, puis évêque de Riez, vers l'an U15, dit que Marie a été sanctifiée dans sa conception , qu'elle a été conçue exempte de tout péché, sanctifkata est vonceptu, absque omni peccato concepta est in utero. » (De rçtione fidei.) Sur ce, l'humble fidèle, qui se garderait bien de douter de la parole d'un archevêque ou de la contrôler, s'en va levant les bras au ciel et remerciant la Providence d'avoir conservé un texte si ancien et si péremptoire en faveur de la croyance constante de l'Eglise touchant V immaculée conception de la mère de Dieu. Et pourtant ce texte si formel, le plus formel de toute la collection, n'est qu'une indigne tromperie, une falsification de la lettre et de l'esprit, un véritable crime aux yeux de la foi Rien de plus simple, de plus conforme à la commune tradition, que la pensée deFauste. Rapportant à Marie ces mots d'Ezéchiel : porta clausat il dit : « Porte fermée, c'est le signe de la pudeur, l'intégrité de la chair non souillée; en effet, elle (la Vierge) n'a JW été violée en mettant au monde, elle qui bien plutôt fut sanctifiée en concevant ; porta clau&a, id est sjgnaculum pudoris, im maculât œ camis tntegritas:non enim violataest partu, quœ magis sanctificata esteonceptu . » Quant à ces paroles, elle a été conçue exempte de tout péché , absque

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omnipeccato concepta est in utero, qui figurent si bien sur les pages de M. le cardinal, il n'en est trace chez l'auteur; c'est, comme Perrone lui-même le reconnaît, une fraude pieuse de quelque dévot à la Vierge, a pio quodam Virginiscultore adjecta sunt (De immaculat. , etc., cap. 6, § 4).

Je m'abstiens de qualifier un pareil acte de dévotion. Je ne veux pas en accuser M. Gousset, qui, trompé par d'autres, aura péché par ignorance et sans savoir ce qu'il faisait. Mais quels châtiments Dieu réserve à des pas* teurs qui ne craignent pas d'employer le mensonge et la fraude pour fonder une domination que l'Évangile stigmatise et repousse 1 !

Parvenu au terme de notre laborieuse enquête, nous ne saurions la mieux terminer que par ces paroles de Muratori , qui nous reviennent ici tout naturellement à la mémoire, et que nous pouvons nous appliquer tout entières : « C'est avec un amour sincère de la vérité, que nous avons scruté les écrits des Pères et que nous y avons étudié leur pensée touchant la question qui nous occupe. Nous désirions ardemment trouver chez eux la prérogative qu'on attribue à la mère de Dieu. Et qui serait assez pervers pour lui envier cet honneur, s'il était possible de constater qu'il a été reconnu par les Pères? Mais nous le disons avec douleur, nous n'en avons pu découvrir un seul, — ne unum quidkm inveni. » Nous n'ignorons pas qu'on a osé prétendre, et c'est peut-être une honteuse nécessité de la cause, que lorsque Rome

1 Nous n'avons pas loui relevé chez M. Gousset. Comme traducteur, il marche sur les traces de M. Dupanloup, son collègue dans l'épiscopal. Par exemple, p. 729, il rend de la manière la plus inexacte un passage de Théodore de Jérusalem, également dénaturé dans l'Instruction pastorale de Tévéque d'Orléans, et que M. Uuet a rectifié en s'occupnnt de celui-ci.

aurait parlé, les choses changeraient de face, et que ces textes des Pères, qui repoussent invinciblement la croyance nouvelle, ne pourraient plus être considé és que comme apocryphes ou falsifiés

Mais, pour ce qui nous concerne, nous pensons avec Vincent de Lérins, que « celui-là est vraiment et sincèrement catholique , qui , demeurant ferme et inébranlable dans la foi , ne veut admettre et croire que ce qu'il sait avoir toujours été admis par l'Eglise universelle — quidquid uni versai iter antiquitus Ecclesiam catholicam tenuisse cognoverit , id solum sibi tenendum credendumque decernit. » Et nous disons avec le grand S. Hilaire : « Ma foi m'appartient; je garde ce que j'ai reçu, et je ne change ' point ce qui vient de Dieu. — Ego pênes me habeo fidcm... Quod accepi teneo , nec demuto quod Dei est. » (Ad Const. Aug., 1. il, n° 8.)

