‹ Essais sur la réforme catholiqueChapitre 8 sur 31 · P«. CXXI · texte numérisé non relu

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se les assujettir. Depuis Constantin , à proportion que l'Eglise envahit l'Etat, ils étendent leurs prétentions, et finissent par se dire la seule autorité qui existe dans l'univers. Quand l'institution sociale païenne est détruite, et qu'au xir siècle il se forme un État provisoire, ils le regardent comme une brèche à l'Eglise et une usurpation de leur pouvoir. Cet État croît malgré leurs efforts pour l'étouffer, les oblige de compter avec lui et de reconnaître son existence; mais ils soutiennent qu'il n'a aucun droit sur eux, que l'Église et les biens qu'elle possède sont indépendants de la puissance politique *. D'un autre côté, l'Église étant loi de l'État, et eux se faisant les arbitres de l'Église, ils se trouvent au moins indirectement les arbitres de la société. Écartons ce point, qui va mieux au caractère de la première période, c'est-à-dire au temps écoulé depuis Constantin jusque vers le xir siècle, temps où l'Église absorbe graduellement la société; reste toujours l'indépendantisme pour théorie gouvernementale du pape et des évèques pendant six siècles. Les preuves ♦ encombrent l'histoire. On les trouve en particulier dans les quatre-vingt-trois articles de Pithou et les recueils de documents ramassés pour les appuyer. Ils dénoncent et attestent les usurpations de Rome sur la France et celles des prélats français sur l'État.

Voyez leur déchaînement frénétique contre la révolution française qui, fondant la société chrétienne, promulgue la liberté des cultes, relire à l'Église les biens qu'elle avait attrapés, la courbe elle même sous la loi,

1 Écoutez aujourd'hui les évèques de Safdaignè : « Ceux qui oui traité du droit naturel et divin reconnaissent à l'Église la faculté de posséder des biens temporels d'une manière indépendante du pouvoir civil.» [L'Univers, 11 janvier 1855.)

abolit le monachisme, supprime les paroisses et les évôehés superflus, rétablit l'élection des pasteurs, rend l'institution canonique aux évêrjiies provinciaux, enfin extirpe tous les abus qu'elle peut atteindre sans le concours des sacerdotes. La grande majorité des laïques, la moitié des prêtres, c'est-à-dire soixante mille, adhèrent aux réformes; mais les évéques, hormis quatre ou six, se révoltent, lancent censures sur censures, et vont, avec les princes, los nobles émigrés et Pie VI, s'efforcer de coaliser les puissances étrangères pour contre -révolutionner la France, et ils réussissent à incendier la Vendée par la guerre civile. Voyez actuellement l'archevêque de Turin insurgé aussi contre les réformes les plus légitimes et les plus urgentes l, le pape et les autres évêques l'applaudir et glorifier du martyre la condamnation que lui attire cet aveugle et coupable fanatisme. Le peuple romain se croit majeur et veut entrer en possession de luimême. Cour papale, arme l'Europe, au nom de Jésus- Christ, pour l'écraser, et rétablir ton empire temporel,

peste de l'Italie, peste de l'Eglise, peste de l'indépendance spirituelle de son chef ! Pendant que le catholicisme se meurt partout, il semble qu'il va refleurir en Angleterre, au souffle vivifiantde la parole libre. Tu dors, cour papale, si vigilante et si habile à décatholiser. Tombe donc sur cette proie comme la foudre. Allonge, allonge ta domination sur une île que jadis ta démence a contrainte de fuir l'unité, et qui, depuis, à ton seul nom, s'agite plus bouillonnante que les flots de la mer qui l'environne. A peine

la nouvelle république est-elle inaugurée chez nous, que

1 II s'agit de soumettre le clergé, en matière de juridiction civile ou criminelle, an principe et au régime du droit commun. [L'Ordre, 30 octobre 1850.)

les évéques désirent tenir des conciles, désir fort louable certainement; mais une loi, qui n'est point absurde, exige la permission du gouvernement. Il est prêt à l'accorder. Cependant les évêques foulent la loi aux pieds et se réunissent sans autorisation, car celle qui paraît ne vient qu'après coup et n'est pas demandée, au moins ou le dit, et ce^a semble presque indubitable.

Venez maintenant, monsieur l'archevêque, assurer que vous honorez les gouvernements de ce monde, et assurer, ô imprudence inouïe! que plus vous les honorez , plus vous voulez aussi qu'on respecte l'Eglise, c'est-à-dire que vous les invitez, que vous les sommez de la traiter comme vous les traitez eux-mêmes, de l'attaquer sans relâche, comme sans relâche vous-même les attaquez! Ils ne répondront pas à ces provocations insensées. À la honte immortelle du clergé, les gouvernants catholiques ont toujours agi avec plus d'équité et de modération que lui. Je cherche vainement dans ma mémoire des exemples qu'ils aient envahi les droits réels de l'Église. De leur côté, la lutte n'existe que pour défendre contre les pontifes, ou pour reconquérir sur eux les droits de l'État. Ah ! ne parlez pas de traditions consacrées par le temps. Le temps peut-il donc consacrer le mensonge et la fraude? D'ailleurs, grand Dieu! qu'est-ce que l'Église a à démêler avec le temps? A l'Église ne revient que la vérité, que la justice éternelle. Elle traverse les âges, aussi impuissante à leur emprunter qu'impuissante à leur laisser. Mais les misères de ses ministres, leur ignorance, leur grossièreté prétendent l'engraisser de la substance des choses temporelles, et souvent afin d'en engraisser leur orgueil , lfcur ambition, leur cupidité.

