‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 12 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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doule que ces derniers venaient à l’assemblée bien moins souvent, bien moins régulièrement que les autres ; mais c’était leur affaire, et le législateur ne se croyait pas obligé d’entrer dans ces détails; il ne s’inquiétait point de ménager les jambes ou d'épargner le temps des citoyens. La difficulté se présentait d’ailleurs si rarement, que le droit public de la Grèce avait pu négliger d’en tenir compte. Presque partout, la voix et la trompette du héraut pouvaient porter assez loin pour parvenir aux oreilles de tout ce que la ville comptait de citoyens, qu’ils fussent occupés dans l’enceinte des murailles ou dispersés dans les campagnes voisines et sur les coteaux d’alentour. Dans de pareilles conditions, il était naturel que tous les égaux (ô'aotot), comme on disait à Sparte, tinssent à exercer de la même manière et au même titre leur part de souveraineté collective. Or, l’égalité n’aurait-elle pas souffert, si les uns avaient usé en personne de leur dioit après avoir assisté à un débat contradictoire et y être intervenus à l’occasion, tandis que tous les autres, privés de tous ces moyens de s’éclairer, n’auraient manifesté leur volonté que par l’organe de mandataires? Du moment où les citoyens des républiques anciennes pouvaient aisément , dans le plus grand nombre des cas, supprimer les intermédiaires, on comprend qu’ils s’en soient volontiers dispensés, et que la pensée d’y recourir ne leur soit même pas venue à l’esprit.

Il n’est point, en effet, de système électoral, quelque ingénieusement combiné qu’il puisse être, qui réussisse à représenter, avec une parfaite exactitude, la volonté générale. L’élu d’un groupe d’individus ne doit le plus souvent son mandat qu’à une majorité, qui peut n’être numériquement supérieure à la minorité que d’un très-petit nombre de voix, parfois d’une ou deux seulement. Du jour où s’est

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faite la désignation, et où le groupe s’est résumé en un individu chargé de porter la parole et de voter pour lui , la minorité, quelque chiffre qu’elle ait atteint, quelle que soit la valeur personnelle des hommes qui la composent , se trouve complètement annulée; elle peut même, dans un certain sens, être réputée n’avoir jamais existé, puisque le résultat définitif ne tient d’elle aucun compte. Il en est tout autrement là où la minorité a sa place marquée dans l’assemblée qui discute et qui règle les grands intérêts du pays ; alors les avis ne se comptent plus seulement, mais ils se pèsent; alors un mérite éminent, une éloquence persuasive, l’autorité morale qui s’attache aux paroles d’un honnête homme, peuvent avoir une influence, décisive sur l’issue de la délibération.

Voici encore une autre cause d'inexactitude, un autre essentiel et inévitable défaut du système représentatif. Admettons qu’au moment où les députés viennent d’être désignés , ils représentent fidèlement , sinon l’opinion du pays tout entier, au moins celle de la majorité ; le mandat qui leur est confié a nécessairement une certaine durée. Or, avant que ce mandat soit expiré, l’état et les dispositions de l’opinion publique peuvent, de manière ou d’autre, se modifier plus ou moins profondément. Un changement analogue s’opérera-t-il dans le môme temps et avec la même rapidité au sein d’une assemblée qui aura déjà peutêtre des partis pris et des engagements publics, qui, par ses votes, par quelque solennelle déclaration de principes, se sera enrôlée sous telle ou telle bannière, compromise dans telle ou telle politique? Une assemblée, si on la considère comme une personne morale dont les membres sont solidaires les uns des autres, a son honneur à garder; il est tel sénat, tel parlement que l’histoire admire et loue pour

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