1 « Si mysterium Apostotica Sedes aliquando deflniat, qui prœdi- » cabit prohibita esse de hoc ipso Cajelahi, Turrecremati et aliorum «opuscula* in iis auctoribus Patrum nomina ei dicta, vel esse » omnino supposititia, vel dolo malo depravala, vel ad causam non » pcrtinenlia, is profecto prxdicabit. » (De Luca, ap. Muratori.)

APPEL AUX CATHOLIQUES CONTRE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. — CONCLUSION SUB LA RÉFORME CATHOLIQUE.

L'Église, qui a reçu des promesses d'immortalité, a été avertie aussi qu'elle compterait des époques de décadence et de corruption. Nous sommes à une de ces époques. Nous voyons même, en fait de scandales, ce que nos pères n'ont point vu. Nous dépassons le moyen âge par l'ignorance et la superstition, et nous joignons le mal de l'indifférence à ses autres misères. Plus d'une fois, dans les siècles passés, le monde chrétien eut à gémir de la cliutedes papes; aujourd'hui, plus violemment ébranlé encore, il s'effraie de la défection de l'épiscopat. Depuis les bulles contre Baîus, et surtout la bulle Unigenitus, d'épaisses ténèbres s'étaient répandues sur les premières vérités du christianisme ; l'autorité la plus haute encourageait publiquement l'erreur, mais, du moins, la doctrine orthodoxe jouissait encore d'un reste de tolérance. Aujourd'hui, l'esprit anti-chrétien affecte une domination sans partage, et il se flatte de la saisir : nous assistons h une tentative ouverte d'imposer l'hérésie à l'Eglise de Jésus- Christ. Bossuet déplorait les scandales de son siècle, et en attendait, disait-il, de plus grands : aujourd'hui la mesure n'est-elle pas comblée?

Le 8 décembre 1854, quand, sous les voûtes de Saint- Pierre de Home, le pape Pie IX, aux applaudissements de deux cents évêques accourus de tous les points du monde, proclama dogme de foi l'immaculée conception de la Vierge, le catholicisme subit la plus redoutable

crise qu'il ait encore traversée. En ce jour, dont se souviendront les âges les plus reculés, l'Église attaquée chez elle, et pour ainsi dire violée jusque dans son sanctuaire, fut mise en demeure de se téformer ou de périr. Des esprits superficiels peuvent tourner la chose en moquerie, la traiter de dispute de théologiens : aux yeux de quiconque mérite encore le litre de chrétien, c'est un événenement immense, qui intéresse la foi, la constitution, l'existence de l'Église, qui développera peut-être le mystère de sa destinée, qui crée une situation extraordinaire, inouïe, entraînant les plus graves, les plus pressantes obligations.

Le propre caractère de la foi catholique est l'immutabilité ; amis et ennemis s'en prévalent. S. Paul établit le principe, et depuis Tertullien jusqu'à Bossuet, il est l'àme de la controverse orthodoxe. Nous nous plaisons à voir dans l'immutabilité la marque éclatante d'une œuvre divine. De leur côté, que reprochent les rationalistes à nos dogmes? Cette même immutabilité. P.ir là, disent-ils, le catholicisme, au milieu du genre humain qui s'élance en avant, se trouve inévitablement dépassé; le progrès des siècles lui devient mortel, et les générations lui échappent. Aveugles ! qui ne comprennent pas que le progrès n'est que la marche assurée vers la perfection, que, par conséquent, il suppose la perfection immuablement subsistante et continuellement aperçue; et que celte vue fixe d'un immuable idéal, donne seule un but, des règles certaines aux efforts successifs du genre humain.

L'essentielle immutabilité du dogme découle de l'idée même de révélation. Avant tout, la révélation est un fait, c'est Dieu qui a parlé aux hommes en tels temps, en tels lieux déterminés. Par rapport à cette parole de Dieu, l'Église, qui n'attend pas de nouvelle révélation, n'est, de

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son propre aveu, que dépositaire et gardienne. Elle professe les vérités révélées, elle les défend, les fait fructifier, et par là se montre la mère immortelle de tous les progrès ; mais elle attenterait sur elle-même , si elle portait la main sur le sacré dépôt de la foi, soit pour y ajouter, soit pour en retrancher. Retrancher du dogme serait mutiler la parole de Dieu ; ajouter au dogme serait mêler la parole de l'homme à la parole de Dieu : l'une et l'autre altération constituent le crime d'hérésie. Les systèmes de théologie souffrent le changement et le progrès, l'intelligence des dogmes peut s'accroître dans la suite des âges ; mais les dogmes eux-mêmes ne peuvent ni augmenter ni diminuer. Aussi l'infaillibilité de l'Église, qui les transmet, se réduit à une infaillibilité de témoignage, à laquelle tous ses membres concourent.