Vous voulez qu'on respecte sa constitution divine, sa hiérarchie sainte% et surtout son infaillible autorité. Et qui ne

le fait, si ce n'est vous qui vous acharnez à les détruire? Vous détruisez sa constitution, puisque des trois pouvoirs qui y entrent, vous en mettez deux à la porte; vous détruisez sa hiérarchie, puisque vous en supprimez les deux degrés inférieurs ; vous détruisez son infaillible autorité, puisque vous la concentrez dans une partie de ses membres, tandis qu'elle réside dans tous, et que déplacée, elle s'écroule. Je l'ai assez prouvé. Aveuglement sans nom! Par cette destruction même, vous imaginez les conserver. « Voilà pourquoi, dites-vous, nous ne pouvons tolérer l'invasion du laïcisme dans l'enseignement de l'Église et son gouvernement, sous quelque forme qu'il se présenle , et quelle que soit sa bonne volonté de la défendre. Mais les écrivains laïques de la presse religieuse ne sont pas seuls coupables de cette usurpation. Il en existe d'autres plus dangereux encore, parce qu'ils se recrutent dans les rangs mêmes du sacerdoce. » Il s'agit des prêtres, à qui vous niez aussi le droit de participer à l'enseignement et au gouvernement de l'Eglise. Au surplus, cette double exclusion forme l'objet de votre mandement.

Quelle est la cause d'une pareille aberration? Comment arrive-t-il que vous croyiez maintenir l'Eglise, en écartant les laïques et les prêtres de son enseignement et de son gouvernement, alors que les écarter c'est la ruiner? Cela arrive parce qu'en effet ils s'en trouvent systématiquement éloignés, qu'ils n'y ont plus leur part nécessaire. Serait-il possible que l'épiscopat conservât seul la doctrine, quand la conservation de la doctrine n'a point été confiée § lui seul? Mettant tout entier le fardeau de la vérité sur ses épaules, qui ne sont faites que pour le soutenir conjointement avec d'autres, ne doit-il pas tituber et fléchir?

III* Partie. — La situation actuelle de l'Église, — On rappelle les principales erreurs de M. l'archevêque et de ses collègue*.-^ t/Église en proie à l'esprit de domination, qui est le péché contre le Saint- Esprit. — Que l'Église n'a point encore joui de son existence complète. Ce qui reste à faire pour l'homme religieux et pour l'homme social. — L'établissement définitif de l'Église sera l'œuvre de la civilisation moderne. — Qu'en favorisant l'établissement de l'Église, la civilisation ne peut se passer de ses secours. — Conclusion. — On exhorte M. l'archevêque à travailler à la réforme de l'Église.

Oulre l'erreur qui ampute à l'Église le laïcisme et la prêtrise, deux de ses pouvoirs constitutifs, rappelons celles que nous avons auparavant signalées: Terreur des officiantes, qui, supposant le pouvoir épiscopal mandatible, le transforme en pouvoir humain; l'erreur qui fait le sacerdoce propriétaire et le réduit à une chose terrestre, naturelle ou factice, comme le fondement de la propriété ; l'erreur qui appelle le seul pape vicaire de Jésus-Christ, qualité propre à l'Église, et dégrade celle-ci, puisqu'à la place de son institution immanente, impérissable , elle met un homme variable, éphémère; l'erreur de l'intolé-

rance ou religion d'Etat, qui anéantit la spiritualité du christianisme, puisqu'elle le rend saisissable à la loi civile, qui ne saisit que des objets matériels; l'erreur de 1 immaculée conception de la Vierge et celle de la double création dé l'homme qui annihilent la chute et ouvrent le ciel sans Jésus-Christ. Que d'autres il serait facile d'accumuler! Par exemple, Terreur qui substitue le sacrement de mariage au mariage, tire la famille de l'État, la* place exclusivement dans l'Église et par là abolit l'État

- 1 A présent iJ faut dire l'hérésie.

même. Que dire de l'idolâtrie de tant de pratiques, telles, par exemple , que celle des Sacrés Cœurs? Que dire du polythéisme du faux culte des saints qu'on égale à Dieu, surtout la Vierge? Que dire de cette forêt de superstitions jaillissant du monachisme ou de l'abus des conseils évangéliques? Quel paganisme encore! Mais je ne m'occupe point ici du culte.

