CHAPITRE H
chute (les Trente, la démocratie ne craint plus que l’Aréopage devienne le foyer des résistances aristocratiques ; le parti oligarchique s’est déshonoré sans retour par son alliance avec le vainqueur étranger ; il s’est tué de ses propres mains; il n’est plus à redouter. On peut donc sans danger revenir aux traditions anciennes et vénérées qui accordaient à l’Aréopage une si exceptionnelle et si haute suprématie. A la restauration des privilèges de l’Aréopage a dû correspondre la suppression des Nomophylaques , si même cette magistrature n’avait pas, de fait, cessé d’exister à une époque antérieure.
Mais nous savons, par Ilarpocration, que, dans deux discours de Dinarque, il était question des Nomophylaques (1). Dinarque est le contemporain et l’ami de Démétrios de Phalère. Or si ces magistrats, que ne semble connaître aucun des orateurs de la démocratie, reparaissent après l’asservissement d’Athènes, c’est peut-être que ces fonctions auront été rétablies par le lieutenant de Cassandrej dans cette démocratie mitigée qu’il contenait et dirigeait avec le concours d’une garnison macédonienne. Dans cette hypothèse, les Nomophylaques, au temps de Dinarque, n’auraient plus été, malgré leur beau titre, que des agents de Démétrios, chargés d’une sorte de censure préventive. Chaque fois que des orateurs ou des magistrats étaient tentés d’oublier la différence des temps, de faire des propositions, de tenir des discours qui sentaient trop l’antique liberté, les Nomo-
(1) s. t'. • Oa appelait ainsi à Athènes certains magistrats , qui étaient autres que les Thesmolliètes. Dinarque, contre Pijihéas cl contre Iméraos. u 11 analyse ensuite, mais bien plus brièvement que Piiotius, le passage de Pbilochore cité plus haut. A part ce renvoi à Dinarque , tout ce que les auteurs de lexiques nous apprennent sur les Nomophylaques est tiré de l'article que leur avait consacré Philochore. C’est là l'unique source à laquelle puisent également tous ces compilateurs , ce qui tend encore à prouver combien a été laible finQuence de ces magistrats , et leur rôle de courte durée.
LES SODRCES DD DROIT
phylaques se seraient levés pour les rappeler à l’ordre, pour imposer silence à ces voix indiscrètes (1).
Rien de mieux attesté, au contraire, que l’ordonnance qui attribuait aux Archontes Thesmolhèles le devoir de défendre l’intégrité et d'assurer le perfectionnement graduel de la législation athénienne. C’est à Solon qu’Eschine fait remonter les dispositions qui leur confient celte tâche (2); il est possible, en effet, qu’elles datent de cette époque reculée : les Archontes, dans la constitution solonienne, concentrent encore entre leurs mains tout le pouvoir judiciaire et exécutif; les progrès ultérieurs de la démocratie, loin de développer leurs attributions, ne font que les restreindre. On peut donc regarder tout ce qui leur reste d’autorité, au quatrième et au cinquième siècle , non comme une conquête récente , mais comme un débris de leur antique pouvoir (3). Tout, au contraire, il y a lieu de révoquer en doute le témoignage de Démosthènes attribuant non moins formellement à Solon toute la procédure relative à l’exercice du droit d’initiative que possède chaque citoyen (4). Dans tout ce
(1) Voir, sur les Notnophylaques, Meier et Schœmann, der Atlische Proiesi, p. 68, note 16, et p. 7i et 73. Ils n'arrivent à aucune conclusion positive, et paraissent disposés à les identifier avec les Nomolhètes , ce qui ne se peut si Ton ne fait abstraction d'un passage de Pbilochore que Pbotius parait avoir transcrit avec toute l'exactitude désirable.
(i) Eschin., C. Clesiph., 38, 39, 40.
(3) Il y a pourtant, dans ce passage, un anachronisme qui montre combien les connaissances historiques des orateurs et de leur public étaient incomplètes et vagues, et comme on tenait peu, pour tout ce qui regardait le passé, à la précision du langage et à une rigoureuse exactitude. Parmi ces dispositions qu'Eschine attribue à Solon , il y en a une qui ordonne d'aflieher les lois devant les statues des Eponymes ; or ces statues sont celles des héros éponymes des dix tribus de Clisthènes. Voici au moins un article de loi qui ne peut remonter à Solon. Andocide ne montre pas plus de critique quand il semble attribuer à Solon ( 1 , 95) une loi qui mentionne la tribu Æantis et le Sénat des Cinq-Cents.
(4) Adii. Leptin., 90, 93. Schœmann (De Hotnothelis AlhenUtuium , in-4», 1854) maintient énergiquement contre Grote i'originc solonienne du tribunai des Nonrothètes;