Cet incorruptible témoignage rendu à la vérité fait la vie de l'Église sur la terre, jamais elle ne cessera de le donner. Du sein même des siècles d'ignorance où la lumière des dogmes paraît s'obscurcir, des témoins fidèles élèveront la voix pour les sauver de l'oubli et les proposer publiquement comme parole de Dieu. La tradition vivante, par laquelle se perpétue le bienfait delà révélation, ne permet pas qu'un seul jour la vérité soit trahie, ni l'erreur enseignée sans contradiction. Il ne suffirait pas, en effet, d'avoir apporté à l'humanité déchue la parole de rénovation, il faut par-dessus tout la conserver pure, inviolable; il faut que, par une suite non interrompue de témoignages visibles , elle soit garantie de toute incertitude, et que, toujours annoncée jusqu'à la lin des temps, le miracle de sa perpétuité ne cesse de commander l'attention comme la confiance des hommes. C'est ce qui distingue divinement la vérité catholique de Terreur. Celle-ci pourra surprendre des suffrages nom-

breux en tel ou tel temps ; en aijcun, elle ne jouira d'une possession paisible, et toujours on lui opposera un temps où elle n'était pas.

Quel crime cependant que de se jeter en travers de cette perpétuelle succession de la vérité ! Quel crime surtout de la part de ceux qui ont les premiers la mission de l'enseigner, qui ont juré solennellement de la défendre! Le pape et les évêques en sont venus jusque-là.

Au temps de l'arianisme, la persécution des empereurs Constance et Valens abattit une multitude immense d'évêques et le pape Libère. Sans les absoudre, la violence à laquelle ils cédaient, fut une circonstance atténuante. Aujourd'hui, tous les évêques, le pape à la tête, sans autre pression que le fanatisme de la domination, de l'esprit de parti et de l'ignorance, se précipitent avec ju* bilation dans l'hérésie. Pris de vertige, ils changent à jour fixe la foi des peuples ; ils veulent que, sur un mot parti du Vatican , une opinion conçue dans les ténèbres du moyen âge, flétrie à sa naissance, qui n'aspirait d'abord qu'à être tolérée, et ne cessa d'éprouver la contradiction , devienne tout à coup, au milieu du xixc siècle, - un dogme authentiquement révélé de Dieu, enseigné à l'origine par les apôtres, et conservé sans interruption dans l'Église. Jamais se joua-t-on ainsi de la crédulité du monde catholique?

II importe de sonder la plaie de l'Église. En décrétant comme dogme une croyance inconnue à l'antiquité, le pape et les évêques faussent la parole de Dieu* En exemptant de l'originelle corruption une créature engendrée par la voie ordinaire, ils sapent la chute primitive, détruisent la solidarité des générations humaines, et par là ruinent la raison fl'être du christianisme. Mais un mal si

extrême ne vient pas seul. Depuis des siècles, au relâchement de la morale se joint le fléau de superstitions sans nombre : le culte de la Vierge surtout a pris de jour en jour une extension idolâtrique. Jamais il ne fut plus nécessaire de le resserrer dans des bornes orthodoxes, et c'est à ce moment que le premier vicaire du Christ vient encore surexciter l'ardeur d'une extravagante dévotion : il précipite les multitudes ignorantes du côté où elles penchaient. Est-ce là le remède que réclamaient les inepties de la Salette ou le matérialisme des sacrés-cœurs? Nous avons un nouveau culte, comme nous avons des dogmes nouveaux, et le marianisme se substitue de toutes parts au christianisme Digne pendant de ce culte sensuel, la morale des casuistes achève de remplacer la morale de l'Évangile.