Cependant, au milieu de ces erreurs dont rénumération ne finirait pas, s'étale l'erreur suprême de la domination, qui les a enfantées, qui les alimente et les abrite. Le publicain, la Madeleine, jusqu'à la femme adultère trouvent Jésus-Christ indulgent; mais il est implacable pour les dominateurs. Sur tout le monde, il laisse fluer des paroles de miséricorde ; eux , il les accable d'imprécations. Leur présence semble l'enlever à son calme divin et le courroucer. La raison en est claire. Toutes les autres fautes peuvent s'écouler en repentir, au lieu que la domination se repaît, s'enivre d'elle-même. Contemplez-la à cette heure. En donnant le spectacle d'écarts qui l'humilient jusqu'au centre de la terre, elle crie: Moi, je suis l'Eglise ; moi, je suis l'organe infaillible du Très-Haut; je n'ai à recevoir ni leçon ni conseil de personne; je n'admets point de concours intelligent, libre; j'emploie des machines , j'agis sur des machines; nul n'a de droit que moi, je suis le droit universel; que le genre humain se taise, m'écoute parler, et obéisse. Vit-on les pharisiens de l'Evangile se convertir?

L'adoration persistante de soi n'est pas la seule énormité de ce vice. Une autre, c'est qu'il dévaste l'Église. L'Église n'existe que pour régénérer l'homme, et elle ne peut exister sans être gouvernée. Qu'elle le soit mal, elle accomplira mal sa destinée. Qu'est-ce que régénérer

l'homme? C'est rétablir en lui la chanté. Or, comment l'Église l'y rétablira-belle, si elle ne la porte en soi, je veux dire dans les dispositions de ses ministres, dans les doctrines qu'ils professent, dans les règles de conduite qu'ils suivent? Sans doute , l'effet des sacrements et la charité qu'il produit, en sont presque indépendants. Mais qui s'adressera à l'Église, ou plutôt qui ne la quittera pas, si on la voit animée d'un esprit tout opposé à celui qu'elle doit créer dans les âmes? Aussi s'affaisse-t-elle dans un abandon universel.

La domination me semble le péché irrémissible contre le Saint-Esprit, dont parle l'Evangile, et que les Pères interprètent de diverses façons. L'Église forme le règne du Saint Esprit. La domination lui livre une guerre à mort dans l'Eglise, s'efiforçant d'y exterminer la charité on fraternité , par l'exaltation de quelques membres à la toute-puissance et l'abaissement de tous les autres au néant.

Cette domination, qui est l'antichristianisme, forme le second empire de l'antechrist. L'antechrist parut dans la synagogue et crucifia Jésus- Christ à son avènement religieux; il paraît dans l'Église et le crucifie à son avènement social ; il doit reparaître à la fin des siècles. Que fera-t-il? Peut-être qu'à la fois il bouleversera l'Église et la société chrétienne. Mais au lieu de chercher à dévoiler sa perversité future, occupons-nous de sa perversité contemporaine. 0 Église! il t'a criblée de blessures; il t'a inondée de paganisme de la léle aux pieds. On dirait de, toi une immense et effroyable lèpre. Tu n'es plus qu'un objet d'horreur ou de pitié pour les générations qui passent. Elles détournent la tôle de dégoût, ou la branlent de moquerie. Qu'il faut te scruter longtemps et profondément pour découvrir ton existence divine et te

SUR I.A RÉFOHME CATHOLIQUE. 117

saluer Paltenteet la restauratrice des nations ! Cependant : qui t'a reconnue pourrait-il ne pas te confesser en présence des enfants des hommes? Unique médiatrice des secours d'en haut, obtiens-moi la force de buriner l'anathème au front des sataniques extravagances de tes pontifes.

Oui, monsieur l'archevêque, l'épiscopat, avec ses égarements, ne cesse de poignarder l'Église, et, s'il ne cesse de s'égarer, c'est qu'il en monopolise la conduite, d'où il bannit la raison. Le laïcisme, qui la représente spécialement et qui se trouve frustré de toute action dans l'Église, s'applique tout entier à proclamer et à organiser la société évangélique. Par là, abolissant et condamnant les religions légales, le prétendu droit du sacerdoce à être propriétaire et à s'immiscer dans les charges civiles, il dépaganise le gouvernement ecclésiastique , et entraînerait l'épiscopat à l'imiter, s'il concourait avec lui à gouverner l'Église. Portant en elle la raison qui l'éclairé et l'esprit chrétien qui l'anime dans l'État, le laïcisme dissiperait les erreurs et les superstitions, et la dépaganiserait dans son enseignement et dans son culte comme dans son régime. Mais lui et la cité chrétienne qu'il bâtit étant proscrits par l'épiscopat, et l'épiscopat, loin de régénérer l'Église, continuant à l'identifier de plus en plus avec le moyen âge, le laïcisme finit par ne plus voir le christianisme dans l'Eglise, et il la rejette. Disons à proportion la même chose de la prêtrise, qui représente la raison mieux que l'épiscopat, mais pas aussi bien que le laïcisme. Elle se balance de l'un à l'autre, ou se partage entre eux. Ici , elle respire l'ignorance et les folies profitâtes ; là, elle les goûte dans le culte et les désapprouve dans le gouvernement ; ailleurs, ne les supportant nulle part, elle passe au protestantisme, an déisme, ou ne reste

extérieurement orthodoxe que pour conserver son pain.

