CHAPITRE I
tournée vers la ville, tandis que la tribune occupait à peu près le milieu de la ligne droite où venaient s’appuyer les deux extrémités de l’arc que décrivait la muraille. Jusqu’à ces derniers temps, la plupart des érudits qui s’étaient occupés de la topographie d’Athènes s’étaient accordés à reconnaître dans cette enceinte le lieu où se réunit habituellement le peuple, pendant les deux siècles que dura la démocratie , et dans l’ample dé de pierre qui attire tout d’abord les regards, le corps même de la tribune du haut de laquelle auraient parlé à la foule Eschine, Hypérido , Lycurgue et Démosthènes (1). D’après les calculs de Leake , en évaluant à près d’un mètre carré la place nécessaire à chaque citoyen , l’espace entouré par le mur polygonal aurait pu contenir environ sept à huit*mille personnes , pourvu quelles se tinssent debout ; or , il résulte de divers passages des auteurs, que les jours où l’assemblée attirait le plus de monde , elle réunissait entre cinq et sept mille citoyens ; habituellement même elle était bien moins nombreuse (2). Cependant , tout récemment , des objections se sont produites dont plusieurs méritent une sérieuse attention et sont vraiment embarrassantes. A la suite de fouilles exécutées en avril et mai 1862, M. Ernest Curtius a travaillé à montrer combien l’enceinte en question eût été mal appropriée à la destination qu’on lui prête depuis Chandler ; il y a vu une sorte de sanc-
(1) W.-M. tcakc. The Inpngraphy of Alhens anil lhe DêmI. Londrrs, 1811, I. 1, p. 1"‘J-182 elAppi:ndii 11. Spon, WheliT et Sluarl avaient pris ces débris pour ccu.v de l'Aréopage nu pour ceux du lliéàtre de Rogilla. M. Fauvel se refusait aussi à clierclier là le Pnyx. Cf. K. Runiouf, Le vieux l‘nijx ù Alhènex (archives des missions scicntifKjues , 1850, p. 1), et Pervanoglu, Bemerkungen über die Pmjx tmd Sladlmauer Athens , dans le tome XX du Phlloloijue, p. 529.
(2) M. E. Curtius afllmie que cet espace n'a pas pu contenir, au maximum , plus de cinq mille citoyens.
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE
tiiaire primitif consacré au culte du Zeus pélasgique ; il y a signalé le plus ancien centre religieux autour duquel se soient groupées les populations établies sur les hauteurs voisines de l’Acropole. Quant au Pnyx, c’est sur la pente septentrionale du Musée qu'il conseille de le chercher ; mais les tranchées que lui-méme a ouvertes sur ce versant étaient , il le reconnaît , en trop petit nombre, et n’ont pas été poussées assez loin ; elles ne lui ont fait retrouver aucun vestige ni des gradins ni d’aucune autre partie de ce monument (1). Nous n’avons pas à examiner ici , tout intéressante qu'elle soit, celte question de topographie, ni surtout à la trancher. En tout cas, ce qui résulte, d’une manière certaine, de la comparaison des textes anciens, c’est (^tie le Pnyx était voisin de l’Acropole, qu’il dominait le Marché, que du Pnyx on découvrait les propylées de l’Acropole, que les sièges et la tribune étaient taillés dans la masse même du rocher (2). On traversait l’Agora pour aller au Pnyx , dont celui-ci formait comme une dépendance. Dans certaines occasions , ainsi lorsqu’il s’agissait de procéder à un vote d'ostracisme, c’était encore, à ce
(t) E. Curtius, Mlitche Sludien, 1 , Pnyï und Sladtmaucr, Gættingen, 1862, p. 29 et suiv. J'ai consulte! , à ce sujet, un compagnon do voyage, un ami de M. Curtius, M. le professeur W. Vischcr, de Bile ; il a assisté aux fouilles entreprises sur la colline où l’on rroyait reconnallre le l'nyx, et à celles qui ont été tentées au pied du Musée. 11 termine une longue et intéressante lettre qu'il m'a adressée i ce propos, et i|ui contient, en faveur de l'une et l'autre opinion , plusieurs arguments nouveaux ; par un aveu plein de modestie , son opinion , dit-il , n'est pas encore formée , et pour trancher la question , il faudrait ou des fouilles poussées plus avant et plus compléti^s , ou la découverte de textes qui ne laissent plus place au doute. M. Vischer fait remarquer que si les fouilles de M. Curtius paraissent indiquer que la colline dile du Pnyx a eu primitivement une autre destination que celle qu'on lui prêle ordinairement, il n'est pas démontré que l’on n’y ait pas exécuté plus lard des travaux d'appropriation à la suite desquels cette enceinte aurait pu commencer à servir de lieu habituel de réunion.
(2) Pollux, VIII, 132. Aristoph., Ac/rai'n., 20. Pax.,019. EquU., 783. Eschin., Ce fait. Itg., 7i.