' Que dire du renversement des libertés de l'Église? Pour la première fois, avec l'approbation et l'encouragement de l'épiscopat, le pape a affecté de décider seul, sans débats, sans discussion publique, une question de foi , et de concentrer en sa personne les pouvoirs remis à la société chrétienne par son divin fondateur et son chef immortel. Depuis longtemps les droits des prêtres et des Laïques avaient été envahis; restait l'autorité des évêques comme seule digue à l'absolutisme papal. Ce dernier boulevard de la liberté ecclésiastique est emporté; ce sont les évêques qui forgent leur servitude de leurs propres mains, qui prosternent aux pieds d'un homme le sacerdoce éternel, et qui éh tirent un sujet de gloire. Le divin et libéral gouvernement de l'Église, que revendiquaient nos pères sous le nom de gallicanisme, n'est plus qu'un souvenir. En fait, l'infaillibilité du pape est posée. Si les Romains ne la décrètent pas formelle-

ment, c'est sans doute qu'ils usent de condescendance. Le despotisme et la bassesse, comme l'ignorance, apparaissent sans bornes.

Ne semble-t-il pas que Dieu ait permis que dans une seule erreur se concentrassent toutes les attaques contre la foi, et dans un seul attentat toutes les calamités de l'Eglise? On voit, par le nouveau dogme, renaître le pélagianisme, l'idolâtrie s'étendre, l'ultramontanisme triom* pher, tous les abus reprendre des forces. Et qui préside à cette décadence de l'Église? Qui a frappé ce grand coup? Les éternels ennemis de toute réforme, tes protecteurs-nés, les gardiens assermentés des abus et des relâchements, les représentants de l'esprit anti chrétien, les jésuites. Gloire à eux ! Rien désormais ne se fera dans

l'Eglise que par eux et pour eux. En dressant dans le ciel un trône imaginaire à la Vierge, ils ont consolidé leur domination ici-bas et scellé le pacte qui met le Saint- Siège à leur merci. La bulle Ineffabilisy c'est la prise de possession de l'Eglise par le jésuitisme vainqueur.

La révélation est en péril. Par la chute du pape et des évêques, l'ennemi a enfoncé le premier rang de la phalange hiérarchique ; il insulte, il menace l'Eglise, le pied posé sur le corps de ses chefs, que lui ont livrés la cupidité et l'ambition. Esclaves d'un arbitraire sans frein et plus encore de leur propre ignorance, les pasteurs du second ordre suivent obséquieusement; un petit nombre se contentent de gémir en secret. Les laïques, pour la plupart, sont indifférents ou aveuglément soumis. Jamais pareil scandale n'avait affligé l'Église ; scandale qui humilie jusqu'au néant le pharisaïque orgueil de ses dominateurs. Aussi le protestantisme n'a pu retenir un cri de triomphe : l'éternel reproche de nouveauté et de varia-

tion, doot il restait accablé, il allait enfin le rejeter à ses adversaires avec toute apparence de raison.

Sainte espérance chrétienne, c'est parmi les derniers désastres, dans le naufrage de tout secours humain , que lu te plais à déployer tes ailes. Ta force est en celui qui a tout tiré du néant, et qui se plaît à choisir ce qui n'est rien pour détruire ce qui est. Le mal est au comble, l'heure de la délivrance ne peut tarder.

Le livre par lequel se ferment les Écritures sacrées, et qui déroule dans de sublimes visions les destinées de l'Eglise jusqu'à la fin des temps, présente au début un beau et consolant spectacle. Sur un cheval blanc, un arc à la main, une couronne sur la tête, paraît le grand vainqueur, partant pour la conquête du monde : symbole éclatant des premiers succès de l'Église et des temps héroïques du christianisme. Mais bientôt on ne découvre plus qu'images sombres et terribles; la guerre, la peste, la mort, les affreuses calamités, Jes sinistres prodiges, se succèdent sans interruption jusqu'à la chute de la Baby. lone spirituelle, signal d'un entier renouvellement: L'avenir garde encore le secret de ce dénoûment du poëme apocalyptique, quoique peut-être nous en soyons plus voisins qu'on ne pense : mais, du moins, en ce qui regarde les malheurs de l'Église, l'histoire écoulée jusqu'à nous atteste le fidèle accomplissement de la prophétie. Qu'ils ont passé rapidement ces jours fortunés de l'Église primitive I Le christianisme monte sur le trône des Césars : de ce triomphe apparent date l'époque de décadence, et la paix de Constantin ouvre l'ère des fléaux prédits par S. Jean. La religion tombe de l'esprit dans les sens, la force devient l'arbitre de la vérité. L'hypocrisie des conversions intéressées précipite dans l'Église la foule des