Faute d'instruction vraie ou suffisante, rarement elle sait

déterrer le catholicisme, et l'épurer dans toutes ses parties pour y demeurer sciemment fidèle.

Quoi qu'il fasse, il n'arrivera pas à l'épiscopat d'anéantir totalement l'Église, qui doit subsister autant que le monde 11 ne lui sera pas donné non plus d'en commencer le renouvellement; l'instruction diabolique qu'il a puisée dans les séminaires, et qui étouffe en lui le sens évangélique, s'y oppose. D'où partira l'initiative du salut? Elle partira d'abord des laïques, puis des prêtres, qui viendront les seconder. Comme on les repousse de l'Église, au nom de sa constitution, ils n'y rentreront que par une crise. Que sera-t-elle? Je l'ignore. Mais aujourd'hui que les événements dévorent le temps, il est probable qu'elle ne tardera pas à éclater.

Les évêques jouissent de la faculté de s'assembler en concile, et elle émane de leur pouvoir; ils jouissent de la faculté d'ouvrir toutes sortes d'écoles, faculté qui ne tient point à leur pouvoir, mais que l'Etat leur a concédée. S'ils étaient chrétiens, et qu'ils eussent à leur disposition une congrégation puissante de talent, de science et de génie évangélique, telle, par exemple, que l'Oratoire, ils ranimeraient aisément l'Eglise, au milieu du vaste besoin de religion qui agite les âmes. Mais, saturés de paganisme, eux et les jésuites qu'ils emploient, ils vont allumer contre le catholicisme une guerre terrible. Que dis-je, ils vont? déjà on l'entend gronder. Résolue d'en finir avec les prétentions sacerdotales, la nation se déclarera-t-elle protestante? Alors, il ne resterait aux évêques théocrates que les sacristains et les baladins de sacristie. Les vrais catholiques qui surnageraient épars au naufrage, choisiraient des pasteurs chrétiens comme eux Se bornera-t-on

à supprimer le traitement du clergé? Les communes et les départements n'entretiendraient que des curés et des évéques consentant à marcher avec la civilisation, c'està-dire encore à être chrétiens. .Tout se réduira-t-il à chasser les pontifes rebelles à la raison et à la liberté? Ceux qui resteront lui seront évidemment fidèles.

Si le violent combat qui se prépare ne restitue point leurs droits aux prêtres et aux laïques, ils les obtiendront d'un autre, et lorsqu'ils les exerceront, partout où l'Église végète, elle secouera les superstitions, les despotismes et la mort qu'elle traîne, pour commencer sa vraie et grande existence. Elle n'a pour ainsi dire pas encore existé. Quand a-t-on vu dans son sein toutes les nations *? Cantonnée dans l'empire romain, elle ne s'épandit qu'autour de la Méditerranée, laissant l'intérieur de l'Afrique, la haute Asie, PInde, la Chine, le Japon, l'Indoustan, l'Amérique et les archipels de l'Océanie. Regardez-la agir, s'est-elle montrée la cité des frères? Oui, au début, pendant trois siècles. Mais après, insatiable de domination et d'or, on l'aurait crue vomie par le génie du mal, pour opprimer et pour spolier. Ensevelie dans ce coin de la terre qu'on appelle le monde connu des anciens, et toute monstruosée, est-ce ainsi qu'elle a rempli la terre entière de la majesté divine 2? Elle attend donc encore son existence réelle, définitive. Aux yeux de qui comprend l'homme, sa nature, sa chute, sa réparation, cette exis-

1 Ut det illis hrcrcditatem genlium (Ps. ex). — Reminiscentur et converientur ad Dominum univers! fines lerrœ ; et adorabutit in conspectu ejus univers» familiœ genlium (Ps. xxi). — Omnes génies servient ei , magniûcabunt eum (Ps. lxxi). — Omnes génies quascumque fecisii , veuieut et adorabunt coram te , et gloriflcabunt nomen luum (Ps. lxxxv).

2 Replebitur majeslale ejus omnis terra (Ps. lxxi).

tence n'est ni douteuse ni obscure , et resplendit dans l'avenir, dont elle couronne les indicibles merveilles.

J'ai prouvé que la révolution française a dressé la société chrétienne. Par là, elle achève l'établissement du christianisme. Auparavant il n'embrassait que l'homme religieux ; avec l'homme religieux il embrasse maintenant l'homme civil, c'est-à-dire l'homme entier. La préparation à l'établissement religieux, qui commence k Moïse, chez les Juifs , et vers la même époque chez les Gentils, coûta quinze siècles, suivant la Vulgntc, et plus vraisemblablement vingt, d'après la version des Septante; la préparation à l'établissement social en a coûté dixMiuit, toutes les deux presque quatre mille ans. « Tantse molis erat christianam condere gentem ! » Quelle immense vie lui promet une si longue germination !

