CHAPITRE m
manière dont ils faisaient tourner à leur profit ou à celui d’un de leurs clients telle ou telle contestation pécuniaire. L’esprit de parti, aigri par les impatiences d’une lutte inégale , devait conduire à critiquer et à attaquer souvent môme les décisions les plus justes. Pour faire droit à ces plaintes , Clisthènes étendit probablement les pouvoirs de l’assemblée, en permettant d’appeler au peuple solennellement convoqué des sentences rendues par les Archontes, ou tout au moins de certaines de ces sentences. Ce fut quelque chose d’analogue à \a provocaiio romaine, qui remonte, d’après la tradition, jusqu’à l’époque royale, mais qui date, en tout cas , de la loi Valeria (500 av. J.-C.) (1).
11 est probable que les choses se passèrent comme à Rome, où des lois sûccessives étendirent ce droit d’appel et en réglèrent l’exercice (2). De degré en degré, à mesure qu’augmentait la confiance du peuple en lui-môme et qu’il s’habituait à exercer plus résolûment les droits dont le principe avait été posé sans porter tout d’abord tous ses fruits, l’appel, qui avait été, au début, l’accident et l’exception, devint la règle générale ; le jugement en première instance, par l’Archonte, tomba en désuétude. Dès la fin du cinquième siècle, les Archontes ne pouvaient plus, à eux seuls, imposer qu’une légère amende (3). Mais on n’en vint là que peu à peu, par un insensible progrès. Un curieux passage de Plutarque nous montre que , pendant son archontat, Aristide, quoiqu’il y eût déjà des tribunaux.
(1) Th. Mommsen, HIst. rom. (trad. Alexandre), t. II, p. 10.
(2) Une loi postérieure à la loi Valcria, mais certainement antérieure à 451 av. J.-C. , étendit ce recours, des peines capitales et corporelles , aux grosses amendes.
(3) Lysias , Pro milUe , passim. Celle amende même n'avait rien de définitif. Pour que la sentence devint exécutoire , il fallait qu'avant de sortir de charge , l'Archonte l'eût fait approuver et enregistrer parles Hèliastes. Ainsi, en réalité, on pouvait toujours en appeler de l'Archonte au jury.
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termina, par ses décisions, de nombreux procès. Ce qu’il y avait d’équitable et de sensé dans les solutions qu’il proposait, dans les arrêts qu’il rendait, avait contribué à lui faire donner ce surnom de Juste j qui est resté son titre au respect de la postérité ; d’autre part ses ennemis, Thémistocle en tête , lui reprochaient l’influence qu’il acquérait ainsi , et l’accusaient d’accaparer une autorité qui ne devait plus appartenir qu’aux tribunaux , de reconstituer ainsi , à son profit, une sorte de pouvoir royal (1). De ce texte, que Plutarque a dû emprunter à quelque historien plus ancien , il résulte qu’au temps de la première guerre médique les tribunaux populaires commençaient à se constituer , mais que les questions de compétence n’étaient pas encore tranchées d’une manière définitive par la loi et les mœurs. Suivant que l'Archonte avait plus ou moins de mérite et d’ascendant personnel, suivant que l’on avait plus ou moins de confiance dans ses lumières et son intégrité , on usait plus ou moins du recours qu’autorisait la loi. Tel Archonte rendait la justice, du haut de son tribunal , presque au même titre que ses antiques prédécesseurs, tandis que tel autre se trouvait déjà réduit par avance au rôle secondaire que joueront les magistrats dans l’Athènes de Périclès.
A partir des réformes de Solon , le peuple tout entier, sans distinction de classes, se réunissait , nous l’avons vu, au moins une fois par an , pour recevoir les comptes, des magistrats sortant de charge et pour écouler les reproches
(1) Ce texte est trop important pour ne pas mériter d’être cité en entier. Tû ô’ovv 'Api'TTttST) ijvviôr; to TrptlüTov àYaTrwiiévii) 6ià n^v è?cb)vv(jL.{av O-rtepov çOcvet-rOai, p.à),UTTa {lèv TO’j (■)£iii'jTox).€ou; Xd^ov si; toù; ttoXXov; £[i6aXdvTo; , w; 'ApiaTsion; àvTjpTjxü»; ta dixa^Tr.pta tû xptvetv «TtavTa xal dtxdCstv XéXr,6s àSupoçd-
pTjTov éavTÿ xaTeffxwQHTpLévo;. Aristid., VII.