païens avec leurs passions et leurs vices. L'amour des richesses et des grandeurs mondaines envahit le clergé, et rassemble autour des empereurs les flots pressés des évôques courtisans. A l'époque de Constantin , le paganisme avec l'esprit d'intolérance et de persécution est entré dans l'Église, et il n'en est pas encore sorti. Le moyen âge développa ce germe, et donna une forme régulière aux abus devenus en quelque sorte l'institution même. C'est la seconde persécution du paganisme, persécution intérieure, plus longue, plus funeste, et quelquefois plus sanglante, que celle des premiers siècles. Aux ravages des sectes que fomente ou déchaîne la protection impériale, succèdent la séparation des Grecs, les guerres religieuses et l'inquisition, puis le scandale du grand schisme d'Occident, la révolte de la moitié de l'Europe chrétienne» la création des jésuites pour sauver les abus, enfin le débordement de l'incrédulité, l'abaissement continu et l'horrible délaissement actuel de l'Église.

Cependant, parmi les tempêtes déchaînées des passions humaines, la promesse divine demeure inébranlable. La vérité menacée, défigurée, assaillie de toutes parts, ne laisse pas de subsister par un perpétuel miracle. D'âge en âge se lèvent de vigoureux athlètes de la parole de Dieu, et de saintes ligues ne cessent de se reformer contre le désordre. Ce serait une belle et instructive histoire à tracer que celle de cette opposition catholique, où se concentra plus d'une fois la vie de l'Église, et par laquelle l'intégrité de la foi a été préservée. Elle commence à S. Paul, quand il résiste en face au prince des apôtres, complice par faiblesse des chrétiens judaïsants. Du temps de Tarianisme, S. Athanaseen fut le chef glorieux, et fortifia le petit nombre des chrétiens fidèles contre l'entraînement d'une défection générale et le prestige

d'une trompeuse autorité. S. Basile , S. Grégoire de Naziance, S. Hilait e de Poitiers et d'autres, marchèrent dignement à ses côtés. L'opposition orthodoxe fut toujours puissante dans notre patrie; elle fit du gallicanisme le drapeau vénéré de la liberté religieuse, et sauva vingt fois le catholicisme des entreprises insensées de la cour de Rome. Elle compta dans ses rangs les S. Bernard, les S. Louis, les Gerson, les d'Ail ly. De là sortirent les grandes tentatives religieuses de Constance et de Bàle. Les Pères de Constance dépeignent énergiquement la déêolatiort de l'Église, atteinte, disent ils, d'une maladie mortelle. Leurs efforts n'ayant réussi qu'imparfaitement, et le protestantisme ayant déchiré l'Église sans la réformer, Port-Royal surgit plein de la séve des premiers âges. Il fait fleurir le désert, il ranime la science ecclésiastique. Il lance contre l'hérésie Arnauld et Nicole, contre le casuisme et l'incrédulité Pascal. A la même impulsion obéissent Bossuet, Fleury, et tout ce que les ordres religieux comptaient de plus éclairé. La décadence fut du moins suspendue pour un temps. La Sorbonne, l'Université de Louvain, l'Église de Ho'lande, quelques parties mêmes de l'Italie, devinrent des centres de résistance coutre le -système antichrélien qui se personnifie de plus en plus dans les jésuites. Un dernier effort dans la même voie de la réforme catholique fut tenté, il y a soixante ans, par l'Église constitutionnelle, dont notre génération a pu contempler les vénérables débris. Ainsi, dans aucun siècle le Christ n'a manqué de serviteurs fidèles, ni l'esprit évangélique de vrais représentants.

Aux nouvelles et plus lamentables calamités de l'Église doit répondre une nouvelle et plus profonde explosion de la force réformatrice catholique. Il ne suffit plus de combattre le mal dans ses symptômes, il faut l'atteindre •

à la racine, La nouvelle hérésie doit servir de point dç départ, et en quelque sorte de levier d'attaque contre la masse séculaire des abus. Comme elle renferme toutes les corruptions, elle conduit invinciblement à réclamer la réforme radicale et complète. Le temps ne souffre ni concession ni délai. Quelque hardie que puisse paraître la résolution de résister au corps des premiers pasteurs, les fidèles n'ont point le choix de leur conduite. Dans la cité de Dieu ne peut régner l'obéissance passive. Quand l'attentat contre la révélation est manifeste, se soumettre n'est plus obéissance, mais apostasie et renoncement à la foi de Jésus- Christ. L'autorité qu'on tire du grand nombre des adhésions contemporaines, cède devant l'évidence catholique, devant l'autorité inébranlable de tons les siècles écoulés avant nous.