L'établissement total du christianisme en constitue l'existence véritable. Il règne dans l'homme social, ce qu'il n'avait point encore fait. Il règne dans l'homme religieux, comme il convient, ce qu'il ne faisait plus depuis quatorze ou quinze cents ans. L'homme religieux était asservi, et' par là dégrade.

La société nouvelle le réhabilitera. Les évêques ont beau dire que la direction des âmes appartient à l'Église; ils ont beau crier : Malheur à nous, si nous laissons le laïcisrne l'envahir! Malgré eux, la conduite des âmes passera au laïcisme dans l'ordre civil ; malgré eux, l'Église reconnaîtra que cette conduite ne lui appartient pas ; qu'en se l'attribuant, elle entre dans les choses terrestres et dégénère; et ils ne l'empêcheront pas plus de se régénérer que les prêtres juifs, les prêtres païens ne l'empêchèrent de s'établir. Or la rénovation de l'Église, c'est la rénovation de l'homme religieux.

La liberté des cultes, celle de la presse, la séparation

de l'Église et de l'État sont un produit aussi effectif du christianisme, que Yadoration en esp?%ù et en vérité, et que le sacerdoce destiné à la nourrir. Les œuvres de Dieu n'étant point contradictoires , si l'homme en tord quelqu'une, les autres la redresseront, et la mettront d'accord avec elles, malgré l'opposition de l'homme. Le christianisme social corrigera le christianisme religieux. Le délire prélatal subira un terme. Il n'aura pas roussi à déséterniser l'Église et la naturaliser un instant dans cette basse et fugitive région du temps où elle est errante.

Traînée captive dans la cité de la chute par les pontifes et Constantin, comme la synagogue à Babylone par Nabuchodonosor, vainement on n'a cessé de la paître, de l'abreuver de paganisme, elle n'a cessé, comme la synagogue, de protester qu'elle était dans une terre étrangère, « in terra aliéna *, » de s'écrier, comme avant, et comme tant qu'elle voyagera sous le soleil : Céleste patrie, si je t'oublie, que ma droite sèche et tombe comme la branche de l'arbre ; que ma langue se pétrifie et demeure immobile dans ma bouche : « Si oblitus fuero tui, Jérusalem, oblivioni detur dextera mea. Adhaareat lingua mea faucibus meis , si non meminero tui , si non proposuero Jérusalem in principio laetitiae raeae. » Comme les patriarches saluaient de loin l'Église, les âmes chrétiennes du moyen âge saluaient également de loin sa régénération, v è longe salutantes. » Qui me donnera, avant de mourir, dit saint Bernard , de la voir comme aux jours antiques? «Quis mihi det anlequam moriar videreEccIe-^ siam Dei sicut in diebus antiquis *? »

L'Église n'a cessé non plus d'exhaler la malédiction contre ses tyrans: «Memor esto, Domine, filiorumEdom,

1 PS. CIXIVI.

2 Lettre à Eugène sur son élévation à la papauté.

in die Jérusalem, qui dicunt : exinanite, exinanite usque ad fundamentum in ea. Filia Babylonis misera , bea tus •qui retribuet tibi retributionem tuam, quam retribuisti nobis! » Ce que les entants d'Edom, ou Iduméens, parlant de Jérusalem, vociféraient aux Babyloniens, les sacerdotes théocrates, parlant de l'Église, le vocifèrent aux puissances temporelles : Détruisez-la, détruisez-la jusqu'à ses fondements : « Exinanite*, exinanite usque ad fundamentum in ea ; » car, encore une fois, c'est anéantir sa surnaturalité , son fondement, de vouloir qu'elle soit loi de l'État, et ses ministres propriétaires. De même que Jéi usalem, au iour de son affranchissement. « in die Jerusalem, «l'Eglise, au jour du sien, qui est la révolution Française, a été exaucée. On a écrasé les Iduméens et les Babyloniens, c'est-à-dire les pontifes dominateurs et les princes, leurs instruments et leurs complices. « Beatus qui tenebit, et allidet parvulos tuos ad petram! » C'est ainsi que, par les fureurs humaines, Dieu rend ses justices sur la terre.

Que le clergé se hâte d'ouvrir les yeux, afin de ne point provoquer de nouveau cette sanglante désolation. Les Israélites regrettaient pareillement le vieux régime ou l'Égypte, et refusaient d'entrer dans le nouveau ou Chanaan. Ils n'y entrèrent pas en effet. Hormis deux et les enfants, tous périrent révolutionnairement, exterminés par des coups soudains, ou vagabonds dans le désert. Plus tard, s'agit-il de quitter la synagogue pour l'Eglise, la même obstination attire un châtiment semblable. Ceux qui survivent à l'horrible et vaste carnage de la destruction du temple, sont déracinés de leur patrie, disperses à travers les peuples, et condamnés, dix-huit siècles, à une vie de supplices et d'ignominie. Continuez, superbes ennemis des révolutions réparatrices du genre

