CHAPITRE I
qu’il semble , dans une portion de l’Agora que se réunissait le peuple. Le Pnyx eût sans doute été trop étroit ; il n’eût pas été facile d’y prendre les dispositions nécessaires pour qu’un si grand nombre de citoyens pussent s’y distribuer par tribus, y circuler à leur aise, et déposer tous, en peu de temps, leur suffrage dans les urnes (1). Tout ce peuple, accouru de tous les points de l’Attique pour prononcer la sentence d’exil, ne constituait pas, quoique régulièrement convoqué, ce qui s’appelait proprement uue assemblée ( in-tCktir/M ) ; le jour où s’entassaient bruyamment l’un sur l’autre les tessons et les fragments de coquilles qui devaient délivrer Athènes d’un citoyen trop puissant et la préserver de la guerre civile ou de la tyrannie, on ne discutait pas avant de voter. Or, il était de règle que dans YEkklêsia, toute décision fût ou pût être précédée d’un débat contradictoire. Ces délibérations , où se traitaient et se tranchaient, au moins en principe, toutes les questions de politique extérieure et intérieure , eurent lieu, d’une manière constante , pendant toute la durée du gouvernement démocratique, dans ce Pnyx que l’archéologie militante devrait bien retrouver, comme elle a fait récemment le théâtre de Bacchus , et nous restituer enfin avec toute certitude. Y aurait-il , dans toute l’étendue des terres classiques, un endroit où le voyageur érudit s’arrêterait désormais avec plus d’émotion et de respect , l’oreille tendue comme pour saisir quelque lointain écho des grandes voix du passé ?
Dès le temps de la guerre du Péloponèse, il arrivait aussi parfois que certaines assemblées extraordinaires fussent convoquées dans le théâtre de Bacchus, et, vers
(1) Plularch., ArisUd., 7. Pollux, VIll, ÎO.
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE. 9
l'époque de Démosthènes, c’était dans cet édifice que se tenaient ordinairement les assemblées spéciales où fon réglait tout ce qui concernait la fête et le culte du dieu (1). Ce fut seulement dans l’âge suivant que le peuple s’accoutuma à se réunir de préférence dans le théâtre ; dans ce beau monument, que Lycurgue avait achevé et somptueusement décoré, on devait être plus commodément assis et mieux entendre les orateurs que sur les rochers du Pnyx; mais les orateurs n’avaient plus rien à dire, et les citoyens plus rien à écouter. Phocion, Démétrios de Phalère, ceux qui acceptèrent la tâche d’habituer le peuple à son abaissement et de lui faire une âme au niveau de sa fortune nouvelle, l’engagèrent à oublier le chemin du Pnyx, où le moindre mot imprudent aurait pu réveiller trop de cruels et dangereux souvenirs. A l’époque romaine, le peuple ne montait plus au Pnyx qu’une fois par an; c’était pour faire tes élections, pour nommer ce Stratège des Hoplites ( ô cTpaTY;yo; ô èrl twv or>.ojv ) qui , depuis qu’Athènes n’avait plus d’armées à commander, était chargé de la police du Marché (2).
Avant la chute de l’indépendance, il arrivait aussi que des assemblées extraordinaires fussent convoquées soit à Kolonos (3), soit dans le théâtre du Pirée, à Munychie (4). On se réunissait volontiers au Pirée quand il s’agissait de prendre des décisions relatives aux armements maritimes d’Athènes.
(1) Thuc., VIII, 93. Demoslh., in ilid., 9.
(2) PoUui, VIII, 133. Ce Slratége est appelé aussi arpaxr)yài éni tous é7tXiTo« et irrpaTTiyài ini xi i-nXa. Voir Pauly, Real Encyclopédie , s. v. nTpa-nriyoc ( art. de VVestermanB ).
(3) Thuc., VIII, 7.
(i) Thuc., VllI, 93. Lys., C. Agorat., 32. Demosth., DefaU. kgat-, 60, 125.
iO CHAPITRE I.
En quelque lieu que se tînt l’assemblée, elle rendait toujours des décisions sans appel , que tous, magistrats et simples citoyens , étaient tenus d’exécuter immédiatement. Elle jx)ssédait toujours la même autorité suprême et irresponsable. Comment l’exerçait-elle, et qui dirigeait ses délibérations, quelles limites s’était imposées ou du moins quelles règles s’était tracées à elle-même cette volonté souveraine, c’est ce qu’on ne saurait comprendre sans commencer par étudier les attributions et le rôle du Séial des Cinq-Cenls Ç-n pouW, twv i:evTa«o5Mov).
LE SÉNAT DES CI.XQ-CEXTS. COMMENT IL ÉTAIT COMI'ÜSÉ.