Au surplus, il ne s'agit point de faire secte, ni même, pour le moment, de rompre la communion avec qui que ce soit. Le propre des réformateurs orthodoxes, c'est de ressentir autant d'horreur du schisme que de haine vigoureuse contre les abus. Se retirer de l'Église serait supposer que l'Église a failli, ce qu'à Dieu ne plaise! Le pape et les évôques ont failli, mais non pas l'Eglise, dont ils ne forment qu'une partie, dont ils ne concentrent point en eux seuls l'infaillible souveraineté. Il est vrai, toute erreur admise par les uns et rejetée par les autres, établit une séparation intérieure entre ceux qui croient mal et ceux qui croient bien, mais il n'en résulte pas nécessairement une rupture extérieure de communion. L'erreur contre la foi ne fait pas seule l'hérétique déclaré ; il faut de plus l'obstination opiniâtre et le mépris des jugements authentiques de l'Église. C'est ce qu'on doit considérer par rapport aux partisans et fauteurs de l'immaculée Conception. Combien n'en est-il pas, qui ont été

entraînés par l'ignorance ou la prévention, et que la discussion peut ramener! Autant donc on doit être ferme à taxer d'hérésie l'immaculisme, autant on doit se faire scrupule de qualifier formellement les personnes d'hérétiques. Jusqu'à présent le débat reste ouvert , et il n'y a point deux autorités en présence. Démandons, provoquons ces discussions solennelles , sans lesquelles rien ne se clôt dans l'Église. La face du monde politique se renouvelle rapidement dans ce siècle, et les événements extérieurs peuvent être ici d'une extrême conséquence. Que si, après les débals canoniques que nous attendons, l'apostasie d'une partie de l'Eglise actuelle doit irrévocablement se consommer, et le corps mystique du Christ être déchiré de nouveau, la rupture ne sera jamais imputable aux amis de la vérité ; et ils pourront, du moins, se rendre le témoignage de ne l'avoir ni provoquée par d'hérétiques déclarations, ni précipitée par leur orgueil. Le Saint-Esprit lèvera le mystère qui nous enveloppe encore aujourd'hui. Pour nous, suivons avec un confiant espoir les conseils qu'il nous donne dans les divines Écritures : « Humilie ton cœur..., et ne te hàle point au jour de l'obscurcissement. Supporte les délais de Dieu, sois uni au Seigneur, et attends, afin que ta vie croisse au dernier jour *. »

Que Terreur rencontre devant elle l'insurmontable barrière d'une résistance orthodoxe, voilà pour le moment ce qui importe, car voilà ce qui empêche la prescription, et sauve la perpétuelle intégrité de la foi. Déjà l'opposition à l'immaculisme prend ce caractère de visibilité nécessaire pour marquer une tradition constante. Avant le décret du 8 décembre comme depuis, de savants écrits

1 Ecclésiastique, u, 2, 3.

en faveur de la vérité ont paru en France, en Italie, en Espagne, en Suisse; Y Observateur catholique, publié à Paris, forme en quelque manière une protestation périodique contre le nouveau dogme. A peine l'hérésie a levé la tête, dès la première année la cause de la vraie foi compte deux martyrs, l'abbé Laborde en France et le P. Morgaez en Espagne, auxquels il faut associer les prêtres frappés d'interdit, et les laïques privés des sacrements pour avoir hautement résisté. Dans l'asservissement où l'Église est réduite, ces démonstrations ne sont point sans valeur; mais il faut qu'il se forme une opposition et plus décidée et plus générale.