humain, continuez d'opposer magistralement votre hébétude et votre néant à celle qui depuis soixante ans ne vous laisse plus que des prétentions impies, et qui peutêtre demain vous broiera avec elles. Quand on marche au rebours des choses, rien n'est aussi près de la victoire que la défaite. Mais, comme tous les pouvoirs saisis -de vertige et fatalement poussés à leur ruine, l'épiseopat n'écoute que ceux qui flattent ses préjugés et ses passions. C'est pourquoi lui qui met un sceau sur les lèvres des laïques et des prêtres, et se dit la sapience parlante, ne pétrit ses mandements et s^s pastorales que des misères intellectuelles des corrupteurs du christianisme, de l'histoire et des idées, les Chateaubriand, les Maistre, les Bonald, les abbé Lamennais, et la repoussante troupe qu'ils traînent après eux.

Parvenu, à force de temps et de luttes, à s'établir dans tout l'homme , le christianisme s'établira rapidement chez tous les hommes. A l'origine, il n'eut pas seulement à arracher de l'âme le polythéisme et l'idolâtrie, mais l'institution sociale et l'ignorance de l'univers physique, qui leur correspondaient. Le polythéisme et l'idolâtrie, qu'il attaquait directement par Y adoration en esprit et en vérité, cédèrent en trois siècles ; l'ignorance de l'univers a résisté jusqu'au xvne siècle, la société jusqu'au Xe, et par ses débris jusqu'à la fin du siècle dernier. Aussi le christianisme ne les frappait-il qu'indirectement dans leur cause, l'affaiblissement de la raison humaine, puisque l'adoration spirituelle se borne à rappeler la raisoji humaine à Dieu, et l'y laisse ensuite recouvrer d'elle-même la vigueur. S'il a attaqué corps à corps l'ignorance et l'Etat ancien, ce n'est qu'en les absorbant et s'empoisonnant presque à mort. Mais aujourd'hui, comme les incendies immenses qui consument les

antiques forêts de l'Amérique avec leurs amas séculaires d'immondices, leurs animaux venimeux , leurs monstres vivants, et livrent le sol purifié et nu à la culture ; la science et la liberté, précédant l'Église, iront consumer les vieux empires de la Chine, de l'Inde, tous ceux qui n'ont pas encore reçu l'Evangile, lui en livreront les innombrables habitants purgés de leurs pensées et de leurs habitudes païennes, et elle les enlèvera, pour ainsi dire, à la course.

Déjà, je l'ai observé, l'homme, privé sur ce globe d'une régénération qui détruise complètement le mal primitif, ne peut se passer d'une religion positive, et n'abandonne celle où il vit qu'afin d'en prendre une autre à laquelle il se trouve préparé. La civilisation moderne, qui déblaie les peuples de la civilisation de la chute, est le grand précurseur de l'Église. Les Juifs ne sont point exceptés. Emportant les faibles restes de leur culte, leur faisant reconnaître en elle-même les biens temporels qu'ils attendent d'un prétendu Messie terrestre, c'est-à-dire les déjudaïsant, la civilisation moderne va les confondre avec les gentils dépaganisés, et les mener tous ensemble au catholicisme. « Une partie des Juifs, selon saint Paul, est tombée dans l'aveuglement, jusqu'à ce que la plénitude des nations entrât, et que tout Israël fût sauvé » 11 venait de menacer les gentils d'une défection 2, que vraisemblablement nous voyons s'opérer. Elle précéderait donc le retour d'Israël, et le retour d'Israël accompagnerait l'entrée générale des gentils. En effet, les gen-

1 Cscitas ex parte contigit in Israël, donec pîenitudo genlium inlraret, et sic omnis Israël salvus fieret (Rom. xi, 25).

2 Si enim DeuS naturalibus ramis non pepercit, ne forte nec tibi parcat... In te bonitatem Dei, si permanseris in bonilate, alioquin et tu excideris (toirf., 21, 22).

tils du monde connu à la venue de Jésus-Christ tournèrent à lui, et puis ils l'ont déserté. Mais ils ne formaient, avec le peu de Juifs convertis, que l'existence provisoire de l'Église, tandis que son existence définitive comprendra, et ces gentils, et ces Juifs renégats, et tous les autres gentils, et tous les autres Juifs, infiniment plus nombreux, qui n'ont pas encore goûté à l'Évangile.

