CHAPITRE H
Il est étrange que les orateurs attiques ne paraissent ^éme pas connaUœ des magistrats auxquels la constitution assignait un rôle sérieux et si important. Il nous est parvenu plusieurs discours relatifs à des réformes législatives, à des lois que l’on accuse d’avoir passé par surprise et dont on demande le rejet ou l’abrogation ; or il est remarquable que dans aucune de ces harangues ne se trouve la moindre mention des Noinophylaques , la moindre allusion à une opinion exprimée par eux, à leur intervention passée , présente ou future. Est-il pourtant une autorité que l’on semble devoir plus naturellement invoquer en de semblables débats ? Môme silence sur les Noinophylaques dans le récit que nous fait Xénophon des discussions de l’assemblée qui condamna à mort les généraux vainqueurs aux Arginuses ; de simples citoyens dénoncent et combattent, comme contraires à toutes les règles de la procédure athénienne , les mesures proposées par les accusateurs ; les Prytanes font ressortir l'illégalité des propositions de Callixène, et refusent d’ahord de les laisser mettre aux voix. Quant aux magistrats spécialement chargés de prévenir toute illégalité, ils n’auraient pas, en pareille occurrence, donné signe de vie !
Je ne vois qu’un moyen d’expliquer ces anomalies ; c’est d’admettre que la magistrature nouvelle, instituée par Ephialte , n’eut qu’une courte durée. Les historiens nous fournissent si peu de renseignements sur l’histoire constitutionnelle d'Athènes, pendant le cours du cinquième siècle, qu’il nous est impossible de savoir quand et de quelle manière disparurent les Nomophylaqucs, si cette charge fut formellement supprimée par un décret ou si elle tomba seulement en désuétude, si, à partir d’un certain moment, on cessa d’élire des Nomophylaqucs , ou si , tout en conti-
LES SOURCES DU DROIT
nuant à subsister pendant de longues années, ils perdirent peu à peu toute importance et ne siégèrent plus que pour la forme. Ce que nous pouvons entrevoir, c’est que l’on trouva sans doute, à l’usage, que les Nomophylaques étaient un rouage inutile , une superfétation qu’il n’y avait pas lieu à conserver. Le Sénat avait par lui-môme le pouvoir d’arrôler, dès le début, toute proposition illégale, puisque rien ne pouvait être discuté et mis aux voix dans l’assemblée sans son approbation préalable. Avait-il laissé passer quelque mesure contraire à la lettre ou à l’esprit de la loi , la ypaç/i -rcapavôu,wv , OU l’accusation intentée pour cause de motion illégale , permettait de réparer immédiatement la faute commise , de punir le violateur de la loi et d’annuler les dispositions qu’il avait fait adopter ; c’est vers le milieu du cinquième siècle que cette action s’introduit dans le droit athénien et que se multiplient les procès de ce genre.
Ce qui me paraît certain, c’est que si les Nomophylaques existaient encore en 406 , ils avaient déjà perdu toute importance , et qu'en tout cas, lors du rétablissement de la démocratie en 403, cette magistrature fut supprimée, ou par une déclaration formelle, ou par une simple omission. Autrement, ils seraient certainement nommés, dans le décret de Tisamène, parmi les pouvoirs auxquels est confié le maintien des lois révisées à nouveau et de la constitution restaurée. Au contraire, le décret de Tisamène convie l’Aréopage à exercer, sur ce dépôt sacré, une attentive et efficace surveillance. Or, Ephialte , nous assure-t-on, avait dépouillé l’Aréopage de ce droit, et c’était, il y a tout lieu de le croire, pour suppléer à l’intervention des Aréopagites qu’il avait institué les Nomophylaques. Au début de l’ère nouvelle qui s’ouvre avec la