Confesser sa foi, rendre témoignage à la vérité catholique, à la doctrine reçue des Pères depuis Jésus-Christ, tel est le devoir propre, essentiel de la situation. Tous sont astreints à se prononcer contre l'erreur. De quelle manière? Cela dépend de la position, des lumières, de l'autorité de chacun. Nous connaissons des femmes chrétiennes qui ont compris cette obligation et qui l'ont remplie sans sortir de la modestie de leur sexe. Le prêtre, sans doute, est plus étroitement tenu de se déclarer pour la parole de Dieu, mais nul fidèle ne peut se taire ni assister froidement au triomphe de l'hérésie. Peut-être en ces jours d'épreuve, dans la défection des chefs de la hiérarchie, appartient-il particulièrement aux laïques de consoler l'Église et de réparer ses ruines. Une sainte nécessité les contraint de prendre une part active à la vie et aux affaires de l'Église, et d'y exercer dans une juste limite des droits trop longtemps méconnus. Par l'excès même de l'oppression, ils rentrent dans leur dignité de membres de la cité sainte, de la nation des prêtres-rois.

Le pape, dans la bulle hic/fafjitis, s'est adressé à tous les chrétiens. Que tous lui répondent enfin ; qu'if entende

e 08 ESSAIS

avec une salutaire épouvante la voix souveraine de la conscience catholique, lui dénonçant l'anathème dont S. Paul commande d'accabler quiconque annonce un autre Évangile ; que l'Église se soulève contre le décret du 8 décembre 1854, qu'elle le repousse et le flétrisse comme hérétique :

1° Parce qu'il introduit un dogme nouveau, et contredit ouvertement la doctrine constante de l'Ecriture et des Pères ;

2° Parce que, pour introduire ce dogme, on soutient que des dogmes peuvent se former, et qu'on détruit le dogme de l'immutabilité, dogme essentiel à tous les autres;

3° Parce que ce décret renouvelle le pélagianisme, sape la révélation, et mène à l'adoration de la créature;

4° Parce qu'il consacre l'ultramontanisme, qu'il a été porté contre toutes les règles de droit, et qu'il aggrave le despotisme corrupteur sous lequel gémissent fous les ordres de l'Église.

Véron, conlroversiste estimé du xvue siècle, pose en principe que « nulle doctrine qui ne se prouve que par des conséquences tirées des révélations faites aux prophètes et apôtres, proposées par l'Église, n'est article de foi catholique, bien que telles conséquences fussent certaines et évidentes, et tirées même de deux propositions de l'Écriture *. » En effet, une conséquence tirée de la parole dç Dieu n'est déjà plus la parole de Dieu, mais un produit de la raison humaine. Qu'aurait dit Véron , s'il eût vu les pseudocalholiques ériger en article de foi une opinion, qui non-seulement n'a point d'appui même indirect dans la parole de Dieu, mais que la lettre de l'Écri-

1 Hègle génér. de la foi cath., Régie m.

ture repousse, et que les Pères réprouvent d'un consentement unanime? C'est là ce qui appelle les profondes méditations de quiconque n'a pas perdu le sens chrétien, et ce qui impose à tout fidèle la plus pressante et la plus certaine obligation de résister.

Dans des circonstances' aussi graves, les catholiques chrétiens sont naturellement associés pour la défense de la foi. Qu'ils se réunissent, partout où ils le peuvent, pour se fortifier, pour se consoler mutuellement. Que les laïques se rapprochent des bons prêtres, plus exposés à la persécution. Que tous se soutiennent par l'invincible force de la charité. S'entretenir dans l'espérance chrétienne, méditer ensemble sur les vérités de la foi et sur les besoins de l'Église, s'instruire des événements qui l'intéressent dans tous les pays, tout faire ou tout préparer pour lui procurer de dignes pasteurs, répandre les grandes et fécondes idées de la réforme catholique, sans y mêler aucun esprit de secte, s édifier parla pratique en commun des vertus, tel doit être l'objet do ces réunions. Que chacun consulte son zèle; la moisson n'est-elle pas abondante et les ouvriers rares, ainsi qu'au premier avènement du Sauveur?

Confiants dans l'immuable et incorruptible parole de Dieu, commençons en nous et par nous le renouvellement de l'Eglise, qui enveloppe le renouvellement de toutes choses. Nous savons que la vérité triomphera sur cette terre, où elle s'est incarnée : cela nous suffit. Une mission de salut, de réconciliation universelle, est réservée aux vrais enfants du Christ. Jetés comme une semence de résurrection, au sein d'une époque tourmentée où tout parait s'abîmer et périr, parce que tout se transforme, ils s'avancent entre le monde du passé et le monde de l'avenir, portant dans leur foi les destinées du genre humain.