Or les progrès gigantesques de la civilisation précipitent cet avenir. Que dire des communications? Les chemins de fer, déjà si prompts, à peine déroulés, seront vieillis. On montera sur les ailes des vents, et peut-être de la foudre. Les télégraphes aériens, pourtant merveilleux, ne sont qu'un jeu d'enfant à côté des télégraphes électriques. Avec ceux-ci, l'homme parlera à tous les pays, et ils l'entendront à la minute, comme si leurs myriades d'habitants se concentraient autour de lui, a la portée de la voix. Qu'arrivera-t-il, quand il sera maître de l'électricité, qui semble la puissance de la nature? Celle que contient un grain de sable suffirait à déraciner et réduire en poudre les montagnes. Est-il défendu de croire qu'il haussera, baissera les températures, enchaînera, déchaînera les vents, dirigera leur course, attirera, écartera les nuages, déterminera les pluies, les sécheresses, modifiera, créera les climats, gouvernera les saisons? La fécondité du sol et celle de l'industrie n'auront point de terme. Leurs fruits, pour employer le langage du prophète, s'élèveront plus haut que le Liban, on les verra fleurir comme l'herbe des prairies : a Superextolletur super Libanum fructus... et florebunt. .. sicut fœnum terrre*. » Elles porteront le bien-être à l'ouvrier des campagnes comme à celui des villes. Les pauvres mangeront et seront rassasiés : « Edent pauperes et satu-

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rabuniur. » L'instruction, devenue universelle, désabrutira le travailleur des champs. Sa pensée se dilatant hors du lieu et de l'instant où elle croupit avec lui, il prendra le mouvement des choses. La justice triomphera * avec la liberté et la paix, qui, sans la justice, sont une dérision poignante : « Orietur justitia et abundantia pacis donec auferatur luna. » Le pauvre et le faible, et le pauvre et le faible que personne ne secourait, seront délivrés de la main du puissant et sauvés de l'usure et de l'iniquité : « Liberahit pauperem a potente, et pauperem cui non erat adjutor ; parcet pauperî et inopi, et ex usuris et iniquilate redimet animas eorum. » À l'autre extrême de la société s'en ira l'excès de la richesse, qui engendre les vies inutiles et les vices.

Au sortir des mains de Dieu, les créatures étaient pleines débouté: « Aperiente te manum tuam, omnia implebuntur bonitate *. » L'homme s'étant dégradé, les entraîna dans sa dégradation. Dieu envoie son Verbe, elles sont comme créées une seconde fois , et l'univers se renouvelle: « Emittes Spiritum tuum, et creabuntur, et renovabis faciem terras. » Le grand Israël, le genre humain, quitte l'Egypte, le monde déchu, et s'avance dans le monde mis à neuf, que réhabitent Tordre, la sainteté, et où reparaît la souveraineté de Dieu : « Facta est Judasa sanctificatio ejus, Israël factus estpotestas ejus.» Les éléments lui prêtent leur puissance en frémissant de joie, la terre bondit d'allégresse sur ses pôles. « A facie Domini mota est terra. Non nobis, Domine, non nobis da gloriam. » Non, ce n'est pas à l'homme qu'en échoit la gloire, ce n'est pas à l'homme, qui n'a su que bouleverser votre ouvrage dans lui-même et dans les autres natures; c'est à votre miséricorde, qui est venue nous cher-

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cher au tond de l'abîme que nous nous étions creusé, et où de nous-mêmes nous aurions agonisé éternellement ; c' esta votre vérité, qui, nous remontant à vous, nous a redonné la vérité de notre être et le poste que nous avions perdu dans la création : « Sed nomini tuo da gloriam super misericordia tua et veritate tua. »

Si la civilisation moderne dépaganise l'humanité et le clergé, si, par ce moyen, elle appelle l'Église à sa véritable existence et y enserre tous les peuples, à son tour l'Église lui est indispensable. Cette civilisation tient à la force extraordinaire de la raison dans les temps modernes; la force extraordinaire de la raison dans les temps modernes tient à l'union de la raison à Dieu, et l'union de la raison à Dieu dépend de l'Église. C'est par le pouvoir surnaturel du sacerdoce que la communication intérieure de la raison humaine avec la raison divine a été rétablie, et qu'elle peut se conserver, puisque le renouvellement parfait de notre être est réservé à la vie future. Que le sacerdoce pérît, la raison, se détachant encore de Dieu, retomberait dans la débilité qui la rendait inhabile à comprendre l'univers des corps et à aider l'homme à se conduire. La science et la liberté s'anéantiraient , l'homme cesserait de s'appartenir dans la société, et de s'approprier la nature physique, dérobée de nouveau à son empire. Le monde de la chute se reconstruirait sur les débris du monde de la délivrance, et tout se trouverait à recommencer. La trop inégale répartition des biens n'est pas Tunique cause des misères populaires. Et la paresse! et la dissipation ! auxquelles il faut ajouter quelquefois Tobtusité naturelle. Or, la raison toute seule ferat-elle du travail, de la régularité, de l'économie, un devoir religieux, inéludable? Sans secours surnaturel, la raison n'est bonne trop souvent qu'à être mise à l'hospice

des folles et des forcenées. De quelque côté qu'on l'envisage, la civilisation actuelle et l'amélioration indéfinie de la race humaine qu'elle doit produire, nécessitent la présence incessante de l'Église.

