‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 13 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sa constance, pour sa courageuse fidélité à ses principes; tel autre qu’elle flétrit pour sa légèreté, pour le scandale de ses promptes variations, et des démentis qu’en peu de temps il s’est infligés à lui-môme. La multitude n’a point la même responsabilité , les mômes convenances ne l’enchaînent point; il n’y a qu’un droit que lui refuse la conscience humaine ; c’est celui de violer la justiœ au détriment d’un individu quelconque ou d’un j)cup!e voisin ; pourvu qu’elle s’arrête devant cette barrière , n’est-elle pas maîtresse de comprendre, à sa manière et comme il lui plaît , ses intérêts et son bonheur? Comme un individu, un peuple est malheureux quand il ne lui est pas donné de réaliser ou de croire qu’il va réaliser l’idée qu’il se fait du bonheur. Cette conception, toute relative, change suivant les races, les lieux et les climats; elle peut, chez une même nation, varier très-rapidement , par l’effet d’un de ces grands événements qui remuent en quelques jours une nation jusque dans ses couches les plus profondes , qui transforment l’opinion, qui éveillent soudain toutes les forces endormies, et qui donnent une voix à des désirs qui s’ignoraient euxmêmes, à des instincts jusqu’alors inavoués. Quelle que soit son origine , une assemblée , nous avons dit pour quels motifs , résistera plus longtemps à cette action rénovatrice ; à tort ou à raison, elle persistera plus longtemps que le gros de la nation dans les convictions, dans la tendance qui prédominaient au moment où elle a été élue. Les exemples abondent, dans l’histoire de nos révolutions, de parlements qui se sont trouvés, à un certain moment de leur durée , tantôt en avant , tantôt en arrière du pays , cherchant ici à précipiter son mouvement , là , au contraire , luttant pour le ralentir et l’enrayer. D’une manière ou d’une autre, il y a ainsi désaccord entre le pays et

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LA CONSTITUTION ATHENIENNE.

ceux qu’il a choisis pour mandataires ; alors, tout en continuant à porter le nom de représentants , ce que représentent les députés , c’est l’opinion de Tannée ou des années précéfientes ; ce n’est pas celle du jour et de Theure même ; ce n’est pas le présent, c’est le passé ; ce n’est pas le pays vivant , le pays actuel , mais une phase déjà terminée , une période déjà close de la vie nationale.

Que Ton ne se méprenne pas sur notie jiensée ; nous ne nous proposons certes point , par ces observations , de déprécier le système représentatif. 11 a d’abord un incontestable mérite ; c’est que Ton ne saurait se passer de lui; c’est que, pour nos Etats modernes, qui embrassent une si vaste étendue de terrain , un nombre plus ou moins grand de villages et de cités , on n’a pas encore découvert et on ne découvrira jamais d’autre combinaison qui permette à un peuple de se gouverner lui-môme, ou , tout au moins, de diriger et de contrôler son gouvernement. Si, d’ailleurs, ce système, dans toutes ses variétés, ne donne jamais qu’une approximation , cette approximation se trouve, dans la plupart des cas, suffisamment exacte. Aucune des tentatives faites ou à faire ne saurait échapper aux inconvénients que nous avons signalés , et qui sont inhérents à la nature môme de cette volonté humaine qu’il s’agit de représenter; mais, tout réels qu'ils soient, ces , inconvénients seront le plus souvent , dans la pratique , moins sensibles que n’aurait pu le faire craindre la théorie. Ils pourrons encore, presque toujours, être singulièrement atténués par le bon sens public, par le tact et l’instinctive dextérité d’un peuple qui n’en est plus à faire son éducation politique. On ne voit donc pas comment nos sociétés modernes pourraient renoncer aux institutions représentatives, ou les remplacer avec avantage par quelque

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