Les âmes religieuses, les esprits prévoyants ét élevés déplorent l'anarchie intellectuelle et morale à laquelle notre génération est en proie. Il règne un désir général de reconstituer l'unité de croyances, sans laquelle ni le progrès n'est durable, ni la liberté ne peut s'allier avec Tordre et le repos des États. Un grand mouvement religieux s'annonce, dont l'étendue et la puissance l'emporteront sur les mouvements politiques qui ont ébranlé notre âge. Mais où chercher les conditions de l'unité religieuse? Nous sommes fermement convaincus qu'elles ne se trouvent que dans le catholicisme régénéré.

Les protestants ont cherché la réforme hors du catholicisme, l'ont-ils obtenue? Entre leurs mains l'Evangile tombe dogme par dogme, ils ne tiennent plus qu'un simulacre de culte et des lambeaux de christianisme. I! fallait rester dans l'Eglise pour la réformer. Hors de l'Eglise, hors de la vérité intégrale, il n'est point de réforme ni de salut. Au lieu de choisir arbitrairement parmi les principes, il fallait les embrasser dans leur vivante harmonie, concilier le libre examen de chacun avec l'infaillible autorité de tous, unir la nécessité de l'amendement intérieur avec l'efficacité surnaturelle des sacrements, et la participation de chaque fidèle au sacerdoce avec les droits légitimes d'une hiérarchie divinement instituée; il fallait comprendre que l'autorité de la tradition et des décisions doctrinales de l'Église, fondée sur la perpétuelle assistance de l'Esprit-Saint, n'est point un voile qui cache la parole de Dieu, mais le moyen nécessaire d'en conserver le dépôt inviolable, et de la présenter à tous dans sa pureté et son intégrité. Ah! si les protestants revenaient à l'Église qu'ils ont trahie par leur désertion; s'ils y rentraient avec les lumières et l'esprit de liberté qui souvent les recommandent, alors un zèle généreux ne resterait

plus stérile, et la réforme orthodoxe jaillirait des efforts combinés de tous les chrétiens.

Avec la réforme catholique, les préjugés et les malentendus se dissipent ; la philosophie cesse de renier l'Évangile, la Révolution se reconnaît chrétienne ; la barrière du schisme tombe, l'Orient se rallie à l'Occident, le raahométisme et l'idolâtrie disparaissent de la terre renouvelée, et l'unité religieuse se consomme par la réunion du judaïsme au christianisme. Les juifs sont nos ancêtres spirituels, et selon les oracles sacrés, ils doivent figurer au dénoûment de la grande révolution religieuse, dont leur existence si éprouvée semble destinée à marquer les différentes phases. Le mouvement qui s'opère au sein de ce peuple mystérieux est peut-être pour la foi le plus remarquable des signes du temps. La civilisation moderne le décompose et va pour la première fois le fondre parmi les autres peuples : n'est-elle pas le véritable Élie ou le Jean- Baptiste qui doit l'amener au Christ? Quelle que soitl'idée qu'on se fasse de leur conversion, elle est prédestinée, selon l'apôtre, à devenir la joie et la délivrance de la terre entière. Hélas! le moment est venu où les peuples de la gentilité apostasient à leur tour, et où l'Évangile, comme l'annonça le dernier des prophètes , devra être prêché de nouveau *. Nations chrétiennes, trop peu jalouses de garder le dépôt divin, qu'avons-nous à reprocher aux juifs? Nous rejetons le Messie à cette époque de rénovation universelle qui forme son avènement social, comme ils le rejetèrent à son avènement religieux. Juifs et chrétiens, pères incrédules et enfants infidèles, hâtons-nous de nous confondre dans un commun repentir. Malgré les hommes, Dieu fera son œuvre, lui qui des

1 Apocal., xt 11, et xiv, 6.

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pierres mêmes peut susciter des enfants de la promesse. Heureux cependant, ceux qui seront jugés dignes de travailler à l'œuvre de Dieu ! Elle ne vous est point inconnue, catholiques chrétiens. Réformer l'église et la réconcilier avec la moderne civilisation, c'est là qu'il faut tendre de toute son énergie ; car c'est là qu'est l'avenir et le salut du monde. F. H.

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