Ici donc, monsieur l'archevêque, on vous accorde que la direction des âmes appartient à l'Église, non pas, il est vrai, à l'Église consistant dans le seul pouvoir des évèques, mais à l'Église contenant le pouvoir des évôques, le pouvoir des prêtres et celui des laïques ; et cette Eglise ne dirige les âmes pour l'État qu'autant qu'elle les dirige pour elle-même, et qu'elle s'exclut absolument de l'État. Plus elle fait régner le culte spirituel et unit intimement l'âme à Dieu, plus la raison se fortifie et devient apte à pénétrer les secrets de la nature matérielle, à la subjuguer et à rendre l'homme libre dans la société. Plus elle fait régner la morale évangélique dans le cœur et les actions de l'homme, plus il est laborieux, rangé, fidèle à ses devoirs civils. C'est ainsi que l'Église travaille aux affaires de la terre, en ne poursuivant que le salut de l'éternité. Veut-elle aborder directement les choses de ce monde, y mettre des mains qui ne sont pas créées pour les toucher? Elle n'aboutitqu'à les fausser misérablement, qu'aies perdre et à perdre ensemble les choses de l'autre monde. Ces résultats opposés émanent aussi invinciblement de l'essence du christianisme, que l'alternative du jour et de la nuit coule de la rotation du globe.

Comprenez donc l'Évangile, monsieur l'archevêque, et entendez la voix solennelle des temps qui proclame la rénovation universelle. Voyez le mouvement régénérateur qu'aucune résistance n'arrête, et qui emporte tout. Arborez , arborez l'étendard de l'avenir. Déclasez que l'Église n'est qu'en pèlerinage sur la terre, qu'elle n'a rien à y voir, ni rien à y faire, si ce n'est recueillir à la

liàte les enfants de Dieu. Jetez vos tribunaux ecclésiastiques par la fenêtre. Si quelqu'un de vos coopéra teurs se trouve en cause, assemblez les autres, appelez des laïques, et tous ensemble jugez-le. Si vous aimez mieux, laissez les laïques de côté, mais traitez l'affaire publiquement, tenez compte de l'opinion, et l'opinion suppléera le concours des laïques. Agissez de même pour les conciles diocésains et métropolitains. Ouvrez les portes de vos séminaires et de vos facultés au torrent de la civilisation, afin qu'elle nettoie ces repaires du paganisme. Envoyez- en les professeurs païens dans vos collèges expliquer Homère, Virgile, Tite-Live. Ils y sont plus propres qu'à interpréter l'Évangile. Suivant un journal : « Vous auriez fait fermer toutes les boutiques qui s'étaient établies jusque dans l'intérieur des églises, et dans lesquelles on vendait des récits de miracles, des médailles, des scapulaires, des bagues, des agnus Dei, et mille petits objets dits de piété. Les affiches auraient aussi disparu des portes des églises. » Ces boutiques s'étalent encore, du moins à l'extérieur. Frappez-les donc. Entrezdansle temple, renversez lesawtels privilégiés, dont l'unique privilège est l'ignorance, ou la fourberie de ceux qui les érigent et la stupide crédulité de ceux qui les fréquentent. Chassez ces vendeuses et allumeusesde cierges, pareilles à de vieilles sorcières, agents misérables de la superstition. Vous vous plaignez que l'épiscopat subit le joug d'une puissance occulte. Eh i>ien ! que tous les pou voire de l'Église se déploient dans son gouvernement, et les évêques seront affranchis. Un gouvernement humain, ou divin, peu importe, qui ne s'appuie pas sur toutes les puissances de la société à laquelle il appartient, ne saurait jouir de l'indépendance. Toujours il sera l'instrument de quelque faction ou de quelque despote. Puisque l'asservissement vous pèse,

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cessez de proscrire le Kïcismeet la prêtrise, sans lesquels vous ne le briserez jamais. Peut-être les passions qui vivent de la dégradation de l'Église, comme les plantes parasites de la séve corrompue des arbres malades, hurleront contre vous, mais les peuples vous applaudiront, et au besoin vous défendraient.

Je suis, monsieur l'archevêque, avec respect, voire serviteur.

Pendant que nous achevions cet écrit, M. l'archevêque de Paris a publié un nouveau mandement consacré tout entier aux relations du sacerdoce avec la société. 11 ne contient d'autres principes que ceux que je viens de réfuter, et se réduit à deux points.

Premièrement, la société, depuis soixante ans, enlevée de ses bases, n'est point encore parvenue à s'y rasseoir. En effet, on n'a point aboli la liberté des cultes, ni le droit humain de propriété, et rendu le catholicisme dominant et le pontificat propriétaire.

Secondement, jusqu'à ce qu'on le fasse, le clergé doit jouer la mort politique, afin sans doute de pas compromettre le bienheureux retour de la théocratie.

Les journaux libéraux ont loué cette résolution de fuir les affaires temporelles. Ils auraient raison, si elle n'était une allure de circonstance, une tactique; car c'est la conduite qu'ordonnent et l'Évangile et la société présente, issue de lui. Mais leur empressement à accueillir un semblant île christianisme prouve ce que je ne cesse de dire, que les évêques, infatigables paganisateurs de l'Eglise, sont la cause de l'aversion qu'elle inspire, et par conséquent ses premiers et véritables ennemis.

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